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Corbeau noir et noyer blanc [Important ; J17 et 18 ; PV : Kibo et Kyofu]
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Hattie
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Messages : 11

Jour d'éveil : Jour 15
Race : Racine
Métier : Sculpteur (1)
Groupe : Errants
Fiche de présentation : Hattie
Journal : Journal de Hattie
Dim 1 Jan 2017 - 19:16

La nuit ne fut pas reposante pour Hattie. Les cauchemars l’avaient réveillée plusieurs fois, visions de monstres traînant leurs victimes sous terre, des rêves étrangement silencieux lui donnant peur de se rendormir. Le dernier avait été si réel, quelque chose lui enserrant la gorge et l’étouffant. Elle avait rouvert les yeux d’un coup, choquée, et n’avait pas voulu les refermer, contemplant les braises mourantes du feu. Mais la fatigue avait eu raison de ses peurs, et elle se leva le lendemain matin avec la sensation de ne pas s’être reposée du tout.

Anicée remarqua sa mine décomposée, mais ne fit pas de commentaires. Elle aussi avait eu une nuit agitée. Sans compter que la faim la tiraillait toujours, cela faisait plusieurs jours de plus qu’elle survivait dans la vallée. Depuis la disparition de Torked cela avait empiré, c’était lui le chasseur. Et même si elle l’avait aidé, elle n’avait pas son talent pour pister, traquer, piéger le gibier.
S’asseyant à côté de Hattie, à l’entrée de leur tanière, elle annonça doucement :
- Il faut qu’on décide de ce qu’on va faire.
Elle marqua une pause, mais la jeune femme ne réagit pas.
- Pour la nourriture, continua-t-elle alors. On ne pourra pas continuer à se nourrir éternellement de baies et de racines. C’est maintenant, tant que l’on a encore des forces, qu’il faut…
Hattie termina sa phrase, lugubre :
- … Se procurer de la viande.
- Oui. On n’a pas d’autre choix. Du moins… je n’en vois pas d’autre.
- Bien sûr, tu as raison. Je ne sais pas ce que l’on fait ici, ni même comment on y est arrivé, mais mieux vaut partir du principe qu’on va y rester un bout de temps. Et puis peut-être que l’on croisera quelqu’un qui saura ! Sait-on jamais,
fit-elle avec un sourire en demi-teinte.
Elle passa son bras autour des épaules de son amie et la serra brièvement, avant de se lever.
- Allons chasser ! Les proies de cette forêt giboyeuse n’ont qu’à bien se tenir ! Qui a déjà vu chasseresses plus émérites que nous ?
Anicée éclata de rire devant Hattie marquant la pause, le menton fièrement relevé, poings sur les hanches, avec son pagne cachant tout juste ce qu’il y avait à cacher. La brune, constatant le retour de sa bonne humeur n’en fut que plus heureuse, et elles allèrent prendre leurs lances et leur seul silex avant de se mettre en route.

Lorsqu’elles sortirent de leur bosquet le temps avait fraîchi, et le ciel était d’une blancheur éclatante. Le temps semblait suspendu, comme s’il attendait que quelque chose rompt cette pause. Elles marchaient silencieusement vers la forêt, toujours à l’affût, quand la rupture tant attendue se produisit. Doucement, voletant, de minces flocons de neige commencèrent à se déverser du ciel comme du coton. Les deux jeunes femmes sourirent comme des gamines devant ce spectacle tout de blanc, tendant les mains pour laisser se déposer quelques flocons. Elles déchantèrent bien vite en voyant la neige tomber de plus en plus drue, mais elle ne tenait pas encore au sol. Elles décidèrent de continuer tout de même car elles avaient déjà fait la moitié du chemin, et elles seraient plus à l’abri sous les arbres. Elles accélérèrent le pas, le froid commençant à se faire sentir, et finirent par courir, pressées par la peur de perdre leurs repères. Le monde était devenu entièrement blanc. Le ciel était uni, l’horizon avait disparu derrière un rideau de neige, et le sol était immaculé, humide et froid. Elle s’arrêtèrent un instant, essoufflées, quand Hattie tendit soudain le doigt droit devant :
- Regarde ! La forêt !
À une dizaine de mètres le premier arbre était enfin visible, grand, un peu en avance sur la lisière du bois. Le tronc gris clair, son écorce semblant partir en lambeau, il se dressait seul avec son feuillage recouvert de neige. Une forme noire s’agita à son pied, petite, perchée sur une grosse pierre. Le corbeau s’immobilisa un instant comme s’il savait qu’on l’observait puis revint à ses affaires. Tenant dans son bec une noix il essayait de la briser, tapant obstinément contre la pierre. Mais la brune et la blanche se rapprochèrent et il s’envola, abandonnant sa prise sans regret. Elle était vraiment trop dure.

