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Corbeau noir et noyer blanc [Important ; J17 et 18][Clos]
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Hattie
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Messages : 18

Jour d'éveil : Jour 15
Race : Racine
Métier : Sculpteur (1)
Groupe : Errants
Fiche de présentation : Hattie
Journal : Journal de Hattie
Dim 1 Jan 2017 - 19:16

La nuit ne fut pas reposante pour Hattie. Les cauchemars l’avaient réveillée plusieurs fois, visions de monstres traînant leurs victimes sous terre, des rêves étrangement silencieux lui donnant peur de se rendormir. Le dernier avait été si réel, quelque chose lui enserrant la gorge et l’étouffant. Elle avait rouvert les yeux d’un coup, choquée, et n’avait pas voulu les refermer, contemplant les braises mourantes du feu. Mais la fatigue avait eu raison de ses peurs, et elle se leva le lendemain matin avec la sensation de ne pas s’être reposée du tout.

Anicée remarqua sa mine décomposée, mais ne fit pas de commentaires. Elle aussi avait eu une nuit agitée. Sans compter que la faim la tiraillait toujours, cela faisait plusieurs jours de plus qu’elle survivait dans la vallée. Depuis la disparition de Torked cela avait empiré, c’était lui le chasseur. Et même si elle l’avait aidé, elle n’avait pas son talent pour pister, traquer, piéger le gibier.
S’asseyant à côté de Hattie, à l’entrée de leur tanière, elle annonça doucement :
- Il faut qu’on décide de ce qu’on va faire.
Elle marqua une pause, mais la jeune femme ne réagit pas.
- Pour la nourriture, continua-t-elle alors. On ne pourra pas continuer à se nourrir éternellement de baies et de racines. C’est maintenant, tant que l’on a encore des forces, qu’il faut…
Hattie termina sa phrase, lugubre :
- … Se procurer de la viande.
- Oui. On n’a pas d’autre choix. Du moins… je n’en vois pas d’autre.
- Bien sûr, tu as raison. Je ne sais pas ce que l’on fait ici, ni même comment on y est arrivé, mais mieux vaut partir du principe qu’on va y rester un bout de temps. Et puis peut-être que l’on croisera quelqu’un qui saura ! Sait-on jamais,
fit-elle avec un sourire en demi-teinte.
Elle passa son bras autour des épaules de son amie et la serra brièvement, avant de se lever.
- Allons chasser ! Les proies de cette forêt giboyeuse n’ont qu’à bien se tenir ! Qui a déjà vu chasseresses plus émérites que nous ?
Anicée éclata de rire devant Hattie marquant la pause, le menton fièrement relevé, poings sur les hanches, avec son pagne cachant tout juste ce qu’il y avait à cacher. La brune, constatant le retour de sa bonne humeur n’en fut que plus heureuse, et elles allèrent prendre leurs lances et leur seul silex avant de se mettre en route.

Lorsqu’elles sortirent de leur bosquet le temps avait fraîchi, et le ciel était d’une blancheur éclatante. Le temps semblait suspendu, comme s’il attendait que quelque chose rompt cette pause. Elles marchaient silencieusement vers la forêt, toujours à l’affût, quand la rupture tant attendue se produisit. Doucement, voletant, de minces flocons de neige commencèrent à se déverser du ciel comme du coton. Les deux jeunes femmes sourirent comme des gamines devant ce spectacle tout de blanc, tendant les mains pour laisser se déposer quelques flocons. Elles déchantèrent bien vite en voyant la neige tomber de plus en plus drue, mais elle ne tenait pas encore au sol. Elles décidèrent de continuer tout de même car elles avaient déjà fait la moitié du chemin, et elles seraient plus à l’abri sous les arbres. Elles accélérèrent le pas, le froid commençant à se faire sentir, et finirent par courir, pressées par la peur de perdre leurs repères. Le monde était devenu entièrement blanc. Le ciel était uni, l’horizon avait disparu derrière un rideau de neige, et le sol était immaculé, humide et froid. Elle s’arrêtèrent un instant, essoufflées, quand Hattie tendit soudain le doigt droit devant :
- Regarde ! La forêt !
À une dizaine de mètres le premier arbre était enfin visible, grand, un peu en avance sur la lisière du bois. Le tronc gris clair, son écorce semblant partir en lambeau, il se dressait seul avec son feuillage recouvert de neige. Une forme noire s’agita à son pied, petite, perchée sur une grosse pierre. Le corbeau s’immobilisa un instant comme s’il savait qu’on l’observait puis revint à ses affaires. Tenant dans son bec une noix il essayait de la briser, tapant obstinément contre la pierre. Mais la brune et la blanche se rapprochèrent et il s’envola, abandonnant sa prise sans regret. Elle était vraiment trop dure.

Les deux femmes se réfugièrent dessous, tapant des pieds pour les réchauffer, et Anicée mis les siens où il ne fallait pas. En quelques secondes une corde se resserra autour de ses chevilles, lui mordant cruellement la chair, et la remonta brutalement, sa tête heurtant le tronc stoppant net le cri qu’elle avait poussé. Suspendue la tête en bas à deux mètres du sol, les bras ballants, la jeune femme paraissait inconsciente.
- Ani ! Cria sa compagne d’infortune, affolée, espérant entendre une réponse d’elle.
Elle insista, continuant de l’appeler par son prénom, lui secouant les mains, mais rien n’y fit. Elle finit par se taire, se rendant compte du boucan qu’elle faisait, effrayée. Elle s’attendait à voir surgir à tout moment la personne qui avait mis en place ce piège, si c’était bien un humain. La respiration saccadée comme si elle avait couru un cent mètres elle sortit son silex, cherchant comment elle pouvait atteindre cette corde et la couper.



« Que font les gens quand ils n’ont pas d’ailes ? Les gens s’échappent et fuient tant qu’ils en ont la force. Quand ils n’en ont plus la force, ils essaient de se cacher. Mais tout le monde ne court pas assez vite, ou ne peut trouver une bonne cachette. C’est pourquoi tu dois rester vigilant, et rester complètement immobile. »
Purge, de Antti Jokinen
Hattie
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Jour d'éveil : Jour 15
Race : Racine
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Journal : Journal de Hattie
Dim 29 Jan 2017 - 14:31

D12
Le propriétaire du piège est :
1-2/ un jeune homme
3-4/ un homme mûr
5-6/ un vieil homme
7-8/ une jeune femme
9-10/ une femme mûre
11-12/ une vieille femme

D6
Le propriétaire :
1-2/ les prend sur le fait
3-4/ les épie sans se montrer
5-6/ est absent



« Que font les gens quand ils n’ont pas d’ailes ? Les gens s’échappent et fuient tant qu’ils en ont la force. Quand ils n’en ont plus la force, ils essaient de se cacher. Mais tout le monde ne court pas assez vite, ou ne peut trouver une bonne cachette. C’est pourquoi tu dois rester vigilant, et rester complètement immobile. »
Purge, de Antti Jokinen
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Dim 29 Jan 2017 - 14:31

Le membre 'Hattie' a effectué l'action suivante : Lancer de dés


#1 'd12' :

#1 Résultat : 6

--------------------------------

#2 'd6' :

#2 Résultat : 6
Hattie
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Journal : Journal de Hattie
Sam 25 Fév 2017 - 9:37

Fébrile, Hattie chercha des yeux comment fonctionnait le mécanisme du piège, s’il avait une manière simple de le désamorcer plutôt que de couper la corde. Anicée n’était pas en danger immédiat pour l’instant, bien qu’étant inconsciente, et la jeune femme observa le chemin que prenait la corde, essayant de comprendre comment le piège s’était déclenché. Partant des chevilles de son amie, elle passait ensuite par-dessus une branche qui la soutenait et redescendait au sol, où elle était attachée à une grosse souche, servant de contrepoids à Anicée. Une deuxième corde partait de cette souche et remontait jusqu’à la même branche, passait par-dessus et redescendait vers la base du tronc du noyer. Examinant de plus près celui-ci elle vit deux grosses chevilles de bois plantées l’une à côté de l’autre, à trente centimètres d’écart. Une solide traverse de bois était tombée au sol et la corde pendait, n’étant plus retenue. Au bout de celle-ci se retrouvait une autre cheville de bois, initialement plantée dans la terre.

