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Miliel
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Miliel
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Messages : 8

Jour d'éveil : Jour 5
Race : Racine
Métier : Chasseur (2)
Groupe : Errants
Fiche de présentation :
Dim 26 Juin 2016 - 17:54


Prénom : Miliel
Nom/surnom : Aucun

Éveil : Jour 5
Sexe : Féminin
Race : Racine
Métier : Chasseur rang 2
Groupe : Errants
Croyance : Sceptique

Magie : Prédisposition au silence

Capacités physiques : Miliel possède une carrure digne des gens de sa race, forte physiquement, elle est capable d'efforts important quand bien même cela peut porter préjudice à son endurance si l'effort s'avère trop intense. Sa résistance à la faim et à la soif est très bonne, prompte à un repos rapide, une nuit de quelques heures est suffisante pour éliminer la fatigue accumulée lors de la journée.

Talents divers : Un excellent sens de l'orientation, observatrice, Miliel est capable de se repérer à peu près n'importe où. Attentive et possédant une bonne mémoire, il lui est possible de se souvenir de nombreux détails, qu'ils soient bons ou mauvais.

Équipement : Un bout de bois qui fait office de lance

Apparence physique et charisme :

Deviner la race de Miliel au premier abord n'est pas quelque chose de bien compliquer. Sa peau est légèrement blanche, la couleur noire de ses yeux est un signe qui ne trompe pas. Il est aussi possible de se fier à sa corpulence, qui ressemble à celle d'une personne en bonne forme, ses cheveux d'un noir sombre sont également typiques de ceux de sa race. Quelques heures passées avec elle suffisent pour être absolument certain qu'elle est une racine, son comportement trahissant le peu de doute que l'on peut avoir lors d'un premier coup d'œil. Sa bonne corpulence est un peu accentuée par une taille sans forme à peine supérieure à celle des racines normaux, à mi-chemin entre se tenir droite et être bossu, elle se tient comme si un petit poids était sur ses épaules. Son visage peut en repousser plus d'un, notamment à cause de cette cicatrice sous l'œil, cependant le reste de son visage démontre une certaine netteté, son nez s'arrange quelque peu avec la taille de ses lèvres donnant une petite impression d'harmonie.

Caractère et personnalité :

D'un naturel plutôt solitaire Miliel se parle souvent à elle-même, soit pour s'exprimer sur sa situation ou pour exprimer ce qui lui passe par la tête. Sa façon de parler est telle que l'on peut penser qu'elle se moque des réactions alentours, comme si l'avis que l'on peut avoir sur ses mots importe peu. Souvent moqueuse, railleuse, elle ne pense pas vraiment à mal, croire qu'elle cherche à contrarier ceux qui l'écoutent serait assez loin de la vérité. Elle cherche simplement à cacher le mal-être qu'elle a de vivre dans un endroit comme la vallée par ses petites phrases. Son mal de vivre est en quelque sorte dû à une certaine paranoïa de sa part, ce qui peut être bon pour rester en vie, mais cela ne laisse pas beaucoup de place aux interactions avec d'autres personnes. Sa paranoïa n'a qu'une raison d'être, celle de la peur de mourir et lorsque l'on ne connaît rien à rien, on a peur de tout. Toutefois, elle est capable de prendre sur elle lorsqu'être seule ne suffit pas à survivre dans la vallée. Cependant, sa nature solitaire et sa paranoïa reprendront vite le dessus la faisant fuir ses compagnons de voyage. Plutôt indifférente à l'autorité, elle se contentera d'obéir tant que cela ne va pas à l'encontre de sa vision de vivre. Elle vit au jour le jour, se contentant de survivre du mieux qu'elle peut.

Histoire :

Spoiler:
 

Jour 5 :


Il faisait foutrement noir ici, je savais que j'avais les yeux ouverts, ainsi, je devais voir quelque chose ! Mais non, que ce foutu noir de mes deux. J'attendis un instant, peut-être mes yeux devaient-ils s'habituer. J'étais allongée sur le sol, à plat ventre, et il était fichtrement froid ce sol. Il était aussi irrégulier, il me labourait le ventre comme s'il était vivant. Mais pas vivant partout, seulement à quelques endroits. Sous ma jambe gauche, je le sentais, mais pas sous ma jambe droite, pourtant, je pouvais à peine la bouger. Je ne sentais pas mon bras gauche non plus, comme si quelque chose était dessus et m'empêcher de m'en servir. Le droit pouvait bouger sans encombre. Mes yeux se sont un peu habitués, je voyais plus tout noir, mais noir clair, c'était beaucoup mieux. Vraiment. J'ai bougé ma main devant mon visage, je pouvais voir ma main ! Un grand pas, oui un très grand. Maintenant, je devais essayer de voir pourquoi je ne pouvais pas bouger le reste de mon corps. J'ai tourné la tête derrière moi tête autant que je pouvais, c'est-à-dire pas beaucoup, j'ai pu voir que j'étais empêtrée entre rochers et branches. J'ai essayé de dégager mon bras gauche avec ma seule main libre, il suffisait de bouger un putain de rocher qui écrasait complètement mon deuxième bras. Quoi de plus simple lorsqu'on est dans une position précaire ? Au prix d'un effort qui m'a paru durer des heures, j'ai réussi à dégager mon bras. J'ai attendu un instant avant d'enfin pouvoir le bouger, il était diablement ankylosé ! Prenant appui sur mes deux avant-bras désormais tout deux libres, j'ai relevé mon buste avant de glisser vers l'avant libérant mes jambes au passage. Je me suis retournée vers la prison naturelle dans laquelle j'étais à l'instant essayant de comprendre ce qui pouvait bien retenir ma jambe, mais je ne vis rien à part des branches qui jonchaient le sol. À croire que m'avancer un peu avait suffit à me libérer. Essayant de me relever, ma tête rencontrant le plafond me fit signe que j'étais trop grande pour cet espace qui semblait clos.

"Aïiiiiiiieuh."

Me tenant la tête d'une main, j'ai tapé du poing le plafond de l'autre comme pour me venger, une vengeance au-delà de l'inutile. Maintenant, j'avais mal à la tête et à la main. J'ai avancé, accroupi, dans ce qui semblait être un tunnel sans la moindre lumière au bout. Pourtant, je pouvais sentir un vent frais venir vers moi. Par moment, le plafond était tellement bas que j'ai dû ramper à-même le sol pour pouvoir passer. Ramper pour avancer en pente montante était une expérience éprouvante et je commençais à sentir mes forces m'abandonnaient. Arrivée à un endroit plus ou moins stable, là où je ne risquais pas de glisser vers le bas. J'ai abandonné tout effort et me suis étalée sur le sol telle la limace épuisée d'avoir escaladé une laitue.


Jour 6 :


Je me réveillais doucement, mes sens encore engourdis d'un sommeil forcé. Il n'y avait pas à dire, dormir dans un endroit aussi confortable avait de quoi me remonter le moral ou alors était-ce l'inverse, comment en être sûre. Il ne faisait pas plus claire que la veille, le peu de vent qui m'arrivait dans le visage semblait plus frais que celui d'hier. Putain, ce que j'avais faim, je pouvais déjà sentir les premières crampes d'estomac. Ne parlons pas de la soif, rien qu'y penser mes lèvres séchèrent encore plus que ce qu'elles étaient déjà, assez lambiné, il fallait avancer. Toujours allongée à cause du plafond trop bas, j'ai commencé à ramper vers la direction du vent. La pente était moins abrupte qu'hier, mais j'avançais difficilement jusqu'à enfin apercevoir un jet de lumière. J'aurais bien accéléré la cadence pour sortir de là le plus vite possible, mais j'en étais incapable. C'était déjà difficile de ramper dans un endroit qui semblait se restreindre au fur et à mesure que j'avançais. Finalement, j'atteignis le point d'entrée du jet de lumière. L'espace n'était pas bien gros, mais comme je l'étais encore moins cela ne devrait pas poser de problème. Même si les bords frottaient contre ma peau, l'écorchant au passage, je réussis à le traverser. Le premier réflexe de mon corps fut de frissonner, il faisait bien plus froid qu'à l'intérieur. Mais j'étais parfaitement incapable de palier à ce problème maintenant. Mes yeux s'habituant petit à petit à cette soudaine lumière, je pouvais voir que j'étais légèrement en altitude et que devant moi se dressait une terre abrupte et escarpée. Je me suis retournée pour voir le trou d'où j'étais sorti avant de lever la tête devant la hauteur de la montagne juste au-dessus.

"Ah."

Mon regard s'est promené aux alentours, j'ai pu voir que ce n'était pas une montagne, mais une chaîne tout entière.

"Mais... J'suis où bordel ?"

Je voulais prendre une direction et la suivre sans discontinuer, j'ai regardé le soleil pour savoir où j'étais, mais je n'avais aucun moyen de savoir si la journée venait de commencer ou si elle allait se terminer. Dans le doute, j'ai jugé, à cause du temps frisquet, qu'on était le matin et j'ai par conséquent pris la direction de l'ouest, vers une horizon d'arbre que j'arrivais à peine à distinguer d'où je me trouvais. J'ai effectué un petit saut pour descendre de la corniche où j'étais avant de partir vers l'ouest. Malgré mon manque d'énergie dû à l'absence de nourriture et d'eau, j'avançais assez vite. Le soleil montait lentement dans le ciel et malgré les quelques endroits à escalader, je me suis retrouvée assez vite nez à nez avec l'horizon de tout à l'heure. En parlant d'horizon, je ne la voyais presque plus tant les arbres étaient nombreux et grand. J'ai dépassé les premiers arbres, la faim me tiraillait le ventre et ma gorge sèche commençait à me faire souffrir. Tout en pénétrant dans la forêt une question m'est venu à l'esprit. Suis-je toute seule ici ? Je n'ai pas croisé une seule personne vivante qu'elle soit humaine ou animale pendant ma marche. Comme pour me répondre quelque chose au-dessus moi bougea, du moins la tranquillité des feuilles haut perchées des arbres fut troublé sans que j'ai su pourquoi. Légèrement inquiète de ce fait, j'ai ralenti mon pas au fur et à mesure que j'avançais dans la forêt. À peine avais-je fait quelques pas de plus que la faune remua autour de moi, au moins je n'étais pas seule, il y avait des animaux. Je voyais de petits êtres fuir quelque chose ou bien était-ce moi qu'ils fuyaient. Peu d'entre eux partait dans ma direction sauf un qui se positionna juste derrière mes jambes. C'était un chat entièrement noir, avec des pupilles jaunes, ses yeux dilatés fixaient un point précis devant lui. La panique ambiante se calma d'un coup, et une bête orangée apparu de derrière un amas de branchages. Le chat derrière moi feula tandis que le renard montrait les crocs.

