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La perte de l'ignorance [solo] [jours 12/13/14]
AuteurMessage
Aikanaro
Membre
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Messages : 13

Jour d'éveil : Jour 10
Race : Cime
Métier : Chasseur
Groupe : Errants
Fiche de présentation :
Journal :
Ven 22 Juil 2016 - 14:07

Leur nuit avait été mauvaise. Peut-être était-ce dû au long sommeil dont ils venaient tous de s’extirper il y a quelques jours à peine. Peut-être était-ce le climat si changeant. Ou n’était-ce la faim qui commençait à se faire vraiment sentir.
Aikanaro se réveilla doucement. S’étirant, se relevant avec peine et massant ses muscles endoloris d’avoir dormi sur le sol si ferme. A défaut de tenir chaud, la neige offrait au moins l’avantage d’épouser les formes. Kaleen était assise par terre, déjà réveillée et scrutait la cime des montagnes enneigées. Quant à Thorn, de l’autre coté du foyer où ils avaient fait leur vaine tentative de feu, il était encore allongé, montrant son dos large et sombre. Aikanaro se leva et se pencha au dessus de lui. A sa grande surprise, il ne dormait pas et avait une sorte de racine donc la peau avait été grattée pour en révéler l’intérieur d’un beige crème que le Racine suçait avec avidité. Le Cime se moqua de lui dans un rire jovial qui résumait à merveille la situation.
Thorn tenta de se justifier que la faim était trop prenante et qu’il avait déjà utilisé cette méthode afin de subsister dans les grottes avant leur rencontre. Très vite, les trois compagnons retournèrent à leur réalité nouvelle. Ils s’orientèrent afin de pouvoir retrouver facilement l’endroit de leur camp de fortune où il n’y avait pourtant rien encore et se mirent en marche vers le lac afin de se désaltérer. Cette marche allait certainement devenir leur petite routine tant qu’ils ne trouveraient pas de moyen d’acheminer l’eau jusqu’à « chez eux ». Le long du court voyage à travers la brume matinale, le ventre de Thorn fit son numéro comme à son habitude mais cette fois accompagné de celui des deux Cimes. Ils restaient silencieux à part ça. Aikanaro songeait à ce qui aurait pu être fait. Thorn était fort et robuste et Kaleen avait montré qu’elle savait assembler les choses entre elles. Quant à lui, il ne savait trop quoi dire à son propre propos. Il leva le nez au ciel s’imaginant les rayons du soleil, puis la pluie. Il fallait s’abriter.
Après avoir bu l’eau glacée du lac, Aikanaro fit part de ses idées aux deux autres. Il fut rapidement convenu qu’améliorer le camp n’était pas un luxe, avec comme priorité : trouver de quoi faire des feus et commencer la construction d’un abri. Quant à lui, il trouverait de la nourriture à travers les bois, d’une façon ou d’une autre.