Anicée s’était donc pris les pieds dans la corde tendue au sol, la libérant, et lâchant du même coup la souche suspendue en hauteur qui n’était plus retenue. Elle avait alors entraîné la seconde corde, dont le nœud coulant reposait au sol, à l’endroit où Anicée avait déclenché le piège. La souche tombant, le nœud coulant remonta, se resserrant autour des pieds de sa victime. Hattie contempla l’ensemble, appréciant l’ingéniosité du mécanisme, mais revint bien vite à sa première préoccupation : libérer son amie.

Elle tira péniblement sur la corde retenant Anicée, afin de lui donner du mou et pouvoir défaire les nœuds autour du contrepoids. Ses mains engourdies par le froid elle peina à tenir fermement la corde, et l’enroula autour de son bras, assise au sol. Une fois la corde maintenue elle entreprit de la dénouer d’une main. Elle tâtonnait tirant par-ci par-là, cherchant lequel défaire mais il y en avait partout. Complexes et bien serrés, ils commencèrent à désespérer Hattie qui devait retenir le poids d’Anicée avec son autre bras, brûlant de fatigue. La corde se mit alors à glisser sur son avant-bras, entamant sa peau, et l’angoisse de la jeune femme monta en accélérant. Elle chercha frénétiquement son silex et entailla les fibres avec des gestes rapides et désordonnés, lorsqu’enfin elles cédèrent.

Grimaçant elle fit doucement descendre sa compagne d’infortune, l’allongeant au sol. Avec un soupir de soulagement elle retira la corde de son bras, maudissant celui qui avait installé ce piège ; il n’était plus question de l’admirer. Elle s’accroupit pour examiner la tête d’Anicée, la manipulant délicatement, tant elle avait peur d’aggraver les choses. Elle ne constata qu’une bosse et prit la jeune femme dans ses bras pour la réchauffer, patientant jusqu’à ce qu’elle reprenne connaissance.



« Que font les gens quand ils n’ont pas d’ailes ? Les gens s’échappent et fuient tant qu’ils en ont la force. Quand ils n’en ont plus la force, ils essaient de se cacher. Mais tout le monde ne court pas assez vite, ou ne peut trouver une bonne cachette. C’est pourquoi tu dois rester vigilant, et rester complètement immobile. »
Purge, de Antti Jokinen
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Journal : Journal de Hattie
Dim 26 Fév 2017 - 12:15

Les minutes s’écoulaient, interminables, la neige n’en finissant plus de tomber. Au moment où Hattie se résolut à déplacer la jeune femme inconsciente, celle-ci ouvrit les yeux, le regard perdu. Pendant quelques secondes elle ne sut plus où elle était ni ce qu’elle faisait là, le cerveau pédalant dans le vide. Mais la mémoire lui revint bien vite et elle interrogea son amie, s’asseyant avec précaution :
- Mais qu’est-ce qui s’est passé bordel ?! Et pourquoi j’ai mal au crâne ? Ajouta-t-elle, portant la main à sa bosse.
Elle regarda machinalement sa main pour vérifier l’absence de sang et se releva lentement, la mine désapprobatrice devant le sourire qu’affichait la brune.
- Tu te moques de moi ? Continua-t-elle, vexée.
- Non, pas du tout ! Excuse-moi, dit-elle, toujours tout sourire. Je suis simplement contente que tu n’aies rien. Enfin rien de grave, fit-elle après réflexion. Tu t’es fait prendre par un piège. Suspendue la tête en bas au bout d’une corde.
Et elle désigna ledit piège expliquant ce qui avait dû se passer d’après elle, et qu’elle avait dû se cogner à la souche lorsque celle-ci était tombée. Anicée l’écouta sans sourciller, puis jeta un coup d’œil à ses chevilles meurtries, le bras râpé de Hattie ainsi que les écorchures de ses jambes et soupira :
-Eh ben… En trois jours on ne s’est pas trop mal débrouillée pour récolter de futures cicatrices.
Hattie aquiesça, ajoutant :
- Si on nous demande, on s’est fait sauvagement attaquée par des monstres affamés.
-  Ouais, qu’on a repoussé et balancé d’une falaise.
- Une demi-douzaine au moins,
renchérit-elle.
Elles éclatèrent d’un rire nerveux, le stress ayant finalement raison d’elles. Leur situation précaire usait leurs nerfs, et rire comme si elles ne jouaient pas leurs vies à chaque instant leur permettait d’évacuer cette pression, toute cette tension qui menaçait d’éclater à la moindre difficulté.
Une fois calmées, elles reprirent leurs esprits et décidèrent de ramasser des noix, avant de rejoindre enfin la forêt et chasser.
- Mais comment veux-tu qu’on les transporte ? Objecta la blanche.
- Euh… Très juste. Aucune idée.
- Je te suggérerais bien d’enlever ton pagne pour en faire un sac, mais…
- Mais je te répondrais probablement que si je peux le faire, tu peux le faire aussi. Et qu’on aurait plus de noix à deux.
- Voilà, donc je ne l’ai pas proposé,
dit-elle, amusée. Fait froid.
- On pourrait les enterrer et repasser par là quand on retournera au bosquet. On avisera à ce moment-là. Qui sait, on aura peut-être une nouvelle fourrure.
- Ça me va !

Elles en ramassèrent un joli paquet, qu’elles cachèrent sous terre, égoïstement, comme un petit trésor. Elles en profitèrent pour en manger quelques-unes, sortant les coques de leurs bogues et les cassant avec une pierre. Enfin elles repartirent, mémorisant l’emplacement de leur cachette.

Dans la forêt dense, à l’ombre du feuillage touffu des arbres, la neige s’était faite rare mise à part dans les clairières. Marchant silencieusement au milieu des arbres, les deux jeunes femmes s’arrêtèrent finalement, incertaine de ce qu’il fallait faire. Hattie n’avait jamais chassé, et Anicée avait seulement donné un coup de main à Torked, sans véritablement apprendre. Elle le regrettait amèrement en cet instant, et exposa à son amie les quelques souvenirs qu’elle en avait. Il fallait réussir à débusquer une proie, ce qui n’était déjà pas une mince affaire, et ne pas en devenir une, en essayant de repérer tous les signes d’une présence animale. Les excréments, les empreintes et traces de passages, les restes de nourriture. Torked posait probablement des collets, mais Anicée ne savait pas les faire, elles devraient se débrouiller sans. Enfin, les animaux étaient pour la plupart actifs à l’aube et au crépuscule. Elles se regardèrent, légèrement découragées, et Hattie conclut :
- Bon… Commençons par trouver quelque chose de mangeable, on verra ensuite comment on fera, en fonction de ce que c’est : rongeur, oiseau, lapin…
Elles se mirent donc en quête de signes qu’elles étaient capables de déceler, de terriers, et autres traces prometteuses.



