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Pâle découverte [J18 |Fin de matinée - Commun - Telod]
AuteurMessage
Neìt
Membre
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Messages : 13

Jour d'éveil : XI
Race : Échouée
Métier : Cueilleur (2)
Groupe : Terre Rouge
Fiche de présentation : ☽ ∴◆∴ ☾
Journal : ☽ ∴◆∴ ☾
Lun 9 Jan 2017 - 15:58

La course de Neìt s’interrompit contre un arbre. Ses yeux scrutaient le spectacle qui se jouait avec méfiance et grand intérêt. Elle venait d’échapper à un loup qui comme elle avait profité d’un repas chaud pour commencer cette journée. Un homme lui avait fait découvrir le feu, mais il l’avait cassé, il l’avait laissé mourir en mourant lui-même. Depuis son point d’observation, l’échouée avait aperçu les flammes danser, et la promesse de la chaleur, là-bas…

Nue comme un vers depuis des jours, sa chaire était si froide qu’elle était un peu endormie. Ses doigts si blancs tendaient à présent vers un bleu qui noircissait et ses orteils avaient hurlé en retrouvant de leur mobilité au coin du foyer de la veille. Le feu était-il bienveillant ou ramollissait-il les corps pour que l’on souffre plus encore ? De fait, elle portait un manteau grossièrement tissé dans une peau d’ours et elle refusait d’imaginer s’en séparer. Néanmoins cette obsession pour retrouver un feu se faisait dangereusement omniprésente. Elle avait couru pour fuir le loup, mais maintenant, elle était aussi un prédateur et ce précieux trésor elle devait s’en accaparer.

Des pas se faisaient entendre, des voix, il y avait des gens. L’échouée retroussa ses lèvres mimant la louve qu’elle aurait préféré être à cet instant et laissa paraître ses crocs somme toute acérés. Trop de danger. Pourquoi y avait-il toujours trop de danger ? Pourquoi n’aurait-elle pas de feu elle aussi ?
Les yeux des bois réapparurent et un frisson parcourut l’échine de son corps juvénile. Son instinct lui clamait de s’éloigner mais cette fois-ci, de s’éloigner des arbres plutôt que de ces humains. Un souffle tremblant d'une angoisse inconnue s’empara d’elle et transie de froid comme de peur, elle sentit qu’elle devait rejoindre ces pairs pour ne pas souffrir de la colère des esprits de la forêt. Ces yeux…

Neìt prit appui contre l’écorce réconfortante et s’ordonna d’approcher à découvert. Ses fines jambes l’aidant à se glisser hors des fourrés. Ses chevilles s’enfoncèrent dans un tapis de neige et elle regarda l’étrange phénomène un moment, comme si cette caresse glacée lui était familière. Elle était si pâle, l’échouée releva la tête vers le campement et s’approcha. Elle marchait lentement, sans risquer de paraître menaçante. L’aurait-elle pu de toute façon ? Elle semblait à un spectre, livide, nue, morbide et étrangement puissante vêtue de la peau d’un des prédateurs les plus impitoyables.

Elle croisa quelques regards, ne s’attardant sur aucun, elle approchait du feu, sûre de son projet imminent : se réchauffer.



Celui qui s'étouffe a tendance à dépenser son air sans raison.
Quelle ombre dois-tu suivre ?
Telod
Administrateur
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Messages : 128

Jour d'éveil : Jour 1
Race : Racine
Métier : Sculpteur (3)
Groupe : Terre Rouge
Fiche de présentation :
Dim 15 Jan 2017 - 23:05

La nuit passa. Aucun événement particulier, si ce n'est le froid qui continuait de nous mordre, de nous dévorer vivants. Même si nous étions presque collés au feu, nous autres les veilleurs de nuit, il arrivait à souffler le long de notre colonne vertébrale, à attaquer nos doigts et nos pieds, à fatiguer notre corps.

Si bien que nous communiquions encore moins qu'à l'habitude.

Atalant, qui avait fait la deuxième partie de la nuit avec moi, à regarder le bois, se révélait encore plus discret et fermé que je ne le connaissais. Cela ne me dérangeait pas vraiment - il faut savoir que je préfère le silence - mais ce fut une source d'inquiétude lorsque je regardais son visage. Il tremblait, ses paupières tombaient, son teint devenait livide, sa tête chutait sans arrêt vers l'avant, je lui ai même proposé d'aller se coucher. Il a refusé.