Sur cet échange, le Racine et la Cime retournèrent en direction du camp en espérant que le brouillard ambiant ne les ait pas fait dériver de leur trajet, les bras chargés de diverses bricoles qu’ils avaient pu ramasser ça et là : des branches solides, des cailloux fracturés aux arrêtes fines et suffisamment d’eau dans leur estomac pour combler la faim pour quelques heures.
Aikanaro restait cependant au bord du lac. L’inconvénient d’être trois, c’est qu’il y en avait toujours au moins un tout seul. Il avait gardé un bâton, assez rigide et étonnement droit. Il se saisit d’une pierre et commença a raclé le bout du bout de bois jusqu’à obtenir une sorte de pic grossier. Mais, rien que ça, ça lui avait déjà pris du temps et il sentit la faim reprendre le dessus. Il secoua la tête et s’élança vers la forêt, bien déterminé à trouver la précieuse nourriture.
Le brouillard rendait l’atmosphère intemporelle. Aucun moyen de savoir à quel moment de la journée l’instant présent appartenait. Mais il allait également pouvoir camoufler sa présence. Il avançait donc doucement, délicatement, posant prudemment le pied pour qu’aucun bruit ne le trahisse pendant sa progression. Il marcha ce qui lui sembla être des heures sans rien trouver. Ni trace de gibier, ni bruit indiquant la présence d’un animal quelconque. La sensation de faim devenait véritablement désagréable.
Soudain il entendit un son. Léger écho venant de sa gauche. Le Cime ne se fit pas prier pour aller voir, curieux et affamé comme jamais. D’autres échos se firent entendre, raisonnant à travers les arbres comme les vibrations sur une toile d’araignée. Mais plus Aikanaro se rapprochait et plus il lui était évident que ce n’était pas un animal mais des cris d’humain. Puis plus rien. Il s’arrêta, reprenant son souffle, tendant l’oreille pour saisir la moindre information sonore. Mais rien. Il reprit son avancée dans la direction initiale espérant finir par tomber sur ce qu’il cherchait.
Au bout de quelques instants il entendit de nouveau des bruits, beaucoup plus faible, comme des plaintes. Il se tapit dans un buisson et remarqua une silhouette se dessinant hors de la brume fine. Cela semblait être un homme, à quatre pattes, cherchant quelque chose sur le sol et gémissant. Le Cime n’osa cependant pas s’approcher davantage, préférant satisfaire sa curiosité avant son audace. En y regardant mieux, il se rendit compte d’une deuxième silhouette allongé sur le sol, inerte. Les plaintes de l’homme se faisaient plus audibles et n’avaient aucun sens. Il semblait rassembler un mélange de peur, de folie et de bestialité. En effet, il satisfaisait un besoin sexuel sur la femme couchée au sol. Aikanaro finit par remarquer du sang sur la tête de la femme gisante mais son angle de vue n’était pas bon.
L’homme se retourna plusieurs fois, comme affolé. Comme si le prédateur était devenu la proie. Aikanaro continuait d’observer la scène avec un mélange d’écœurement et de peur grandissante. Il commençait à réaliser que cette vallée avait quelque chose de particulier, d’étrange. Une main invisible qui vous prend à la gorge et vous empêche de respirer correctement. L’angoisse le prit au cœur. Il tenta de se calmer comme il le pouvait mais les gémissements délirants du violeur de cadavre le ramener à l’état de fait : c’est la mort qui est tapie dans cette brume, entre ses arbres, au plus profond des eaux du lac, qui surveille chaque individu du haut des montagnes. C’était son royaume et ses règles. Une phrase lui revint alors : « l’arbre qui tient la neige provoque l’avalanche lorsqu’il meurt ». Cette phrase raisonna dans sa tête sans qu’il ne comprenne pourquoi. Elle semblait être un vestige d’une mémoire disparue. Aikanaro se tenait la tête quand un son rauque transperça la brume. Il releva la tête et constata que l’homme s’était relevé. Il était paniqué, tournant la tête dans toutes les directions, alerte. Il murmurait des paroles incompréhensibles puis un autre son rauque leur parvint, accompagné de grognements. L’homme paniqua de plus belle et s’enfuit dans un élan de désespoir. Le Cime fut tenté de faire de même mais, avant qu’il ne bondisse de son buisson, un groupe de plusieurs créatures plus noir que Thorn traversèrent le lieu du crime, passant devant Aikanaro sans le voir. Ils courraient comme des diables effrénés dans la direction de l’homme. Ils étaient quatre créatures aux apparences humanoïdes mais il paraissait évident que rien d’autre ne pouvait les rapprocher des humains. Elles inspirèrent au Cime une terreur soudaine et violente. Il les vit passer comme une vision d’horreur, comme si la mort elle-même avait décidé de se matérialiser physiquement pour mieux venir chercher son dû. Il bascula sur les fesses, les yeux larmoyant d’effroi quand la dernière des créatures s’arrêta pour tourner une sorte de visage blême et inexpressif dans sa direction. Elle resta quelques instants qui parurent une éternité à scruter la direction dans laquelle était Aikanaro. Au loin, un cri strident, certainement celui de l’homme qui venait de se faire rattraper, attira l’attention de la bête dans l’autre direction. Elle s’élança de nouveau pour retrouver sa meute. Saisissant l’opportunité, le Cime d’étala dans la direction opposée et courut comme jamais. Ni la fatigue, ni la faim ne pouvaient stopper ces jambes blanchâtres qui portaient sa survie. Il finit par trébucher et se rétamer par terre.
Il roula douloureusement sur le coté, se tenant la tête. Il se redressa pour constater sur quoi il avait mis les pieds. C’était un corps, celui d’un homme, pas très gros mais suffisamment pour l’arrêter dans sa course. Il portait la même marque sur la tête que le cadavre de la femme profané plus tôt. Il avait du se débarrasser de l’homme avant de s’attaquer à la femme pour ses besoins. Ses peurs reprirent, plus grandes, plus fortes. Il regardait autour de lui, il était perdu dans le brouillard, la faim au ventre, des monstres dans tous les coins de cette forêt maudite. Il commença à sangloter.
D’un coup, une autre phrase lui revint comme un coup de marteau dans la face : « néglige tes émotions ». Cela lui paraissait de plus en plus évident à mesure qu’il la répétait dans sa tête. Il arrêta de pleurer, essuya les larmes de ses joues, récupéra son bâton et se prépara à un assaut. Mais rien ne vint. Il sentit son mal être s’effacer doucement comme lorsqu’on sort d’un mauvais rêve. Bien que cela fut réel, il était à l’abri pour le moment alors il n’y avait plus de raison de paniquer. Il se releva et regarda longuement le cadavre de l’homme. Les pensées tournaient dans sa tête. Il pensait qu’il ne voulait pas mourir, qu’il ne voulait pas de Kaleen, que Thorn ne meurent. Il ne voulait pas subir le même sort que ce pauvre bougre gisant pitoyablement par terre.
Aikanaro le ramassa et le porta sur ses épaules non sans difficulté et entama une marche dans une direction qu’il espérait n’être pas la mauvaise. Il rapporterait ce corps au camp, ils en mangeraient pour ne pas mourir, ils survivraient. Le Cime trouva rapidement son rythme et c’est quand la brume commença à s’assombrir considérablement qu’il trouva l’orée de la forêt. Par chance il était sorti par le bon coté. Le vent frais provenant du lac lui venait de droite, il allait certainement pouvoir retrouver le campement si ses camarades avaient réussi à faire du feu. Puis il se remit à marcher.
La brume commençait à tomber et on pouvait apercevoir des nuages naviguant à travers le ciel étoilé. Il aperçut une lueur au loin, bien plus à gauche qu’il ne le pensait mais l’heure n’était plus au doute, il était exténué et ne comptait pas s’arrêter avant de retrouver ses compagnons, ou la mort. Arrivant aux abords de la lueur qui se trouvait être un feu de fortune, il vit le dos sombre et large d’un homme à la peau mate et, de l’autre coté du feu, le visage livide cerclé des flammes d’une chevelure flamboyante. Kaleen sursauta à son approche, se redressa et fit un pas vers lui une fois qu’elle l’eut reconnu. Thorn se retourna, presque désabusé et se redressa également d’un coup en voyant son ami. Aikanaro les regarda tour à tour, lâcha le cadavre de ses épaules et s’effondra de fatigue.