« Que font les gens quand ils n’ont pas d’ailes ? Les gens s’échappent et fuient tant qu’ils en ont la force. Quand ils n’en ont plus la force, ils essaient de se cacher. Mais tout le monde ne court pas assez vite, ou ne peut trouver une bonne cachette. C’est pourquoi tu dois rester vigilant, et rester complètement immobile. »
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Jour d'éveil : Jour 15
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Fiche de présentation : Hattie
Journal : Journal de Hattie
Lun 22 Mai 2017 - 16:50

Il avait commencé par gratter la neige, frénétiquement, et s’était caché dans le creux. Il observait maintenant les alentours, craintif et attentif au moindre son. La neige tombante étouffait les bruits, mais le dissimulait encore mieux malgré le froid qui s’insinuait peu à peu. Soudain il sentit des pas, tout proches, qui essayaient de se faire discrets. Quelques chuchotements, qu’il ne parvint pas à distinguer. La peur monta, son cœur accéléra et il ne put s’empêcher de remuer. Aussitôt les pas se rapprochèrent beaucoup plus vite et il s’élança, effrayé, craignant pour sa vie. Une lance le manqua de peu et il courut en zigzag, évitant une deuxième quand enfin il retrouva son abri, sa sécurité, là où personne ne pourrait l’atteindre. Le lapin terrorisé s’engouffra dans son trou, Hattie et Anicée râlant à l’unisson lorsqu’elles virent la petite queue de lapin disparaître dans son terrier.
- C’est pas vrai, on y était presque !
Excédée et frustrée, Anicée s’assit lourdement dans la neige, pendant que Hattie ramassait les lances. Elles étaient retournées en lisière lorsqu’elles avaient repéré des crottes de lapin, mais sans résultat.
- Ce n’est probablement pas la meilleure technique pour ce genre d’animal. Courir après un lapin…
Le gargouillement de son estomac l’interrompit, sa faim se rappelant à son bon souvenir. Elle avait mal au ventre à la longue, et c’était la même chose pour Anicée. Elles avaient faim au point d’essayer de rattraper un lapin à la course, mais c’était la seule chose qu’elles avaient pu trouver, à part les champignons. La blanche les avait jugés sans danger, et son amie lui faisait confiance pour ces choses-là. Elles avaient erré des heures dans le froid et l’épuisement se faisait sentir. Au début de la journée Hattie frissonnait seulement quand elle restait immobile, maintenant c’était en permanence, son amie également bien qu’elle semblât moins en souffrir.
- Retournons sous le couvert des arbres, il y fait plus chaud et il y a moins de neige.
La brune hocha la tête en signe d’assentiment, elle avait l’impression que ses pieds n’étaient plus que deux glaçons. Continuant de marcher pour tenter de se réchauffer, elles avaient le nez par terre cherchant tout ce qui pouvait se manger. Anicée farfouillait dans les feuilles mortes avec sa lance, espérant trouver d’autres champignons, lorsqu’elle dérangeât un petit animal, le tirant de son sommeil. Un hérisson, roulé en boule.
-J’ai trouvé ! S’exclama-t-elle.
Hattie vint voir, mais garda un air dubitatif :
- Euh… Ça se mange ?
- Et bien il ne doit pas y avoir grand-chose mais oui, ça se mange.

Elles restèrent là un peu perplexes, poussant cette boule d’épines du bout de leurs bâtons, ne sachant pas bien quoi en faire. Aucune d’elles n’avaient jamais tué quoi que ce soit. Elles étaient presque désolées de vouloir manger cette mignonne petite chose, mais elles en avaient besoin. Alors Anicée enfonça sa lance dans la petite tête que l’on apercevait, le tuant sur le coup. Un peu gênée elle le déroula, et le ramassa en le tenant par une patte. Hattie ne fit pas de commentaires mais déclara, tremblante :
- Je propose que nous cherchions un abri pour la nuit, et surtout que nous fassions un feu.

Elles errèrent encore une demi-heure, le soir tombant, sans rien voir d’autre que des oiseaux et finirent par trouver une étroite grotte, un boyau disparaissant sous terre. Elles rassemblèrent alors des petits branchages et des écorces pour faire un feu, essayant de produire des étincelles en frottant le silex sur une pierre. Mais aucune ne parvint à enflammer le bois, tout était trop humide. Elles s’acharnèrent, les produisant plus vite, plus nombreuses, collant leurs deux outils au bois, mais rien n’y fit. Les pieds violets tirant sur le bleu, Hattie s’était recroquevillée, dans l’espoir de retenir le peu de chaleur qu’elle conservait. Mais avec le soir, l’air se faisait plus glacial, le froid plus mordant, et elle dit d’une petite voix, claquant des dents :
- Ani ? Honnêtement, si on ne se réchauffe pas… Je crois que je ne passerais pas la nuit.
L’angoisse revenait, encore, avec la peur de mourir. Elles se levèrent pour chercher du bois plus sec, presque désespérées devant l’urgence de leur situation. Le jour baissant, le noir s’installa peu à peu, cachant à leur vue l’objet de leur recherche. Celle-ci devint vite une course contre la montre, contre ce froid meurtrier, plus lent et implacable encore que les guetteurs. Alors qu’elles n’y voyaient presque plus, la lumière cachée par les nuages, elles aperçurent un feu brillant à une centaine de mètre. Sa chaleur discrète hypnotisa les deux jeunes femmes, qui se concertèrent du regard, et les attira comme des papillons. Se dirigeant vers sa lumière elles tâtonnèrent dans l’obscurité naissante, rendues maladroites par leurs membres refroidis.



« Que font les gens quand ils n’ont pas d’ailes ? Les gens s’échappent et fuient tant qu’ils en ont la force. Quand ils n’en ont plus la force, ils essaient de se cacher. Mais tout le monde ne court pas assez vite, ou ne peut trouver une bonne cachette. C’est pourquoi tu dois rester vigilant, et rester complètement immobile. »
Purge, de Antti Jokinen
Hattie
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Jour d'éveil : Jour 15
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Fiche de présentation : Hattie
Journal : Journal de Hattie
Mer 19 Juil 2017 - 17:39

- Ce n’est qu’un vieil homme, chuchota doucement Anicée. Il a l’air d’être seul. On y va ?
- Oh oui !
Approuva largement son amie, imaginant déjà la délicieuse chaleur parcourir sa peau glacée.
Elles épiaient la personne assise à côté de son feu, devant une cahute en bois très rudimentaire recouverte de feuillages. Elle se fondait dans le décor, discrète, cachée par un repli de terrain et les deux jeunes femmes allaient l’approcher lorsqu’une voix impatiente demanda :
- Vous allez vous décider, ou rester dans les broussailles à attendre que le gel fasse son œuvre ?
Muettes de surprise, elles s’exécutèrent néanmoins, avec zèle. Se pelotonnant le plus près possible du feu sans se brûler, elles frissonnèrent de soulagement en rentrant dans ce cocon de chaleur, diffusé par les flammes joyeuses de son feu de bois.
- Merci, bredouillèrent-elles en cœur, le ton reconnaissant.
Le vieil homme eut un sourire aimable, et répondit poliment :
- Je vous en prie, ravi que cela vous profite également. Je suis Lono. Et vous-même, vous êtes... ?
Elles se présentèrent alors à leur hôte, en racontant brièvement ce qu’il était advenu depuis le réveil de Hattie, la nuit de la veille. Anicée resta volontairement floue sur sa propre histoire depuis son éveil dans la cime des montagnes, mais Lono ne parut pas s’en offusquer. S’adressant à Hattie il les mit plus ou moins en garde :
- Vous avez eu de la chance que votre amie soit intervenue, sinon c’en était fait de vous. Ces créatures peuvent être voraces, elle vous aurait avalée jusqu’à la dernière miette.
Ces paroles trahissaient une certaine connaissance de ces créatures et Anicée demanda avidement, sans cacher son espoir d’en savoir plus :
- D’où viennent-elles ? Vous le savez ?
- Non, aucune idée hélas. Elles peuvent être seules ou en groupe, passives ou agressives. Elles baragouinent parfois des phrases sans queue ni tête. C’est tout ce que je sais,
fit-il avec un air de regret.
- C’est déjà pas mal, comparé à nous, remarqua la brune. Vous avez l’air d’être éveillé depuis longtemps.
Elle n’avait également jamais vu de vieil homme, mais à vrai dire il n’était que la deuxième personne qu’elle croisait. La question était sous-entendue pour ne pas forcer sa réponse, s’il n’avait pas envie de la donner, mais il semblait ne pas être avare de paroles :
- C’est mon dix-septième jour ici. Je me suis réveillé sous terre, ainsi qu’un ami.
- Hattie et Torked aussi se sont réveillés dans une grotte ! Mais moi j’étais dans la neige, dans les montagnes. C’est plutôt curieux non ?
Dit-elle, espérant déclencher encore quelques explications.
Mais Lono se contenta de hausser les épaules, signifiant qu’il n’en avait pas, et demanda :
- Qui est Torked ?
- Un ami, qui a disparu.