Le matin vint, mais la chaleur, elle, n'arriva pas.

Ce qui devait être, normalement, à mon sens, le sujet de conversation le plus ennuyeux possible, devenait ici la première préoccupation de chacun : quel temps faisait-il, quand est-ce que le soleil reviendra, comment nous couvrir contre le froid ?

Galline, la première sortit de sa couche, me le fit remarquer :

- C'est pas possible, Telod, m'avait-elle dit, on peut pas travailler, maintenant, avec cette température. On ne peut pas. On ne peut rien faire.

J'avais hoché gravement la tête. En effet, bien que cela ralentisse gravement notre progression, il fallait se rendre à l'évidence, personne n'était en mesure de faire face à ce froid. Ce qui m'angoissait légèrement, et faisait pointer dans mon regard une colère muette, c'était l'idée que ce froid dure des jours, et des jours.

Heureusement, l'ambiance, en cette matinée, était moins mauvaise que ce que l'on pouvait penser. La chasse du chevreuil d'hier nous avait donné beaucoup de viande, qui restait conservée par le froid, et que nous pouvions manger sans nous priver. De plus, Jey était d'une étrange bonne humeur, il plaisantait au sujet du froid :

- La vache on se pèle tellement le cul, c'est brutal ! riait-il en claquant des dents alors qu'il marchait par petits pas dans la clairière.

On se moquait de sa démarche, il poursuivait en nous ignorant :

- Vous pensez que les guetteurs se gèlent les couilles aussi ? Moi je dis y'a de quoi les éradiquer, ils sont encore plus à poil que nous.

- C'est sûr et certain ! affirmait Kaely, la nouvelle, avec le sourire.

- Je ne suis pas certain qu'ils en aient. J'ai pas regardé. Dit Sevin.

- De quoi ?

- Des couilles.

Konol sourit, Jey poursuivit, en ignorant la remarque :

- La prochaine fois que j'en ai l'occasion je construis une énorme cheminée dans un nouvel abri ! Un nouvel abri gigantesque qui servira de salle commune !

- Génial ! s'enthousiasma Andorah, la nouvelle, en frappant dans ses mains. Elle était encore un peu timide, mais elle semblait suivre avec une certaine rapidité d'esprit les conversations.

- T'es sûr de pas voir un peu grand là, du con ? Tu arrives même pas à construire une pauvre cabane dans un arbre. Soupirait Galline avec une voix affectueuse.

- Ça avance ça avance !

Atalant, quant à lui, continuait d'inquiéter un peu. Il avait l'air très fatigué et disait vouloir se coucher. Malheureusement à cause du froid nous ne pouvions pas le laisser seul dans l'abri, la température n'aurait pas été suffisante.

Plusieurs personnes firent le choix de s'asseoir les uns contre les autres dans un abri, pensant que cela serait plus efficace que d'être auprès du feu. Alors je vis Andorah prendre plusieurs grosses pierres, trouvées dans la clairière, et les amener contre le feu, les flammes léchant la roche grise. J'hochai un sourcil, et Jey lui demanda ce qu'elle faisait.

- J'essaye. Je pense que si les pierres chauffent, elles peuvent réchauffer les abris sans risquer d'y mettre le feu, en les plaçant à l'intérieur. Répondit l'intéressée.

- Mais c'est du génie ! s'exclama immédiatement Jey, qui ne doutait pas le moindre instant du succès de l'opération.

- Je pense qu'il ne serait pas idiot de faire un autre feu, aussi, plus près des abris.

Konol hocha la tête et répondit :

- J'y ai pensé aussi, mais on a pas assez de bois pour entretenir deux feux.

- J'ai peur que ça s'enflamme, moi, si on met ça trop près. dit Galline en faisant la moue.

On attendit. Je m'occupais à essayer de former des nouvelles lances avec des branches que j'avais réservé à cet usage. Mon occupation était une des seules qui ne nécessitait pas de bouger, je profitais donc de ma capacité à faire quelque chose d'utile. Il nous fallait des lances pour chaque membre du groupe, donc une pour chaque nouveau.