Les deux femmes se réfugièrent dessous, tapant des pieds pour les réchauffer, et Anicée mis les siens où il ne fallait pas. En quelques secondes une corde se resserra autour de ses chevilles, lui mordant cruellement la chair, et la remonta brutalement, sa tête heurtant le tronc stoppant net le cri qu’elle avait poussé. Suspendue la tête en bas à deux mètres du sol, les bras ballants, la jeune femme paraissait inconsciente.
- Ani ! Cria sa compagne d’infortune, affolée, espérant entendre une réponse d’elle.
Elle insista, continuant de l’appeler par son prénom, lui secouant les mains, mais rien n’y fit. Elle finit par se taire, se rendant compte du boucan qu’elle faisait, effrayée. Elle s’attendait à voir surgir à tout moment la personne qui avait mis en place ce piège, si c’était bien un humain. La respiration saccadée comme si elle avait couru un cent mètres elle sortit son silex, cherchant comment elle pouvait atteindre cette corde et la couper.



« Que font les gens quand ils n’ont pas d’ailes ? Les gens s’échappent et fuient tant qu’ils en ont la force. Quand ils n’en ont plus la force, ils essaient de se cacher. Mais tout le monde ne court pas assez vite, ou ne peut trouver une bonne cachette. C’est pourquoi tu dois rester vigilant, et rester complètement immobile. »
Purge, de Antti Jokinen
Hattie
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Jour d'éveil : Jour 15
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Journal : Journal de Hattie
Dim 29 Jan 2017 - 14:31

D12
Le propriétaire du piège est :
1-2/ un jeune homme
3-4/ un homme mûr
5-6/ un vieil homme
7-8/ une jeune femme
9-10/ une femme mûre
11-12/ une vieille femme

D6
Le propriétaire :
1-2/ les prend sur le fait
3-4/ les épie sans se montrer
5-6/ est absent



« Que font les gens quand ils n’ont pas d’ailes ? Les gens s’échappent et fuient tant qu’ils en ont la force. Quand ils n’en ont plus la force, ils essaient de se cacher. Mais tout le monde ne court pas assez vite, ou ne peut trouver une bonne cachette. C’est pourquoi tu dois rester vigilant, et rester complètement immobile. »
Purge, de Antti Jokinen
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Dim 29 Jan 2017 - 14:31

Le membre 'Hattie' a effectué l'action suivante : Lancer de dés


#1 'd12' :

#1 Résultat : 6

--------------------------------

#2 'd6' :

#2 Résultat : 6
Hattie
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Journal : Journal de Hattie
Sam 25 Fév 2017 - 9:37

Fébrile, Hattie chercha des yeux comment fonctionnait le mécanisme du piège, s’il avait une manière simple de le désamorcer plutôt que de couper la corde. Anicée n’était pas en danger immédiat pour l’instant, bien qu’étant inconsciente, et la jeune femme observa le chemin que prenait la corde, essayant de comprendre comment le piège s’était déclenché. Partant des chevilles de son amie, elle passait ensuite par-dessus une branche qui la soutenait et redescendait au sol, où elle était attachée à une grosse souche, servant de contrepoids à Anicée. Une deuxième corde partait de cette souche et remontait jusqu’à la même branche, passait par-dessus et redescendait vers la base du tronc du noyer. Examinant de plus près celui-ci elle vit deux grosses chevilles de bois plantées l’une à côté de l’autre, à trente centimètres d’écart. Une solide traverse de bois était tombée au sol et la corde pendait, n’étant plus retenue. Au bout de celle-ci se retrouvait une autre cheville de bois, initialement plantée dans la terre.