Un silence lourd de sens passa brièvement après les mots d’Anicée, qui semblait soudain avoir perdu la parole. Il n’y avait pas vraiment de mots capables de la consoler de cette perte mais le vieil homme avoua doucement, pour montrer qu’il comprenait son chagrin, et le partageait :
- Mon ami aussi. On s’était séparé, pour relever nos collets. J’ai entendu ses cris, et ceux de ces monstres, mais je n’ai pas osé aller l’aider. Qu’aurais-je pu faire ? Elles étaient nombreuses. Je me suis enfui, et le lendemain j’y suis retourné. Elles n’avaient presque rien laissé, et les corbeaux récupéraient les restes. J’ai enterré ce que j’ai pu.
Ces sinistres souvenirs détournèrent l’attention de Hattie vers l’extérieur du halo chaleureux du foyer, regardant d’un air inquiet les ombres de la forêt. Il n’était pas difficile d’imaginer toutes sortes de monstres tapis dans le noir, de déformer les bruits nocturnes et inoffensifs des bois et des bestioles l’habitant. Sentant que l’inquiétude gagnait ses convives inopinées, il leur proposa de manger, sans leur demander si elles avaient faim. C’était inutile au vu de leur dégaine. Anicée montra le hérisson, qu’elle dépeça avec maladresse à l’aide du silex. Il fut mis à cuire au-dessus du feu, et Lono proposa quelques tranches de viande fumée.
- C’est spécial comme goût, fit Anicée, pensive. Comment faites-vous pour les fumer ? Avec Torked on la cuisait tout de suite. De toute manière on n’en avait pas assez pour en mettre à conserver.
- On a fait un trépied, avec une grille de branchages à mi-hauteur pour disposer la viande à plat. Le feu est en-dessous, avec juste ce qu’il faut de braises, et des feuilles vertes pour la fumée. Quand il est lancé on bouche les trous autant que possible avec des branches pour conserver beaucoup de fumée à l’intérieur. Le problème c’est qu’il faut régulièrement surveiller que le feu ne reprenne pas, et brûle tout le fumoir. Je vous montrerai demain, comment c’est fait.

Il s’interrompit pour mastiquer cette viande dure sous la dent, avala et reprit sur un ton d’excuse, très différent :
- J’ai un aveu à vous faire… Le piège que vous avez rencontré, c’est moi et mon ami qui l’avons installé.
Il avait attendu qu’elles aient mangé pour leur dire, car elles étaient probablement moins encline à lui en vouloir une fois le ventre plein. En tous cas c’est ce qu’il escomptait, on ne savait jamais comment les gens pouvaient réagir, quand bien même elles paraissaient inoffensives. Les deux jeunes femmes le regardèrent avec des yeux ronds, mais n’eurent aucune réaction de colère, bien au contraire. Elles se sentirent terriblement gênées d’avoir abîmé ce que les deux hommes avaient mis en place, d’autant plus que cela avait dû être compliqué. Elles s’excusèrent, bredouillant, proposant de l’aider à réparer, de faire tout ce qu’il faudrait pour qu’il refonctionne parfaitement. Le vieil homme n’en attendait pas moins et accepta avec plaisir leur aide.
- C’est dommage que vous ayez coupé la corde, mais enfin elle n’est que raccourcie si j’ai bien compris votre histoire. On installera la souche plus haut, voilà tout.
- Vous savez donc fabriquer une corde ? Ou était-ce votre ami ?
Demanda Hattie.
- Nous l’avons faite à deux, il vaut mieux c’est très long. On a commencé par faire des petites ficelles pour des collets. Il suffit de récupérer les fibres des tiges de plantes comme les fougères, les orties, et vous les torsadez. Vous en rajoutez au fur et à mesure pour la longueur que vous voulez. Pour la corde, eh bien il faut utiliser des ficelles épaisses, que l’on torsade entre elles également. Elles-même sont fabriquées avec des ficelles moins épaisses, de la même manière et ainsi de suite. Les collets nous apportaient suffisamment à manger en nous rationnant, et on pouvait conserver la viande donc cela nous laissait du temps pour autre chose. Le problème était l’eau, et les guetteurs. Ils ont fini par l’avoir.
- Les guetteurs ?
- C’est comme ça qu’on a appelé ces choses noires, car elles sont toujours là à vous épier quand vous vous y attendez le moins.
- Oh… D’accord.

La conversation s’était tut à nouveau, alors qu’ils mangeaient le hérisson. Anicée se répétait mentalement toutes les explications de Lono, décidée à ne pas refaire la même erreur qu’avec Torked, et se trouver démunie, sans savoir faire les choses. Hattie, elle, surveillait la forêt du coin de l’œil, s’attendant à voir des yeux brillant dans la nuit, les fixant sans répit. Sentant qu’elle n’arriverait pas à dormir avant un bon moment, elle se proposa pour un premier tour de garde, ce qu’elles n’avaient pas fait jusqu’à présent. Mais après ce qu’avait raconté leur hôte, cela lui paraissait plus prudent, voire indispensable. Les deux autres  acquiescèrent, et ils se serrèrent tous les trois autour du feu pour passer cette nuit glaciale, Hattie dos au flamme afin de ne pas être aveuglée.



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Journal : Journal de Hattie
Jeu 28 Sep 2017 - 11:43

La nuit avançait, et Hattie continuait de surveiller la forêt, luttant contre son envie grandissante de sommeil. N’ayant aucun moyen de mesurer l’écoulement du temps qui passait, elle se dit qu’elle pourrait observer la lune et sa position, mais elle demeurait cachée à sa vue par d’épais nuages. Le temps ne semblait malheureusement pas s’éclaircir, et la journée de demain serait probablement aussi rude et froide que celle d’aujourd’hui. Elles avaient eu beaucoup de chance d’avoir rencontré Lono au bon moment, et remercia intérieurement ce petit coup de pouce du destin qui les avait sauvées. Cette bonne fortune la confortait dans son optimisme, et alimentait l’espoir fragile qu’elle conservait : elles vivraient, elle et Anicée, et peut-être même qu’elles s’échapperaient de cette prison.
Elle changea de position pour faire profiter ses mains de la chaleur du feu, un calme propice à la réflexion régnant autour d’elle. Elles se posaient des questions sur les guetteurs, des questions dont les réponses ne serviraient sans doute pas même si elles les connaissaient. Elle se demandait où pouvait bien se cacher les guetteurs, est-ce qu’eux aussi souffraient du froid ? Dormaient-ils ? Et dans ce cas, où ? Qu’étaient-ils, comment est-ce qu’ils apparaissaient ? Peut-être qu’ils n’étaient qu’en nombre défini, et qu’ils ne se renouvelaient pas. Elle aurait tellement aimé avoir des réponses pour satisfaire sa curiosité. Mais voilà, elle n’en avait pas. Et cette ignorance la frustrait. La jeune femme soupira, l’envie délicieusement tentante de s’assoupir au coin du feu l’envahissant doucement et sûrement. Elle décida de compter jusqu’à trois cents, puis elle irait réveiller Anicée pour son tour de garde.
Celle-ci se réveilla en sursaut lorsque Hattie la tira de son sommeil, et grommela devant la frayeur qu’elle avait eu. La brune s’excusa, puis prit la place de son amie tandis qu’elle commençait sa veille. Ne sachant pas non plus comment mesurer le temps, elle décida  de rester réveillée jusqu’à ce que la nuit se fasse plus claire, que le jour commence à poindre.
Épuisée, c’est avec soulagement qu’elle alla réveiller à son tour Lono, et se recoucher près du feu. Les brèves paroles échangées suffirent à faire émerger Hattie, qui s’était bien reposée et était désormais en proie à des cauchemars. Alors pour patienter et éloigner les mauvais rêves, elle veilla avec Lono qui lui montra comment fabriquer des ficelles à collets. Elle s’y essaya avec application et en retour lui expliqua comment elle avait sculpté et durcit les lances, le laissant faire des essais avec le silex grossièrement taillé. Cet échange de savoir était bénéfique à tous les deux, seul leur manquait la pratique, mais cela faisait entrevoir à la jeune femme une nouvelle possibilité : à plusieurs on était plus forts, et peut-être que Lono ne souhaitait pas rester seul. Elle aimait bien le vieil homme, il était aimable, il expliquait clairement. Hattie irait même jusqu’à le qualifier de très sympathique : on sentait qu’il avait à cœur de les mettre à l’aise, il était nullement grossier ou indiscret, il leur faisait naturellement confiance, et cela plaisait à la jeune femme. Par ailleurs, elle soupçonnait qu’il n’était pas aussi vieux qu’il en avait l’air, et sans ses cheveux et sa barbe grisonnante on lui aurait donné facilement dix ans de moins.
Le soleil maintenant tout à fait levé, Hattie réveilla une Anicée épuisée, les yeux tombant au milieu de la figure. Ayant veillé beaucoup plus longtemps que les deux autres elle ne se sentait vraiment pas en forme.
- Retournez au noyer sans moi, ne vous occupez pas de moi. Je vais seulement me reposer encore un peu, et puis je vous réchaufferai le petit déjeuner.
Lono acquiesça, jugeant qu’à deux ils devraient pouvoir réparer son piège, et lui montra où il rangeait sa viande fumée, enveloppée dans de l’écorce. Sur le départ Hattie hésitait encore, et exhorta son amie à la plus grande prudence :
- Je n’aime pas te savoir seule. On peut y aller plus tard, quand tu auras récupéré ce n’est pas un problème.
- Ne t’inquiète pas,
répliqua Anicée, il ne va rien m’arriver. Et puis si vraiment j’ai des ennuis, je te promet de ne prendre aucun risque et de fuir à toutes jambes, ajouta-t-elle avec un sourire rassurant.
C’était peine perdue pour rassurer Hattie mais elle finit par partir avec Lono, armée de sa lance et du silex. La neige s’était enfin arrêtée et ils retrouvèrent sans mal le grand noyer blanc en lisière de forêt, le vieil homme connaissant bien le chemin.