Le lendemain Aikanaro ouvrit les yeux sur Kaleen et Thorn qui le regardait dormir d’un regard inquiet. Entre eux, les braises fumantes du feu qui avait eu toute la nuit pour mourir. Le Cime se redressa, s’étirant et se massant d’un sommeil lourd mais peu réparateur. Le silence finit par se briser avec Thorn qui ne pouvait contenir plus longtemps son impatience. Aikanaro leur raconta tout ce qui s’était passé, le plus en détail possible, n’épargnant pas ces ressentis. Ses compagnons frissonnèrent. Kaleen regarda même autour d’elle un moment de peur d’être surprise par une embuscade.

- Mais alors pourquoi avoir ramené ce corps ?

Aikanaro marqua un silence, fixant le Racine avec insistance, devinant sa possible réaction :

- Nous nourrir et utiliser tout ce qui pourrait être utile de lui.

Kaleen déglutit. Thorn écarquilla les yeux. L’idée leur avait certainement traversé l’esprit mais maintenant qu’elle venait d’être prononcée, elle prenait un sens nouveau, beaucoup écoeurant et terrifiant : un sens réel.

- Écoutez, je ne compte pas mourir de faim, ni me faire bouffer. Je ne vous souhaite pas ce sort non plus. La nourriture nous apportera des forces pour survivre, quelle qu’elle soit. Mais c’est mon choix, je ne peux vous forcer à me suivre.