Anicée s’était donc pris les pieds dans la corde tendue au sol, la libérant, et lâchant du même coup la souche suspendue en hauteur qui n’était plus retenue. Elle avait alors entraîné la seconde corde, dont le nœud coulant reposait au sol, à l’endroit où Anicée avait déclenché le piège. La souche tombant, le nœud coulant remonta, se resserrant autour des pieds de sa victime. Hattie contempla l’ensemble, appréciant l’ingéniosité du mécanisme, mais revint bien vite à sa première préoccupation : libérer son amie.

Elle tira péniblement sur la corde retenant Anicée, afin de lui donner du mou et pouvoir défaire les nœuds autour du contrepoids. Ses mains engourdies par le froid elle peina à tenir fermement la corde, et l’enroula autour de son bras, assise au sol. Une fois la corde maintenue elle entreprit de la dénouer d’une main. Elle tâtonnait tirant par-ci par-là, cherchant lequel défaire mais il y en avait partout. Complexes et bien serrés, ils commencèrent à désespérer Hattie qui devait retenir le poids d’Anicée avec son autre bras, brûlant de fatigue. La corde se mit alors à glisser sur son avant-bras, entamant sa peau, et l’angoisse de la jeune femme monta en accélérant. Elle chercha frénétiquement son silex et entailla les fibres avec des gestes rapides et désordonnés, lorsqu’enfin elles cédèrent.

Grimaçant elle fit doucement descendre sa compagne d’infortune, l’allongeant au sol. Avec un soupir de soulagement elle retira la corde de son bras, maudissant celui qui avait installé ce piège ; il n’était plus question de l’admirer. Elle s’accroupit pour examiner la tête d’Anicée, la manipulant délicatement, tant elle avait peur d’aggraver les choses. Elle ne constata qu’une bosse et prit la jeune femme dans ses bras pour la réchauffer, patientant jusqu’à ce qu’elle reprenne connaissance.



« Que font les gens quand ils n’ont pas d’ailes ? Les gens s’échappent et fuient tant qu’ils en ont la force. Quand ils n’en ont plus la force, ils essaient de se cacher. Mais tout le monde ne court pas assez vite, ou ne peut trouver une bonne cachette. C’est pourquoi tu dois rester vigilant, et rester complètement immobile. »
Purge, de Antti Jokinen
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Journal : Journal de Hattie
Dim 26 Fév 2017 - 12:15

Les minutes s’écoulaient, interminables, la neige n’en finissant plus de tomber. Au moment où Hattie se résolut à déplacer la jeune femme inconsciente, celle-ci ouvrit les yeux, le regard perdu. Pendant quelques secondes elle ne sut plus où elle était ni ce qu’elle faisait là, le cerveau pédalant dans le vide. Mais la mémoire lui revint bien vite et elle interrogea son amie, s’asseyant avec précaution :
- Mais qu’est-ce qui s’est passé bordel ?! Et pourquoi j’ai mal au crâne ? Ajouta-t-elle, portant la main à sa bosse.
Elle regarda machinalement sa main pour vérifier l’absence de sang et se releva lentement, la mine désapprobatrice devant le sourire qu’affichait la brune.
- Tu te moques de moi ? Continua-t-elle, vexée.
- Non, pas du tout ! Excuse-moi, dit-elle, toujours tout sourire. Je suis simplement contente que tu n’aies rien. Enfin rien de grave, fit-elle après réflexion. Tu t’es fait prendre par un piège. Suspendue la tête en bas au bout d’une corde.
Et elle désigna ledit piège expliquant ce qui avait dû se passer d’après elle, et qu’elle avait dû se cogner à la souche lorsque celle-ci était tombée. Anicée l’écouta sans sourciller, puis jeta un coup d’œil à ses chevilles meurtries, le bras râpé de Hattie ainsi que les écorchures de ses jambes et soupira :
-Eh ben… En trois jours on ne s’est pas trop mal débrouillée pour récolter de futures cicatrices.
Hattie aquiesça, ajoutant :
- Si on nous demande, on s’est fait sauvagement attaquée par des monstres affamés.
-  Ouais, qu’on a repoussé et balancé d’une falaise.
- Une demi-douzaine au moins,
renchérit-elle.
Elles éclatèrent d’un rire nerveux, le stress ayant finalement raison d’elles. Leur situation précaire usait leurs nerfs, et rire comme si elles ne jouaient pas leurs vies à chaque instant leur permettait d’évacuer cette pression, toute cette tension qui menaçait d’éclater à la moindre difficulté.
Une fois calmées, elles reprirent leurs esprits et décidèrent de ramasser des noix, avant de rejoindre enfin la forêt et chasser.
- Mais comment veux-tu qu’on les transporte ? Objecta la blanche.
- Euh… Très juste. Aucune idée.
- Je te suggérerais bien d’enlever ton pagne pour en faire un sac, mais…
- Mais je te répondrais probablement que si je peux le faire, tu peux le faire aussi. Et qu’on aurait plus de noix à deux.
- Voilà, donc je ne l’ai pas proposé,
dit-elle, amusée. Fait froid.
- On pourrait les enterrer et repasser par là quand on retournera au bosquet. On avisera à ce moment-là. Qui sait, on aura peut-être une nouvelle fourrure.
- Ça me va !