"Ouais, t'as peut-être faim, mais ça ne veut pas dire qu'il faut faire chier les autres !"

Le renard a émis des petits claquements avant de me foncer dessus la gueule ouverte. Le chat s'avança d'un coup et sauta sur la bête avant de se faire mordre le cou comme un abruti. Ils ont commencé à se battre jusqu'à ce que le chat, visiblement plus faible, se dégage avant de se cacher derrière moi, encore une fois.

"C'était sûr, t'es gros comme une brindille anorexique et t'attaque un truc qui fait trois fois ta taille."

J'ai avancé vers le renard qui commença à s'enfuir, mais le chat semblait avoir réussi à le blesser et il était affreusement lent, du moins j'étais plus rapide que lui. Très vite, je l'ai rattrapé et attrapé par le cou avant de le soulever comme un vulgaire insecte. Il s'est fortement débattu griffant ma peau nue partout où il le pouvait. Assurant ma prise sur son cou, j'ai avancé ma deuxième main avant d'étrangler l'animal de toutes mes forces. Le renard a redoublé d'efforts pour essayer de se dégager, mais c'était inutile. Je voyais déjà la vie quitter ses yeux tandis que mon visage n'exprimait que la dureté d'un tel acte. J'avais la mâchoire serrée et les yeux humides, j'aurais aimé crier ma douleur, mais je devais faire ce qui devait être fait. Il a finalement cessé de bouger et je l'ai lâché, laissant son cadavre retombé sur le sol dans un bruit sourd.

"Putain de saloperie de bestiole, ça fait mal !" crié-je en regardant mon corps.

J'étais couverte de griffures, beaucoup d'entre elles étaient insignifiantes, mais l'une d'elles, placé juste sous mon œil était suffisamment profonde pour qu'à terme, j'ai une belle cicatrice.

"Je vais tellement te bouffer les boyaux pour te faire payer ça !" Dis-je en donnant un coup de pied dans l'animal mort à mes pieds. Action que j'ai immédiatement regretté.

J'ai entendu un miaulement aigu derrière moi, le chat avait une vilaine blessure au ventre, mais rien de grave ni dangereux pour lui apparemment. Il s'était relevé et commençait déjà à se diriger vers le cadavre du renard.

"Hé ! Va falloir attendre avant de te remplir la panse petit écervelé !"

Le félin s'est immédiatement arrêté avant de commencer à se lécher le ventre d'une façon insistante. J'ai soulevé le cadavre du renard avant de le placer contre un arbre et de partir rassembler brindilles et branches pour allumer un feu pour enfin être capable de satisfaire ma faim. Le chat n'avait pas bougé et se lécher toujours ardemment le ventre, il avait sans doute aussi mal que moi, si ce n'était plus.

"À nous, deux saloperie, je vais te faire ta fête."

J'aurais bien aimé récupérer sa peau, mais je n'avais pas la moindre idée de comment faire et la faim commençait vraiment à se faire sentir, alors tout brûlera en même temps. J'ai placé le renard au-dessus du feu, que j'avais eu un mal fou à allumer, avant d'attendre que la température fasse son effet. Le chat s'est rapproché de moi, je pouvais voir sa blessure complètement trempée de sa propre salive, cela avait-il eu la moindre utilité ?

Le temps avait passé et il ne restait plus grand chose de la carcasse du renard, je m'en étais fait une joie tant ma faim était grande et celle du chat l'avait été tout autant. Laissant le feu s'éteindre de lui-même, j'ai entouré la viande restante de feuilles qui traînaient pour l'emporter. Une fois fait, j'ai entrepris de m'enfoncer plus avant dans la forêt suivie par cette chose que je venais de nourrir sans vraiment le vouloir.

"Tu vas plus me lâcher toi hein ?"

Le principal but de la journée ayant été atteint, l'idée était maintenant de trouver un endroit où dormir sans risquer de me faire tuer. J'ai levé la tête et le peu de ciel que j'arrivais à voir à travers le sommet des arbres m'apprit que la journée toucherait sans doute bientôt à sa fin.

"Je dois trouver un endroit avec suffisamment d'espace. Si je m'enfonce plus avant dans la forêt, peut-être pourrais-je trouver ce que je veux." - "Ouais, ça me semble être une merveilleuse idée, comme ça je m'enfonce dans un endroit que je ne connais pas alors que je me suis déjà fait agressée rien qu'à la lisière de la forêt." - "Idée de merde, mais c'est la seule que j'ai..."

Le chat s'était arrêté et me regarder fixement, avais-je l'air d'une folle à me parler toute seule. Avais-je vraiment besoin de m'inquiétais de quoi un chat trop maigre pouvait bien penser de moi. Certainement pas. Mon monologue ne m'avait guère plus aidé cela dit, mais m'exprimer à voix haute avait été bénéfique, du moins c'est ce que je voulais croire. J'ai continué d'avancer vers l'ouest et plus j'avançais, moins l'herbe était présente. Le sol était parsemé de champignons aux couleurs peu rassurantes. De plus grosses racines sortaient des arbres, des épines sortaient des branches et parfois du sol lui-même. Plusieurs fois, mes pieds nus avaient marché dessus, me faisant souffrir inutilement. Essayant de faire attention où je mettais les pieds, j'avançais beaucoup moins vite. Plus aucune lumière ne passait, j'ai levé la tête, je ne voyais plus le ciel ou bien faisait-il nuit, je n'aurais su le dire. J'avais de plus en plus de mal à respirer, comme si l'air était absent. Avais-je atteint le cœur même de la forêt, ou bien n'en étais-je pas loin. Le chat me suivait toujours, il miaulait parfois, lorgnant sur le morceau de viande enfermé dans les feuilles que je tenais à la main. Il ne faisait pas le moindre bruit, d'ailleurs, je n'entendais rien si ce n'était le bruit de mes propres pas et mes propres cris quand les épines s'enfonçaient dans ma chair. J'étais las et épuisée d'avoir tant marché à travers cette forêt oppressante et faisant fit du danger, je me suis adossée à un arbre. Le chat est venu se blottir contre moi, j'avais pitié de lui, il était si maigre, une brise de vent le ferait s'envoler. Poussant un soupir, j'ai retiré les feuilles entourant la viande avant de mordre dedans pour en arracher un petit bout et le donner à ce petit truc ridicule qui le dévora sans ménagement. J'aurais bien mangé tout le reste maintenant, mais le sommeil me prit bien avant.


Jour 7 :


Je sentais le chat me lécher le visage. J'avais encore les yeux fermés, dormir, oui, je voulais encore dormir un peu. Les coups de langue du chat me gratter d'une façon gênante, ça ne faisait pas mal, mais c'était vraiment désagréable, comme si on m'arrachait des bouts de peau. Avec ces lapements incessants, dormir n'était plus possible, de plus je ne pouvais rester sans rien faire sous prétexte de vouloir me reposer un peu plus longtemps. Du dos de la main, j'ai repoussé le chat qui retomba sur le sol noueux. J'ai écarquillé les yeux de surprise face à ce que j'avais devant moi, ou plutôt ce que je n'avais plus.

"T'as vraiment mordillé la feuille jusqu'à pouvoir manger toute la viande restante ?"

J'avais prononcé ces mots suffisamment forts pour lui faire peur, il avait les oreilles baissées et il essayait de se cacher derrière l'un des champignons qui traînait sur le sol. J'avais dû mal à le voir tant la luminosité était faible ici. J'ai regardé au-dessus de moi, mais le sommet des arbres empêchaient entièrement la lumière du soleil de passer, ou bien faisait-il encore nuit.

"Bon bon ! Ce n'est pas si grave, mourir de faim n'est pas une mort si dramatique en fin de compte."
"Sale merdeux !" Ne pus-je m'empêcher d'ajouter en chuchotant.

Je me suis relevée en m'étirant, j'avais un mal de chien au dos, j'imagine que dormir à même le sol et assise contre un arbre n'était guère arrangeant. Après un regard dépité aux feuilles mâchouillées par cette boule de poil, j'ai commencé à avancer avant de m'arrêter presque immédiatement et de me tourner vers le chat.

"Va falloir que je te trouve un nom. Viens là."

Le chat s'est approché de moi jusqu'à se frotter contre mes jambes. Je l'ai attrapé avant de le soulever et de regarder sous lui. Il n'avait pas cherché à se débattre, guère étonnant, il avait trouvé son filon de bouffe.

"Un nom de garçon donc." Fis-je en le reposant par terre.

J'ai recommencé à marcher tout en réfléchissant à un prénom, je trouverai bien en chemin, à défaut de trouver ce fameux espace. J'ai légèrement changé ma direction pour plus me diriger vers le nord-ouest plutôt que seulement marcher vers l'ouest.

"Ah, je sais ! Morfale, ça t'apprendra à trop bouf..."

Pendant un bref instant, ses oreilles se sont soulevées, il fixait un point précis devant lui. Après quelques secondes, il détala sans réfléchir vers ce point. J'ai couru aussi vite que je pouvais pour arriver à le suivre, mes pieds se plantant dans nombres de choses pointues, j'allais encore avoir un mal de chien. Il s'est arrêté aussi soudainement qu'il était parti, heureusement pour moi, je commençais à le perdre de vue.

"T'as intérêt à avoir une bonne raison de..."

Silence. Un frisson a parcouru mon corps, mon compagnon était aux aguets, moi je tremblais de peur. J'ai attrapé le chat avant de partir dans la direction opposée. Il miaulait, sûrement de désapprobation. J'ai tiré la peau de son cou pour qu'il se taise, il ne fallait pas réveiller cette chose. Je n'avais pas les mots pour en parler, si ce n'était le sentiment que toute mon envie de vivre était en train de disparaître. Mon instinct me disait de fuir et je l'ai fait sans attendre. À mi-chemin de retour, j'ai bifurqué directement vers le nord avant d'enfin tomber sur ce que je cherchais depuis le début de la journée. J'ai déposé le chat sur le sol, il s'était calmé et semblait content d'enfin marcher sur ses propres pattes.
Soudainement, ma respiration s'est accélérée, je suis tombée à genoux la bouche grande ouverte cherchant de l'air. Il m'était impossible de respirer, je me suis écroulée sur le sol bougeant dans tous les sens. J'étais en nage et incapable de me calmer. J'ai senti une pression sur mes épaules, une pression suffisamment forte pour que j'arrête de bouger. Un visage de femme se découvrit devant mes yeux et une voix me parla, elle se voulait rassurante.

"Regarde-moi bien ! Il faut que tu te calmes !

Que je me calme ? Mais oui ! Simple comme bonjour, ce n'était pas comme si j'étais en train de m'asphyxier...

"Calme-toi."

