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Alchimie de la douleur [Staz&Salim][J19][Important]
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Staz
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Messages : 102

Jour d'éveil : Jour 16
Race : Echoué
Métier : Aucun
Groupe : Errant
Fiche de présentation : Clic
Journal : Clic
Jeu 12 Jan 2017 - 17:30

Alchimie de la Douleur





Staz. Il s’appelait Staz. Et il était là, tel une épave, privé de tout ce qui aurait pu faire de lui un homme. Il ne bougeait plus. Il ne voyait plus. Il ne pensait plus. Il n’était qu’un poisson, échoué, en train de se dessécher lentement. Enfin, il resta comme cela un bon moment. Lui-même n’était plus conscient de grand-chose. Les images qui passaient devant ses yeux n’étaient plus que des bouts de couleurs informes, vomis par le monde jusque sur son visage. Ce qu’il entendait n’étaient que des bruits, des bruits qui auraient dû être des voix, mais même ça il n’arrivait plus tellement à s’en rendre compte. Enfin, cela n’était que le début, le plus agréable, au fond. Une sorte de bulle, douce et rassurante, où plus rien de l’extérieur ne pouvait venir influencer ce qui se réfugiait au-dedans, le plus profondément possible. Et, dans cette bulle, il n’entendait même plus l’Être hurler.

Mais cela ne dura pas longtemps. Car le froid revint au galop, en même temps que les sensations. La douleur était vraiment quelque chose de mystérieux. Elle se fit d’abord douce, comme la sensation tendre d’une caresse sur l’herbe. Puis chaude, détendant d’abord les muscles. Mais ça, ce ne fut que la première demi-seconde. Car, immédiatement après, elle redevint rude. Rude et violente. Elle brûlait les chairs, puis les glaçaient ardument. Ses dents se mirent à claquer, son corps à se raidir brusquement, sa respiration à lui brûler la gorge. Le froid était tenace, menaçant, et s’attaquait à ses yeux, à son visage, à sa peau, à ses poumons, à son ventre, à ses pieds, à ses bras, à ses mains, à tout ce qu’elle pouvait mordre de ses crocs invisibles.
Et puis, bientôt, l’Être revint. Reposant à nouveau ses valises dans sa tête, Staz pouvait presque voir son sourire à travers ses méninges. Oh, oui, il ne le lâcherait plus. Jusqu’à ce qu’il crève. Crève. Crève. Et sa voix, presque lointaine, s’élevait à nouveau jusqu’à ses oreilles. Douce. Trop douce. Des murmures, dans une langue qu’il ne comprenait pas. Des mots doux, peut-être même. Pourtant, venant de l’Être, tout ça était effrayant. Il entendait, entendait, cet Être qu’il ne voulait plus entendre. Mais quoi qu’il fasse, il était entièrement à lui, à cet Être qui le possédait. Ses yeux clos laissaient parfois échapper des larmes de terreurs, alors que sa gorge était assaillie par des milliers d’aiguilles glacées. Il voulait juste qu’elle se taise. Mais l’Être et sa voix lugubre était là. A émettre des soupirs, des sifflements grotesques, mais pourtant tellement effrayants. Parfois elle était trop proche, se mettant presque à lui hurler des injures qu’il ne comprenait pas, parfois elle s’éloignait, et ne lui communiquait plus que des mots serpentant dans les méandres de son crâne.
L’Être était le Serpent, et la Chose ses Crocs.
Car il la savait près de lui, cette Chose ignoble. Chose dont il revoyait encore, encore et encore l’image horrifiante. Parfois, il l’entendait distinctement traîner sur le sol ses serres affutées. Et parfois, il en sentait le souffle, le souffle chaud et putride sur son visage. Et beaucoup de fois, il vomit, là, à même le sol. La sueur coulait partout le long de son corps, qui pourtant tremblait de froid. Ou peut-être sur ses joues était-ce des larmes. Et chaque fois qu'il essayait d'ouvrir les yeux, il voyait. Il voyait ce regard, ce regard gris sur le visage de cette chose qui autrefois n'avait que des yeux crevés. Mais là, elle avait bien des yeux. Et sous son visage à la chair décomposée, il distinguait nettement des traits. Comme ce sourire qui lui disait, sans un mot, qu'il ne fallait pas qu'il oublie. Que son destin était tout tracé. Et qu'Il attendrait aussi longtemps qu'il le faudrait.
Et, à chaque fois, il perdait conscience à nouveau, et composait à nouveau son alchimie de la douleur.

- Les musssssaraignes ne ssssssavent pas ... L'ombre est ... ssssssalvatrisssss ... -

Quand Staz reprit vraiment conscience –et par conscience, je ne parle pas de raisonnement logique, hélas-, il se rendit tout de suite compte d’une chose : il ouvrait les yeux. Pour la troisième fois de sa vie, il entamait une journée. Il commençait à vivre. Et pour la première fois de sa vie, il ne se réveilla ni dans un lac, ni contre sa belle Hiss. Car, tout simplement, il n’était ni dans un lac, ni près de sa chère et tendre. Et, ouvrant grand les yeux, il se sentit défaillir. Car, malgré le soleil qui pénétrait la grotte, il était sûr et certain que celle qui avait toujours pris soin de lui l’avait abandonné à son triste sort. A sa propre mort. D’ailleurs, elle avait abandonné avec lui un homme et une femme, qui dormaient toujours en soupirant tristement. La femme s’était endormie assise près du bas de la pente. Et le garçon était couché à plat ventre sur la pierre. Mais ni ce garçon ni cette fille n’était Hiss. Et ni ce garçon ni cette fille n’était ni Gràr ni la Chose. Alors, ouvrant des yeux terrifiés, son cœur lui dicta une chose, une seule. La Chose, qui était Gràr, avait pris sa Hiss. Et l’avait emmené loin de lui, pour dévorer son cœur brûlant.

Le cœur battant, il se redressa. Cette fois, il fut capable de sentir les larmes chaudes qui coulaient le long de ses joues et gouttaient le long de son menton. Hiss. Ses dents se plantèrent violemment dans sa langue alors qu’il tenta de se redresser plus encore à l’aide de ses bras : la douleur était intense à chacun de ses mouvements, et le froid faisait brûler son corps comme un feu de joie. Son souffle était irrégulier, et il claquait violemment des dents, malgré la peau du loup –qu’il avait tué !- sur son corps. Il frémissait, tremblait, et, après une longue minute d’effort, parvint à se mettre sur ses pieds. Il garda, bien serré autour de lui, la peau de loup. Et, le regard perdu dans le lointain, il escalada la pente de la grotte. Une fois dehors, et sans un regard derrière lui, il marcha droit devant lui. Les yeux fous, embrumés par la fatigue et l’hypothermie, il ne voyait rien d’autre que des ombres partout autour de lui, qui voulaient le dévorer. Il marchait en titubant, les pieds glacés, de nouveau monté sur ses échasses rigides. Il s’appuyait maladroitement sur tous les arbres, et finit même par tenir sa peau de loup fermée autour de ses épaules avec les dents, pour leur éviter de claquer douloureusement. Tout son corps lui hurlait de s’allonger, de fermer les yeux et d’abandonner l’affaire. Tous les voyants clignotaient rouge. Mais, un pied après l’autre, il marcha. Sa cheville ne lui faisait plus mal, tant il ne sentait plus rien en dessous de ses cuisses. Il tomba, s’ouvrant le genou qui se mit à saigner abondamment. Mais se releva aussitôt. Parce que la Chose avait pris Hiss. Et voulait la faire payer de ce qu’il avait fait, lui. Il était un monstre, lui. Etait-ce ses yeux ou ceux de Gràr que portait la Chose ? Un instant, il se sentit obligé de porter sa main à ses yeux pour vérifier. Des yeux de monstres en tout cas. Ses doigts congelés ne sentirent rien, et il se dit que c’était peut-être les siens. Elle lui avait peut-être volé ses yeux, pendant la nuit. Pour manger ceux de Hiss sous son propre regard. Staz tomba à nouveau, et mit plus d’une minute à se relever. Les arbres se mouvaient autour de lui, et il en percuta un de plein fouet. Même les arbres étaient du côté de la Chose. Dans sa tête, l’Être sifflait toujours. Tel un serpent prêt à bondir. La Chose n’était pas loin. Et un pas après l’autre, Staz avançait.

Alors qu'il avançait depuis un bon moment, il aperçut quelque chose. Quelque chose d'humain, peut-être. S'y dirigeant à tâtons, ses jambes ne le portant désormais plus qu'à moitié, il ne réussit qu'à se rapprocher trop peu près de l'homme, avant de s'écrouler. Tout son corps tremblait, la chaîne contre son cou paraissait plus froide encore qu'à l'accoutumée, et il ne parvint pas même à lever les yeux vers cet homme, et murmura quelque chose d'inintelligible, même pour lui-même. Il allait retrouver Hiss, en rampant s'il le fallait. Mais pourvu qu’il la retrouve entière …
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Sam 28 Jan 2017 - 12:43

Précision:
 

Ses yeux noirs fixaient le sol. Sa main s'approcha d'un liquide sombre, reposant sur la roche. Les doigts touchèrent.
Il regarda le bosquet.

Puis ses pas l'y menèrent. Il tenait en main une longue lance qui lui servait de bâton de marche. A sa ceinture pendait un large couteau aiguisé.
Il avait un crâne de bouc tenu par ses cheveux, une peau halée, un air fier et inébranlable. Si Salim avait été là, il aurait reconnu l'homme qui s'était présenté à lui sous le nom de Ka.
Il était habillé chaudement, plusieurs peaux de bêtes recouvraient son corps massif.