Andorah, aidée de bâtons, reprit ses pierres. Elle constata que certaines d'entre elles ne chauffaient pas beaucoup, alors que d'autres, au contraire, étaient vraiment très chaudes. Elle jeta les pierres froides et amena les chaudes dans les abris, puis chercha d'autres pierres capables de chauffer, essayant de les identifier, à l'aide de Jey et de Galline.

Lorsque tout le monde eut soif, on se rendit à l'évidence du fait qu'il fallait y aller les uns après les autres, nous relayer, deux par deux, en couvrant les deux personnes qui y allaient le plus possible avec les quelques peaux de bêtes que nous avions.

Moi j'y allais avec Kaely, qui m'avoua sur le chemin être très heureuse d'avoir rencontré notre groupe, et penser que le froid n'allait pas durer longtemps. On cassa la fine couche de glace qui s'était formée au dessus du lac, et on put boire une eau si froide qu'elle attaquait nos gencives. Cependant, cela fut agréable.

Au retour, je vis Althéa, qui vint me voir pour me demander ce que nous avions prévu de faire au cas où le froid durait longtemps. Je lui répondis que je ne le savais pas. Elle ne sembla pas apprécier ça, elle soupira longuement, me dit qu'il fallait vraiment y penser bientôt, et alla s'occuper de la chèvre.

Alors je revins m'asseoir près du feu, recommençant à m'occuper des lances. J'avais réussi à en finir une, qui était plutôt correcte, sans avoir besoin de recommencer mon travail. Je trouvais que mes facultés s'étaient vraiment améliorées. Depuis que j'avais été capable de faire des arcs et des flèches, revenir à la fabrication de lances était pour moi un jeu d'enfant. Chacun avait fini de boire, midi approchait.

Dans la clairière il y avait Andorah, Jey, Galline, Althéa et moi. Les trois premiers continuaient la quête des pierres, Althéa celle de prendre soin de Marth, et moi celle des lances. Tous les autres étaient à l'intérieur de l'abri, assis les uns contre les autres. Alors, une forme blanche s'approcha de la clairière. Je la vis de loin, et je crois que je fus le premier à la voir. Une toute petite femme, blanche voire livide de peau comme des cheveux, portant une peau d'ours - comme la mienne. Elle avait l'air frigorifiée, mais d'un autre côté semblait assez distante, étrangère, perdue. Je ne savais comment interpréter sa manière de regarder sans paraître voir. Au premier instant, j'ai eu l'impression d'avoir affaire à une autre basculée, qui regardait loin derrière les gens en essayant de les fixer, qui s'effondrait et se débattait dans ses propres songes. Mais, après quelques courts moments à la regarder, non, finalement, elle avait l'air moins paniquée et folle que les basculés, elle semblait juste un peu étrange. Bizarre à sa manière, comme les autres Échoués que je connaissais.

Jey, qui continuait de rigoler avec Andorah, clamant des dires du type :

- Tu m'en diras des nouvelles de cette pierre, elle va réchauffer tout le lac si je la jette dedans, je te le dis !

ne remarquait pas l'arrivée de la femme blanche. Personne, à part moi, ne la voyait en ce moment. Et j'avais l'impression de voir arriver un fantôme.

- Tu peux venir près du feu. Dis-je alors à la nouvelle arrivante sans hésiter, la voyant s'approcher.

Peut-être attendait-elle mon autorisation, peut-être pas, quoi qu'il en soit je lui avais donné. Afin, d'une part, de faire remarquer la présence de la femme aux autres, et aussi de donner mon accord au cas où elle le désirait. Deux actions accomplies en une seule phrase, c'était l'économie des mots.

- Ah ! Bonjour madame ! Bien sûr, viens près du feu, il fait vraiment très froid. disait Jey en faisant des gestes du bras pour lui dire de s'approcher.

- T'inquiète pas, dit Galline, ils sont complètement cons, mais pas méchants.

Elle avait le regard amusé, un sourire au coin des lèvres. Je m'en étonnais. Normalement Galline feulait dès qu'elle voyait un nouvel arrivant pointer le bout de son nez. Mais hier, avec Andorah, elle n'avait rien dit, et aujourd'hui elle cherchait même à rassurer l'arrivante dès le début ? Un progrès incroyable, mais étrange. Je savais que Galline ne se fiait qu'à son instinct, peut-être que, encore une fois, cette nouvelle arrivante était quelqu'un de bien, d'après l'impression de Galline du moins ? Ça serait une bonne nouvelle.

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