Elle avait prononcé ses paroles d'une manière calme, mes yeux se sont noyés dans les siens, elle avait un visage qui semblait si serein, ses lèvres dessinaient un léger sourire, ses cheveux descendaient en cascade sur les côtés à la limite de me toucher les joues. Sa peau était extrêmement pâle, à la limite d'être bleue.

"Calme-toi."

Étrangement, cela fonctionnait, je ne bougeais plus et ma respiration revenait petit à petit. On a continué de se regarder pendant un moment jusqu'à ce que finalement, elle se relève.

"C'est bon, tu peux la laisser." Dit-elle en levant les yeux.

J'ai senti la pression sur mes épaules disparaître, j'en ai profité pour m'asseoir en tailleur dans le peu d'herbe que cette clairière possédait. J'ai posé les yeux sur la deuxième personne. C'était un homme mûr, plus grand, mais cependant plus maigre que moi, ses courts cheveux bruns et ses yeux marron me laisser une étrange impression. Sa peau était largement plus claire que la mienne, mais moins que celle de l'autre personne. Il m'épiait comme je l'épiais, j'ai fini par baisser les yeux avant de poser mon regard sur la femme.

"Merci." Dis-je presque en chuchotant.

Elle s'est contenté de me sourire en guise de réponse. J'ai senti le chat se frotter contre mon dos, ainsi cette boule de poil était toujours là.

"Cette bête est à toi ?"

La voix de l'homme était rauque et avait un soupçon de peur, il semblait ne pas vouloir être là. J'ai ignoré la question tout en commençant à caresser Morfale, j'ai fini par quitter le félin des yeux pour m'adresser à la femme qui venait de me sauver.

"Pourquoi je n'arrivais plus à respirer à l'instant ?"
"Je ne suis pas sûre, d'où viens-tu comme ça ?"
"Par là." Dis-je en pointant du doigt la direction.
Elle a brièvement regardé vers les arbres avant de se retourner vers moi.
"Qu'y-a-t-il par là ?"

Je me suis braquée, ravivant le souvenir de ce que j'avais devant moi en cet instant, j'ai commencé à respirer bruyamment avant d'immédiatement sentir le souffle chaud de l'inconnue qui s'était presque collé à moi.

"Calme-toi, n'y pense plus."

Mes doigts s'agitaient nerveusement sur mes jambes nues, j'essayais de ne plus penser à cette créature que j'avais vue, mais ça ne fonctionnait guère. Morfale s'est glissé entre mes jambes pour se placer dans le trou que la position en tailleur permettait, avant de se rouler en boule. J'ai recommencé à le caresser machinalement, finalement quand j'y pensais, il avait vu la même chose que moi. Pourquoi cette chose me faisait-elle autant paniquer ? L'inconnue a commencé à sourire avant de complètement se relever et de jeter un regard à son compagnon.

"Vous voulez savoir qui je suis hein ?"

Je me suis relevée, Morfale dans les bras qui semblait s'être endormi sous l'effet de mes caresses. L'homme m'a jeté un regard empli de curiosité, tandis que la femme gardait le même sourire léger.

"Je pense que c'est la moindre des choses que je puisse faire pour vous remercier de m'avoir sauvé. Je m'appelle Miliel bien que je n'explique pas comment je le sais."
"Personne ne le sait." Répondit l'homme.
"Je suis Sérya et lui c'est Osile."
"Que voulez-vous dire par personne ne le sait."
"Exactement ce que ça veut dire."

J'ai soupiré devant cette réponse. L'homme me regardait étrangement, comme si j'étais la dernière des idiotes. Les récents événements avaient quelque peu entamé mon énergie et mon envie de survivre, mais pas au point de tout abandonner, pas encore.

"Que vas-tu faire ?" Demanda Sérya visiblement inquiète à mon sujet.
"M'installer." Répondis-je l'air peu enjoué.
"Ici ?"
"Ici-même, c'est l'endroit idéal, à mon sens. Il n'y a que des arbres tout autour de nous, l'endroit idéal pour se protéger."
"Comment tu comptes t'y prendre au juste ?"

Osile s'est avancé vers moi avec un œil nouveau, comme si ce que je venais de dire l'intéresser. Sérya, elle se contentait d'attendre.

"Rassembler des bouts de bois ensemble pour construire un truc ?"
"Des bouts de bois ?" Dit-il en levant les yeux au ciel.
"Je ne sais pas quoi vous dire, mon principal but jusque-là, hormis survivre, était de trouver un endroit comme celui-là justement pour ça."
"Je vois." Fit-il simplement.

"Sérya." Reprit-il après un silence.
"Miliel, tu veux bien attendre ici ?"

J'ai acquiescé. Ils se sont éloignés de moi pour discuter entre eux. J'arrivais à entendre certains mots, surtout lorsqu'ils criaient, ils n'étaient pas d'accord sur un point, mais lequel ? Le manque d'eau se faisait sentir surtout avec la chaleur ambiante, étrangement la faim n'était, elle, pas un problème. Je me suis assise dans l'herbe pour ne pas trop m'épuiser. J'en ai profité pour essayer de retirer les éléments qui s'étaient enfoncées dans ma chair plus tôt. J'ai relevé la tête, ils étaient toujours en train de discuter, mais cette fois en s'approchant de moi.

"Tu devrais faire attention où tu marches."
Je me suis relevée avant de lui souffler dessus.
"Tiens, je suis surprise que tu ne te sois pas envolé."

On a échangé un sourire alors que Sérya soupirait de dépit.

"On a pas le temps de rejoindre les abords du lac avant qu'il fasse nuit, alors on va rester ici, on partira demain dès le premier rayon de soleil."

J'ai gardé le silence à l'annonce du mot "on". Je n'avais guère envie de les suivre, Morfale et moi on s'était bien débrouillé jusque là. Cependant elle avait parlé d'un lac, et la soif était un problème auquel je n'avais pas encore trouvé de solution. Je me suis contentée d'un oui de la tête alors que je m'allongeais dans le peu d'herbe que la clairière possédait. Morfale était partie se promener dans les environs, j'ai regardé le ciel obscurcit par les arbres avant de finalement m'endormir.


Jour 8 :


La nuit s'était assez mal passée, Morfale n'avait pas arrêté de miauler troublant le peu de sommeil que je pouvais avoir. Il en était de même pour celui de mes compagnons qui n'avait pas hésité à exprimer leur mécontentement. J'ai fait des cauchemars cette nuit, la chose que j'avais vu la veille ne m'a pas laissé dormir. Hantant toutes mes pensées. Effrayée de me rendormir, j'avais passé la plupart de la nuit à tenter de calmer Morfale, ainsi que moi-même par la même occasion. Sans aucun succès.
Sérya était venu me voir inquiète à mon sujet. Cette femme semblait sincère. On a parlé pendant la nuit quand ce n'était pas son tour de veiller. Toutefois, j'étais peu enclin à lui révéler ce qui m'inquiétait. En réalité, j'étais terrorisée rien qu'à rester ici avec cette créature dans les environs. Elle avait cependant vite compris que je ne dirais rien, et même si elle était visiblement soucieuse, elle ne prononça plus le moindre mot, se contentant de surveiller les alentours. Osile était venu aussi, il était cependant beaucoup plus ronchon à cause de Morfale qui ne voulait pas se taire.

"Ton chat va finir par me rendre fou, tu sais ?"
"Je crois qu'il est dans le même état que moi."

Il n'a rien dit d'autre pendant un moment, se contentant de regarder devant lui.

"Avoir peur n'est pas forcément un mal, tu sais, ça nous permet d'apprendre quelles sont nos faiblesses. Je crois que tu as trouvé l'une des tiennes."

J'ai reçu ces mots comme un coup de lance en plein cœur, j'ai passé mes mains sur mes yeux pour camoufler les larmes qui arrivaient. Il m'a touché l'épaule avant de repartir voir Sérya derrière nous pour la réveiller. Les premières lueurs du soleil étaient déjà là ce qui voulait dire qu'il était temps de partir. J'étais déjà lasse rien qu'à l'idée de marcher, c'était la première nuit que je passais sans vraiment dormir. J'avais soif et la faim s'était faite sentir pendant la nuit. C'était l'un des défauts de penser pendant toute une nuit... Peut-être que si on atteignait ce fameux lac, je pourrais retrouver quelques forces.

"J'espère que Dahar a attrapé quelque chose hier, je suis affamé."
"Je le souhaite aussi."

J'ai jeté un dernier regard derrière moi, là où avec Morfale on avait vu cette chose noire, je ne vis rien, comme ce fut le cas pendant toute la nuit. J'ai frissonné à la fois de peur et de froid, j'avais l'impression d'être revenu deux jours en arrière avec cette fraîcheur. Ozile est venu me voir en m'entendant grincer des dents, disant qu'on trouverait peut-être quelque chose en route pour me couvrir. Idiot, ce n'était pas comme si je tremblais uniquement à cause du froid... J'ai vu qu'il l'avait très bien compris à son sourire narquois.
On avançait lentement, ce n'était pas qu'ils faisaient preuve de prudence, ils étaient simplement lents. Plusieurs fois, j'ai dû ralentir le pas pour ne pas les rattraper, Morfale lui faisait comme bon lui semblait, jusqu'à parfois disparaître pendant un certain temps.

"Tu n'as pas peur qu'il se perde ?"
"Il ne fait peut-être pas de bruits, mais il laisse beaucoup de traces."

Je leur ai montré les marques sur le sol où il avait laissé traîner ses pattes, sur certains arbres se trouvaient même des traces de griffure, signe qu'il lui arrivait de grimper dessus.

"Maintenant que tu le dis, c'est vrai, je n'avais même pas fait attention."

J'ai haussé les épaules disant que je n'avais fait que regarder autour de moi. J'aurais pu plaisanter sur le fait qu'on marchait tellement lentement que n'importe qui aurait été capable, en faisant preuve d'un peu d'attention, de remarquer ces détails. C'était un peu le principe de la survie surtout dans un lieu tel qu'une forêt, observer pour ne pas être surpris. Toutefois, je ne voyais aucun avantage à me moquer d'eux, plus on restait soudé, plus on avait de chances de sortir d'ici sans encombre.
J'ai vu Morfale sortir de derrière un amas de branches en courant comme un fou, il a aussitôt commencé à grimper à un arbre. Je l'ai rapidement perdu de vue à cause des feuilles et des branches présentes en nombre. Je n'étais pas la seule à avoir les yeux fixés en l'air, Morfale réapparut très vite avec un petit oiseau dans la gueule. C'était étrange la façon dont il arrivait à tenir en équilibre, mais sa descente se fit petit à petit jusqu'à ce qu'il arrive à terre.

"Tu savais que l'oiseau était là ?" Me demanda Ozile d'une manière un peu trop sérieuse.
"Tu connais déjà la réponse non ?"
"Je veux en être sûr."
"Oui, je le savais. Restons pas là."
"On pourrait aussi bien manger l'oiseau ici ?"
"Ne sois pas ridicule." Enchaîna Sérya qui s'était déjà remise en marche.