Arrivé près d'un arbre, il s'arrêta. On pouvait deviner, sur une racine visible, une autre tâche sombre. Ka prenait un air grave en la fixant. Il regarda autour de lui, puis scruta l'intérieur du bosquet. Les arbres masquaient l'horizon.

Il entendit un bruit à sa gauche. Sans que ses pas ne fassent le moindre bruit, il s'approcha. Alors, devant lui, il vit le jeune Staz, qui avançait vers Ka non sans difficultés. Le vieil homme fixa le blessé sans la moindre réaction. Et lorsque Staz vint chuter juste à ses pieds, Ka se contenta de faire deux pas en arrière. Il garda ses yeux sur le jeune homme, soupira, semblant hésiter, puis il remonta le regard.

Ses pupilles parcouraient le bois, il ne voyait rien. Attentivement, il regardait parmi les troncs. Alors, il enjamba le corps du malheureux, et s'avança légèrement entre les arbres. Sa vision parcourait les alentours. Toujours rien.
Il leva la tête, fixait les branches, les feuilles. A droite, à gauche. Rien.
Il revint sur ses pas, enjamba à nouveau Staz, scruta la plaine, fit "non" de la tête, puis regarda le lac. Alors, ce qu'il vit, ou ce qu'il ne vit pas, à la surface du lac, lui fit tirer un autre soupir, qui sortit de ses narines en une fumée blanche.

Il se retourna vers Staz, s'agenouilla devant lui. Il enleva une des grandes peaux de bêtes qui constituaient son habit, et recouvra le corps du blessé avec. Puis ses bras passèrent sous le jeune homme, et, sans lui demander son avis, il le souleva, le mettant sur son épaule comme un sac. Et Staz, qui perdait une nouvelle fois connaissance, ne put en voir davantage.



***



Dans une grotte aux murs gris, le crépitement d'un feu se faisait entendre. Staz reposait là, à côté de la source de chaleur. Ka entrait alors dans la grotte, muni d'une grande quantité de bois, qu'il fit tomber sur le sol de pierre. Il s'approcha du jeune homme, sa main tenait plusieurs feuilles étranges. Il déboucha une large gourde en peau qui pendait à sa ceinture, l'approcha du genou sanguinolent de Staz, et déversa une petite quantité d'eau. Puis, à l'aide d'une des feuilles, il nettoya la plaie.
Un sourire tranquille reposait sur son visage ridé. Il ne semblait pas inquiet. Il ouvrit la parole, tout en continuant de regarder la blessure.

- Elle est longue, mais elle n'est pas profonde. Ne pas se fier aux apparences, jeune homme.

La large peau de bête reposait toujours sur le corps de Staz, en guise de couverture. Par ailleurs, le feu créait dans la petite grotte un air chaud, qui s'accumulait davantage qu'il ne s'échappait.

- Le froid, lui, ne parait pas toujours très impressionnant. Il amène le gel sur l'herbe, il durcit le lac, et il blanchit l'air. En se fiant aux apparences, on pourrait croire qu'il n'agresse personne. Et pourtant c'est lui qui a failli t'ôter la vie aujourd'hui. J'aimerai que tu t'en souviennes. Ce qui est redoutable n'est pas nécessairement ce qu'on croit être redoutable.

Il sourit de plus belles, face au regard du jeune homme qui venait de se réveiller.

- Être vaillant, être brave et fort, chercher à agir avec panache, cela est très bien. Mais il ne faut pas en oublier ce que tu es, ce dont ton corps a besoin, où sont les limites, même si tu cherches à les dépasser.

Il était impossible, alors que Ka prononçait ces mots, de savoir précisément à quoi il pensait. Il ne connaissait que très peu de choses sur Staz, et pourtant il supposait déjà que ce dernier s'était retrouvé dans cette situation après un excès de fougue.

Le silence retomba quelques instants, si le jeune homme avait voulu parler, Ka lui laissait cette occasion, alors qu'il continuait d'appliquer la feuille sur la plaie.

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Salim
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Jour d'éveil : Jour 6
Race : Cime
Métier : Pécheur (2)
Groupe : Le Clan des Oubliés
Fiche de présentation : Fiche
Journal : Journal
Mar 31 Jan 2017 - 22:37

JOUR 18


Le blanc, à nouveau le blanc. La vallée était désolée, vide, morte. Une profonde mélancolie m'envahit à l'idée que toute vie soit figée et dès que la maison de Ka ne fut plus en vue, je me sentis affreusement seul. J'eus une pensée pour le lézard du sage, et j'espérais qu'il s'était trouvé une cachette chaude. C'était idiot, mais cela me réconfortait.
Je repensais aux paroles de la veille. Je cherchais le beau. Peut-être était-il là, mais mon coeur était lourd et inquiet. Au bout de quelques pas, mes jambes s'engourdirent. Je m'arrêtais et coupais un morceau d'une des fourrures que je portais avec moi afin de me l'attacher autour des pieds. Cela faisait peu, mais je n'avais rien d'autre.

Je marchais en direction de la rive du Lac, mais j'arrivais bien vite à la conclusion que je ne pourrais pas aller beaucoup plus loin aujourd'hui. Tout était trop dangereux. Tout était trop froid. J'avais faim, et je tremblais. Je sentais mon énergie se dissiper dans l'air dans une vague fumée. J'eus toutefois une idée et j'approchais des rives du Lac pour voir si quelque poisson n'avait pas été pris au piège par la glace.

Rien évidemment.

Je me retournais vers la forêt. Un léger bruissement spectral chuintait entre les branches des arbres. Je frissonnai. Non, autant avancer. Je respirais une grande goulée d'air qui me brûla la gorge et d'un air décidé et vigoureux, j’accélérais la cadence de marche. Je n'allais tout de même pas me laisser abattre par une vague de froid !

Je marchais jusqu'à l'épuisement, au loin, je pouvais apercevoir les montagnes qui m'avaient vu apparaître. Le ciel était toujours terne et gris, et au loin, la crête noire des pics surplombant la vallée formait un mur plus menaçant que jamais. Noir, comme ces êtres étranges. Noir, comme les yeux de Shabh. Les Oubliés me semblaient si loin… Vard et Dreth il y a une éternité. Et Merga, qui la première m'avait aidé. Je pensais à eux tous, et je souris.
Ka trouvait la beauté dans les lézards, les vases et le paysage. Je trouvais la beauté dans la voix de Kahraman, la force de Shabh, la sagesse d'Ard, la volonté de Dreth, la tempérance de Varl, la droiture de Merga... C'était ça qui me faisait me redresser, qui me faisait avancer. Je sentis un regain d'optimisme me gagner. Après tout, jusqu'ici, tout allait bien !


*           *           *


J'avais trouvé refuge dans un abri rocheux après un temps qui m'avait semblé infini à observer la paroi rocailleuse. Je me pressais de faire un feu. J'étais par chance tombé sur les restes d'un oiseau, probablement mort de froid et à moitié dévoré par quelque charognard.
Il ne restait que quelques bouts de chairs attachés aux os, mais cela était bien plus que j'espérais pour la journée et je m'endormais blotti dans ma fourrure, face aux braises rougeoyantes.


JOUR 19


Le réveil fut rude. Je n'avais plus de force, mon estomac criait famine, et des entailles étaient apparues sur mes pieds. C'était à peine l'aube et je décidai malgré le risque d'être repéré de ranimer mon feu pour me réchauffer avant de continuer. J'en profitais en outre me faire une sorte de torche que j'utilisais de temps à autre pour me réchauffer les mains ou le visage, car l'air n'était guère plus clément que la veille.
Je tenais en me disant que le Bosquet d'Aorn n'était pas si loin, et que je pourrais toujours essayer de m'y réfugier pour la nuit prochaine. Le Tour du Lac que je m'étais fixé était devenu une sorte de rite initiatique personnel et je m'interdisais de craquer. J'arrivais à la lisière d'un bosquet d'arbre assez dense et je m'accordais une pause avant de le traverser. Qui sait ce que je pourrais croiser là-dedans…

Mon inquiétude se renforça lorsque je vis une silhouette massive marcher à travers les troncs. Je me tapis dans mon coin avant de constater qu'il s'agissait d'un homme. Ou plutôt de deux hommes puisque l'un d'entre eux portait l'autre sur son épaule, accentuant au passage sa carrure. Je mis quelque secondes à reconnaître le sage.

Je voulus le héler, mais je n'osais pas : j'étais loin et j'avais peur d'être entendu par autre chose que les deux hommes… Je décidai donc de lui emboîter le pas le plus discrètement possible, afin d'éviter d'être moi-même suivi.


*           *           *


Ka s'était installé dans une grotte non loin, dont je rejoignis l'entrée un certain temps après lui. Il avait dû m'entendre arriver et je m'arrêtais à l'entrée, dans un salut silencieux, attendant une invitation à m'approcher plus. L'autre homme était conscient et je croisais son regard sans rien dire.
Staz
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Jour d'éveil : Jour 16
Race : Echoué
Métier : Aucun
Groupe : Errant
Fiche de présentation : Clic
Journal : Clic
Sam 11 Fév 2017 - 14:33


Peut-être avait-il trouvé un homme. Ou peut-être encore avait-il trouvé une bête. Un monstre. Un Gràr qui le dévora tout entier. Peut-être aussi était-ce une bonne chose, au final. Car peut-être que jusque là, il n'avait passé son temps qu'à se bercer d'illusions. D'illusions qui, peut-être, lui permettaient de vivre. Mais que faire lorsque ses illusions se dissiperaient ?