Elles en ramassèrent un joli paquet, qu’elles cachèrent sous terre, égoïstement, comme un petit trésor. Elles en profitèrent pour en manger quelques-unes, sortant les coques de leurs bogues et les cassant avec une pierre. Enfin elles repartirent, mémorisant l’emplacement de leur cachette.

Dans la forêt dense, à l’ombre du feuillage touffu des arbres, la neige s’était faite rare mise à part dans les clairières. Marchant silencieusement au milieu des arbres, les deux jeunes femmes s’arrêtèrent finalement, incertaine de ce qu’il fallait faire. Hattie n’avait jamais chassé, et Anicée avait seulement donné un coup de main à Torked, sans véritablement apprendre. Elle le regrettait amèrement en cet instant, et exposa à son amie les quelques souvenirs qu’elle en avait. Il fallait réussir à débusquer une proie, ce qui n’était déjà pas une mince affaire, et ne pas en devenir une, en essayant de repérer tous les signes d’une présence animale. Les excréments, les empreintes et traces de passages, les restes de nourriture. Torked posait probablement des collets, mais Anicée ne savait pas les faire, elles devraient se débrouiller sans. Enfin, les animaux étaient pour la plupart actifs à l’aube et au crépuscule. Elles se regardèrent, légèrement découragées, et Hattie conclut :
- Bon… Commençons par trouver quelque chose de mangeable, on verra ensuite comment on fera, en fonction de ce que c’est : rongeur, oiseau, lapin…
Elles se mirent donc en quête de signes qu’elles étaient capables de déceler, de terriers, et autres traces prometteuses.



« Que font les gens quand ils n’ont pas d’ailes ? Les gens s’échappent et fuient tant qu’ils en ont la force. Quand ils n’en ont plus la force, ils essaient de se cacher. Mais tout le monde ne court pas assez vite, ou ne peut trouver une bonne cachette. C’est pourquoi tu dois rester vigilant, et rester complètement immobile. »
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Jour d'éveil : Jour 15
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Fiche de présentation : Hattie
Journal : Journal de Hattie
Lun 22 Mai 2017 - 16:50

