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Deuil, pluie et remords [Fin du jour 15, jour 16][Commun][PV groupe Terre Rouge][CLOS]
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Telod
Administrateur
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Messages : 169

Jour d'éveil : Jour 1
Race : Racine
Métier : Sculpteur (3)
Groupe : Terre Rouge
Fiche de présentation :
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Jeu 11 Aoû 2016 - 13:08

Atalant et Konol. C'était le nom des deux nouveaux arrivants. Ils avaient eu le temps de nous en faire part.

Le dénommé Atalant nous avait conduit dans la forêt pour nous présenter un lieu. Deux corps de femmes s'y tenaient, mutilés. Face à l'un d'entre-eux, Konol ne put retenir ses larmes. Il s'effondra, recroquevillé devant le cadavre, secoué par des sanglots. Nous, à distance, nous le regardions sans le voir. Certains semblaient perdus, d'autres paraissaient choqués, tous restaient muets.

Par la suite, ce fut à Konol de nous montrer quelque chose. Nous le suivîmes jusqu'à un point profond de la forêt. Là, au milieu d'une lumière blanche, tapoté par la pluie, un dernier macchabée en morceaux nous faisait face.

- Pouvons-nous les enterrer, comme il faut ? demanda celui qui nous avait conduit.

J'hochai la tête sans hésiter.
Tous ensemble, nous avions passé l'après midi à transporter les corps, à leur creuser des trous, quatre trous, dans le sol noir de la clairière rouge. Nous y avions déposé les corps, les uns après les autres, puis nous les avions recouverts.

Terre ruisselant sur les bras et les jambes inanimées. Le bruit de la pluie.

Lorsque nous retournâmes chercher le dernier cadavre, celui de l'ami de Konol, ce dernier nous indiqua qu'il avaient trouvé quelque chose juste avant l'attaque.

- Il y a un poirier, ici. C'est ce qui nous a fait nous arrêter. Avant que. il se tut, quelques instants, avant de reprendre la parole. Prenez-les, ça pourra nous être utile.

L'arbre était relativement petit, et les fruits n'étaient pas nombreux, mais il y en avait suffisamment pour nous contenter en ce jour.
Nous les transportâmes jusqu'à la Terre Rouge.

La soirée fut lourde. Les esprits restaient abattus. Certains pleuraient, d'autres regardaient le vide en silence.
Moi, j'avais un bout de bois dans la main, je sculptais.
Et puis l'heure du dîner arriva. Chacun prenait sa part. Et ce fut lorsque je tendais une poire à Jey, et qu'il leva aimablement la main pour stopper mon initiative, que je vis la profondeur de la détresse qu'il avait au fond des yeux. Cette fois, il ne s'en relèvera peut-être pas. Et je ne pouvais rien faire pour lui.

- Comment s'appelaient-ils ? demanda Sevin, quelque part au milieu du repas.

Ce fut le dénommé Konol qui réagit le premier, après un temps d'absence.

- La femme s'appelait Feola, je la connaissais depuis plusieurs jours. L'homme c'était Padom, lui nous l'avions rencontré il y a peu.

Il arrêta son discours ici. J'avais levé les yeux vers lui, il ne semblait pas malheureux de pouvoir en parler. Je recommençai à regarder ma sculpture, mon couteau glissant et découpant le bois.

- Et la dernière ?

Atalant déglutit, puis il prononça :

- Mizore.

Et sa voix chavira à la fin du mot. Il détourna les yeux, ses lèvres s'étirèrent dans une moue, quelque part entre la colère et la tristesse.
Plus tard, ce fut à nouveau Sevin qui rappela à chacun qu'il fallait désigner des hommes pour veiller durant la nuit. Je me proposai immédiatement, souhaitant passer la nuit à sculpter ce que certains nommaient des totems.

- Je ne pourrai pas dormir. nous avoua Atalant, d'un air abattu.

Cela permit donc de désigner ceux qui allaient veiller.


Nous étions assis, côte à côte, l'homme était plutôt discret, sa présence ne me dérangeait pas.

Je finis la première sculpture, et je la déposai sur la première tombe. La sculpture était une sorte de sphère rayée, les formes résidant dans les creux, différents triangles et lignes courbes.
Sans attendre, je prenais un second bout de bois, et je commençai la deuxième sculpture.