En tout cas, il se rappelait de ses propres pensées, de ses propres prières. Il n'avait pas vécu longtemps. Pourtant, ces deux jours paraissaient durer une éternité. Tout était bouleversé, tout était incroyablement dilué dans un magma de peur, de trouble, de terreur, d'ignominie. Pourquoi ne pas juste vivre ? Sans rien de tout ça ? Au final, s'il avait dit une fois que Hiss le connaissait mieux qu'il ne se connaissait lui-même, c'était peut-être vrai. Qu'est-ce qui lui donnait envie de vivre mieux ? Qu'est-ce qui lui donnait envie de vivre ? Il n'était qu'un bout de viande lâché dans la tanière des fauves. Quelle était la meilleure posture à adopter, au fond ? Fuir, se battre, souffrir, et finir dévorer ? Ou alors accepter sa fin, et mourir dignement ?

De toute manière, il mourrait. Alors la question du dignement ou non, il aurait dut se la poser avant. C'était un tout petit peu trop tard, semblait-il.



Mais, hélas, après le noir vint la lumière. Hélas. Le noir, c'était réconfortant. Le noir, c'était rassurant. Le noir, c'était noir. Pur comme la nuit, comme le silence. Ca ne faisait pas peur. Alors que dans la lumière se cachait des ombres. Peut-être même était-ce l'inverse. Mais ça importait peu, finalement.
Staz n'arrivait pas à ouvrir les yeux, mais à travers ses paupières perçaient un éclat de lumière trop vif. Qui lui brûlait la rétine. Et quelque chose crépitait à lui en faire exploser les tympans. L'esprit de Staz était à vif, et chaque signe de l'extérieur envahissait son intérieur fragile, tentait de planter une lame dans toutes les interstices, pour atteindre la tendre moelle de sa conscience.

Il ne se reconnecta vraiment à la réalité que lorsqu'un bruit sourd lui vrilla les tympans, pénétrant sa mince carapace. La fine cornée de ses yeux rencontra le froid, immédiatement après que son regard se posa sur un mur sombre, où dansaient des monstres inquiétants. Et à sa droite, oh oui, il l'entend bien, se mouvait quelque chose. Un quelque chose effrayant. La Chose, sans doute. Staz voulait refermer ses paupières, tourner la tête loin de l'odeur infâme de ce monstre, qui lui arracherait sans doute les yeux, pour les gober un à un. Mais il ne parvint, au final, qu'à tourner mollement la tête, vers un silhouette trop carrée, trop poilue pour être humaine. Une silhouette qui s'approchait, s'approchait encore. Le souffle du garçon devint chaotique, son coeur jouait du tambour, et il voulut se relever. Filer entre les doigts du monstre, filer entre les doigts de ce monde. Les yeux fous, ses mains cherchèrent quelque chose pour se défendre, ne trouvant que des trucs doux, moelleux ... des poils ! Il était devenu une bête, lui aussi. Il voulut fuir, tenta de se glisser sur le sol. Mais tous ses efforts, en fait, se résumèrent très simplement. Son corps inerte refusait de bouger. Ses doigts gigotaient timidement, son bras se souleva mollement pour retomber à nouveau, sa tête ne voulait décidément rien faire de plus que de se dandiner de droite à gauche.

Mais, sous ses yeux, les traits de l'être se dessinèrent plus nettement. Ce n'était décidément pas une bête, en fait. Simplement un homme. Un homme, qui aurait put être le père de Staz. Un père, qui caché derrière toutes ses fourrures, le contemplait de toute sa carrure.
Il n'était pas bien vieux, ce père. Sa chevelure n'était même pas grisonnante, et même si ses traits étaient marqués par des rides bien visibles, son visage n'était en rien fatigué. Ses traits étaient durs, taillés dans la roche. Et ses lèvres, courbées en une expression sereine, inspirait le respect. Et le calme. Aussi, Staz se calma. Il se perdit même dans la contemplation de l'autre. Du Père. Celui-ci trifouilla quelque part vers ses jambes, et ... Staz grimaça, et une lamentation s'échappa de ses lèvres. Quelque chose ruisselait sur son genou, brûlait les chairs. Et quelque chose frottait, frottait, douloureusement, mais pas tant que ça, finalement. Le pire, c'était peut-être toutes ses aiguilles qui s'enfonçaient dans sa chair, de sa tête jusqu'à ses pieds. Et le père s'activait toujours, silencieux, un sourire calme figé sur les lèvres. Mais il ne resta pas silencieux bien longtemps. Sa voix s'éleva. Rauque, comme si un feu brûlait au fond de sa gorge.
La première phrase, Staz ne la comprit pas. Son cerveau embrumé ne parvenait pas à se détacher des lèvres brutes du monstre, de l'être, du père. Et ce ne fut qu'après un temps, qu'il parvint à saisir ce que ces mouvements de lèvres signifiaient.
- Le froid, lui, ne parait pas toujours très impressionnant. Il amène le gel sur l'herbe, il durcit le lac, et il blanchit l'air. En se fiant aux apparences, on pourrait croire qu'il n'agresse personne. Et pourtant c'est lui qui a failli t'ôter la vie aujourd'hui. J'aimerai que tu t'en souviennes. Ce qui est redoutable n'est pas nécessairement ce qu'on croit être redoutable.
Staz cligna des yeux. De quoi ce père parlait-il ? Du froid ? Staz cligna des yeux, encore, et essaya de gigoter. Et il gigota, reprenant peu à peu la maîtrise de ce qu'il était - de son corps. Ses yeux se tournèrent vers le feu, qui crépitait toujours. Cette fois, son regard se figea dans les ondulations des flammes. Puis il revint au Père, qui le fixait à son tour. Ses cheveux étaient bizarre, à ce Père, puisqu'ils étaient ... noués par un crâne de quelque chose de bizarre.
- Être vaillant, être brave et fort, chercher à agir avec panache, cela est très bien. Mais il ne faut pas en oublier ce que tu es, ce dont ton corps a besoin, où sont les limites, même si tu cherches à les dépasser.
Staz cligna encore des yeux. Cet homme était trop sage. Maintenant, son sourire calme et assuré lui faisait un peu peur. Et puis ... Ce dont il avait besoin, c'était de sa Hiss. De rien d'autre. Grimaçant, il bougea un bras, et essaya de se redresser.
- Une femme ... Je cherchais ... Une femme ...
Sa propre voix lui parvint lointaine, pourtant il se se sentait mieux. Tout était beaucoup trop douloureux, mais il ne pouvait pas rester là. Il était clairement incapable de défaire le vrai du faux. Peut-être Hiss était-elle en danger. Ou peut-être Hiss ne l'était pas. Un concerto de piétinements bruyants résonnait dans son crâne. Il devait faire quelque chose. Il devait ...
- Je dois ... la retrouver ...
Mais avant qu'il ne se soit plus redressé, un autre homme rentra. Se figeant de peur, Staz se rendit compte à quel point ... Tout lui était étranger. Cet homme -qui n'était pas Gràr- semblait connaître le Père. Les dents de Staz claquaient, mais il y avait cette énorme peau de bête qui le couvrait et lui tenait chaud. Les deux hommes semblaient se connaître. Les yeux du garçon allaient de l'un à l'autre, avant de se poser sur le vieux Père. Sa main effleura la chaîne, qui tinta à son cou et le fit sursauter. Il posa ses yeux sur celle-ci, et ressentit un violent frisson. Gràr. Gràr courait toujours. Et il ... Il avait abandonné ses amis -peut-être même Hiss, si ça se trouve- à un terrible sort. Il essaya de se redresser un peu plus, bougea sa jambe blessée, grimaça, mais les ramena contre son corps pour tenter de se relever. Et bien évidemment, il retomba de toute sa masse sur le sol dur de la caverne.
- Ils sont en danger ...
Les yeux paniqués, ses mains se serrèrent sur les maillons glacés qui frottaient son torse. Le vertige le reprit, et il dut fermer les yeux une seconde, tout en essayant de rassembler ses esprits au mieux.
- Il faut ... Il faut ...
Quelque chose de glacé ruissela au creux de sa colonne, et le visage de Gràr apparut devant ses yeux fermés. Il glapit, réfugiant son visage entre ses mains. Et la voix dans sa tête reprit, hurlant à plein poumons. Il se mit à trembler violemment, à nouveau. Et fou, il se sentait devenir. Alors, perdu dans une crise de panique qui le dépassait complètement, il s'entendit murmurer d'une voix d’outre tombe ...
- Aidez-moi ...


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Dim 12 Fév 2017 - 12:50

Un vent glacial soufflait à l'extérieur de la grotte. On l'entendait hululer dans l'ouverture de roche, devant l'humble Salim, qui se tenait à l'entrée.

Ka écouta Staz évoquer Hiss, il disait vouloir la retrouver. Rien ne s'affichait sur le visage du vieil homme, parfaitement impassible, calme. Le regard de Ka se tourna lorsqu'il perçut de la peur dans la pupille de Staz, qui regardait la silhouette à l'entrée. C'est à cet instant que le vieil homme se rendit compte de la présence de Salim. Il leva les deux sourcils en même temps, et sourit amicalement.

- Tiens, il est curieux que nous nous retrouvions si vite, jeune Salim. Viens près du feu, il fait froid.

Au passage, il s'agissait probablement de la réaction émotionnelle la plus forte que l'on ait pu voir apparaître sur le visage de Ka, ces derniers jours : ces sourcils soulevés, qui ne tardèrent pas à retomber. Le bruit de la chute de Staz, sur le sol de pierre, ramena l'attention du vieil homme au pauvre blessé, qui semblait paniqué.

Il évoquait un danger pour ses camarades, ses yeux devinrent fous, il paniqua, il recula et se protégea face à quelque chose qui n'existait pas, et demanda de l'aide. Ka ne bougeait pas, dans un premier temps, il se contentait d'observer Staz avec un visage grave. Puis, il s'avança légèrement, approcha sa main du front du jeune homme, et y posa sa paume, tout en fermant les yeux.