Ozile m'a regardé avec un air d'incompréhension, je lui ai dit que l'oiseau était déjà petit pour un chat, alors pour nous ça aurait été l'équivalent de manger une fourmi, il était inutile de nous arrêter pour si peu.
Peu de temps après nous atteignions enfin la bordure de la forêt, jusqu'à finalement la quitter. J'ai inspiré un grand coup comme si je retrouvais enfin un véritable air. À l'intérieur de la forêt et surtout en plein cœur, c'était comme si l'air lui-même fuyait les lieux. Ce qui ne faisait qu'accentuer la peur que je pouvais ressentir.

"Regarde Miliel, tu peux voir le lac d'ici."

Je ne savais à quoi je pouvais bien ressembler maintenant. Je me sentais comme face au renard en train de cuir sur le feu alors que mon corps réclamait de la nourriture. La vue de cette étendue d'eau m'avait permis de répondre à une question ô combien importante.

"Je crois que j'ai trouve ton utilité pour notre camp." Avança Ozile.
"On verra ça plus tard."

Je pouvais sentir l'impatience de Sérya d'arriver et de sûrement se reposer, elle avait l'air aussi fatigué que moi. Dans quel état serait-elle si, comme moi, elle n'avait pas pu dormir. Je partageais cependant son impatience d'enfin atteindre notre objectif. Devant nous s'étendait une plaine dont je ne voyais pas la fin. À en juger par les directions qu'on avait prises, on avait fait un détour à l'ouest pour finalement partir plein sud. Je pouvais voir le lac, mais il se trouvait légèrement à l'est, si on continuait droit vers le sud, qui sait où cela nous mènerait ? Sérya a changé de direction pour finalement se diriger vers l'est, directement vers leur camp. J'étais toutefois curieuse de savoir ce qu'il y avait plus loin, peut-être trouverais-je réponse à ma curiosité plus tard. Sûrement, si jamais l'occasion venait à se présenter un jour.
On était finalement arrivés au camp après avoir marchait sur une pente ascendante, ce qui n'était pas un exercice facile.  Ce qui ressemblait à une cabane en bois se tenait-là, à l'extrémité de la falaise. J'ai eu un bref rire, c'était astucieux, il n'y avait plus qu'un côté à surveiller comme cela. Sérya s'est empressée de chercher Dahar qui était tout sauf présent. Elle s'est précipitée dans leur abri, qui semblait être capable de contenir trois personnes au maximum, personne n'y était.

"Il est sans doute parti pêcher plus bas." Fini par dire Osile dont la voix camouflait à peine son inquiétude.

Je me suis approché du bord de la falaise, c'était ridiculement haut, quiconque voudrait escalader cela serait bien idiot. Plus bas, je pouvais voir à quel point le lac était étendu, sa surface semblait si calme et paisible.

"Ce Dahar, il te ressemble Osile ?"
"Autant qu'un frère, pourquoi ?"

Sérya m'a rejoint avant de pousser un soupir de soulagement. On arrivait à le voir aisément même d'aussi haut, il était effectivement en train de pêcher un peu plus à l'ouest de notre position, sur la rive. Elle s'est reculée presque immédiatement après l'avoir vu pour partir le rejoindre. Elle avait dit à Osile de rester là, sûrement pour me surveiller. Je me suis assise sur le bord de la falaise, les pieds dans le vide. La vision du lac avait quelque peu calmé les peurs que j'éprouvais jusqu'à présent. Osile m'a rejoint, sans pour autant trop s'approcher du bord.

"Pourquoi n'est-il pas venu avec vous dans la forêt ?"
"C'est lui qui a proposé l'idée, qu'il serait bien plus utile en restant ici, à améliorer le camp et pêcher plutôt qu'à explorer la vallée avec nous."
"C'est courageux et quelque peu idiot."
"Tout comme s'asseoir au bord d'une falaise."

J'ai frissonné rien qu'à l'idée qu'il me pousse dans le vide, j'ai tourné la tête vers lui pour le voir sourire, fier de sa propre plaisanterie.

"Enfoiré."

Le soleil avait avancé dans le ciel, Sérya et Dahar allaient arriver d'un instant à l'autre, il avait fallu pas loin de deux heures pour faire l'aller-retour. À peine étaient-ils arrivés qu'Osile et Dahar se sont sautés dans les bras l'un de l'autre. Sérya s'est approché de moi pendant que les deux hommes se retrouvaient.

"Tu devrais partir maintenant pour étancher ta soif. La nuit commencera à peine quand tu seras revenu, si tu te dépêches."

Je n'ai pas attendu mon reste pour partir, croisant à peine le regard de Dahar et la prise qu'il tenait à la main. Morfale ne m'avait pas quitté depuis que nous étions arrivés au camp, peut-être était-il aussi mal à l'aise que moi. Je me sentais tellement exposée ici, même si côté falaise, il n'y avait rien à craindre ; on ne pouvait pas en dire autant du reste, c'était même le contraire.

"Attend Miliel, je viens avec toi."

Je me suis retournée pour voir Osile en train de courir pour me rattraper. J'ai attendu qu'il arrive à ma hauteur avant de le prévenir que je n'allais pas ralentir mon pas comme je l'avais fait pendant toute la journée. Il s'est mis à rire à peine avais-je fini de parler.

"C'est Sérya qui est lente, pas moi."
"Je veux bien te croire."

J'ai accéléré le rythme de ma marche, je ne voulais vraiment pas que la nuit tombe alors qu'on était si exposé. Osile arrivait à me suivre, mais cela se voyait qu'il forçait.

"Ça va aller ?" Dis-je visiblement inquiète.
"Putain, tu vas sacrément vite, de quoi as-tu peur ?"

J'ai écarté les bras en grand pour qu'il se rende compte à quel point on était exposé.

"Ouais, j'ai compris..."

J'ai repris ma marche tout en ralentissant un peu, il était inutile de totalement l'épuiser. Si quelque chose devait nous arriver, avoir quelques forces en réserve ne serait pas un mal.

"Merci."
"Ne me remercie pas, il fera nuit pendant le retour."

Il n'a rien dit d'autre, conscient que c'était sa faute si on prenait du retard. J'aurais peut-être dû plus le ménager, mais en dehors du fait que j'étais terrifiée à l'idée de traîner dans les environs pendant la nuit. J'étais également assoiffée, sans parler de la faim qui commençait à se faire pressante également. J'enviais un peu Morfale qui avait pu manger quelque chose même si ce n'était pas bien gros. Il a émis un miaulement aigu en fixant quelque chose devant nous. J'ai eu beau regardé dans la même direction que lui, je ne vis rien, il a soudainement commencé à courir droit devant, nous distançant purement et simplement.

"Qu'est-ce qu'il a ?"
"Aucune idée."

Il avait eu la même réaction lorsqu'il avait senti la présence de cette chose dans la forêt. Seulement cette fois la vue était dégagée et je ne vis rien d'autre que de l'herbe devant nous. Que pouvait-il bien avoir vu ?
Nous étions finalement arrivés aux abords du lac, sans attendre, j'ai bu ce que je pouvais, calmant enfin les réclamations que mon corps m'envoyait depuis le début de la journée. J'ai soudainement relevé la tête quand Morfale est revenu en courant, je n'avais aucune idée de ce qu'il était parti faire. J'ai entendu les clappements de sa langue contre l'eau, j'avais les yeux fixés là où il venait de sortir, mais je ne vis rien de nouveau.

"On ne devrait pas rester là." Me chuchota Osile avec une voix tremblante.
"Je suis d'accord."

Quand bien même je ne voyais rien de dangereux, le sentiment d'exposition restait intact et savoir que Morfale avait vu quelque chose confirma en quelque sorte cette peur. Il ne fallait pas être devin pour savoir qu'il avait une meilleure vision que nous. On a attendu un bref instant le regarde fixe avant de se retourner pour rentrer au camp.
Le soleil se couchait à peine alors qu'on arrivait au camp, on avait été plus rapide qu'à l'aller en fin de compte. Un feu avait été allumé pendant notre absence, Morfale s'est précipité près de lui, pas pour la chaleur, mais plus pour le poisson qui grillait dessus.

"Gardez-le à l'œil" Dis-je avec un sourire. "Il m'a déjà volé de la nourriture dans mon dos. Hein sale bête."
"Mangeons vite dans ce cas, venez, on vous attendait."

Je ne me suis pas fait prier pour arriver près du feu, j'ai pris Morfale dans mes bras avant de m'asseoir. Osile à fait de même, il était vrai que la journée avait particulièrement fraîche et qu'un peu de chaleur ne pouvait pas faire de mal, sans compter que la nuit promettait d'être encore plus froide que la journée.

"Sérya m'a parlé de toi et de ce qu'il s'est passé lors de votre rencontre, tu devrais nous dire ce qui ne va pas."

J'ai regardé Sérya qui avait la mine basse, elle regardait le feu et semblait sur le point de s'endormir. Osile lui m'a donné un coup dans le dos pour m'encourager.

"Crache ton venin, ça peut te faire que du bien."

Mes doigts ont commencé à s'agiter sur la tête de Morfale avant qu'enfin, sous le regard de mes trois compagnons, je me décide à parler.

"C'est Morfale qui l'a vu en premier, ou plutôt il a senti quelque chose, la végétation était trop dense pour vraiment voir, enfin peut-être que les chats voient plus loin que nous, je ne sais pas. Il a couru aussi vite qu'il a pu, un peu comme lorsqu'il a repéré l'oiseau, je l'ai suivi comme j'ai pu sans faire attention où je posais les pieds."
"Ça explique les marques."
"Ouais. Morfale s'est arrêté alors que j'allais le perdre de vue, quand je l'ai rejoint, il miaulait sans vraiment miauler, il ouvrait à peine la bouche et laissait échapper un son si ténu que je n'arrivais presque pas à l'entendre, quand bien même je me trouvais à côté de lui. Il fixait quelque chose, mes yeux ont naturellement suivi et c'est là que j'ai vu cette créature entièrement noire avec un visage blanc. Elle ne bougeait pas, enfin si, mais de façon imperceptible. Ce que j'ai ressenti à la vue de cette chose..."
"Comme si tu mourais de l'intérieur."

C'était Sérya qui avait parlé, son regard n'avait pas bougé, elle fixait le feu recroquevillé sur elle-même.

"Qu'as-tu fait ensuite ?" Me demanda Dahar.
"J'ai fui aussi vite que je pouvais, jusqu'à arrivée dans cette clairière où j'ai bien cru mourir."
"Et c'est à ce moment qu'on est arrivés." Conclua Osile.

J'ai immédiatement éclaté en sanglots, raconté tout cela était au-delà de ma résistance mentale. J'ai commencé à pleurer avant de sentir les bras d'Osile autour de moi.