« Que font les gens quand ils n’ont pas d’ailes ? Les gens s’échappent et fuient tant qu’ils en ont la force. Quand ils n’en ont plus la force, ils essaient de se cacher. Mais tout le monde ne court pas assez vite, ou ne peut trouver une bonne cachette. C’est pourquoi tu dois rester vigilant, et rester complètement immobile. »
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Journal : Journal de Hattie
Jeu 28 Sep 2017 - 11:47

Restée seule Anicée somnola un peu, mais n’était pas tout-à-fait sereine contrairement à ce qu’elle avait pu dire à son amie. Aussi elle se réveilla et observa les essais de collets de Hattie, se prêtant à son tour à l’exercice. Puis lassée, elle alla regarder comment le fumoir avait été mis en place, et finit par fureter dans la cabane grossière de Lono par curiosité. Il n’y avait là rien que de très ordinaire : des réserves d’amadou et de bois gardées bien au sec, un silex taillé et taché de vieux sang, deux-trois petites fourrures, des bouts de ficelles ainsi que sa petite réserve de viande. L’écorce souple dans laquelle il la conservait lui donna une idée, et elle s’empara du silex pour aller chercher la même sur les troncs alentours. Puis elle entreprit de fabriquer une boîte en écorce dans laquelle elles pourraient, si elle réussissait, transporter les noix qu’elles avaient enterrées la veille.

Elle prit une forme rectangulaire dont elle releva les bords et plia les coins, mais ceux-ci ne restaient pas en place. Après quelques minutes à chercher comment elles pourrait les bloquer, elle trouva enfin la solution : il suffisait de les lier avec des petites ficelles traversant les bords de la boîte, pour les maintenir collés, comme des coutures. La jeune femme retourna donc dans la cabane pour prendre les bouts de cordes qu’elle avait vus, et chercher un objet pointu. Avec les collets qu’il utilisait, ce serait bien le diable si elle ne trouvait pas un petit reste d’os d’animal, un pointu pouvant lui servir à faire des trous précis.

Elle fouilla à nouveau avec plus d’attention l’antre de leur hôte, et ne trouva rien du tout. Légèrement décontenancée, elle recommença en prenant une branche enflammée pour s’éclairer, poussant les choses, soulevant, examinant la moindre trace sur le sol mais sans résultat, la laissant perplexe. Il n’avait pas gardé un seul os. Debout dans cette cahute, elle la considéra alors avec plus de recul. Les murs étaient ajourés, fait de rondins de bois posés à la verticale, le plafond fait des mêmes rondins mais avec des feuilles et des branchages en plus grand nombre pour limiter le passage de la pluie. Mais le mur du fond, celui collé au grand rocher qui dissimulait en partie la construction, était plus soigné. Pourquoi, alors qu’il n’y avait que de la roche derrière. Si un des murs pouvait être moins bien fait c’était celui-là. Pourtant, c’était tout le contraire.

Devenant suspicieuse elle promena sa main sur ce mur, sur sa surface et ses côtés, ne sachant pas elle-même ce qu’elle cherchait exactement. Elle le sentit bouger sous son appui mais quelque chose le retenait, et ne mit pas longtemps à trouver la branche qui empêchait le mur de basculer vers l’intérieur, comme une porte. Mais ce ne fut pas de la roche qui apparut derrière. Une cavité  naturelle, basse, s’enfonçait sur un mètre. Anicée s’accroupit pour y pénétrer, laissant sa torche improvisée au sol en prenant garde à ce qu’elle n’enflamme rien. Son cœur battait la chamade alors qu’elle entrait dans cette cache secrète, que le jour et sa torche éclairait à présent. Elle était impeccablement propre, mais ce ne fut pas ce qui attira immédiatement son regard.

La jeune femme eut tout de suite l’impression d’être observée, et crut que son cœur s’arrêtait lorsqu’elle vit les orbites vides tournées vers elle, semblant la fixer de leurs yeux disparus. Les ombres des flammes dansantes semblait redonner vie à ces restes, ces crânes ornant un autel macabre. Ils étaient posés à même le sol, au quatre coins d’une petite pyramide érigées avec le reste des os. Les os de plus en plus courts étaient soigneusement disposés à l’horizontale, se superposant deux par deux, formant cette pyramide tronquée rendant hommage à la chose posée en son sommet : au centre se trouvait un crâne noir, aussi noir que la plus profonde des cavernes. Ses reliefs et ses dents faisaient penser à un homme, mais cette couleur si anormale lui retirait tout ce qu’il avait d’humain. Il était si dérangeant à ses yeux qu’il en devenait effrayant. La seule chose lui rappelant ce noir absolu était les guetteurs, et même si elle n’avait jamais vu l’aspect de leur restes, elle eut la certitude que ce crâne était de leur espèce. Perdue, elle cherchait en vain une explication sur l’étrange culte secret que Lono leur vouait, et l’origine des quatre crânes humains. Mais elle ne pouvait comprendre que c’était pour lui le moyen de se protéger de ces créatures.

Dans sa peur et sa folie, il s’imaginait qu’en les vénérant, qu’en leur faisant des offrandes il se protégeait d’elles. En leur offrant des victimes il croyait s’attirer leurs bonnes grâces et éloigner leur voracité à son égard. En se nourrissant comme elles il devenait l’une des leurs, et ne craignait plus rien. La peur était partie.
À mille lieues de ces pensées Anicée cherchait du concret, et finit par trouver. Des marques de dents étaient visibles sur les os, ainsi que des entailles, des marques de silex arrachant la viande des os. Comprenant enfin l’absence de squelettes d’animaux, comprenant enfin ce qu’il avait fait, elle cria d’horreur et de colère, frappant de la main sa construction et envoyant valser les os au fond de la cavité. Elle ressortit en courant et tomba à genoux, en larmes, révulsée. Elle essaya de se faire vomir, les doigts enfoncés dans sa gorge, mais ne recracha que de la bile ; elle avait déjà digéré. Tremblante, hébétée, elle se releva et aperçut soudain du coin de l’œil sa lance fabriquée par Hattie posée sur le sol, lui rappelant qu’elle était seule avec ce fou en ce moment même. Retrouvant toute sa détermination elle attrapa son arme et courut retrouver son amie, inconsciente du danger qu’elle courait.