Il avait commencé par gratter la neige, frénétiquement, et s’était caché dans le creux. Il observait maintenant les alentours, craintif et attentif au moindre son. La neige tombante étouffait les bruits, mais le dissimulait encore mieux malgré le froid qui s’insinuait peu à peu. Soudain il sentit des pas, tout proches, qui essayaient de se faire discrets. Quelques chuchotements, qu’il ne parvint pas à distinguer. La peur monta, son cœur accéléra et il ne put s’empêcher de remuer. Aussitôt les pas se rapprochèrent beaucoup plus vite et il s’élança, effrayé, craignant pour sa vie. Une lance le manqua de peu et il courut en zigzag, évitant une deuxième quand enfin il retrouva son abri, sa sécurité, là où personne ne pourrait l’atteindre. Le lapin terrorisé s’engouffra dans son trou, Hattie et Anicée râlant à l’unisson lorsqu’elles virent la petite queue de lapin disparaître dans son terrier.
- C’est pas vrai, on y était presque !
Excédée et frustrée, Anicée s’assit lourdement dans la neige, pendant que Hattie ramassait les lances. Elles étaient retournées en lisière lorsqu’elles avaient repéré des crottes de lapin, mais sans résultat.
- Ce n’est probablement pas la meilleure technique pour ce genre d’animal. Courir après un lapin…
Le gargouillement de son estomac l’interrompit, sa faim se rappelant à son bon souvenir. Elle avait mal au ventre à la longue, et c’était la même chose pour Anicée. Elles avaient faim au point d’essayer de rattraper un lapin à la course, mais c’était la seule chose qu’elles avaient pu trouver, à part les champignons. La blanche les avait jugés sans danger, et son amie lui faisait confiance pour ces choses-là. Elles avaient erré des heures dans le froid et l’épuisement se faisait sentir. Au début de la journée Hattie frissonnait seulement quand elle restait immobile, maintenant c’était en permanence, son amie également bien qu’elle semblât moins en souffrir.
- Retournons sous le couvert des arbres, il y fait plus chaud et il y a moins de neige.
La brune hocha la tête en signe d’assentiment, elle avait l’impression que ses pieds n’étaient plus que deux glaçons. Continuant de marcher pour tenter de se réchauffer, elles avaient le nez par terre cherchant tout ce qui pouvait se manger. Anicée farfouillait dans les feuilles mortes avec sa lance, espérant trouver d’autres champignons, lorsqu’elle dérangeât un petit animal, le tirant de son sommeil. Un hérisson, roulé en boule.
-J’ai trouvé ! S’exclama-t-elle.
Hattie vint voir, mais garda un air dubitatif :
- Euh… Ça se mange ?
- Et bien il ne doit pas y avoir grand-chose mais oui, ça se mange.

Elles restèrent là un peu perplexes, poussant cette boule d’épines du bout de leurs bâtons, ne sachant pas bien quoi en faire. Aucune d’elles n’avaient jamais tué quoi que ce soit. Elles étaient presque désolées de vouloir manger cette mignonne petite chose, mais elles en avaient besoin. Alors Anicée enfonça sa lance dans la petite tête que l’on apercevait, le tuant sur le coup. Un peu gênée elle le déroula, et le ramassa en le tenant par une patte. Hattie ne fit pas de commentaires mais déclara, tremblante :
- Je propose que nous cherchions un abri pour la nuit, et surtout que nous fassions un feu.

Elles errèrent encore une demi-heure, le soir tombant, sans rien voir d’autre que des oiseaux et finirent par trouver une étroite grotte, un boyau disparaissant sous terre. Elles rassemblèrent alors des petits branchages et des écorces pour faire un feu, essayant de produire des étincelles en frottant le silex sur une pierre. Mais aucune ne parvint à enflammer le bois, tout était trop humide. Elles s’acharnèrent, les produisant plus vite, plus nombreuses, collant leurs deux outils au bois, mais rien n’y fit. Les pieds violets tirant sur le bleu, Hattie s’était recroquevillée, dans l’espoir de retenir le peu de chaleur qu’elle conservait. Mais avec le soir, l’air se faisait plus glacial, le froid plus mordant, et elle dit d’une petite voix, claquant des dents :
- Ani ? Honnêtement, si on ne se réchauffe pas… Je crois que je ne passerais pas la nuit.
L’angoisse revenait, encore, avec la peur de mourir. Elles se levèrent pour chercher du bois plus sec, presque désespérées devant l’urgence de leur situation. Le jour baissant, le noir s’installa peu à peu, cachant à leur vue l’objet de leur recherche. Celle-ci devint vite une course contre la montre, contre ce froid meurtrier, plus lent et implacable encore que les guetteurs. Alors qu’elles n’y voyaient presque plus, la lumière cachée par les nuages, elles aperçurent un feu brillant à une centaine de mètre. Sa chaleur discrète hypnotisa les deux jeunes femmes, qui se concertèrent du regard, et les attira comme des papillons. Se dirigeant vers sa lumière elles tâtonnèrent dans l’obscurité naissante, rendues maladroites par leurs membres refroidis.