La voix d'Atalant fit surface, après le milieu de la nuit.

- Comment t'appelles-tu, déjà ?

- Telod.

- Oui, c'est ce qu'il me semblait.

Silence.

- Tu sais, j'avais parfois du mal à la comprendre, mais... J'ai la conviction qu'elle était, vraiment, une femme prodigieuse.

Je ne répondis pas. Mes mains manipulaient le bois. La pluie continuait de tomber, comme aux premiers jours après mon éveil. L'homme poursuivait :

- Il y avait un mélange de... De force et de pureté, en elle. Elle venait de la neige, en haut des montagnes.

- De la neige ? répétai-je, étonné.

Il hocha la tête.

- Peut-être était-elle la seule à venir de là-bas. Elle dégageait quelque chose, comme si elle était une forme d'élue. Vois-tu ? Si des dieux, ou des êtres semblables, existent, je crois qu'elle pourrait être leur enfant.

Je ne cherchai pas à participer à sa réflexion, je le laissai parler. Odeur de fumée et de pluie.

- Et elle est morte. J'ai l'impression que... C'est comme si... Comme si ce monde souhaitait tuer ce qui est pur.

Un temps passa. J'inspirai, je déglutis, et je fixai mon travail, une colère éternelle dans les pupilles.

- J'ai la même impression. dis-je.


Le lendemain matin le campement se réveilla sous la même pluie que la veille. Tout le monde était encore abattu. On mangea quelques autres poires, les dernières, avant de constater que nous n'avions - à nouveau - plus rien à manger. Atalant dit qu'il allait essayer de chasser. Je trouvais son initiative brave.

- On ne fait rien seul, ici. L'avertis-je.

Sevin dit qu'il irait avec lui, j'hochai la tête. Après cela je recommençai à sculpter les totems. Le deuxième était presque terminé. Galline s'approcha de moi et s'assit à côté, à l'endroit où s'asseyait habituellement Fadone. Sans me demander mon avis, elle fit tomber sa tête sur mon épaule, je vis que son visage était encore plus livide que d'habitude, mais malgré tout elle semblait en paix.

- C'était quoi, ce que tu as fait, hier, Telod ? demanda-t-elle.

- Quand ça ?

- Quand le monde a compris que tu voulais qu'il ferme sa gueule.

Elle parlait du moment où j'avais, sans savoir comment, fait fuir le dernier monstre.

- Je ne sais pas. J'étais énervé.

- Tout semble faire un bruit colossal depuis ça. Je n'avais jamais senti un tel silence. C'était oppressant, mais rassurant aussi. Parce qu'on savait que cette colère, que ce silence, nous protégeait, d'une certaine manière.

Je ne répondis rien. Mon couteau continuait son travail sans se fatiguer.

- Ça s'est aggravé. murmura-t-elle.

Je me demandai d'abord de quoi elle parlait, puis je revis la pâleur de sa peau, je sentis à quel point son front, contre mon épaule, était chaud, et je compris.

- Il y avait un peu de sang, ce matin. poursuivit-elle.

Elle mit sa main sur son ventre, et appuya avec force.

- Et j'ai mal. Vraiment mal.

Je la regardai en mesurant la gravité de ce qu'elle m'annonçait. Ça n'était pas le moment de prendre un tel problème à la légère. Je lui demandai :

- Que doit-on faire, de quoi penses-tu avoir besoin ?

- De boire. répondit-elle sans la moindre hésitation dans la voix. Il faut que je reste la journée au lac.

- Bien. dis-je.

Et je proposai à ceux qui le voulaient de venir avec nous jusqu'au lac. Certains avaient peur d'y retourner après les événements de la veille, d'autres savaient que nous ne pouvions faire autrement que d'y aller, et qu'il ne fallait pas se laisser endormir par la peur.

Nous marchâmes ainsi jusqu'à l'eau, j'aidais Galline à se déplacer parce qu'elle semblait vraiment faible, et nous lavâmes également nos différentes blessures.
La veille j'avais entendu un craquement lorsque mon bras avait percuté le rocher, j'avais peur que ce soit une fracture. En ce jour je pus constater qu'il n'en était rien, mais qu'un très grand bleu couvrait une grande partie de mon avant bras, cela me faisait souffrir.