« Que font les gens quand ils n’ont pas d’ailes ? Les gens s’échappent et fuient tant qu’ils en ont la force. Quand ils n’en ont plus la force, ils essaient de se cacher. Mais tout le monde ne court pas assez vite, ou ne peut trouver une bonne cachette. C’est pourquoi tu dois rester vigilant, et rester complètement immobile. »
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Journal : Journal de Hattie
Jeu 28 Sep 2017 - 14:35

Ne se doutant de rien Hattie se sentait coupable que Lono puise dans ses réserves à cause d’elles, aussi elle profita du chemin pour chercher à manger. Retrouvant les mêmes champignons que la veille, elle en proposa au vieil homme qui les prit avec reconnaissance. Curieuse d’en savoir plus sur lui, et s’il apprécierait d’avoir de l’aide et de la compagnie, la jeune femme l’interrogea :
- Vous n’avez jamais rencontré quelqu’un d’autre à part votre ami ?
Lono lui répondit tout en regardant ses pieds, attentif à l’endroit où il les posait :
- Si, plusieurs personnes, mais à chaque fois elles ne sont pas restées. En fait je les ai rencontrées un peu comme vous et Anicée.
- Elles ont été attirées par votre feu ?

Le vieil homme eut un faible sourire :
- Non, elles se sont fait prendre dans le piège. Au départ nous avions repérés des empreintes de chevreuils au pied du noyer. En assez grand nombre. Nous avons alors supposé que soit ils étaient nombreux, ce qui nous paraissait peu probable, soit un ou deux passait souvent par là. Alors nous l’avons installé ici.
- Logique.
- Oui, mais malheureusement ce noyer semble attirer du monde, et plus d’une personne s’est retrouvée coincée.
- Et à chaque fois vous devez le remonter,
conclut Hattie.
- Et oui, soupira-t-il.
Lorsqu’ils arrivèrent au pied de l’arbre, le corbeau était revenu casser ses noix. Lono le chassa avec colère, lui lançant des pierres, et l’oiseau finit par s’éloigner. Il s’expliqua, un peu gêné du spectacle qu’il donnait :
- Je déteste ces bestioles, ce sont des charognards.
La jeune femme ne dit mot, ce n’était certainement pas à elle de critiquer. Il examina alors la corde coupée, et en conclut :
- Bon, je ne peux pas refaire un tour autour de la souche avec la corde, ça utiliserait trop de longueur. Je vais la passer dans celle qui est restée attachée autour, et puis je l’y attacherais solidement. Ensuite vous m’aiderez à tout remettre en place.
Hattie hocha la tête et le regarda faire, puis elle desserra le nœud coulant et le lança par-dessus la branche habituelle. Ils tirèrent alors sur la corde pour descendre le nœud coulant au sol et remonter dans le même temps la souche. Lorsqu’il fut étalé au sol, Lono demanda à la brune si elle pouvait tenir seule quelques instants, qui répondit par l’affirmative mais le pria de faire vite. Il fallait qu’il bloque la seconde corde, qui empêchait normalement le contrepoids de tomber, sauf lorsque quelqu’un la débloquait en se prenant les pieds dedans. Il la tendit alors vers la base de l’arbre et la coinça entre le tronc et la traverse de bois, retenue par les chevilles plantées dans le tronc. Enfin il tendit le reste de longueur au sol, plantant la dernière cheville dans le sol humide.
- C’est bon, vous pouvez relâcher. Doucement, la prévint-il.
La jeune femme put enfin se détendre, constatant avec soulagement que le contrepoids était bien retenu.
- Eh ben… Faut être costaud, fit-elle à bout de souffle. Heureusement qu’on est deux.
- Oui, j’ai toujours eu de l’aide pour ça. Lorsque mon ami était vivant bien sûr, et par la suite les personnes piégées m’aidaient à le remettre en place, comme vous.
- Ah… Mais comment vous faites, quand c’est un animal qui est pris ? Lono ?
Appela-t-elle, tournant la tête.
Soudain un choc violent à l’arrière de la tête l’assomma, la douleur explosant dans son crâne. Elle s’écroula  par terre comme une masse, et le vieil homme lâcha la pierre qu’il tenait dans la main.
Elle ne vit pas Anicée débouler à toute vitesse, criant et se jetant sur son agresseur comme un chat en furie.
L’inconscience de la jeune femme ne dura heureusement pas et elle reprit peu à peu connaissance, la vision trouble, quand une voix résonna soudain à son esprit comme un murmure d’outre-tombe :
- Accepte la perte…
- Quoi ?
Répondit-elle, interloquée. Qu’est-ce que ça veut dire ? Où êtes-vous ? Continua-t-elle la bouche pâteuse, essayant de se mettre debout.
Les jambes flageolantes, elle ne parvint à se mettre à quatre pattes qu’un instant, ses bras n’ayant plus de force. Elle s’assit les jambes repliées, sans se rendre compte qu’Anicée se battait pour la défendre. La douleur à sa tête la lancinait, le vertige accentuait sa nausée. Le visage pâle comme un linge, elle répéta d’une voix faible :
- Accepte la perte ?…
Les cris et les bruits de bagarre cessèrent soudain, la ramenant un peu à la réalité. Son amie était tombée au sol, sonnée, et Lono brandissait la lance dont il s’était emparé, menaçant. Elle allait perdre Anicée pour toujours si elle ne faisait rien. Une peur affreuse noua ses entrailles et lui redonna un semblant de force, l’aidant à se relever et se jeter sur Lono, déterminée. Elle ne comprenait pas pourquoi il s’attaquait soudainement à elles, mais elle était résolue à les défendre à n’importe quel prix. La jeune femme agrippa la lance en bois avec l’énergie du désespoir, galvanisée par la peur viscérale de perdre un être cher, essayant de la lui arracher des mains. Son adversaire la repoussa sans ménagement, un sourire moqueur sur les lèvres, mais il semblât moins combatif, donnant ses coups avec moins de conviction. Anicée toujours au sol en profita pour lui asséner un violent coup de pied derrière un genou, le faisant tomber. Elle attrapa une pierre et le frappa à la tête, puis lui immobilisa les bras. Hattie se précipita pour lui arracher son arme des mains, et l’enfonça de toute ses forces dans sa poitrine. Lono cria, une expression de surprise sur le visage, puis il cessa de bouger, le vide se logeant à jamais dans ses yeux. La brune se laissa choir à côté d’Anicée, le souffle court et hagarde. Enfin elles se serrèrent dans leurs bras, Hattie pleurant en silence, frissonnante.
- Mais quel enfoiré ! Finit-elle par lâcher, en colère. Pourquoi a-t-il fait ça ? Qu’est-ce qui a bien pu lui passer par la tête ?
Anicée ouvrit la bouche, hésitant à répondre, puis essaya de choisir ses mots avec tact :
- Pour se nourrir. Il a fait ça pour se nourrir, répéta-t-elle.
Choquée, Hattie la regarda avec des yeux ronds, incapable de répondre. Son amie avait presque l’impression de pouvoir voir le cheminement de ses pensées, alors que la vérité se faisait jour dans son esprit.
- Mais alors tu veux dire que… Qu’on a mangé… Oh quelle horreur ! S’exclama-t-elle, portant une main à sa bouche.
Elle aurait voulu vomir si elle en avait été capable, révulsée à l’idée d’avoir mâchonné de la viande d’une victime de Lono. Dégoûtée elle ne pouvait s’empêcher d’imaginer cette viande se faire digérer dans son ventre. Elles se levèrent enfin, conscientes d’avoir échappé de peu à la cuisson, conscientes de leur chance d’être encore en vie. Il leur avait semblé naturel d’avoir confiance en l’un des leurs, il avait été si aimable. Naturel de supposer que les êtres humains dans cette vallée étaient solidaires pour survivre, mais elles tombaient de haut, et la chute était rude. Lono avait été hypocrite, et excellent comédien pour s’attirer leur confiance. Minée, Anicée demanda :
- Qu’est-ce qu’on fait de lui ? On ne peut pas le laisser comme ça…
- Et pourquoi pas ? Il ne mérite rien de mieux,
répondit-elle, le mépris et la colère se lisant sur son visage. Il mérite de se faire bouffer par les corbeaux, comme son ami. Enfin si ce qu’il a raconté était vrai. Il l’a peut-être tué et mangé aussi.
- Hattie, on peut se montrer meilleures que lui, insista la jeune femme.
Butée, elle resta sur sa position et s’écria :
- Si quelqu’un mérite bien une sépulture décente, ce sont les personnes qu’il a assassinées ! Seulement il ne reste rien d’eux ! Rien ! Parce qu’ils se sont fait bouffer par ce taré ! Parce qu’on les a mangé !
Sa voix se brisa à cette phrase, les larmes lui revinrent aux yeux. Elle était en colère contre Lono, et surtout contre elle-même, ce qu’elle avait fait la répugnait. Anicée aussi était révoltée, mais elle ne pouvait pas revenir en arrière et elle savait que ce n’était pas de sa faute. Elle ne se torturerait pas l’esprit pour ce qu’elle ne pouvait changer, ce qui était fait était fait. Elle comprenait le désarroi de Hattie, et fut incapable de répondre devant sa colère qui le cachait. Celle-ci n’attendit cependant pas sa réponse et conclut, d’une voix blanche, un peu larmoyante :
- Je refuse de le mettre en terre.
- D’accord, très bien. On le laisse là. Mais on désamorce le piège, et on retourne à son camp. D’ailleurs on devrait emmener une des cordes, elle pourrait s’avérer utile.