"Vas-y, lâche-toi, ça ira mieux ensuite."
Miliel
Membre
Messages : 8

Jour d'éveil : Jour 5
Race : Racine
Métier : Chasseur (2)
Groupe : Errants
Fiche de présentation :
Dim 26 Juin 2016 - 17:56

Jour 9 : (aube)

Je n'ai aucun souvenir sur la façon dont s'est terminée la soirée d'hier. Je m'étais sûrement endormie à force de pleurer. Raconter ma rencontre avec cette créature avait été éprouvant, mon manque de sommeil avait sans doute fini par me trahir. J'étais allongée sur le sol, mais j'avais un toit au-dessus de la tête. Sérya et Osile dormaient à côté de moi, ils avaient l'air paisible. Je ne voyais pas Morfale, j'ai décidé de me lever en essayant de faire le moins de bruit possible pour ne pas les réveiller. La cabane était suffisamment petite pour qu'en quelques pas, je sois dehors. Il faisait encore nuit, il ne restait du feu que quelques braises mourantes. Dahar était assis-là, avec Morfale en train de dormir à côté de lui.

"Ça va mieux ?"
Je me suis approché des restes du feu avant de m'asseoir à côté de lui.
"Ouais, plus ou moins."
"On t'a gardé un morceau du poisson, ce n'est pas grand chose, mais c'est mieux que rien."

Il m'a tendu le peu qu'il restait, alors que j'allais mordre dedans, j'ai jeté un regard au chat roulé en boule près de lui.

"Il en a déjà eu, ne t'en fais pas."
"Merci." Dis-je avant de manger la part qu'on m'offrait.

"Désolée d'avoir craquée, je crois..."
"Inutile de t'excuser, Sérya m'a dit que tu n'avais pas dormi hier à cause de ça. Tu fais des cauchemars ?"
"Ouais." Dis-je en essayant de calmer un frisson.
"Que vois-tu ?"
"La même bête sauf qu'elle n'est pas seule. Je suis allongée sur le dos et je vois leurs corps comme s'ils étaient des montagnes, leurs visages blancs impassibles me regardent et d'un coup, ils foncent vers moi."
"Et tu te réveilles ?"
"Ouais."

J'étais surprise d'en dire autant sur mes peurs les plus profondes à quelqu'un que je connaissais à peine, mais ce Dahar avait quelque chose de plus que n'avaient pas Sérya et Osile. Son regard semblait me percer de part en part, ne laissant de moi qu'un réceptacle ouvert et sans défense.

"Tu dois savoir que la créature que tu as vue n'est pas le seul spécimen qui existe."
"Je m'en doutais un peu."
"Elles sont très dangereuses, mais uniquement parce qu'elles sont imprévisibles, en te regardant, j'arrive à croire que tu serais capable d'en tuer une par tes propres moyens."
"Permets-moi d'en douter." Dis-je en souriant.
"C'est pourtant l'impression que j'ai eu la première fois que je t'ai vu. Et puis aussi..."
"On a déjà eu des problèmes avec."

Je me suis retournée brusquement pour voir qu'Osile était réveillé, il avait les yeux encore à moitié fermé, il a parcouru les quelques pas qui nous séparait de l'abri pour s'asseoir avec nous.

"Tu es d'accord avec ce que Dahar vient de dire ?"

Il m'a fixé pendant quelques secondes avant de répondre.

"Peut-être, mais elles se baladent rarement seule."
"La chose que j'ai vu était pourtant bien seule."
"Tu aurais peut-être dû la tuer."
"Ou essayer et mourir lamentablement."
"Tu sais Miliel, ces créatures, elles ne savent pas nager ?" Annonça Osile après un silence.
"Comment tu le sais ?"
"La première fois qu'on a rencontré ces choses, la seule solution qu'on avait, c'était de fuir jusqu'au lac. Elles nous ont suivies et le spectacle de ces créatures essayant de nager avait le mérite d'être drôle."
"C'est bon à savoir."

Un silence passa avant que la voix de Dahar ne le brise.

"Miliel, Osile pense que tu serais capable de chasser, qu'en penses-tu ?"

Le ton de sa voix avait légèrement changé, il était plus sérieux.

"Pourquoi tu penses ça ?" Dis-je en me tournant vers Osile.
"D'abord à cause de ton chat, il pourrait être un redoutable atout. Tu sembles aussi être capable de voir des choses que les autres ne voient pas. Sans parler de ta carrure qui pourrait être un avantage."

Je me suis tournée vers Dahar à nouveau qui attendait une réponse de ma part.

"Tuer pour survivre ? Je dois en être capable."

Après tout je l'avais déjà fait.

"Je tiens aussi à ce que tu saches que tu n'as aucune obligation envers nous. Tout comme Sérya et Osile, tu es libre, si tu veux partir, tu peux."

J'ai passé le reste de la nuit seule après leur avoir proposé d'aller dormir pendant qu'ils le pouvaient. Dahar ne s'était pas fait prié, Osile m'a demandé si j'étais sûre de moi, chose à laquelle j'ai répondu que si je n'étais pas sûre, je ne l'aurais pas proposé. Il m'a sourit avant de rentrer dans la cabane. Je m'étais approchée du bord de la falaise pour observer le lever du soleil, il était magnifique et la vue du lac au matin l'était tout autant. Cette calme étendue d'eau avait le don de me faire peur, mais à force de la regarder, je me sentais apaisée. Que pouvait-il bien se cacher sous sa surface ?


Jour 12 :


Les trois derniers jours ont tous étaient identiques. Sauf un jour où j'ai eu l'impression de crever tant mon corps manquait d'eau. Une espèce de routine s'était installée et je n'aimais pas vraiment ça. J'avais un goût âcre dans la bouche, bouffé des racines et des plantes n'avait rien d'enviable. J'avais l'impression de mâcher de la boue, j'avais connu mieux niveau consistance. Mon estomac réclamait encore et encore, j'aurais tant aimé réussir à nous trouver de quoi remplir nos panses. Hélas ni moi ni Morfale n'avions été capables de ramener quelque chose. Dahar n'avait pas eu plus de succès avec la pêche. Pour le moment, on ne devait notre survie qu'à la cueillette de Sérya. À défaut de ramener de la nourriture, je revenais au moins avec les bras chargés de branches. Grâce à cela, Osile avait fabriqué de quoi consolider l'abri, c'était l'une des rares choses qui avaient progressé pendant ces trois jours. Il m'avait aussi fabriqué une lance, bien qu'il m'a avoué que j'aurais pu tailler le bout d'une branche moi-même pour arriver au même résultat. C'était mieux que rien qu'il disait. L'ambiance au camp était pour le moins houleuse, Sérya qui ne parlait déjà pas beaucoup se taisait encore plus, se contentant de faire sa part. Osile lui débordait de bonne humeur, on avait un peu discutait, il disait se sentir inutile et qu'il aurait bien aimé nous aider davantage. C'était ridicule et il le savait, il cherchait simplement à être rassurer, comme nous tous... Dahar lui me questionnait sans cesse sur comment se déroulait la chasse, chaque fois, je lui donnais la même réponse, celle que j'avais échouée. Il repartait la mine basse, le manque de nourriture commençait à le peser, plus que nous autre. Morfale n'était pas dans un meilleur état, il était moins vif et miaulait presque sans arrêt. Il avait faim, hélas nous aussi nous avions faim.
J'ai croisé Osile au réveil, il semblait sur le point de partir au lac, sûrement pour calmer sa soif.

"Je peux venir avec toi ?" Demandais-je en attrapant la lance avec laquelle je chassais.
"Avec plaisir." Dit-il visiblement ravi que je lui demande.
"Quel temps de chien."

Je ne pensais pas si bien dire, ce temps de merde allait nous suivre toute la journée. On voyait à peine ce qu'il y avait devant nous. On a commencé à descendre la pente pour atteindre le lac quand j'ai entendu Morfale miaulait, évidemment qu'il voulait me suivre. Arrivés près du lac, j'ai décidé de complètement m'immerger, comme si je pouvais laver les échecs des trois derniers jours grâce à ça. Ce n'était guère prudent de faire ça, avec la brume, j'arrivais à peine à voir la rive alors qu'elle se trouvait juste à côté de moi. Je ne voyais ni Ozile ni Morfale, si bien qu'après seulement quelques secondes, je suis sorti de l'eau, tremblante de froid.

"Si j'ai d'autres idées à la con comme ça, frappe-moi."
"Tu as presque l'air d'une échouée comme ça."
"Connard."

C'était pas un compliment pour moi et il le savait bien.

"Bon." Fis-je en ramassant ma lance. "Je vais tenter ma chance au sud d'ici."

Cela faisait trois jours que je me contentais de la forêt comme terrain de chasse, quitte à être là autant en profité pour changer un peu. Osile était reparti vers le camp en me souhaitant bonne chance. Ouais, il était peut-être temps d'enfin en avoir. La brume se faisait un peu moins dense au fur et à mesure que la journée avançait, j'y voyais un peu plus clair, mais ce n'était pas encore suffisant. Pour le moment, je me fiais uniquement à Morfale, tournant souvent la tête vers lui pour savoir où il pouvait bien regarder. Il s'est soudainement fixé, faisant les mêmes bruits lors de notre rencontre avec cette monstruosité, je ne voyais rien à cause de cette foutue brume... Je me suis accroupi à côté de lui le plus silencieusement possible, posant une main sur son dos pour qu'il se calme. Mais à peine l'avais-je touché qu'il fonça vers l'avant.

"Putain ça va pas recommencer."  

J'ai couru droit devant moi malgré le manque cruel de visibilité, j'osais espérer que bientôt mes yeux seraient capable de me montrer quelque chose. J'ai entendu Morfale émettre ce qui pouvait ressembler à un feulement. J'ai vu une ombre passé devant moi suivi de près par mon chat, ce vieux fou était en train de poursuivre un truc bien plus gros que lui. ENCORE ! La bonne nouvelle, c'est que j'arrivais presque à voir ce qu'il pourchassait, je l'entendais encore mieux. J'ai assuré ma prise sur ma lance, prête à l'utiliser à n'importe quel moment. Un bruit sur ma gauche, je me suis immédiatement tournée avant de donner un coup de lance devant moi. L'arme s'était enfoncé dans la peau de l'animal, des éclaboussures de sang jaillirent sur mon visage. L'élan de l'animal faillit me faire lâcher prise, je me suis retrouvée à courir à côté lui les deux mains bien agrippé sur le manche de la lance qui semblait être sur le point de se briser. Il ne fallut pas longtemps que je perde l'équilibre, ça allait beaucoup trop vite pour mes jambes, je refusais cependant de lâcher la lance, quitte à bouffer de l'herbe. Il fallut encore moins de temps pour que l'animal commence à ralentir, je lui avais quand même planté une lance dans le corps bordel de merde. J'entendais Morfale courir près de moi, il m'a dépassé avant de sauter sur notre proie plantant ses griffes sur son corps. Cela avait apparemment suffit à achever la bête qui s'écroula en avant, j'ai lâché ma prise sur la lance avant de m'effondrer près du corps de l'animal qui s'avérait être un putain de chevreuil.