Assis sur les galets, abrité sous un arbre solitaire, je continuai mon ouvrage, le couteau taillant la sculpture de bois.

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Jour d'éveil : Jour 2
Race : Echoué
Métier : Sculpteur (2)
Fiche de présentation : ¢
Journal : ¢
Ven 12 Aoû 2016 - 15:19

Serpe était hors de lui, entièrement. Pas au sens figuré du terme, il se sentait littéralement à l'extérieur de son corps. Alors que ses bras maigres portaient tant bien que mal les cadavres jusqu'au camp, alors que ses yeux se posaient sur les épaules affaissées de ceux dont les proches étaient tombés, son esprit était ailleurs. Il virevoltait entre les gouttes d'eau, sinuait au plus profond des nuances de gris qui glissaient sur le ciel, l'eau et les corps. Ses yeux étaient deux gouffres clairs dans lesquels virevoltaient d'étranges images. Il n'avait même pas conscience du regard inquiet d'Okha sur sa nuque, ni de sa présence systématique à ses côtés, alors qu'elle jetais des regards furtifs aux autres, pour voir si eux aussi étaient conscients de son état. Mais le deuil, le contrecoup de la violence qui s'étaient abattus sur eux les préoccupaient assez pour qu'ils ne prennent pas conscience de l'état de quasi-transe de l'échoué. Elle veillait sur lui. Une fois de plus.

Peu avant le repas, alors que la lumière déclinait doucement, coulant sur le tronc des arbres pour inexorablement rejoindre l'horizon, elle le perdit de vue. Alors que tous rejoignaient lentement, souvent sans un mot, la chaleur du feu qui naissait à peine au centre du campement, elle s'éloigna peu à peu prise d'une panique sourde. Il était parti, sans elle. La seule personne qui semblait avoir un tant soit peu de clarté sur ce qu'ils faisaient ici l'avait abandonné.

Serpe, Serpe, non...

L'obscurité commençait à se faire préoccupante et sa voix, étouffée par l'angoisse filtrait à peine d'entre ses dents. Elle atteignit le lac.
Sa silhouette squelettique se dressait face à l'eau, construction rachitique face à ce volume d'eau qui arborait peu à peu les couleurs d'une nuit voilée de nuages étrangement clairs.

Qu'est-ce que tu fous!?

Ses mots avaient volés, chargés d'autant de peur que de soulagement. Elle les regretta aussitôt. Elle ne lui avait jamais adressé la parole de cette façon et la chose lui sembla incroyablement déplacé, comme si elle demandait des comptes à un oiseau pour le bruit que provoquait ses battements d'ailes. L'échoué se tourna vers elle. Ses traits étaient maintenant difficilement distinguables mais son regard était toujours aussi vide d'expression... à moins que...? Il lui avait semblé y percevoir un éclair de conscience, comme s'il la reconnaissait.

Le soir tombe, nous devons rentrer, maintenant.

Elle jeta un regard furtif un peu plus loin, là ou leur combat s'était déroulé. Il faisait trop sombre pour être sûrs de quoi que ce soit désormais mais il lui semblait toutefois encore percevoir les silhouettes des deux abominations qui les avaient attaquées. L'échoué qui la regardait toujours finit par se retourner et se rapprocher. Elle frissonna à son approche, son expression n'avait pas changé mais dans ses yeux brillait désormais quelque-chose de nouveau, une urgence déterminée. Et il la regardait.

Nous quittons Terre Rouge.

Okha cligna des yeux. La migraine qui l'avait assailli le matin même revenait peu à peu avec la disparition des effets de l'adrénaline. Elle inspira profondément, cette idée lui semblait complètement absurde, particulièrement au vu de ce qui leur était arrivé aujourd'hui. Mais le simple fait que celui qu'elle pensait avoir perdu l'intègre dans ses propres plans l'empêcha de lui répondre avec la vigueur qu'elle aurait voulu.

Pourquoi?

La main de l'échoué se posa sur son plexus. L'ensemble de sa paume le recouvrait alors que le bout de ses longs doigts dessinait la ligne de ses dernières côtes, elle frissonna de nouveau. Les yeux dans le vide, il repris, détachant chaque mot comme s'il en soupesait l'ampleur.

Ces hommes sont là pour survivre. Rien de plus. Ils attendent la mort en feignant d'essayer de lui échapper.