Anicée n’aimait pas l’idée de jouer les charognards en s’appropriant ce que d’autres avaient fait, quand bien même seraient-ils détestables, mais cette corde pourrait bien faire la différence entre la vie et la mort. Dans leur position il serait suicidaire de refuser un coup de pouce du destin, même si ce coup de pouce était moralement discutable.
La blanche ayant déjà fait une concession pour Hattie, celle-ci n’émit pas d’objections malgré sa répugnance partagée et hocha la tête. Elles déclenchèrent donc le mécanisme, récupérèrent une des cordes et laissèrent la deuxième à qui la trouverait. Peut-être ferait-elle un heureux. Puis les deux jeunes femmes ramassèrent leurs lances et repartirent vers la forêt. La brune se retourna une dernière fois, regardant le corps sans vie du vieil homme au pied du noyer blanc. Un corbeau s’approchait par petit bonds, et commença à picorer la chair. C’était sans doute plus facile que d’essayer d’ouvrir une noix.



« Que font les gens quand ils n’ont pas d’ailes ? Les gens s’échappent et fuient tant qu’ils en ont la force. Quand ils n’en ont plus la force, ils essaient de se cacher. Mais tout le monde ne court pas assez vite, ou ne peut trouver une bonne cachette. C’est pourquoi tu dois rester vigilant, et rester complètement immobile. »
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Mer 11 Oct 2017 - 22:19

Les deux jeunes femmes ne parlèrent guère sur le chemin du retour. Hattie jetait de temps en temps un œil sur la pointe rougie de sang de sa lance, et détournait aussitôt le regard, honteuse. Elle avait beau détester Lono, quelque part elle ne pouvait s’empêcher de se sentir fautive, comme si elle avait échoué. Échoué à quoi ? Elle-même ne le savait pas. Elle conservait seulement l’impression indéfinissable que ce vieil homme n’était pas le véritable ennemi dans cette vallée. Qu’elle avait aidé le mal qui s’y tapissait. La jeune femme avait le sentiment qu’avec son acte, elle le laissait poser ses pattes griffues sur elle, prendre du pouvoir et de l’ampleur. Elle se sentait marquée, flétrie aux yeux des autres. Le froid glacial qui lui piquait la peau comme des milliers de petites pointes ne la dérangeait même plus en cet instant. Elle était détachée de son environnement et marchait machinalement, mécaniquement.

Son esprit s’activa à nouveau lorsqu’elles se détournèrent un peu de leur direction pour cueillir des fraises des bois, bien minuscules à leurs yeux, ainsi que des mûres. Anicée souffrant de cette baisse de température -la plus basse qu’elle ait connue- elles ravivèrent le feu une fois arrivées au camp de Lono et se pelotonnèrent devant, mangeant le peu de nourriture trouvé. Puis elles passèrent encore une heure à chercher de quoi se sustenter et contenter leurs estomacs grondant mais firent chou blanc. Elles ramassèrent tout de même quelques châtaignes qu’elles mirent à cuire dans le feu avant de les décortiquer. Manger chaud les rasséréna un peu, et les deux jeunes femmes discutèrent de la marche à suivre concernant les ossements de l’autel.

Elles étaient toutes les deux d’accord sur le fait d’enterrer les quatre victimes, seulement tous les os étaient mélangés, et les mettre en tas dans une tombe ne les satisfaisaient pas. Cependant si elles faisaient quatre tombes, comment savoir quel fémur, quelle hanche appartenait à tel crâne ? Reconstituer les corps était difficile mais possible, ne pas les mélanger impossible. Elles résolurent donc de les reconstituer quand même, quitte à ce qu’ils soient mélangés, mais de les placer ensembles dans la même fosse. Quelqu’un pourrait ne voir aucune différence entre le fait de les placer au même endroit ou non s’ils étaient mélangés, toutefois dans leur esprit il y en avait une et elles s’attelèrent aussitôt à la tâche.

Anicée rassembla tous les os sur un sol dégagé et commença à les trier par forme et taille, afin de vérifier qu’il y en avait bien quatre de chaque exemplaire. Elle y voyait également une autre utilité, celle d’apprendre. Apprendre comment leurs os étaient fait, comment et où se plaçaient-ils. Pendant ce temps Hattie se chargeait de creuser la petite fosse. Elle soupira devant l’ampleur de la tâche, n’ayant pas d’outils faits pour creuser. La brune se servit donc de sa lance comme d’une pioche improvisée pour labourer le sol, et de son silex pour la retirer. L’après-midi lui sembla interminable quand enfin sa fosse atteint une taille et une profondeur relativement acceptable. Sans outils adaptés, elle ne pouvait faire mieux. Le dos cassé, des ampoules aux mains et les bras fatigués, elle s’assit près des squelettes soigneusement disposés par son amie. Celle-ci était embêtée par de petits os qui lui restaient, et qu’elle ne savait où mettre : aux mains, aux pieds, ailleurs ?  Observant ses propres mains et pieds, elle ne put cependant pas trouver.
- Ce n’est pas grave, la rassura Hattie, tu en as déjà fait beaucoup. On les posera à côté.
La jeune femme était impressionnée par la méticulosité d’Anicée, qui avait poussé le détail jusqu’à mettre des os pairs de la même taille pour les jambes et les bras. La jeune femme hocha la tête, légèrement déçue, et  s’étira tout en soupirant de fatigue.
- Alors il ne reste plus qu’à les mettre dans leur tombe et les recouvrir, conclut-elle.
Les deux jeunes femmes les installèrent côtes à côtes dans leur dernière demeure avec beaucoup de précautions, leur repliant les os des jambes car trop grands pour leur tombe. Puis elles laissèrent les os restant en un petit tas au milieu, et laissèrent également avec ce qu’il restait de ces quatre personnes les fourrures et la viande séchée de Lono. La viande parce qu’il s’agissait de leur corps, les fourrures parce que c’était leurs possessions. Il n’y en avait que deux, mais peut-être que les autres avaient eu des pagnes en feuilles, ou pas de pagnes du tout. La terre recouvrit enfin les corps, formant une petite motte qu’elles délimitèrent avec des pierres, et décorèrent avec des fleurs. Des anémones blanches et des primevères jaunes vinrent bientôt recouvrir le lieu de leur repos. Leur utilité pouvait être discutable, d’autant plus qu’elles faneraient bien vite, mais elles apportaient de la beauté, ravissant le regard de leur couleur et de ce qu’elles représentaient : une vie éphémère, la rendant plus précieuse encore. N’était-ce pas utile en soi ? Ce qui était beau n’était-il pas utile, juste par cet état de fait ?