Un court temps passa.

Et la panique de Staz ne se calmait pas, rien ne s'arrangeait. Alors Ka fit la moue et retira sa main, hochant la tête.

- Commence par t'occuper de toi-même, jeune homme, tu as échappé de peu à la mort, il y a quelques instants. Pense à tes amis, s'ils tiennent à toi tout comme tu tiens à eux, ils ne voudront pas que tu prennes tous ces dangers.

Il fit un mouvement lent des mains, qui se soulevaient petit à petit vers son propre visage, tout disant de sa voix grave et calme :

- Inspire... et il inspirait lui-même.

Et il rabaissait lentement ses mains :

- Expire. et il expirait.

Il répéta ces gestes lents, et ces mots, trois ou quatre fois. Et, sans vraiment être capable de dire si Staz se calmait ou non, Ka tourna le visage vers Salim, il lui sourit amicalement.

- Je reste à côté. dit le vieil homme à Staz, alors qu'il se levait sans précipitations pour rejoindre Salim.

Une fois à côté de ce dernier, il restait souriant, et il lui murmura avec douceur :

- Tu viens regarder le paysage avec moi ? Il est très beau.

Puis il planta ses pupilles dans celles de Salim, et quelque chose dans son regard faisait croire qu'il n'était pas vraiment en train de plaisanter, bien qu'il restait parfaitement calme.
Alors, sans vraiment lui laisser le choix, il entraîna Salim avec lui à l'extérieur de la grotte. De son doigt il pointa le lac, que l'on voyait plutôt bien depuis la grotte qui se trouvait sur un plan relativement surélevé. La surface du lac gelait de plus en plus, le spectacle était assez joli, et Ka commenta :

- Regarde le lac, plus l'air sera froid, plus il sera beau.

Et alors que Salim y regardait, le vieil homme, lui, n'y regardait absolument pas, ses yeux allaient partout. Il continuait d'avancer lentement, en entraînant doucement Salim, la paume de sa main posée contre son dos. Son regard partait de tous les côtés, il scrutait alentour très rapidement. Et enfin il stoppa sa marche, un léger soupir - qui ressemblait à un soulagement - s'échappant de son nez. Là, sur la droite, entre quelques arbres lointains, on pouvait voir trois guetteurs, qui les observaient.

Ka garda son visage tourné vers eux, et attendit que Salim y tourne également les yeux.

- Jeune Salim, j'aurais besoin que tu fasses quelque chose, pour nous trois. Assieds toi ici, avec moi.

Il flancha les genoux et se posa contre un rocher. Puis, jugeant le jeune homme d'un regard bref, il comprit que ce dernier risquait d'avoir froid, alors il retira un long tissu qui composait son habit et l'offrit à Salim.

- Cela pourra parfaire ta maigre protection contre le froid. Bien. Ecoute moi.

Sa voix était calme et sereine, elle n'invitait pas à la panique, mais au sérieux. Il pointa du menton les guetteurs.

- Ces trois petit bonhommes, je veux que tu les regardes. Qu'ils se cachent ou te regardent, cela ne change rien, tu restes ici. Si tu juges qu'ils se multiplient trop, qu'ils s'approchent trop, tu m'appelles, je viendrai. Mais si tu vois qu'ils s'enfuient, très rapidement, dans toutes les directions, de manière désordonnée, alors tu te lèves, calmement, et tu avances tranquillement, droit devant toi, sans revenir à la grotte, sans m'appeler, sans regarder derrière, tu inspires et tu expires, comme je l'ai dit au jeune homme, d'accord ? Je te verrais partir, je ne serais pas loin.

Il sourit calmement, en hochant la tête.

- L'aveugle s'endort et le sourd s'éveille, Salim, souviens-toi de ta belle phrase. Et profite de ce paysage, profite de la sérénité. C'est notre ami qui, malheureusement, va mal. Toi, tu vas bien.

Il tapa sur l'épaule de Salim et dit :

- Je retourne auprès de lui pour essayer de l'aider un peu. Si tu as besoin de moi, je suis juste ici à l'intérieur, je ne bouge pas.

Alors Ka se leva et rentra de nouveau dans la grotte, il s'approcha de Staz, le jugeant d'un œil soucieux.

De son côté, Salim pourra observer les guetteurs. Et s'il le fait, voilà ce que le sort décidera :


Lancer de dé : le comportement des guetteurs


1 - 2 : Après un instant, les guetteurs s'enfuient dans toutes les directions, de manière désordonnée.
3 - 4 : Petit à petit, on peut voir un quatrième, un cinquième guetteur, et finalement c'est une dizaine de guetteurs qui regardent Salim, s'avançant lentement.
5 - 7 : Petit à petit, on peut voir un quatrième, un cinquième guetteur, et finalement c'est une demi-douzaine de guetteurs qui regardent Salim, sans s'approcher.
8 - 10 : Un autre guetteurs rejoint le groupe de trois, et ils semblent s'approcher.
11 - 12 : Un autre guetteurs rejoint le groupe de trois, mais ils ne s'approchent pas.
13 - 15 : Le groupe de trois ne grandit pas, mais il s'approche petit à petit, très lentement.
16 - 20 : Le groupe de trois ne grandit pas et ne s'approche pas.
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Dim 12 Fév 2017 - 12:50

Le membre 'Sort' a effectué l'action suivante : Lancer de dés


'd20' :

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Salim
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Jour d'éveil : Jour 6
Race : Cime
Métier : Pécheur (2)
Groupe : Le Clan des Oubliés
Fiche de présentation : Fiche
Journal : Journal
Jeu 16 Fév 2017 - 10:43

J'attendis en silence que Ka m'invite à les rejoindre près du feu. Je pris plus de temps pour examiner la scène. L'inconnu portait un étrange collier, qui dépassait de la fourrure dans laquelle il était emmitouflé. Il semblait fébrile et ses yeux roulaient entre le vieil homme et moi d'un air un peu fou. Il m'avait l'air complètement paniqué. Que s'était-il passé ?

Il se mit alors à parler et je ne saisis que quelques mots, qu'hélas je ne compris que trop bien. Moi aussi j'étais inquiet pour les autres. Il n'y a pas grand-chose à faire avec ce froid.
Je m'assis près du feu sans rien dire et je laissais Ka s'occuper de l'inconnu, observant ses gestes, écoutant ses paroles. Il tentait de calmer l'homme, de l'apaiser, mais sans grand succès. C'est alors qu'il se leva et me proposa de sortir.

Si un autre homme que Ka m'avait fait une telle proposition en un instant pareil, j'aurai immédiatement songé qu'il souhaitait simplement me parler discrètement… Mais j'ignorais si le vieux sage était sérieux dans son intention ou non. Au bout de quelques instants dehors à plonger mes yeux dans le blanc de la vallée, je perçus son agitation, ou du moins celle de son regard. Il ne se posait nulle part.
Je réprimais un frisson et je me détournais à nouveau vers le Lac, ne souhaitant pas songer à ce qui pouvait perturber Ka. Je n'eus pas longtemps à attendre avant que celui-ci ne se penche vers moi, me tendant une fourrure, et m'explique la situation.
Je posais les yeux sur les trois choses noires, au loin. Malgré l'ombre des arbres, leurs silhouettes se découpaient sur la couche de neige.

Sans répondre au discours du vieil homme, j'acquiesçais en silence, esquissant un sourire pour le rassurer sur ma compréhension de la situation. Ou du moins de son discours.

Je ne perdais pas des yeux les trois choses et je serrais la fourrure autour de moi d'un air concentré. J'avais l'impression qu'elles regardaient vers moi, mais avec la distance, il m'était en fait impossible d'en juger. Aucun de nous ne bougeait, et nous étions dressés dans un duel silencieux. Difficile de savoir lequel surveillait l'autre.

Rien ne se passa. Je n'entendais pas les autres à l'intérieur en raison du léger chuintement du vent sur la paroi de pierre, mais je me sentais calme et résolu. Comme si j'attendais qu'il se passe quelque chose malgré tout. Comme si c'était inévitable.

Mais les trois choses noires restaient en place.


Staz
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Jour d'éveil : Jour 16
Race : Echoué
Métier : Aucun
Groupe : Errant
Fiche de présentation : Clic
Journal : Clic
Jeu 16 Fév 2017 - 22:42


Il était perdu, complètement paniqué. C'était comme si chaque ombre du monde voulait l'engloutir. Comme si chaque morceau de pierre était un millier de poignard, et que dans le noir se cachaient des bêtes affreuses. Pourtant, il le savait bien, que rien de tout ça n'était vrai. Que les pierres n'avaient du poignard que la froideur, et que les ombres n'étaient nées de rien d'autre que du manque de lumière.