Il retira sa main pour ensuite attraper les poignets de la Racine qu'il se mit à masser.

C'est un message que ces êtres nous ont envoyé. Les affronter n'était pas une fatalité mais davantage... un proposition. Quelque-chose nous a été donné à voir, une porte s'est ouverte.

Son regard de nouveau planté dans les yeux de la Racine, il semblait décortiquer chaque centimètre de sa cornée avec une intensité furieuse.

Et qu'en avons-nous fait? Nous avons fermé les yeux, serré les dents, enterré des morceaux de chair froide dans le sol qui nous nourrit... et c'est tout.

Okha restait immobile, elle comprenait les mots qui lui étaient adressés sans pouvoir en accepter la portée. Cétait trop, trop tôt. Elle ne voulait pas avoir d'avis la dessus, elle refusait de juger des personnes dont les amis venaient de mourir, quand bien même l'échoué aurait raison. Sans qu'elle s'en rende compte elle secouait désormais légèrement la tête, de droite à gauche tout en tentant de libérer ses bras. Serpe continua, d'une voix adoucie mais toujours ferme.

Je ne blâme pas ces gens pour essayer de vivre. Mais vivre dans l'attente et dans la peur ne peut mener qu'à une mort vide de sens. Et je la refuse. Il y a quelque-chose, ailleurs, qui tente de nous parvenir. Des portes existent, j'en ait vu l'image, la réflexion. Je veux les trouver et voir qui se trouve de l'autre côté, qui nous regarde. Je veux voir le reflet de ce monde et en revenir.

Finalement, il libéra les larges poignets de la racine pour se tourner vers le lac, la bouche entrouverte, comme saisi par les mots qu'il s'apprêtait à dire.

Il n'y a pas d'autres chemin, hormis celui de la Mort Aveugle.

Okha bondit en arrière et chuta, le cœur battant à tout rompre, laissant échapper un gémissement sourd et incontrôlable du fond de sa gorge. Serpe la regarda surpris. La faune nocturne commençait déjà à se faire entendre et la respiration saccadée d'Okha semblait se répercuter sur toute la surface du lac.
Les yeux écarquillés de la racine finirent par se plisser, sa respiration se fit moins saccadée et elle finit par se redresser, passant ses bras autour de ses genoux.
Serpe resta un instant silencieux, puis jeta un regard au ciel qui était définitivement trop blanc.

Mais pour le moment tu as raison, nous devrions les rejoindre.

Il se dirigea doucement vers la forêt et, à quelques pas des arbres, se retourna pour attendre sa camarade. Celle-ci finit par se redresser et le rejoignit lentement, le visage congestionné. Il lui passa une main sur l'avant-bras et ils s'engagèrent prudemment dans le sous-bois, en direction de Terre Rouge.

Pendant un instant la racine aurait juré que le visage doux de l'échoué avait été remplacé par le rictus hideux et pâle d'un guetteur.

* * * * * *

Lorsque l'échoué s'éveilla le lendemain, la racine était déjà partie. Alors qu'il s'extrayait de leur abri il la vit s'éloigner entre les arbres, accompagnée de Sevin, sans doute à la recherche de bois pour le feu. Plusieurs autres personnes commençaient à se lever, les yeux emplis de détresse. Les nouveaux arrivants semblaient particulièrement perdus et se tenaient près du foyer sans sembler savoir que faire. Serpe se détourna d'eux, leur vue l'exaspérait et, quand bien même il sentait que ce sentiment ne lui apportait rien de bon, il n'arrivait pas à s'en détacher. La nuit avait été humide et il était affamé.