"Ok pour cette fois, je te pardonne."

Je reprenais mon souffle après cette courte mais intense course. Morfale tournait déjà autour de l'animal en miaulant, il avait faim et je ne pouvais pas lui donner tort de vouloir en profiter maintenant. Je me suis relevée après avoir attendu un instant, je toisais le cadavre de toute ma hauteur.

"Équipe Morfale 1, le con de chevreuil 0."

J'ai posé un pied contre le flanc de l'animal pour sortir ma lance, j'étais étonnée qu'elle soit encore en un seul morceau, mais je n'allais pas m'en plaindre. Non, la chose dont j'allais me plaindre, c'était le poids de ce truc. Heureusement il était plutôt petit, autrement j'aurais été bien incapable de le transporter sans aide.

"C'est pas toi qui va m'aider hein truc tout minuscule."

Tant bien que mal, j'ai glissé l'animal sur mes épaules. Ce n'était pas si lourd que ça au final, pas léger pour autant, c'était à la limite du supportable à vrai dire.
Plusieurs fois, j'avais dû faire une pause pour reposer mes épaules endoloris de porter un tel poids. Mes jambes me faisaient souffrir, des restes de cette perte d'équilibre...
Ce fut Sérya qui vint à ma rencontre alors que j'approchais du camp, sa mauvaise humeur des derniers jours soudainement disparu, elle m'aida à finir de transporter le chevreuil près de l'abri. Une fois fait, je me suis écroulée de fatigue, j'étais poisseuse de transpiration, j'ai passé une main sur mon visage pour dégager les cheveux qui s'y étaient collé avant de pousser un profond soupir de soulagement.

"Tes jambes, ça va ?"
"Ouais, c'est que des écorchures."

J'ai levé les yeux vers le ciel, la journée avait plus avancer que ce que je pensais, j'avais vraiment mis tout ce temps pour revenir ? Sérya s'attelait déjà à essayer de faire un feu, aucun d'entre nous n'était doué pour ça, ça prenait du temps.
Osile venait de revenir de ses occupations, il arrivait du nord et avait les bras chargés de bois, à la vue de la carcasse qu'on avait commencé à dépecer avec Sérya, il a hurlé de joie.

"Je savais bien que tu serais utile un jour."
"Essaie de maintenir le feu en état." Intervint Sérya avant que je ne puisse répondre à cette pique.

Morfale n'avait pas cessé de miauler et de tourner autour du chevreuil, plusieurs fois, je l'ai repoussé tant il se montrait impatient, allant jusqu'à grimper sur la carcasse.
Une fois le dépeçage fini, Sérya à mis la viande à cuir au-dessus du feu. Je me suis approchée du bord de la falaise avant de m'asseoir, les pieds dans le vide. Il fallait encore attendre avant que ce soit prêt, et plus que tout, c'était Dahar qu'on attendait.

"Miliel !"

Ce cri, c'était celui Dahar, je me suis retournée pour le voir s'approcher de moi. Il avait les yeux embués de larmes.

"Hé, c'est moi la petite pleurnicharde normalement, vous n'allez pas pleurer pour ça chef ?"

Il m'a serré dans ses bras si fort que j'ai cru qu'il allait me briser le dos.

"Bravo, maintenant, t'es tout collant de sueur aussi."
"Rien à foutre."

Il souriait, chose qu'il n'a pas faite depuis que je l'ai rencontré, il y a trois jours.
Une fois l'étreinte terminée, il est parti rejoindre Osile et Sérya. J'esquissais un léger sourire en le voyant moins maussade qu'avant. Je me suis assise à nouveau au bord de la falaise fixant le lac. Je me suis relevée en entendant la voix de Sérya me disant qu'on pouvait enfin manger.

"On ne pourra pas tout manger avant que ça pourrisse, alors bouffer à votre faim."
"On va enfin pouvoir dormir cette nuit." Balança Osile en regardant Morfale.
"C'est peut-être pas à cause de la faim qu'il gueule la nuit."
"Parle pas de malheur."


Jour 13 :


Je fus la dernière à prendre le tour de veille, je n'étais pas vraiment d'accord ça, mais ça m'avait permis de retrouver des forces. Même si la nuit avait été difficile à cause des cauchemars que je pouvais avoir, elle avait été plus bénéfique que l'inverse. C'est Sérya que j'ai relevé, elle qui parlait encore moins que moi et ne laissait rien paraître de ses sentiments. C'était tout le contraire du premier ressenti que j'ai eu quand j'ai vu son visage la première fois. Peut-être était-ce dû au fait qu'elle m'a sauvé la vie, non, ce n'était pas ça. C'était autre chose, c'était comme si elle avait peur de moi, je me souvenais de la première nuit qu'on avait passée ensemble, on avait discuté un certain temps, là, elle était simplement différente. C'était un étrange sentiment et je n'arrivais pas à me l'ôter de la tête. Peut-être devrais-je la confronter dans la journée, savoir ce qu'il en était réellement.

Morfale est sortit en trombe de l'abri, jusqu'à arriver à ma hauteur en quelques enjambées. Il m'a dépassé sans même faire attention à moi, je me suis levée pour le voir s'éloigner jusqu'à ce que je le perde de vue. J'ai haussé les épaules, je n'avais rien vu ni entendue dans la direction où il était parti. Ce genre de comportement lui arrivait souvent depuis le jour où on est arrivés au camp. La première fois, c'était Dahar qui avait assisté à ça, me prévenant que mon chat faisait des escapades nocturnes. J'étais légèrement inquiète quand j'ai entendu ça, mais il était revenu ainsi que les autres fois. J'ai fini par le laisser faire sans m'inquiéter plus que ça.
Cela me faisait plus sourire qu'autre chose, peut-être, voulait-il simplement se sentir libre sans personne autour de lui. Je n'y croyais pas vraiment, mais à vrai dire, je l'enviais un peu. Non pas que la présence d'autres personnes me dérangeait, j'avais simplement l'impression de ne pas être libre de mes actes, si je partais un moment, je devais quand même revenir ici. Rien ne m'y obligeait, Dahar me l'a bien précisé au premier jour, mais quelque part, je me sentais redevable, surtout envers Sérya.

Il faisait jour, Dahar s'était réveillé le dernier, il avait une mine renfrognée, il avait un truc en tête ou alors il était mal réveillé. Les autres étaient déjà partis vaquer à leurs occupations. Ozile m'avait tapé l'épaule au passage alors que Sérya n'avait même pas posé l'œil sur moi. Je l'ai regardé s'éloigner, elle marchait encore plus lentement qu'avant les yeux rivés sur le sol. Dahar m'a rejoint près du bord de la falaise où j'avais maintenant pris l'habitude de m'asseoir. Je pouvais facilement dire que j'étais hypnotisée par la vue que m'offrait le lac.

"On a pas grand chose à faire avec ta chasse d'hier."
"Faut croire."

J'avais le regard fixé devant moi, j'étais dans mes pensées et j'espérais apercevoir le retour de ce satané de chat. Retour qui ne venait pas, j'ai baissé la tête plus par dépis qu'autre chose, je savais que c'était trop tôt pour partir à sa recherche. Comme si un chat ne pouvait pas se débrouiller seul une journée. Même si ce taré était capable de s'attaquer à une meute de loup, voir à ces créatures noires, tout seul.
Le temps avait filé, je n'avais pas bougé du bord de la falaise, Dahar s'était occupé du camp et m'avait ramené un morceau de viande que j'ai à peine avalé. Je n'avais pas beaucoup d'appétit, je me sentais mal à cause de l'absence de Morfale. C'était ironique à quel point cette boule de poil que j'avais rencontré il y a six jours pouvait me manquer. Je n'étais pas ravie qu'il me suive au début, et même s'il m'avait empêché de dormir plus d'une nuit, je le considérais un peu comme une partie moi. J'ai fini par me lever avant de récupérer la lance qui m'avait servi hier. Le manche était légèrement fissuré, le contre-coup d'hier avait été rude, ainsi donc elle n'était pas ressortie indemne du choc.

"Tu vas où ?" S'enquit Dahar.
"Retrouver mon foutu chat."

J'ai pas attendu qu'il réponde ou ne réagisse, j'étais déjà partie dans la direction où je l'avais vu détaler ce matin. J'avais les yeux fixés vers le bas, à essayer de repérer les traces que Morfale pouvait laisser traîner.
"Là." Remarqua Dahar qui avait décidé de me suivre.
Il avait emporté ce dont il se servait pour pêcher en guise d'arme, je n'étais pas spécialement ravie qu'il vienne, mais deux paires d'yeux valaient mieux qu'une. Je l'ai rejoint pour regarder ce qui me montrait, une marque à peine visible dans l'herbe. Je me suis légèrement penchée pour la voir de plus près, impossible d'être certaine que cette empreinte venait bien de Morfale, mais il fallait bien commencer quelque part. J'ai suivi les traces pendant un moment, je m'étais rendue compte en chemin que les traces étaient de plus en plus espacées, il s'était sans doute mis à courir, suivi par quelque chose.

"Miliel."

Je l'ai ignoré, continuant de suivre les traces aveuglément.

"Miliel !"
"QUOI !"

Je lui ai lancé un regard noir, je devais absolument ne pas quitter la piste des yeux. Je n'étais plus moi-même, la perspective d'une mauvaise nouvelle m'obnubilait complètement, je ne la sentais pas cette journée, elle puait la merde. Ce ne fut qu'en voyant le visage inquiet de Dahar que je parvins à partiellement me calmer.

"Regarde ici."

Impossible de savoir comment je n'avais pas repéré ces empreintes avant, elles étaient trois fois plus grosses que celle de Morfale. J'ai vérifié pour savoir ce qu'il en était réellement. Je n'avais rien raté, pas la moindre trace aux alentours, ces empreintes sortaient de nuls parts. J'ai regardé Dahar qui était aussi perdu que moi, ça se voyait comme le nez au milieu de la figure.

"Elles appartiennent à quoi ces marques ?"
"Vu leur taille, rien de bon pour nous."

On a entendu un grognement au loin, le genre qui donnait envie de détaler et de jamais revenir. Dahar voulait rebrousser chemin et retourner au camp, quitte à revenir plus tard pour chercher Morfale. Je lui ai fait comprendre que c'était hors de question, le hurlement venait de loin, le danger n'était pas encore immédiat. Il a fait une moue désapprobatrice, il voulait tellement se trouver loin d'ici, ça se voyait. Moi aussi à vrai dire.