Face à lui, il n'y avait que cet homme, ce Père. Qui semblait porter sur son dos des montagnes, et dans le regard duquel brillait un soleil de courage. Staz ne savait rien de lui. Il ne voyait d'ailleurs que son visage aux traits durs, taillés au couteau dans du grès. Son visage ne lui rappelait rien qu'il avait déjà vu. Et dans ce grès, on avait creusé de longs sillons, qui marquaient avec force ce visage, et soulignait l'air sévère de cet Homme. Et puis, ces cheveux noirs, drus, qui entourait sa face de manière sauvage, semblaient pourtant domptés par une magie cruelle, qui faisait voler non loin de sa tête cette autre tête, celle d'un petit bouc à qui on avait volé le corps.
Et même si Staz cédait à la panique, le petit bouc ne bronchait pas. Ses grandes orbites vides continuaient à le fixer paisiblement, sans porter aucun jugement sur son attitude. Tout comme l'homme le faisait, comme si le bouc et l'homme ne faisaient qu'un. Et même la main sur le front du jeune homme ne le fit que sursauter, sans que son regard ne lâcha pour autant celui du bouc. Comme obnubilé, il mit quelques instants à se rendre compte que l'homme voulait lui parler, et après avoir cligné des yeux quelques fois, roulant à nouveau des yeux fous, tremblant comme une feuille, il se figea, et écouta.
- Commence par t'occuper de toi-même, jeune homme, tu as échappé de peu à la mort, il y a quelques instants. Pense à tes amis, s'ils tiennent à toi tout comme tu tiens à eux, ils ne voudront pas que tu prennes tous ces dangers.
Staz sursauta, et cette fois son regard pénétra celui -empli de petites bestioles noires qui gesticulaient incessamment- du Père, qui se tenait fermement, avec une force non simulée, face à lui. C'était comme s'il venait de saisir chacun de ses muscles, et les empêchait désormais de trembler. Oui, il tenait à ces personnes. A Hiss, comme à Aël, Halya, Finn, ou encore Callixte. C'était des gens qu'ils ne connaissaient presque pas. Mais ils étaient différents, milles fois différents, de ce qu'étaient Gràr et Atgas. Ces deux êtres ignobles, malfaisants, dont un était mort, et l'autre méritait bien pire. Rien qu'à l'évocation de ce nom, Staz eut envie de se mettre à hurler, de souder ses paupières, de plaquer ses paumes sur ses oreilles, et de s'isoler de son mieux du monde terrifiant. Mais là, ses yeux étaient comme capturés par ceux de l'homme face à lui. Et ses muscles n'exprimaient nullement l'envie d'obéir aux ordres qu'il leur lançait.

Il venait d'échapper à la mort.
Plusieurs fois, désormais.
Et en si peu de temps.

Ses yeux s'agrandirent, alors qu'un cri muet s'échappa de sa gorge. Il avait faillit mourir. En ce jour. Loin de Hiss. Il était en train ... de basculer ? Ses mains se mirent follement à chercher quelque chose à quoi se raccrocher. Et elles ne trouvèrent que la chaîne, LA chaîne, dont elles serrèrent les anneaux aussi fort que s'il s'agissait de sa propre vie. Mais l'homme ne l'abandonna pas. Au contraire, il lui intima de l'imiter, singeant une respiration calme et apaisée. Staz le fixa d'un air complètement perdu, en essayant tant bien que mal de calmer son souffle. Il voulait se calmer. Il le voulait vraiment. Mais tous ses membres s'étaient remis à trembler follement.
Mais il voulait se dominer, dominer cette peur, la terrasser, même. Et vivre. Survivre. Il fixa son regard dans celui de l'autre, et, à grand renforts de concentration, et au bout de quelques répétitions, parvint enfin à imiter le grand sage dans sa respiration. Il inspira et expira. Mais déjà l'homme s'éloignait. Il inspira et expira. Lentement. Ses mains se calmèrent, posées mollement sur ses genoux. Il inspira et expira. Et les deux hommes sortirent. Pour comploter à sa mise à mort ? Il inspira et expira. Essayant tant bien que mal de ne pas céder à la panique. Il avait confiance en cet homme. Mais pas en ce deuxième individu. Il inspira et expira. Encore une fois. Il ne devait pas succomber. Il ne devait pas se perdre. Il était là, assis dos à la roche froide, et un feu crépitait non loin. Il inspira et expira. Tout se passait pour le mieux. Il était avec un homme de confiance. Il inspira et expira. Enfin, de confiance, ça c'était ce qu'il se disait pour se rassurer. Mais non, non, il ne fallait pas céder.

Fermant les yeux, il patienta le coeur battant, aussi longtemps qu'il le fallut, à tenter de se calmer comme il pouvait. Ses mains s'étaient resserrées autour de la chaîne, et plus le temps passait, plus elles s'y cramponnaient désespérément. La tension dans son corps augmentait graduellement, et elle atteignait son paroxysme au moment où l'homme revint à nouveau. Et il se détendit à nouveau. Inspirant et expirant toujours avec le plus de calme possible. Même si son souffle était tremblait. Ses yeux s'étaient rouverts, et fixaient désormais avec fatigue l'homme face à lui. L'autre n'était pas revenu, peut-être était-il parti chasser. Et puis, le regard soucieux de l'homme le rassurait. Il s'apaisa de lui-même, marmonna un truc étrange, et finit par relâcher son dos contre la paroi. Une barre pesante lui barrait le front, comme si on l'avait cogné contre un mur pendant son coma. Il ramena ses genoux, et ferma à nouveau les yeux pour tenter de réduire la douleur qui lancinait son crâne.
- Vous m'avez ... sauvé la vie.
Il resta là, quelques instants, sans bouger, les yeux clos, et réajusta la couverture qui couvrait son corps nu. Il ne rouvrit pas les yeux, et se blottit un peu plus autour de lui-même.
- Vous avez des peaux ... Et des habits, même ... Vous avez le feu ... Et vous avez une lance ... Et même un couteau ...
Il frissonna, avant d'ouvrir des yeux tristes, qu'il lui adressa en tremblant.
- Et moi, tout ce que j'ai ... C'est ma folie ?
Ses mains serraient ses genoux compulsivement, à intervalle réguliers, alors qu'il s'agitait désormais.
- Je n'ai que cette voix dans ma tête ...
Il avait envie de la fracasser contre un mur, cette tête, pour ne plus jamais entendre cette voix. Pour ne plus jamais subir ces hurlements.
- Comment pourrais-je penser à survivre, alors que j'ai déjà un pied dans la tombe ?
Il pensait encore à cette idée, cette idée de renaître, de retourner dans le lac. Il avait failli mourir ce jour-là. Il avait failli y rester. Sans doute aurait-il du y rester ... Mais il y avait Hiss. Et Hiss à elle seule avait fait pencher la balance ... Mais désormais ... Staz se sentait plus proche de Gràr, du monstre, que de Hiss ... Il était fou. C'était une certitude ...


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Dim 19 Fév 2017 - 19:01

Ka vint s'asseoir auprès de Staz pour l'écouter parler. Il ne réagissait pas vraiment, il se contentait de hocher la tête légèrement, preuve du fait qu'il entendait les propos du jeune homme. Aucune expression, son visage était grave et dur. On aurait pu penser qu'il était en colère, mais cela venait du fait que ses traits prenaient un air sévère lorsqu'il ne souriait pas, si bien qu'un observateur ne pourrait vraiment deviner ce qu'il se passait dans la tête de Ka, en cet instant.

Il laissa le jeune homme conclure sans l'interrompre, le regardant dans les yeux. Un instant passa. On entendait le crépitement du feu, le souffle de l'air froid, et le silence. Puis Ka fixa les flammes, fronça les sourcils, et dit d'une voix calme :

- Je vois que des questionnements troublent tes songes, jeune homme. Ton esprit file, vite, il s'engouffre dans tous les recoins sombres, avant d'y avoir amené la lumière. Il hurle face à la forme gigantesque et griffue, avant de savoir qu'il ne s'agit que d'un arbre sans feuilles.

Il sourit avec simplicité, il n'y avait pas de moquerie dans ce geste, on devinait dans son expression que Ka comprenait Staz.

- Je ne te blâmerai pas pour cela. Tu es intelligent. L'intelligence est un don précieux, comme un lourd fardeau. Parfois elle t'aide à comprendre, parfois elle te noie dans le torrent des hypothèses inquiétantes, venant de ton imagination fertile.

En même temps qu'il prononçait ses mots, ses mains venaient à son propre crâne, et du bout des doigts il tapotait son front, pour montrer la source de l'imagination fertile. Il eut un sourire bref, avant de révéler :

- Moi je ne suis pas très intelligent. Mais il y a des choses que je sais.

Un temps, relativement long, passa, il inspira. Sa voix grave et profonde résonnait dans la grotte, alors qu'il recommençait à parler.

- Je sais qu'un véritable fou ne croit pas l'être, et que c'est pour cette raison que sa folie est inquiétante. Je sais que tous les hommes entendent des voix, et qu'il ne faut pas toujours les croire nocives. Je sais que tes deux pieds sont bien là, sur le sol, et qu'aucun d'entre-eux ne connait de tombe. Je sais que ce que tu as de plus précieux, ce sont les gens que tu aimes, et que mes fourrures, ma lance et mon couteau, ne sont que des objets.

Il sourit légèrement, réfléchit, puis ajouta :

- Certains objets sont emplis d'une valeur sentimentale particulière. Tu dois en savoir quelque chose.

Il fixa très brièvement le collier tout en affirmant cela, avant de remonter ses pupilles dans celles de Staz.

- Mais souvent, cette valeur provient d'une amitié, un lien, une relation entre des hommes. Le confort apporté par les choses matérielles, quant à lui, n'est pas profondément nécessaire. Il adoucit la vie, il polit les bords, il t'aide à sourire plus longtemps, c'est agréable. Et... Faire des provisions, améliorer son habitat, même les plus petits rongeurs savent le faire, il faut simplement du temps. Moi, j'ai eu le temps de le faire. Laisse toi le temps, et tu auras bien plus d'outils que je n'en dispose. Tu auras une belle bâtisse, un chez toi, confortable. Et tu verras alors que ce sont tes amis qui font ta richesse, et non les objets qui t'entourent.

Ka avait le regard lointain.

- Ne fais pas l'erreur de te croire moins riche que moi.

Il porta ses yeux sur Staz quelques instants, le regard doux, un sourire simple sur les lèvres. Il inspira, et expira, lentement. Une hésitation passa sur son visage, presque imperceptible. Puis il choisit de se retourner, se décala légèrement pour voir Salim, et le jugea des yeux. Après un petit moment de silence, il appela d'une voix forte:

- Salim, tu devrais venir te réchauffer près du feu. Ça ira maintenant, je te remercie.