En attendant que les autres se lèvent il avisa Jey qui s'affairait à consolider les abris déjà existant. Désireux de se vider la tête, Serpe le rejoignit et ils travaillèrent en silence. L'échoué sculpta quelques encoches sur les arêtes principales de la structure pour accorder davantage de stabilité aux branchages qui reposaient dessus. Jey murmura quelque-chose à propos du besoin de les remplacer bientôt. Sa voix était presque atone et son regard, dévoré par des cernes rouges ne semblait plus être qu'un grand brasier de douleur. Au bout d'un temps il s'éloigna.
Vint le moment du repas ou l'on se partagea les derniers reste de nourriture. Okha et Sevin n'étaient pas encore rentrés. L'échoué garda une poire pour sa camarade, certaines protestations furent timidement émise mais il n'en tint pas compte. Il jeta à un œil à Telod et Galline, en pleine discussion. L'échouée ne semblait toujours pas en forme et son corps maigre s'appuya sur l'épaule du chef de Terre Rouge. Quel pouvoir cet homme possédait. Une présence, une forme de charisme, de la force physique... Et autre-chose peut-être. Il était à n'en pas douter l'un des vecteurs de changement de ce monde, il devait forcément sentir quelque-chose lui aussi. Alors pourquoi semblait-il aussi borné? Immobile? Serpe émit un grognement pour lui même, Telod était peut-être le premier être à lui faire ressentir une certaine défiance.

Alors qu'ils se dirigeaient vers le lac il fit brusquement demi tour pour aller chercher le galet qui lui restait et quelques pointes de silex et d'os dans sa hutte, il rejoignit les autres au petit trot. La tête lui tournait. Au delà de sa quête de sens, quitter Terre Rouge serait peut-être un moyen pour eux de survivre à une famine qui se faisait de plus en plus menaçante au fur et à mesure de l'arrivée de nouvelles personnes au camp. Okha et Sevin étaient réapparus peu de temps après qu'ils aient entamé leur repas et, alors qu'il tendait sa ration à la racine, elle avait hoché la tête, sans pour autant croiser son regard.

Ils faisaient maintenant face au lac, Telod aida Galline à boire et Serpe, contemplant leur deux silhouettes penchées vers l'eau, maladroites, précautionneuses, les trouva beaux. Son cœur s'adoucit. Il sourit et se délestant de son pagne, s'enfonça nu dans l'eau clair, caressée par une fine bruine. Le ciel n'avait rien perdu de sa clarté et, en plein jour, il était désormais d'un blanc aveuglant.
Nombreux étaient ceux qui fixaient l'endroit ou les combats avaient eu lieu. On y discernait quelques taches noires au sol. L'échoué sortit de l'eau , se rhabilla tout en ramassant ses outils et s'approcha d'Okha.

J'ai besoin de toi

La grande femme leva les yeux sur lui, une expression étrange sur ses traits, et hocha la tête. Ils se dirigèrent vers les taches sombres. Serpe pouvait sentir les regards posés sur eux mais personne ne dit rien.
Comme il s'y attendait, alors qu'ils s'approchaient de la plus proche, ils firent face à un amas d'ossements sombre. Il sentit Okha s'immobiliser à côté de lui et il s'arrêta lui aussi. Détaillant les os qui lui faisaient face il apprécia la plus grande taille de certains par rapport à ceux des guetteurs qu'il avait pu observer. Mais ce qui l'intéressait tout particulièrement c'était le crâne des monstres.
Allongé, dépourvu d'orbites, sa jonction avec le reste du squelette s'était maintenue malgré la disparition de ligaments et tendons. Serpe se pencha vers la base de la colonne et observa avec admiration la manière donc un emboîtement osseux complexe assurait le soutien de la tête proéminente. D'un coup sec il décrocha la mâchoire inférieure du monstre et la posa à coté de lui. Puis, avec précaution, il dévissa le crâne de la bête. Retourné, il pourrait faire un récipient admirable. Ou autre chose. Serpe voyait difficilement comment le transporter. Et il ne lui était pas possible de le découper proprement pour le moment. Okha de son côté s'était emparée de l'os du bras des créatures. Il dépassait en diamètre et en taille le tibia de guetteur que possédait Serpe mais, dans ses mains, il semblait exactement à la bonne taille. Elle le soupesa et jeta un regard à l'échoué. Celui-ci hocha la tête en souriant.
Ils récupérèrent ensuite quelques côtes, épaisses mais relativement souples, une énorme omoplate et la mâchoire du monstre en plus de quelques dents, prélevées sur la couronne supérieur de sa gueule. Déjà chargés, il laissèrent le crâne sur place. Serpe indiquerait sa positions aux autres et ils viendraient le prendre s'ils en ressentaient le besoin. L'échoué se dit également qu'il serait bon de faire disparaître les ossements de ces monstres, ils offraient bien trop de ressources accessibles pour des ennemis potentiels.