Les deux autres se regardèrent du coin de l’œil, dégoutés mais faisant face à la même cruelle vérité.

- Qui nous dit que ce n’est pas toi qui l’a tué. Pour rapporter de la nourriture. Comment peut-on te faire confiance.
- Vous ne le pouvez pas. La confiance ne peut s’établir que par des actes et non des mots. Seul mon acte peut être jugé digne de confiance ou néfaste pour vous et c’est à vous uniquement d’en juger.

Kaleen resta dubitative, regardant tour à tour les yeux déterminés du Cime et le cadavre devenu aussi rigide que du bois.

- Moi je te fais confiance… J’ai passé trop de temps dans les grottes à mourir de faim et même si tu as tué cette personne pour qu’on le mange, tu ne nous as pas tué nous.

Aikanaro se leva et posa une main sur le bras de Thorn. Ce petit geste signifiait que ces paroles le touchaient et qu’il s’en souviendrait. Kaleen et Thorn était, par le fruit du hasard, sa famille et, aussi absurde que ce terme puisse paraitre dans un tel endroit, la famille était la base vers la survie. Kaleen semblait avoir du mal à se convaincre mais se rallia à deux hommes.
Ils arrachèrent donc une jambe de l’homme et la portèrent au lac afin de la nettoyer et de s’abreuver comme il était désormais de coutume. Il allait devoir refaire un feu pour cuire le morceau de viande qui n’avait rien de très apetissant cru. Pendant que Thorn et Aikanaro s’afféraient à rallumer un feu, Kaleen continua à établir les bases d’un abri fait de branchage, de feuilles liées entre elles par des herbes longues tressées. Le tout ne payait pas de mine mais, une fois achever, cela pourrait leur éviter quelques désagréments.
Le feu finit enfin par prendre après une lutte acharnée et désespérée de Thorn faisant tourner entre ses mains un bâton dont la pointe s’enfonçait dans un morceau de bois mort accompagné d’herbes séchées qu’ils avaient certainement dû trouver hier. Les dernières forces dans l’espoir d’avoir quelque chose à se mettre dans l’estomac. Le festin fut glorieux. Thorn termina le morceau avec peine, trop traumatisé par la famine pour voir de la nourriture gâchée. Puis ce fut l’heure de la sieste dans cet après-midi clair où les nuages traçaient leur route au gré du vent. La journée ne fut pas bien productive mais tous trois s’en fichaient. Ils étaient repus et le moral était revenu. Ils s’arrangèrent pour garder le feu en vie jusqu’au soir pendant, qu’à tour de rôle, ils profitaient des dernières lueurs pour avancer l’abri. Des tours de garde furent instaurés afin de ne pas se faire surprendre pendant la nuit, ayant conscience que le feu pouvait être vu de loin. Ils l’aménageraient plus tard.

Au matin du jour 14, les nuages s’étaient épaissis et un vent frais venait souffler sa brise sur les endormis. Ils se réveillèrent dans la bonne humeur, les soucis de la vieille déjà loin. Kaleen rigolait même des blagues pourries de Thorn. Le train-train reprit : le tour au lac pour se rafraichir, boire, récupérer quelques trucs sur le chemin ; retour au camp, finir l’abri, vérifier la stabilité de la structure, son ancrage au sol, le toit de fortune, tenter d’améliorer la protection au vent, entourer le feu de caillou après l’avoir un peu plus enterré dans le sol avec une petite réserve de cailloux à coté pour renforcer la protection contre le vent et la nuit commençait déjà à tomber. L’autre jambe fut arrachée, nettoyée et mise au feu pour être dévorée avec au moins autant d’avidité que la veille.
Vinrent les discussions sur la suite des événements. Bien qu’exposés dans la plaine, ils n’avaient pas rencontré de problèmes jusque là. Peut-être était-ce aussi grâce à la visibilité qu’ils avaient autour d’eux. Demain ils en finiraient avec le corps. Le voir étalé et dévoré petit à petit commençait à être dérangeant et des mouches s’attardaient aux endroits amputés. Il faudra en tirer le maximum de chose avant qu’il ne soit trop tard et, au même moment qu’ils s’imaginaient que ça serait possiblement le dernier repas avant un temps incertain, le moral recommençait à descendre.
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