« Que font les gens quand ils n’ont pas d’ailes ? Les gens s’échappent et fuient tant qu’ils en ont la force. Quand ils n’en ont plus la force, ils essaient de se cacher. Mais tout le monde ne court pas assez vite, ou ne peut trouver une bonne cachette. C’est pourquoi tu dois rester vigilant, et rester complètement immobile. »
Purge, de Antti Jokinen
Hattie
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Jour d'éveil : Jour 15
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Fiche de présentation : Hattie
Journal : Journal de Hattie
Mer 19 Juil 2017 - 17:39

- Ce n’est qu’un vieil homme, chuchota doucement Anicée. Il a l’air d’être seul. On y va ?
- Oh oui !
Approuva largement son amie, imaginant déjà la délicieuse chaleur parcourir sa peau glacée.
Elles épiaient la personne assise à côté de son feu, devant une cahute en bois très rudimentaire recouverte de feuillages. Elle se fondait dans le décor, discrète, cachée par un repli de terrain et les deux jeunes femmes allaient l’approcher lorsqu’une voix impatiente demanda :
- Vous allez vous décider, ou rester dans les broussailles à attendre que le gel fasse son œuvre ?
Muettes de surprise, elles s’exécutèrent néanmoins, avec zèle. Se pelotonnant le plus près possible du feu sans se brûler, elles frissonnèrent de soulagement en rentrant dans ce cocon de chaleur, diffusé par les flammes joyeuses de son feu de bois.
- Merci, bredouillèrent-elles en cœur, le ton reconnaissant.
Le vieil homme eut un sourire aimable, et répondit poliment :
- Je vous en prie, ravi que cela vous profite également. Je suis Lono. Et vous-même, vous êtes... ?
Elles se présentèrent alors à leur hôte, en racontant brièvement ce qu’il était advenu depuis le réveil de Hattie, la nuit de la veille. Anicée resta volontairement floue sur sa propre histoire depuis son éveil dans la cime des montagnes, mais Lono ne parut pas s’en offusquer. S’adressant à Hattie il les mit plus ou moins en garde :
- Vous avez eu de la chance que votre amie soit intervenue, sinon c’en était fait de vous. Ces créatures peuvent être voraces, elle vous aurait avalée jusqu’à la dernière miette.
Ces paroles trahissaient une certaine connaissance de ces créatures et Anicée demanda avidement, sans cacher son espoir d’en savoir plus :
- D’où viennent-elles ? Vous le savez ?
- Non, aucune idée hélas. Elles peuvent être seules ou en groupe, passives ou agressives. Elles baragouinent parfois des phrases sans queue ni tête. C’est tout ce que je sais,
fit-il avec un air de regret.
- C’est déjà pas mal, comparé à nous, remarqua la brune. Vous avez l’air d’être éveillé depuis longtemps.
Elle n’avait également jamais vu de vieil homme, mais à vrai dire il n’était que la deuxième personne qu’elle croisait. La question était sous-entendue pour ne pas forcer sa réponse, s’il n’avait pas envie de la donner, mais il semblait ne pas être avare de paroles :
- C’est mon dix-septième jour ici. Je me suis réveillé sous terre, ainsi qu’un ami.
- Hattie et Torked aussi se sont réveillés dans une grotte ! Mais moi j’étais dans la neige, dans les montagnes. C’est plutôt curieux non ?
Dit-elle, espérant déclencher encore quelques explications.
Mais Lono se contenta de hausser les épaules, signifiant qu’il n’en avait pas, et demanda :
- Qui est Torked ?
- Un ami, qui a disparu.