Une partie du groupe était déjà retournée vers Terre Rouge. Parmi les restants se trouvait Konol qui les regarda arriver vers eux, une expression étrange se dessinant sur ses traits tirés.

Je pourrais... je voudrais garder quelque-chose d'eux. Pour me souvenir.

Serpe le fixa sans rien dire. Il allait répondre quelque-chose quand Okha lui prit doucement la mâchoire des mains et la tendit à Konol. Celui-ci la contempla avec un dégoût presque palpable et la racine resta longtemps le bras tendu. Puis il la saisit, maladroitement, l'un de ses doigts s'écorchant sur une incisive acérée.

Merci.

Qu'est-ce que tu comptes en faire?

Je ne sais pas encore.

Un silence. Serpe était heureux d'entendre à nouveau la voix d'Okha. Son ton était plein de confiance et d'une bienveillance qui, même s'il ne la partageait pas, lui semblait rassurante.

Méfie toi des symboles, il n'est pas donné à tout le monde d'y accorder un sens juste.

Konol cligna des yeux, pris de court.

Allons-y,  les autres ont sûrement besoin de nous.

Ils se dirigèrent à nouveau vers le camp en silence. Le soleil n'avait pas encore percé une seule fois les nuages aujourd'hui mais, l'échoué évalua que s'il était désormais visible, les arbres n'auraient sans doute presque plus d'ombre. Son ventre se rappela à lui dans un gargouillement rageur.

Atalant avait attrapé deux oiseaux minuscules et les quelques oeufs qu'ils gardaient. Il fut décidé que l'on donnerait en priorité de la nourriture à ceux capable d'en trouver davantage et aux blessés ensuite. Comme à l'accoutumée dans ce genre de situations, les regards se tournèrent vers Telod.

HRP:
 
Telod
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Jour d'éveil : Jour 1
Race : Racine
Métier : Sculpteur (3)
Groupe : Terre Rouge
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Dim 14 Aoû 2016 - 18:16

Ayant terminé ma deuxième sculpture, je retournai au campement pour aller la déposer. Jey resta avec Galline auprès de l'eau, cette dernière désirant rester toute la journée à côté du lac afin d'être sûr de ne jamais manquer.
Je vins déposer la forme de bois sur la deuxième tombe de terre. Ma sculpture ressemblait à une feuille que l'on aurait fait tourner sur elle-même, ornée de nombreux petits carrés de taille variable creusés dans le bois.

Atalant et Sevin étaient rentrés avec une chasse relativement maigre, mais pas les mains vides, ce qui restait véritablement honorable. Des oiseaux et des oeufs.

Lorsqu'on me demanda mon avis sur la répartition des vivres, après que l'on ait proposé que les prioritaires soient ceux qui pouvaient chasser, je répondis brièvement :

- Faisons comme cela, mais Galline passe avant. Elle est très malade, elle a besoin de manger, c'est elle qui a le plus de nécessité.

Les membres de Terre Rouge acceptèrent mes dires. Je pris un troisième bout de bois et je me dirigeai à nouveau vers le lac, portant avec moi une partie d'un des deux oiseaux - après que celui-ci ait été cuit sur le feu - pour en proposer à Galline.

Au lac je retrouvai la jeune malade et Jey. La pluie s'était intensifiée. Les gouttes épaisses claquaient sur le sol de roche, grondaient sur les branchages, chantaient sur le lac.
Galline, abritée sous un arbre, attendait que l'averse se calme un peu. Je m'approchai d'elle et lui tendit le bout de viande. Sans rien me dire, elle hocha la tête et accepta de manger.

Pendant ce temps, mes yeux restaient tournés vers la rive. Je pouvais voir la silhouette de Jey, debout, face au lac, les bras tombants, ne bougeant pas.
Je m'approchai lentement. On pouvait voir son corps ruisseler d'eau. Ses cheveux plaqués sur son crâne. Des gouttes filant sur ses bras pour venir s'agglutiner en bas de ses doigts, former de nouvelles gouttes encore plus grosses, et tomber vers le sol.

Je vins à côté de lui.

- Jey. dis-je pour le saluer.

Un moment passa, puis il me répondit :

- Tu sais Telod, elle ne méritait pas ça. Tu sais.

- Je sais.