"Je ne vous demande pas de rester chef, ni de risquer votre vie pour Morfale ou moi."
"Tu me prends pour un lâche ?"
"Ça ne serait pas de la lâcheté de partir maintenant, mais du bon sens." Dis-je en souriant.
"Du bon sens hein, je ne vois pas de quoi tu veux parler."
"Hé, vous savez plaisanter chef, j'en savais rien."

Il m'a fait une grimace hideuse en guise de réponse. J'ai suivi les énormes empreintes pour savoir si elles rejoignaient celles de Morfale ou non. Il a fallu avancer pendant un moment avant que ça n'arrive, mais rapidement les petites disparurent. J'ai levé la tête et j'ai compris pourquoi. Devant nous, il y avait maintenant un trou menant sous terre, jusqu'ou ça pouvait bien mener ? Ça ressemblait à l'endroit où je me suis réveillée, au-dessus, on pouvait voir ces infranchissables montagnes. Légèrement paniqué, je me suis retournée, je ne voyais plus le lac, et encore moins le camp.

"On s'est tant éloigné que ça ?"

Je n'attendais pas de réponse, on était loin, c'était un fait. Pourquoi ce foutu chat était parti aussi loin ? Un autre grognement se fit entendre, bien plus proche que le dernier. J'ai pressé Dahar de rentrer dans le sous-sol, ce qu'il a fait sans discuter. Encore un autre cri, cette fois, j'ai pu voir d'où ça venait. Un ours, il était encore suffisamment loin pour que je puisse encore l'observer. Il s'est dressé sur ses deux pattes arrière avant de hurler encore une fois. J'avais les mains moites, je serrais force la lance comme pour me donner du courage. Ce truc me faisait peur, je ne pouvais pas le nier. J'ai entendu Dahar m'appelait depuis le sous-sol, sa voix était lointaine et j'arrivais à peine à l'entendre.

"Quoi ?" Demandais-je sans quitter l'ours des yeux.

J'ai entendu des miaulements que j'aurais reconnus entre milles alors que Dahar sortait de la grotte. Il tenait Morfale dans ses bras, visiblement effrayé de sortir de là.

"Oh putain."
"Ouais, c'est la merde."

Morfale se débattait dans les bras de Dahar, il voulait sans doute retourner dans la grotte bien à l'abri du truc énorme qu'on avait devant les yeux. Et honnêtement, je ne pouvais pas lui donner tort. L'instinct de survie hein. J'ai quitté l'ours des yeux pour regarder ce connard de chat, il m'avait fait une sacrée frayeur aujourd'hui. L'ours s'est remis sur ses quatre pattes avant de charger vers nous.

"La grotte ?"
"Ça me semble être la meilleure idée, à moins de vouloir affronter un ours."
"La grotte ce sera."

J'ai esquissé un sourire avant de laisser passer Dahar, l'ours était maintenant dangereusement proche et l'entrée étroite ne me permettait pas encore de me faufiler dedans. Je n'aurais jamais le temps de me mettre à l'abri avant qu'il arrive. J'ai envoyé ma lance dans sa direction, espérant le ralentir un peu. J'ai réussi à le toucher à l'épaule, il s'est arrêté l'espace d'un instant avant de reprendre sa course, me laissant le temps de me faufiler dans la grotte. À l'instant où je suis rentrée, j'ai entendu l'ours hurlait, je me suis vivement retournée, il avait réussi à rentrer la tête et cherchait à me mordre. J'ai immédiatement reculé le plus loin possible. Morfale qui était maintenant sur ses pattes s'est précipité sur la tête qui dépassait. J'aurais aimé pouvoir l'attraper avant, mais il était déjà hors de portée de mon bras. Il a sauté en avant d'atterrir sur le front de l'ours qui cherchait à le mordre, en vain. Ses griffes se sont plantées dans l'œil gauche de l'ours le crevant au passage, celui-ci a secoué la tête pour se dégager faisant chuter Morfale sur le sol, je me suis précipitée vers lui pour le mettre hors de portée d'un coup de mâchoire opportun.

"Ce chat est..."
"COMPLÈTEMENT FOU !"

Je le tenais dans mes mains, il voulait repartir à l'assaut, il ne tenait pas en place. J'ai pincé la peau de son cou avant de la tirer légèrement vers l'arrière. Il ne bougeait plus, même si je savais que ça ne faisait que cacher son excitation, c'était mieux que rien. L'ours hurlait, sûrement de douleur, mais il était toujours là. Dire que Morfale lui avait crevé un œil. Avec la lance qu'il avait dans l'épaule, c'était peut-être jouable de simplement le tuer. J'ai regardé Dahar terrait au fond de la grotte qui n'était pas bien profonde, c'était plus un trou qu'une grotte.

"Ça va chef ?"

Il ne me répondait pas, il était ailleurs, ses yeux étaient fixés sur la sortie, on pouvait facilement deviner la peur à l'intérieur. Ses mains étaient collées à son outil, il tremblait. Je me suis approchée de lui avant de le gifler, la peur dans son regard s'est dissipée, il m'a fixé pendant quelques secondes avant de me rendre ma gifle.

"Bien vous êtes là au moins."
"..."
"Il est blessé, mais il est encore là. Faut qu'on se le fasse."

Je n'avais pas l'intention de rester ici pour crever comme merde par peur de me battre avec un ours borgne. Dahar n'avait pas vraiment envie de sortir, mais il a fini par se résigner, sachant ce qui nous attendait si on ne bougeait pas.

"Comment tu fais pour ne pas avoir peur ?"
"Vous vous trompez chef, je suis terrifiée."

L'ours continuait de hurler signe qu'il était encore bien là.

"Comment tu veux t'y prendre ?"
"Ça va être à vous de jouer chef, on va sortir en premier pour faire diversion, vous avez juste à enfoncer votre truc dans son flanc quand vous le sentez, espérons que ça suffise."

Je n'étais pas rassurée, j'ai frissonné avant de lâcher Morfale qui n'en attendait pas moins pour se précipiter vers la sortie.

"Taré de chat."
"T'es pire que lui !"

J'étais déjà sortie. L'ours se tenait droit devant moi, un trou ensanglanté à la place de l'œil, la lance bien enfoncé dans son épaule. Il regardait Morfale qui se tenait encore à bonne distance, il n'était pas complètement inconscient au final. L'ours a crié dans ma direction au moment où je suis sortie, il a commencé à me charger, mais il était plus lent, j'avais bien assez le temps de m'éloigner de l'entrée du trou. Je devais lui faire oublier la présence de Dahar pour qu'il puisse agir sans le moindre danger. L'ennui, c'était que s'il me touchait, c'était la fin. Je voyais à peine Morfale dans les hautes herbes, celui-ci se trouvait du côté aveugle de l'ours, j'ai esquissé un sourire en voyant ça. Ce chat avait une intelligence qui lui était propre, à défaut d'être un fou, ainsi qu'un sacré instinct de chasse. L'ours a hurlé à nouveau avant de se lever sur ses pattes arrières.

"Intimide moi mon gros, c'est ça."

J'ai vu Dahar sortir du trou à ce moment-là, il tenait son outil dans la main si fort qu'elle en devenait presque blanche, il a commencé à courir vers l'ours arme en avant. Morfale ne bougeait pas encore, il était toujours aux aguets, les oreilles en arrières, il était prêt à bondir. Dahar a planté son arme dans le corps de l'ours alors qu'il retombait sur ses pattes. Elle ne s'était pas assez enfoncée profondément pour le gêner, furieux, il s'est retourné en un instant avant de mordre Dahar à l'épaule. C'est là que Morfale a décidé d'attaquer, alors que je n'avais pas encore bougé, stupéfaite par ce que venait de faire l'animal.
Ce fut le cri de Dahar qui me fit sortir de ma torpeur, laissant tomber toute prudence, j'ai foncé vers l'ours qui était occupé par la petite crotte qui lui enfonçait ses griffes dans le corps. À peine étais-je à portée que j'ai retiré l'outil de Dahar de la peau de l'ours avec une facilité déconcertante. J'avais eu tort de le laisser faire ça, il n'avait pas la force de transpercer une telle peau. L'ours furieux que je lui retire s'est retourné vers moi en donnant un coup toutes griffes dehors, je me suis baissée à temps pour esquiver, profitant de l'ouverture pour envoyer l'arme de Dahar dans la patte qui venait d'essayer de me frapper. J'ai raté mon coup, ne faisant que le blesser légèrement. J'ai roulé au sol pour récupérer l'arme avant de sentir tout le poids du corps de l'ours contre moi. Il avait violemment posé une patte sur le sol m'écrasant au passage. J'ai hurlé ma douleur pendant que l'ours dont la gueule était bien trop proche de mon visage m'a à nouveau hurlé dessus. Putain, ce qu'il pouvait puer de la gueule. De la bave m'a coulé sur le visage alors qu'il ouvrait la gueule pour me refaire le portrait. Ce fut à ce moment que Dahar qui s'était relevé a essayé de le charger pour m'aider, aggravant encore plus sa blessure. L'ours a à peine bougé, mais c'était suffisant pour que je puisse me dégager. Dahar s'est écroulé au sol juste à côté de l'ours, son visage exprimait que trop bien ce qu'il venait de faire. Morfale n'avait pas lambiné, le corps de l'ours était couvert de griffures plus ou moins profondes. Alors que je reculais pour essayer de trouver un endroit où frapper à nouveau, j'ai vu Morfale au niveau du cou gras de l'ours, il a essayé de mordre à travers la fourrure, ce fut un échec. L'ours tournait maintenant sur lui-même pour essayer de se débarrasser du petit chieur qu'il avait sur le dos. C'est là que j'ai décidé de charger l'outil en avant, je l'ai enfoncé de toutes mes forces dans la gueule de l'ours qui essayait de chopper Morfale avec. Enfin, il ne bougeait plus, l'arme enfoncée dans la tête, il s'écroula au sol dans un bruit sourd.

"Équipe Morfale 2, Le connard d'ours immortel 0 !"

J'ai assez vite abandonné le cadavre pour aller voir Dahar qui gisait au sol. Il respirait à peine, je me suis penchée sur sa blessure pour la voir de plus près. Ce n'était pas beau, on voyait l'os dépassait, sans parler du sang qui coulait sans discontinuer, c'était vraiment dégueulasse. J'ai posé la main dessus ce qui n'en résultat rien, si ce n'était un cri de douleur de Dahar. Je ne pouvais rien y faire, je le savais, il le savait. Les larmes commencèrent à couler sur mes joues sans que là encore, je ne puisse rien y faire.