Il précisa alors pour Staz :

- Salim est un jeune homme très gentil et très intelligent, comme toi. N'aies pas peur de lui.

Ka gardait son regard assez lointain, il semblait ressasser des souvenirs. Son œil était amusé. Et alors que Salim s'approchait, la langue du vieil homme se délia de nouveau, comme s'il était heureux de pouvoir échanger avec des êtres humains, comme s'il ne l'avait pas fait depuis très longtemps.

- Nous parlions des amis. Je me souviens, lorsque, comme vous, je me suis éveillé, je n'étais pas très optimiste. Il pleuvait, à torrent, je nageais dans la boue tous les jours, presque nu. Cela a duré une éternité, du moins c'est ce qu'il me semblait en ce temps ci, j'étais plutôt en colère vous savez ! Mais j'étais surtout stupide, il est certain que les nuages n'en avaient rien à faire de mon avis, je n'avais pas à leur donner. dit-il en souriant.

Il leva les yeux vers le plafond de la grotte, réfléchit, puis poursuivit :

- J'étais tellement débordé par toute cette eau, que je n'arrivais même pas à faire du feu. Rien ne fonctionnait, surtout que j'avais décidé d'avoir l'intelligence d'être impatient. Je frappais des pierres, n'importe lesquelles, les unes contre les autres, j'essayais même avec des bouts de bois mouillés, pourris. Oui, je frappais les bouts de bois entre eux en espérant voir jaillir une flamme par miracle, je vous avais prévenu que je n'étais pas une lumière.

Le regard de Ka vint dans celui de Salim.

- J'essayais de me réfugier sous la terre, dans des trous, pour me protéger de cette pluie. A la fin je ne ressemblais même plus à un homme, j'étais une véritable bute, couvert de boue, de terre, de saletés en tout genre de la tête au pied. Il aurait suffit de rajouter de l'herbe par endroit, pour me perdre de vue dès que je m'allongeais. Disons que j'avais mon esthétique propre.

Il sourit.

- Et alors qu'un jour je rampais, comme à mon habitude, entre les racines, pour chercher des vers de terre à manger, un colosse est arrivé derrière moi. Bon, je ressemblais certes à une colline, mais lui c'était la montagne. Il avait une sale tête, les yeux perçants, aucun cheveux sur le crâne, des rides sur tout le tour du visage comme s'il avait essayé de passer sa tête dans un petit terrier de renard, une corpulence relativement imposante, et des dents qui avaient une forme de libre arbitre dans leur sens de poussée, tout comme de l'endroit.

La voix de Ka devenait, peu à peu, un peu plus forte, il prenait du plaisir à conter cette histoire.

- Alors il m'a jugé, avec son expression faciale favorite, celle de l'étonnement mêlé au dégout profond. Les lèvres retroussées, le nez retroussé, les sourcils froncés, toutes les rides du visage visibles et poussées à leur limite. Un peu comme ça.

Il mima, puis sourit.

- Mais je le fais mal. Et ajouté à cela, alors que je me retournais vers lui, pour le voir me regarder de cette façon, il a lancé de sa voix tranchante : "Tu fous quoi ? Tu bouffes la terre ? T'es con ou quoi ? C'est pas bon la terre."

Il avait pris une voix encore plus grave et plus forte que la sienne pour imiter cet individu. Alors il conclut son histoire :

- Et c'est comme ça que j'ai rencontré un de mes meilleurs amis. Comme quoi. Ça n'est pas toujours glorieux. Il connaissait énormément de choses, beaucoup plus que moi, il m'a plus ou moins sauvé la vie, lui aussi. Il m'a appris de nombreuses connaissances, dont celle du feu. Il était un homme relativement... Peu doux, mais un bon professeur. Il avait sa propre vision de l'enseignement, disons.

Ka se tourna alors vers Staz, lui sourit, le regarda dans les yeux, avant d'affirmer :

- Si je raconte cette histoire, c'est justement parce que... Le soir où nous étions ensemble pour la première fois, lui et moi, j'avais eu un peu le même comportement que toi. Je lui avait dit que je pensais être incapable de quoi que ce soit, être faible, et avoir un pied dans la tombe, moi aussi, et tu vois... Lui a eu une réaction toute autre que la mienne.

Il fit des gestes tout en expliquant :

- Il s'est levé, il s'est approché, et il m'a balancé une baffe colossale dans le visage. La totalité de sa force, de son humeur, et de sa main, combinée dans ma tête. Je peux te dire que ça m'a remis les idées en place. Je n'ai pas bronché après ça. Comme quoi c'était efficace. Mais, par tempérament, je n'ai pas les mêmes méthodes pédagogiques que lui.

Il pivota le visage pour fixer Salim, puis il demanda :

- Toi aussi, jeune Salim, tu as des amis, n'est-ce pas ? Tu veux bien nous parler d'eux ? Comment les as-tu rencontré, qu'est-ce qu'ils t'ont apporté, et à quel point te sens-tu riche grâce à eux ?
Salim
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Jour d'éveil : Jour 6
Race : Cime
Métier : Pécheur (2)
Groupe : Le Clan des Oubliés
Fiche de présentation : Fiche
Journal : Journal
Lun 27 Fév 2017 - 15:39

Je n'entendais que la rumeur des voix venant de la grotte, j'étais incapable d'en discerner les mots, et le hululement du vent affolait mon imagination. Un peu de temps passa avant que la voix de Ka ne parvienne à mes oreilles. Je me levais lentement et les rejoignis dans la grotte. La chaleur du feu caressa ma peau tandis que je m'installais entre l'inconnu et le sage.

Ka nous raconta alors son éveil, et l'homme qu'il avait rencontré. Je me représentais mentalement la scène, c'était un bon conteur et je souris en voyant la mimique qu'il imitait. Il semblait plus bavard, content d'être avec nous. Moins mystérieux aussi mais cela ne me déplaisait pas.
Tandis qu'il parlait, une question fit son chemin dans mon esprit. Qu'était-il arrivé à cet homme, dont Ka parlait ? Le sage me paraissait si seul et isolé aujourd'hui que toutes les réponses que j'imaginais étaient sombres. J'avais peur que la moindre mention de mort ne fasse paniquer le jeune homme et je n'osais donc pas le mentionner. Je préférais profiter de la bonne humeur de mon camarade. Car lorsqu'il parlait ainsi, c'est bien ce qu'il semblait être. Un simple perdu, comme nous, qui avait juste parcouru un peu plus longtemps son chemin.

Son interpellation me tira de mes réflexions pessimistes. Je jetais un œil au jeune homme et un léger sourire se dessina sur mon visage.

- Je ne saurai pas vraiment par où commencer… La première personne que j'ai rencontré m'a sauvé la vie. Elle s'appelle Merga, c'est une femme forte et un peu sévère. Elle fronce tout le temps les sourcils mais je ne crois pas qu'elle soit réellement énervée.
Ensemble, nous avons rencontré un groupe qui s'est installé près du Lac, pas très loin d'ici. Il y a Varl, avec qui j'ai pêché un énorme poisson.


Je m'arrêtais pour rire à ce souvenir et je montrais la taille du poisson en écartant mes bras.

- Il a failli m'emporter sous l'eau mais Varl l'a eu et nous avons tous bien mangé.

C'était un bon souvenir. Le feu et les visages de mes compagnons me laissaient songer qu'un jour, cette soirée serait sans doute un souvenir agréable de plus.

- Le chef du groupe, c'est Dreth, ils sont nombreux, mais je n'ai pas eu l'occasion de discuter avec tout le monde. Je suis reparti seul le lendemain de mon arrivée.

Je cessais mon récit à cet instant. Je n'avais pas vraiment besoin de préciser que j'étais heureux de repenser à eux, cela devait se voir dans mes yeux. Je me sentit cependant obligé de m'expliquer concernant mon départ.

- Je voulais faire le Tour du Lac, pour découvrir le monde. J'aimerai beaucoup passer les revoir. Mais je dois d'abord finir ce que j'ai commencé.

Je jetais un œil à Ka, comme pour demander son approbation, avant de continuer.

- Et puis il y a Shabh, Kahraman et Ard. Ils m'ont accueilli peu de temps après. Ils sont très soudés et je crois que Shabh ne m'aimait pas trop à mon arrivée. Mais je le comprends, il avait peur que je brise ce qu'ils avaient créé… C'est bizarre mais, avec eux, je me sentais chez moi !
Ard a compris que je voulais chercher des réponses…
Un jour…


Je déglutis. Je ne voulais pas parler de ça. Pas maintenant. La vision de la femme revint. Je la chassais comme je pouvais. C'est d'une voix plus grave et plus terne que je repris.

- Nous avons vu des choses qui m'ont poussé à nouveau sur le chemin du Lac. Je n'ai croisé personne de tous ceux-là depuis, mais j'ai l'impression qu'ils vont bien.

C'était vrai, j'étais intimement persuadé que tout allait bien pour tous ceux que j'avais cité. Sinon comment pourrais-je me sentir moi-même heureux en cet instant ?

Je n'avais rien entendu de la discussion entre Ka et l'inconnu, mais à son visage, j'avais deviné sa peur et sa détresse. La femme apparut à nouveau dans mes pensées.
Qu'avait-il vu ? Quel monstre avait-il rencontré ?
J'espérais que mon discours, comme celui de Ka lui permettrait de se remettre d'aplomb...