Un silence lourd de sens passa brièvement après les mots d’Anicée, qui semblait soudain avoir perdu la parole. Il n’y avait pas vraiment de mots capables de la consoler de cette perte mais le vieil homme avoua doucement, pour montrer qu’il comprenait son chagrin, et le partageait :
- Mon ami aussi. On s’était séparé, pour relever nos collets. J’ai entendu ses cris, et ceux de ces monstres, mais je n’ai pas osé aller l’aider. Qu’aurais-je pu faire ? Elles étaient nombreuses. Je me suis enfui, et le lendemain j’y suis retourné. Elles n’avaient presque rien laissé, et les corbeaux récupéraient les restes. J’ai enterré ce que j’ai pu.
Ces sinistres souvenirs détournèrent l’attention de Hattie vers l’extérieur du halo chaleureux du foyer, regardant d’un air inquiet les ombres de la forêt. Il n’était pas difficile d’imaginer toutes sortes de monstres tapis dans le noir, de déformer les bruits nocturnes et inoffensifs des bois et des bestioles l’habitant. Sentant que l’inquiétude gagnait ses convives inopinées, il leur proposa de manger, sans leur demander si elles avaient faim. C’était inutile au vu de leur dégaine. Anicée montra le hérisson, qu’elle dépeça avec maladresse à l’aide du silex. Il fut mis à cuire au-dessus du feu, et Lono proposa quelques tranches de viande fumée.
- C’est spécial comme goût, fit Anicée, pensive. Comment faites-vous pour les fumer ? Avec Torked on la cuisait tout de suite. De toute manière on n’en avait pas assez pour en mettre à conserver.
- On a fait un trépied, avec une grille de branchages à mi-hauteur pour disposer la viande à plat. Le feu est en-dessous, avec juste ce qu’il faut de braises, et des feuilles vertes pour la fumée. Quand il est lancé on bouche les trous autant que possible avec des branches pour conserver beaucoup de fumée à l’intérieur. Le problème c’est qu’il faut régulièrement surveiller que le feu ne reprenne pas, et brûle tout le fumoir. Je vous montrerai demain, comment c’est fait.

Il s’interrompit pour mastiquer cette viande dure sous la dent, avala et reprit sur un ton d’excuse, très différent :
- J’ai un aveu à vous faire… Le piège que vous avez rencontré, c’est moi et mon ami qui l’avons installé.
Il avait attendu qu’elles aient mangé pour leur dire, car elles étaient probablement moins encline à lui en vouloir une fois le ventre plein. En tous cas c’est ce qu’il escomptait, on ne savait jamais comment les gens pouvaient réagir, quand bien même elles paraissaient inoffensives. Les deux jeunes femmes le regardèrent avec des yeux ronds, mais n’eurent aucune réaction de colère, bien au contraire. Elles se sentirent terriblement gênées d’avoir abîmé ce que les deux hommes avaient mis en place, d’autant plus que cela avait dû être compliqué. Elles s’excusèrent, bredouillant, proposant de l’aider à réparer, de faire tout ce qu’il faudrait pour qu’il refonctionne parfaitement. Le vieil homme n’en attendait pas moins et accepta avec plaisir leur aide.
- C’est dommage que vous ayez coupé la corde, mais enfin elle n’est que raccourcie si j’ai bien compris votre histoire. On installera la souche moins haut, voilà tout.
- Vous savez donc fabriquer une corde ? Ou était-ce votre ami ?
Demanda Hattie.
- Nous l’avons faite à deux, il vaut mieux c’est très long. On a commencé par faire des petites ficelles pour des collets. Il suffit de récupérer les fibres des tiges de plantes comme les fougères, les orties, et vous les torsadez. Vous en rajoutez au fur et à mesure pour la longueur que vous voulez. Pour la corde, eh bien il faut utiliser des ficelles épaisses, que l’on torsade entre elles également. Elles-même sont fabriquées avec des ficelles moins épaisses, de la même manière et ainsi de suite. Les collets nous apportaient suffisamment à manger en nous rationnant, et on pouvait conserver la viande donc cela nous laissait du temps pour autre chose. Le problème était l’eau, et les guetteurs. Ils ont fini par l’avoir.
- Les guetteurs ?
- C’est comme ça qu’on a appelé ces choses noires, car elles sont toujours là à vous épier quand vous vous y attendez le moins.
- Oh… D’accord.

La conversation s’était tut à nouveau, alors qu’ils mangeaient le hérisson. Anicée se répétait mentalement toutes les explications de Lono, décidée à ne pas refaire la même erreur qu’avec Torked, et se trouver démunie, sans savoir faire les choses. Hattie, elle, surveillait la forêt du coin de l’œil, s’attendant à voir des yeux brillant dans la nuit, les fixant sans répit. Sentant qu’elle n’arriverait pas à dormir avant un bon moment, elle se proposa pour un premier tour de garde, ce qu’elles n’avaient pas fait jusqu’à présent. Mais après ce qu’avait raconté leur hôte, cela lui paraissait plus prudent, voire indispensable. Les deux autres  acquiescèrent, et ils se serrèrent tous les trois autour du feu pour passer cette nuit glaciale, Hattie dos au flamme afin de ne pas être aveuglée.



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