Il pleurait. Je le laissais faire, sans le regarder, mes yeux tournés vers le lac avec lui. Sa voix refit surface, tremblante :

- Tu vois, Zön, il nous disait de nous poser des questions. D'habitude je n'en ai pas, mais, là, j'en ai une.

Je tournai mes pupilles vers lui, alors je vis son regard passer de l'eau à la braise.

- Qu'est-ce que ce monde veut ?

Puis de la braise à la flamme. Il hurla :

- Qu'est-ce que ce monde veut ?!

Jey se baissa, ramassa un galet et le lança de toutes ses forces vers le lac. Le caillou vola lentement et vint disparaître dans l'onde noire. Après cela, l'homme tomba à genoux, et se mit à pleurer à chaudes larmes. Je m'assis auprès de lui.
Il sanglotait. Sa voix apparut à nouveau, comme un gémissement.

- Pourquoi vivre ? Pourquoi vivre, Telod, si c'est pour se voir enlever tout ce que l'on aime ?

Il déglutit, renifla, puis se remit à pleurer bien plus fort. Sa voix chavirait à chaque mot.

- Pourquoi vivre, si c'est pour que ce monde nous torture ? Pourquoi vivre si c'est pour... Souffrir ?

Il serra les dents, et sa tristesse se transforma à nouveau en rage, son ton était sifflant de colère :

- Ces saloperies de trucs noirs... Peuvent pas nous foutre la paix ? Je leur ai rien demandé moi ! On demande rien !

Et il pleura encore.

- J'ai... J'ai pas envie de participer à ce jeu, si les règles consistent à nous faire du mal. J'ai pas envie de faire partie de ce monde, si celui qui en donne les règles est un sadique malsain.

Bruit de la pluie. Je laissai un temps passer, puis je mis la main sur l'épaule de mon camarade.

- Je ne sais pas si c'est un jeu, mais je ne le crois pas. Je ne sais pas si quelqu'un donne des règles au dessus de nous, mais je ne le crois pas. Regarde.

Je mis ma main vers le ciel, des gouttes tombaient dans ma paume.

- Les gouttes tombent vers le sol parce qu'elles étaient en l'air. Elles n'ont rien décidé. Elles sont tombées. Tu ne peux pas reprocher au galet de dévaler la pente, ni à la pente d'être abrupte. Je pense qu'il est probable que le monde ne décide de rien. Les choses sont ce qu'elles sont.

Je serrai les doigts, bientôt, une minuscule flaque se créait dans ma main.

- Nous, à la différence, nous choisissons. En cela nous pouvons façonner le monde, pour qu'il devienne comme nous voulons qu'il soit. Nous sommes plus grands que ces montagnes, Jey, souviens-t-en. Change définitivement ta tristesse en haine, tes blessures en forces, et marche la tête haute, car le monde ne nous a pas encore tous tué, et que tant qu'il n'y arrive pas nous pourrons y poser notre empreinte, le changer, le modeler, le bâtir, jusqu'à ce qu'il consente à devenir clément, et à nous laisser en paix.

Jey leva alors ses yeux vers moi, me regarda longuement, puis hocha la tête. Il se releva alors, et marcha d'un pas déterminé vers Galline, pour la forcer à aller boire.
Moi, je retournai sous un arbre, et je continuai ma sculpture.

Le soir arriva alors, un peu plus frais. Galline semblait se sentir un peu mieux, sa maladie s'était légèrement calmée. Nous décidâmes alors de rentrer au campement, tous ensemble, pour nous réchauffer près du feu.

Arrivés à destination, nous constatâmes que les choses n'avaient pas beaucoup avancées en notre absence. Démoralisés par les événements récents, immobilisés par la violence de la pluie, les membres de Terre Rouge essayaient de se réconforter en s'autorisant une pause.
Nous les rejoignîmes. On parla alors de tout et de rien autour de la source de chaleur, contemplant la fumée mouvante qui montait vers les feuillages. Bien que triste, la soirée se trouva tout de même agréable, réchauffée par la simplicité d'un échange entre les hommes.
Je n'appréciai pas le bruit, mais ce soir là les discussions rares et innocentes ne me dérangeaient pas.

Après ceci, on décida qu'il était temps d'aller dormir.

Je me proposai pour veiller encore une fois, puisque je voulais terminer mes sculptures pendant la nuit.

***

RP CLOS
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