H-RP:
 
Staz
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Jour d'éveil : Jour 16
Race : Echoué
Métier : Aucun
Groupe : Errant
Fiche de présentation : Clic
Journal : Clic
Lun 27 Fév 2017 - 19:19


Il était fou. Fou. Purement et simplement. Le regard de Staz s'était terni. uelque chose avait changé. Semblait s'être brisé. Il était là, mais ses yeux se perdirent dans le vide. Il fixait l'homme sans le voir, et ses mains tremblaient toujours, désespérément accrochées à la chaîne. Les maillons de fer froid crissèrent un instant, et il frémit. Mais l'autre homme ne partait pas. Ne le lâchait pas du regard. Il sentait parfaitement son air dur, et il finit par baisser les yeux sur ses propres mains. Mais le Père reprit. Sans lui laisser une seconde de répit, sans même faire attention à ses deux grands yeux affolés qui rencontraient les siens. Deux grands yeux affolés, certes, mais aussi ébahis. Ebahis par cet homme, qui se dressait là telle une montagne, refusant de se faire emporter par les eaux noires du monde. Et l'homme lui montra ce qu'il avait besoin de voir. La force, le courage, la puissance. Tout ça, à travers des mots. Il lui parla d'esprit, de savoir. Il lui parla d'amis, de richesse. Il lui parla de ce qu'il pourrait être, plus tard. Plus tard. Une notion bien abstraite, quand on risque sa vie chaque jour un peu plus. Quand on se dit qu'en deux jours, on a faillit cesser de respirer un nombre incalculable de fois. Quand on pense que le monde ferait n'importe quoi pour qu'on arrête de souiller son sol ...
Mais non. Le Plus Tard existait. Bel et bien. Cet homme -que dis-je, ce Dieu-, vivait là depuis longtemps. Plus qu'une dizaine de nuits. Plus qu'une vingtaine de nuits. Peut-être même plus qu'une trentaine de nuits. Et ça, aux yeux du jeune Staz, qui n'avait derrière lui que des heures laborieuses, c'était comme imaginer l'immortalité. Comme se promettre l'impossible. Comme concevoir de vivre.

Le Père appela l'autre homme. Salim, c'était son nom. Salim. Le Père disait que c'était un homme bien. Alors c'était un homme bien, point. Staz ne chercha pas plus loin, et accorda immédiatement sa confiance à ce Salim, sortit de nul part. Il n'avait pas été bien loin, et peut-être avait-il été assigné à la garde de la grotte. Alors pourquoi rentrait-il ? Les monstres avaient-ils disparus ? Définitivement ? Ca, Staz en doutait fortement, et un instant, il s'agita, malgré le sourire paisible des deux hommes. Il y avait toujours ces choses dehors, ces choses qui ne désiraient que de la viande fraîche. Et Gràr faisait parti de ces monstres. Le jeune homme frémit. Il secoua la tête, et écouta avec attention la voix rauque du Père, les yeux ronds de surprise. L'homme était né, l'homme avait vécu. Et désormais, il avait des peaux, désormais, il avait du feu, désormais, il avait des lances, des couteaux, des vêtements, et sans doute même une bonne cabane. Et il partagerait tout ça avec Hiss, Aël, Halya, et peut-être même aussi avec Callixte et Finn. Et l'homme avait eu des amis aussi. L'ami était-il ... Staz frémit à nouveau, en pensant à ceux qu'il avait laissé derrière lui. Il se mordit la langue, et se reconcentra sur le récit.

Le Père donna la parole à Salim, et pendant que celui-ci prenait la parole, expliquant ses aventures, Staz le détailla un peu du regard, la gorge étonnamment sèche. Il était grand, bien plus grand que lui. Assis comme il l'était, il semblait un peu rachitique, mais c'était sans doute dû aux ombres du feu qui soulignaient les traits anguleux de son visage. Il semblait presque joyeux, avec ce petit sourire, et cet éclat dans les yeux. Et Staz ne pouvait s'empêcher de baisser un peu le regard quand celui, amusé, du jeune homme croisait le sien. Il avait juste l'air ... Gentil ?
Salim raconta lui aussi ses première rencontres. Ils semblaient tous avoir de bons souvenirs avec leurs compagnons. Des souvenirs qui ne parlaient pas de morts, de monstres, de cannibales, de fin. C'était possible, ça ? Est-ce qu'il en avait, des jolis souvenirs pareils ? Staz essaya de suivre l'histoire du jeune homme, avec la nette impression que tout ça lui permettait de mieux le connaître, et hochait la tête avec un petit sourire distrait quand l'autre riait de bon coeur. A un moment, il eut l'air troublé, et le sourire de Staz disparut. Comme quoi, le monde n'était pas fait que de bonheur et d'eau pure ...

Mais bientôt, un silence s'installa, et Staz sut que c'était à lui de parler.
- Vous avez l'air ... De vivre depuis longtemps.
Il secoua la tête, et croisa le regard du Père, avant de baisser les yeux à nouveau.
- Je n'ai ouvert les yeux que depuis deux nuits, je crois. Ou trois, je ne sais plus.
Il haussa les épaules, l'air blessé. Et, après avoir inspiré profondément, il se creusa la cervelle pour trouver quelque chose à dire. Quelque chose à raconter.
- J'ai d'abord rencontré Hiss. J'étais perdu. Affamé. Je venais de tuer un loup, je sais pas trop comment.
Il haussa les épaules à nouveau, et secoua la tête.
- Et puis, j'avais bu son sang, aussi. J'avais tellement soif ... Et faim ... Et j'étais épuisé. Et elle m'a vu, tout couvert de sang. Elle était toute seule. Et elle m'a aidé à le découper. On était dans la prairie, la plaine.
Son regard se perdit à nouveau dans le vide, la mine complètement défaite, absorbé par ses propres souvenirs.
- Vous l'auriez vu ... Je savais même pas si elle était humaine ...
Un ricanement rauque s'échappa de sa gorge, et il reprit.
- C'était le premier être qui ne voulait pas me tuer. On aurait dit ... que le soleil l'avait envoyé. C'était comme si ses yeux étaient constamment baignés de lumière ... Pourtant, ses deux grands yeux sont tout noir. Mais pas le même noir que les bestioles, non, non, jamais. Ils sont ... Brillants ... Et doux ... Et ...
Il cligna des yeux, avant de se rendre compte qu'on l'observait, et se redressa un peu en rougissant.
- Elle était gentille. Et elle avait même offert ses cheveux aux fourmis.
Un petit sourire s'esquissa sur ses lèvres, qui disparut bien vite.
- Et puis, il y a Aël et Halya. Elles sont inséparables. Aël fait toujours la tête, et a toujours l'air trop sérieuse. Je l'ai vu sourire qu'une fois. Et Halya, elle, c'est un vrai nounours. Elle nous sourit sans arrêt, elle veut prendre soin de tout le monde, et je crois qu'elle sait très bien s'y prendre.
Il secoua encore la tête, comme pour chasser une idée effrayante.
- Elles nous ont ... Sauvé la vie. A tous les deux. Sans elles, je serais mort le jour de mon éveil. C'est comme si ... Comme si le Soleil les avaient posé devant nous, pour nous protéger. Pour faire fuir ces monstres abjectes.
Il frémit, et se mordit la lèvre. C'est comme si tout ce qui s'était passé était le fruit d'un combat atroce. Il y avait les moments de bonheur, et les moments d'horreurs. Il y avait le Soleil, et la Lune.
- On était bien, tous les quatre.
Et cette fois, il ne put dire un mot, et sa gorge s'étrangla. Il leva deux grands yeux effrayés vers ceux du Père, pour en chercher un quelconque réconfort. Il ne vivait que depuis deux nuits. Mais le noir était difficile à vaincre.
- Mais y'a eut Finn. Qui est arrivé ... Avec un homme. Qui voulait ... Qui voulait le ... Enfin ... Enfin vous voyez quoi. On l'a tué. Parce qu'il voulait manger Finn, vous voyez ... Et même si on connaissait pas Finn, il était juste nu et fragile ... Enfin, on l'a même pas tué, c'est un monstre qui l'a fait ... Mais ...
Il se mordit la lèvre, et un petit filet de sang coula le long de son menton. Il eut besoin de quelques instants pour se reprendre, puis continua.
- L'homme n'était pas seul. Il avait deux compagnons. Qui voulaient ... Nous m... m... Enfin ... Vous comprenez bien ! ... Ils voulaient nous faire du mal ... Et il y avait l'un d'entre eux ... Gràr ... Je sais pas ... Je sais pas ce qu'il m'a fait ... Je ... Je voulais pas, moi ... Il m'a montré des choses ... Il m'a dit des choses ... Et il a décidé qu'on serait ses esclaves ... Et il y a eut Callixte ... Il m'a demandé de tuer Callixte ... Je le connaissais même pas ... Il m'a demandé de tuer Callixte, ou alors il ... il s'occupait de Hiss ... Ou alors, il mangeait Hiss ... Devant mes yeux ... Et il avait tellement de force ... Ils avaient des lances ... On était faibles ... Moi j'avais la cheville ... Et Hiss, sa hanche ... Et Aël ... Et Halya ... Et Finn ... Je devais tuer Callixte, ou on mourrait tous ...
Staz tremblait franchement, désormais. Complètement pénétré par l'horreur de la scène, il ne parvenait plus à s'en défaire, et ses yeux écarquillés fixaient le vide avec terreur.
- Hiss ... Hiss l'a mis K.O. ... Je sais pas comment ... J'allais tuer Callixte ... Et Gràr court toujours ... Et Atgas est mort ... Et Gràr va venir ... Va me tuer ... Va tuer Hiss ... Je ne veux pas ... Je ne veux pas qu'il lui fasse du mal ... Je vous en supplie ... Ne le laissez pas faire de mal à Hiss ...
Cette fois, des larmes coulaient le long de ses joues, même si aucun sanglot ne venait troubler sa voix. Il tremblait, comme un fou à lier. Mais il était toujours là, avec ses grands yeux, à chercher dans l'un ou l'autre des regards quelque chose qui pourrait le sauver. Qui pourrait les sauver tous.