« Que font les gens quand ils n’ont pas d’ailes ? Les gens s’échappent et fuient tant qu’ils en ont la force. Quand ils n’en ont plus la force, ils essaient de se cacher. Mais tout le monde ne court pas assez vite, ou ne peut trouver une bonne cachette. C’est pourquoi tu dois rester vigilant, et rester complètement immobile. »
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Fiche de présentation : Hattie
Journal : Journal de Hattie
Jeu 12 Oct 2017 - 13:09

Lasses et affamées, les jeunes femmes n’avaient ni la volonté, ni l’énergie de chercher à manger. Si offrir une sépulture à ces inconnus les avaient fatiguées, cela les avait néanmoins apaisées. Hattie regarda la pointe de sa lance avec laquelle elle avait pioché, et constata avec dépit qu’elle était irrécupérable.
- Je vais chercher de quoi me faire une nouvelle lance, celle-ci est foutue, dit-elle à son amie.
- D’ac’. Je vais continuer mes boîtes en ce cas.
- Tes boîtes ?
- Oui, des boîtes en écorce, je te montrerai quand tu seras revenue. Ne t’éloigne pas trop,
lui rappela-t-elle.
Hattie émit un grognement inintelligible qui voulait dire oui, puis parti chercher un bois plus dur pour faire sa lance. Elle finit par jeter son dévolu sur une branche de frêne, et retourna près du feu pour la tailler. Anicée quant à elle finissait ses deux boîtes destinées à transporter les noix enterrées précédemment, ou autres futurs effets personnels, mais elle tergiversait, trouvant qu’il leur manquait quelque chose et demanda son avis à la brune.
- Un système de fermeture ? Pour qu’elles ne s’ouvrent pas si on tombe. Et puis il faudrait pouvoir les porter en gardant les mains libres. Une bandoulière peut-être ? Suggéra-t-elle.
La blanche fit donc deux cordes, ce qui lui prit la fin de l’après-midi. Les fibres n’étaient pas encore sèches mais peu importait, elle sécheraient plus tard. Elle les passa à chaque extrémité des fonds de boîtes -et non sur les couvercles- puis demanda à Hattie si elle pouvait lui faire quatre petites chevilles de bois percées d’un trou. Son amie s’exécuta aussitôt, prenant de petits morceaux pas trop épais afin de pouvoir faire les trous. Ensuite Anicée attacha deux chevilles par boîte, de chaque côté, avec des restes de ficelle et fit des trous sur les couvercles aux endroits où se trouvait les chevilles. Elles serviraient ainsi de boutons pour empêcher les couvercles de se défaire. Ce n’était pas très solide, mais ça tiendrait relativement bien.
Pendant ce temps Hattie récupéra ses essais de collets fait avec Lono la nuit dernière, et alla trouver un emplacement pour les mettre, espérant avoir une bonne surprise le lendemain matin. Elle plaça le premier devant un  terrier de elle-ne-savait-quoi, et le deuxième sur un petit sentier où elle avait vu des déjections, supposant qu’il s’agissait d’un lieu de passage pour les petits animaux. Puis elle revint aider Anicée qui essayait de terminer ses propres collets commencés le matin même, et lui montra comment faire les nœuds coulants. Elle observa également le nœud coulant resté sur la corde du piège de Lono, celui-ci étant un peu différent, et s’entraîna à le refaire.

Elles se retrouvaient maintenant un peu désœuvrées, et Hattie jouait machinalement avec son silex, griffonnant ce qu’elle voyait sur les chutes de bois de sa lance toute neuve. Anicée se mit à faire l’inventaire de leurs possessions, car cela la rassurait. Elles avaient dorénavant chacune un silex, une lance, une boîte en bandoulière, un pagne. Et quatre collets, dont deux qui étaient installés, ainsi qu’une corde. Elle se remémora ensuite dans sa tête comment faire une ficelle ou une corde, un nœud coulant, un collet, une boîte, et un fumoir pour la viande. Une fois ses inquiétudes calmées, soulagée de se souvenir de tout ce qu’elle jugeait important, elle observa les griffonnages de Hattie. Elle était en train de terminer trois dessins très basiques sur un morceau de bois d’une quinzaine de centimètres, et pas plus de cinq de large. Cela évoquait plus des symboles que de réelles œuvres d’art : le premier était un arbre avec une corde pendante, en dessous était un feu, et le dernier était un corbeau. Elle interrogea son amie du regard, qui lui expliqua :
- Je pensais aux personnes qu’on a enterré, et qui seront oubliées. Je voulais essayer de raconter ce qui leur est arrivé, de garder une trace. L’arbre parce que c’est là qu’ils ont été piégés, le feu parce qu’ils ont été tués et mangés, et le corbeau parce qu’ils ont été vengés. Leur meurtrier est mort et s’est fait manger par les corbeaux. Un peu comme une épitaphe en fait, je comptais le laisser sur leur tombe.
- Oh, je vois…
Elle contempla un instant l’œuvre de son amie, et émit une remarque :
- Mais le feu pourrait signifier aussi la chaleur d’un foyer, plutôt que la mort. Et le corbeau serait le symbole de la vengeance, mais comment distinguer une vengeance qui a été accomplie d’une qui est à venir. Si tu voulais dire par exemple que ces personnes mortes ne sont pas encore vengées, mais qu’elles le seront.
Hattie réfléchit une petite minute, puis rajouta au-dessus du feu une forme de crâne simplifiée avec deux os qui se croisaient.
- Voilà ! Un feu avec un crâne signifiera la mort, un feu avec des traits pour imiter la lumière dégagée signifiera la chaleur. Et pour le corbeau… des ailes repliées correspondront à une vengeance accomplie, des ailes déployées correspondront à une vengeance à accomplir.
Satisfaite elle alla déposer son « épitaphe » sur la tombe, et reprit ses griffonnages, gravant un corbeau aux ailes déployées, et une feu semblant émaner de la chaleur et de la lumière. Elle reprit un autre morceau de bois, et y grava une fleur d’anis très simple, vue du dessus.
- C’est toi, fit-elle à Anicée.
- Mon prénom ? Demanda-t-elle, étonnée.
Elle regarda le dessin, et donna son assentiment :
- Oui, j’aime bien, il me correspond je trouve. Je ne saurais dire pourquoi mais je me sens un lien avec les plantes.
Puis elle rajouta :
- Et toi, qu’est-ce que ce sera ton prénom écrit ? Il faudrait quelque chose qui te corresponde.
La brune hésita un moment, puis dessina à côté de la fleur ce qui avait la forme d’une goutte d’eau,  déclarant, décidée :
- Une larme.
-Oh… c’est un peu triste, non ?
- Oui, mais je me suis rendue compte que je pleurais assez facilement, et qu’il y a matière à pleurer dans cet endroit.
- Ce n’est peut-être pas tout ce qui te définit,
objecta-t-elle. Mais tu pourras toujours rajouter un dessin à ton prénom, lorsqu’un autre trait de caractère se démarquera, ajouta-t-elle gentiment.
- Le tien aussi d’ailleurs, lui répondit-elle.
La jeune femme termina son dessin en traçant un cercle incluant leurs prénoms dessinés, puis elles décidèrent de dormir, bâillant de fatigue. Et tant pis pour les tours de garde.


Pour le jour 19

Premier collet :
1-2/un lapin s’y est pris
3-4/le collet est vide
5-6/le collet a fonctionné, mais l’animal s’est dégagé
7-8/le collet a fonctionné mais la prise s’est faite manger
9-10/le collet n’était pas attaché solidement et la prise est partie avec.

Deuxième collet :
1-2/une belette s’y est prise
3-4/le collet est vide
5-6/le collet a fonctionné, mais l’animal s’est dégagé
7-8/le collet a fonctionné mais la prise s’est faite manger
9-10/le collet n’était pas attaché solidement et la prise est partie avec.



« Que font les gens quand ils n’ont pas d’ailes ? Les gens s’échappent et fuient tant qu’ils en ont la force. Quand ils n’en ont plus la force, ils essaient de se cacher. Mais tout le monde ne court pas assez vite, ou ne peut trouver une bonne cachette. C’est pourquoi tu dois rester vigilant, et rester complètement immobile. »
Purge, de Antti Jokinen
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Jeu 12 Oct 2017 - 13:09

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