"Hé." Parvint-il à dire difficilement.
Je me suis penchée le plus près possible de lui pour mieux l'entendre.
"Tu prendras soin d'eux hein ?"
J'ai hoché la tête. Il m'a souri et l'instant d'après, c'était fini. J'ai posé ma tête contre sa poitrine pour le pleurer en silence.


Jour 14 :


J'ai passé le reste de la journée à essayer de faire un feu pour bouffer l'enfant de raclure d'ours. Quand j'y pensais, Morfale comprenait-il au moins que quelqu'un que j'estimais venait de mourir. Est-ce qu'un chat avait ce genre de sentiments ? Non, c'était n'importe quoi. J'ai regardé le cadavre de cette saloperie d'ours, je voulais le tailler en pièces et frapper dans chaque morceau qui traînait pour me venger. Cela n'aurait pas ramené Dahar, mais putain ça m'aurait fait un bien fou. Je voulais le bouffer, mais faire un feu dans un endroit pareil s'était avéré impossible pour moi. J'ai déplacé le corps de Dahar dans le trou qui nous avait servis d'abri, j'allais passer la nuit ici et demain, je ramènerai le corps au camp, même si je devais en crever.

Je n'étais pas surprise en sortant du trou, le corps de Dahar sur le dos, de voir que Morfale s'en était fait à cœur joie en bouffant un morceau de l'ours. J'aurais bien mangé quelque chose aussi, mais j'avais une mauvaise impression sur le fait de manger de la viande crue. Il n'y avait pas de soleil, que des nuages et si je n'avais pas un corps sur le dos, je tremblerais sûrement de froid. Le genre de journée que j'aurais préféré passer assise au bord de la falaise, à regarder le lac. J'ai jeté un regard en arrière sur le cadavre de l'ours, les charognards allaient s'en faire une véritable joie. Ça aurait presque été une bonne idée d'attendre qu'ils se montrent, si je n'avais pas un devoir envers Dahar.

Retrouver mon chemin jusqu'au camp avait été des plus simple, même si je m'étais perdu, on avait laissé des traces tellement évidentes la veille... On avait réellement manqué de prudence, enfin, surtout moi. Tout ça à cause de Morfale, qui me suivait l'air de rien, comprenant que dal à ce qu'il se passait. C'était en partie sa faute si c'était arriver, mais aussi de la mienne. Croire en la force d'un truc tout maigre, c'était ça mon erreur. Mais pas que. J'ai été faible, je ne voulais pas le forcer à rester dans le trou, à attendre qu'on se débarrasse de l'ours. J'ai secoué la tête. Non, ce n'était pas ça non plus, on y serait passé aussi. Quelle aurait été la bonne réaction à tout ça. Je me repassais la scène encore et encore dans ma tête, le seul moment véritable moment où j'aurais pu empêcher ça, c'était en lui disant de rentrer quand il est sorti pour attaquer l'ours. Mais encore une fois à ce moment précis, s'il n'était pas apparu, c'était pour moi. C'était un casse-tête, j'ai essayé d'arrêter d'y penser, il n'y avait pas de bonnes réponses.

J'ai vu Morfale s'arrêter et baisser la tête, il avait les oreilles et les pupilles bien noires, il avait vu ou senti quelque chose. J'ai regardé dans la même direction que lui et j'ai soupiré de soulagement. C'était qu'une gerbille, il est parti la chasser à peine l'avait-il vu, mais celle-ci s'est fourrée dans un trou bien trop petit pour qu'il puisse la suivre. Il a enfoncé sa patte dans le trou, fouillant sous le sol, sans le moindre succès.

"Alors, on revient la patte vide ?"
"Oh ta gueule Miliel." Dis-je en imitant la voix de Dahar.

Ouais, j'en étais là... J'ai posé un genou à terre avant de déposer son corps à terre. Je me suis assise dans l'herbe, fourrant ma tête entre mes genoux. Je ne voulais plus penser à rien, je voulais disparaître, n'être plus rien, rejoindre mon chef.

"C'est pas la bonne réaction à avoir."
"C'est quoi la bonne alors ?"
"..."
"Y'en a pas hein."
"Ça fait vraiment chier."
"Tu l'as dit Miliel."

J'ai relevé la tête, il n'y avait rien autour de moi, j'avais à peine parcouru la moitié du chemin qu'on avait fait hier. Morfale s'était assis près de moi, il était en train de se lécher partout. J'ai regardé le corps de Dahar à côté de moi.

"Tu vas pas te relever hein ?"
"Mort c'est mort."

J'ai pris mon courage à deux mains avant de replacer le corps sur mon dos et de reprendre mon chemin. Le reste de la traversée avait été pour le moins silencieuse, les seules choses que j'entendais, c'était le bruit de mes pas dans l'herbe et ma respiration saccadée. J'ai fini par arriver au camp, où seulement Osile était présent. Il m'a rejoint en courant lorsqu'il m'a vu arriver, je l'ai dépassé sans rien dire alors qu'il posait nombre de questions. Je suis arrivée près de la cabane en bois, avant d'y adosser le corps. Lorsque je me suis retournée, j'ai vu qu'Osile me barrait la route. Je n'ai rien dit, collant ma tête contre la sienne avant de m'effondrer de fatigue sur le sol. Il m'a retenu comme il pouvait pour ne pas que je m'écrase et ne me blesse. Il s'est assis à côté de moi et n'a rien dit.
Combien de temps on était restés là sans rien dire, j'ai fini par me relever et par m'asseoir au bord de la falaise, seulement cette fois la vue du lac ne m'apaisait pas, c'était même le contraire.

"Où est Sérya ?" Finis-je par dire brisant le long silence qui avait pris place depuis mon arrivée.
"..."
Il voulait pas répondre, j'ai tourné la tête vers lui, il pleurait... J'ai placé ma main dans la sienne, il l'a serré si fort qu'il me faisait mal, mais je n'ai rien fait pour l'arrêter.
"Elle va bien au moins ?"
Il fit non de la tête, incapable de sortir le moindre mot.
"Crache ton venin, ça peut te faire que du bien." Dis-je en répétant mot pour mot ce qu'il m'avait dit à mon arrivée dans le camp.
Il m'a sourit avant de prononcé trois mots.
"Elle est tombée."
"Comment ça tomber ?"
"Elle a sauté."
"Elle est donc..."

"Comme Dahar."

J'avais dû mal à assimiler la nouvelle. Je ne voulais pas y croire, deux morts en un jour ? C'était beaucoup trop. Impossible, inconcevable. J'ai lâché la main d'Osile, prenant ma tête à deux mains, j'ai hurlé aussi fort que je pouvais. C'était pire que dans mes cauchemars, je comprenais pour Dahar, c'était en partie ma faute, mais pour Sérya, qu'est-ce que ça voulait dire ?

"Pourquoi elle a fait ça."

Il n'a pas répondu. Il ne savait pas, ça se voyait sur son visage. Je me suis relevée, regardant le lac qui s'étendait devant moi. J'ai poussé un soupir avant de me retourner vers le corps de Dahar, j'étais épuisée et affamée, il restait du chevreuil d'avant hier, sûrement encore mangeable, mais j'avais encore un devoir à faire avant de me reposer.

"Tu fais quoi ?"
"Je l'emmène au lac."
"Tu vas pas l'enterrer ?"
"Non. Il est venu du lac, c'est là qu'il repartira."



En ce qui vous concerne :

En ce qui vous concerne :

Prénom / pseudo : Grasdubide
Age : 22
À quelle fréquence serez-vous présent(e) sur le forum ?

Ma foi, tous les jours si tout va bien. Sauf en cas de tempête.

Comment avez-vous découvert le forum (par internet, on s’en doute) ?

C'est Aikanaro, je l'ai vu, il a balancé l'adresse sur ma fenêtre et ça a collé instantanément alors je me suis dis "merde je vais devoir changer de fenêtre."

Avez-vous des remarques à propos du forum ?

Un excellent background qui s'étoffe au fur à et mesure, ça me plaît !  
Aikanaro
Administrateur
Messages : 13

Jour d'éveil : Jour 10
Race : Cime
Métier : Chasseur
Groupe : Errants
Fiche de présentation :
Journal :
Mar 28 Juin 2016 - 19:11

Bonne fiche, histoire travaillée, contexte acquis grosso modo.

Les choses auxquelles faire attention:
EDIT- Les personnages ont effectivement la notion Nord/Est/Ouest/Sud cependant il faut penser à l'assimiler au RP, si le personnage est en hauteur, a le visu sur le soleil et peut facilement se repérer, OK, sinon éviter d'utiliser "ouest" et "est" pour signifier "gauche" ou "droite" selon comme on est tourné. Pour le temps, les personnages n'en ont pas la notion : les heures, les minutes, les secondes ne sont pas des notions acquises par les personnages.
- Attention également aux jugements trop prompts, si tu mets en scène une blessure il faut assumer que ton personnage ne peut pas déterminer au premier coup d’œil la dangerosité de la plaie s’il n’a pas de compétence en médecine, faut le jouer un peu plus RP là-dessus mais rien d’alarmant

Les choses à changer (maintenant et/ou à l'avenir):
- Dans tes futurs RPs il faudra que l’aspect « manque de nourriture » dans la vallée se ressente. Tu le mets en avant au début de ton histoire mais tu dégottes quand même un renard, un chevreuil et un ours en quelques jours. Je te conseille le lancer de dés pour réguler ça.
- Quelques fautes qu’il faudra vérifier par la suite, la relecture de tes posts pourrait t’être bénéfique.
- A un endroit tu dis « team morfale », team étant de l’anglais je vais devoir te demander de modifier le passage pour ne faire apparaitre que du français.

Autre:
- Ton personnage s’appelle Mireille à un moment dans un monologue, c’est une faute ou bien ?

Une fois que la modification (passage en anglais) sera faite, tu devrais être validable.
Miliel
Membre
Messages : 8

Jour d'éveil : Jour 5
Race : Racine
Métier : Chasseur (2)
Groupe : Errants
Fiche de présentation :
Mer 29 Juin 2016 - 17:48

Pardon pour l'anglais, j'avais complètement oublié, pas taper monsieur !

Non pour Mireille, c'était plus un trait d'humour du personnage qu'autre chose. J'ai modifié quand même, ça sonne hors de propos maintenant que j'y pense.
Aikanaro
Administrateur
Messages : 13

Jour d'éveil : Jour 10
Race : Cime
Métier : Chasseur
Groupe : Errants
Fiche de présentation :
Journal :
Jeu 30 Juin 2016 - 17:44

Parfait, donc par les pouvoirs qui me sont conférés je te proclame MEMBRE ! Toutes mes ficelles de caleçon.
Bonne chance.


Phrases de Miliel :

- Au monde des musaraignes, la terre grouille, le ciel s'éloigne, la mort domine et nul ne peut se cacher.

- Le temps apporte d'autres tourments.




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