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Mar 28 Fév 2017 - 23:09

Il suffit d'un détail, d'une brise, un silence, pour faire balancer le cours d'une discussion simple. Il suffit d'un rien, pour que le sort s'acharne une nouvelle fois, pour que les jours heureux basculent, et que les hommes hurlent. Les cartes seront tirées, elles décideront du détail, du rien, parfois imperceptible, parfois indélébile, qui décidera du cours de cette conversation.

1 : Joker rouge.
2 - 3 : Deux de carreau.
4 - 5 : Cinq de pique.
6 - 9 : Valet de trèfle.
10 - 14 : Valet de carreau.
15 - 18 : Valet de cœur.
19 - 20 : Valet de pique.

***

Le cinq de pique est tiré et le doute s'installe.

Ka avait écouté les deux monologues d'un air distant, un sourire paisible sur le visage. Au discours de Salim, il avait ri en entendant le jeune homme évoquer l'histoire du silure. Le reste de ses aventures semblait l'enchanter tout autant, bien qu'un observateur extérieur aurait pu le juger peu impliqué dans cette conversation, Ka semblait heureux. Parfois, ses sourcils se fronçaient légèrement, comme s'il était contrarié, ou plutôt interpellé, voire même étonné, par quelque chose. Lorsque Salim finit son discours, Ka hocha la tête tout en le regardant.

Puis ce fut au tour de Staz de parler. Alors le vieil homme sourit un peu moins, il restait néanmoins véritablement stoïque, peu expressif, comme à son habitude. Mais petit à petit le sourire qu'il affichait sur son visage retomba, pour lui donner de nouveau son allure de roche, ancienne, impénétrable et froide.

Il portait ses yeux sur le jeune homme, ses oreilles devaient l'entendre. Mais rien n'évoquait réellement ce qu'il pensait au fond de lui. Lorsque Staz, pleurant, finissait son discours, Ka posait une main sur son épaule, tout en soupirant.

- De lourdes peines t'accablent, alors que tu n'es qu'un bourgeon. Je comprends tes larmes, mon garçon. La brume hante tes pensées, elle les incite à l'ombre. Tu es perdu, et tes seuls repères sont les amis que tu crains de perdre.

Il hocha la tête, tout en réfléchissant quelques instants. Son regard porta sur le sol de roche, puis sur Staz, avant de venir vers Salim. Un sourire monta un instant sur sur ses lèvres alors qu'il regardait le jeune cime dans les yeux.

- Cet homme, que tu redoutes, ne devrait pas t'effrayer. Il est seul, à présent, et vous êtes nombreux. Hiss fut capable de le terrasser, tu l'as dit toi-même, ainsi tu as la preuve qu'il n'est pas invincible. N'importe qui d'entre vous peut le battre, parce que vous êtes tout aussi hommes qu'il l'est. Et puis...

Il marqua une pause, tout en fronçant les sourcils. Aucune hésitation ne se lisait sur son visage, il cherchait simplement comment formuler une phrase.

- Les chiens enragés sont animés d'un mal, qui les détruit. Il est un danger pour lui-même, avant d'en être un pour toi. Vois le comme une âme en détresse, et peut-être arriveras-tu à comprendre sa condition. Je ne te demande pas d'avoir de la pitié pour lui, ni de le pardonner, mais de ne pas être terrorisé par un petit rat. Il n'a jamais réussi à vous faire le mal qu'il voulait vous infliger, retiens cela, car c'est l'essentiel à savoir. Vous êtes plus forts que lui.

Ka regarda Staz avec intensité, puis il sourit légèrement, d'un sourire sincère. Alors il se rapprocha de Salim, vint auprès de lui, et le regarda dans les yeux. Il fit un clin d'oeil, baissa la tête, et murmura à son oreille :

- Désolé jeune Salim. J'ai fait une erreur. Peux-tu retourner à l'extérieur et reprendre l'activité que je t'avais suggérée tout à l'heure ? Cela serait aimable à toi. Pardonne mon manque de certitudes.

Il s'écarta ensuite, légèrement, et alors que Salim s'apprêtait sans doute à faire ce que Ka lui demandait, ce dernier le retint par le bras, comme s'il avait eu une nouvelle chose à dire.

Il réfléchit. Chercha dans sa tête. Puis s'approcha pour murmurer :

- Cette situation n'est pas idéale, pour toi. Si tu le veux, tu peux t'en aller. Ça sera un peu moins pénible, pour toi. Ne reste que si tu veux absolument aider notre ami. Toi, tu vas bien.

Ka hocha la tête avec un air sérieux, tout en fixant le jeune homme dans les yeux. Quelque chose avait l'air de nécessiter compréhension, du moins c'est ce que le regard de Ka paraissait demander : "On s'est bien compris ?".

Alors le vieil homme se retourna vers Staz, puis se rapprocha de nouveau de lui.

- Pardonne-moi, je me suis souvenu d'une tâche que nous avions à accomplir. Nous pouvons reprendre notre conversation, si cela te va.

Alors, si Salim sortait à l'extérieur de la grotte, il verrait que les trois guetteurs qu'il avait laissé de côté quelques instants auparavant étaient à présent cinq. Mais ils restaient à la même distance. Peut-être n'allaient-ils pas bouger ?
Le sort en décidera.
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Mar 28 Fév 2017 - 23:09

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Mer 1 Mar 2017 - 0:21

Lancer de dé : le comportement des guetteurs


1 - 4 : Après un instant, les guetteurs s'enfuient dans toutes les directions, de manière désordonnée.
5 - 6 : Petit à petit, on peut voir un sixième, un septième guetteur, et finalement c'est une quinzaine de guetteurs qui regardent Salim, s'avançant lentement.
7 - 8 : Petit à petit, on peut voir un sixième, un septième guetteur, et finalement c'est une dizaines de guetteurs qui regardent Salim, en s'approchant légèrement.
9 - 11 : Deux autres guetteurs rejoignent le groupe de cinq, et ils semblent avancer, avec hésitation.
12 - 13 : Un autre guetteurs rejoint le groupe de cinq, mais ils ne s'approchent pas.
14 - 17 : Le groupe de cinq ne grandit pas, mais il s'approche petit à petit, très lentement.
18 - 20 : Le groupe de cinq ne grandit pas et ne s'approche pas.
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Mer 1 Mar 2017 - 0:21

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Salim
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Jour d'éveil : Jour 6
Race : Cime
Métier : Pécheur (2)
Groupe : Le Clan des Oubliés
Fiche de présentation : Fiche
Journal : Journal
Mar 21 Mar 2017 - 12:58

J'écoutais Staz puis Ka avec attention. Depuis quelques instants, une  tension s'était installée dans la pièce, si insinueuse que je songeai tout d'abord que ce n'était qu'une légère vague de froid. Mais La sourcils du sage se fronçaient tandis qu'il répondait au jeune homme paniqué. Ces mots étaient calmes, mais Staz était si accablé que j'ignorais si cela suffirait.

Je sursautais au mot rat. Pourquoi ce mot précisément ? C'était celui qu'avait employé la créature monstrueuse. Pas le rat. Ne mangeait-il pas les rats ? La femme n'était donc pas atteinte du mal que décrivait Ka... Cela m'attrista d'autant plus.
Non, je n'avais pas peur, comme Staz. Je me trouvais idiot, je ne méprisais pas la peur, je la comprenais, et dans son cas, je la trouvais noble. Mais lorsque Ka parlait, je ne parvenais pas à avoir peur, je p'érouvais qu'une profonde tristesse, une mélancolie inexplicable pour ce "rat" et tout le mal qu'il engendrait dans sa furie.

Le vieil homme avait terminé son discours, et il se tourna vers moi. Malgré son sourire, le pic de tension revint frétiller sur ma nuque. J'acquiesçais et après un dernier regard à Staz, je me levais en direction de la sortie de la grotte. Ka ajouta alors une phrase dans un murmure, et tout la gêne et l'inquiétude que j'avais pu ressentir éclatèrent brusquement dans ma tête. Je respirai un peu plus fort,  et je me contentai pour toute réponse d'acquiescer doucement.
Moi j'allais bien, alors je n'avais que cela à faire de rester. Cela me semblait si naturel que je ne posais même pas plus sérieusement la question.
J'aurai peut-être du car je frémis en apercevant les cinq guetteurs. Je m'assis en tailleur sur le sol froid de pierre.
Peut-être avais-je eu tort ? Peut-être étions nous tous des rats, des rats perdus ? Certains mordaient plus que d'autres.Non, moi je n'étais pas un rat, moi j'allais bien. J'étais hmm. Un renard, rapide, et ébouriffé. Mes pensées étaient bizarrement détachées de la situation actuelle.
Je regardais devant moi, je les guettais, je les toisais même, ces choses noires sans nom. Moi j'avais un nom.
Je fermais les paupières, je songeais à Ka, fallait-il que je l'appelle ? Non, il savait très bien ce qu'il se tramait à l'extérieur. Comment pouvait-il le savoir d'ailleurs ? La détresse de Staz les avait peut-être attirés. Comme des charognards, ils tournaient autour de nous, ils allaient nous peindre en noir, et nous ne serions plus que des masques blancs. Ou alors allaient-ils nous dévorer, corps et âme ?

Je rouvris les yeux. Les choses noires se trouvaient toujours face à moi, mais elles avaient bougé. Elles avançaient lentement vers nous.

H-RP:
 
Staz
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Jour d'éveil : Jour 16
Race : Echoué
Métier : Aucun
Groupe : Errant
Fiche de présentation : Clic
Journal : Clic
Jeu 6 Avr 2017 - 9:21


La gorge serrée, Staz sentait les larmes ruisseler le long de ses joues. Ses yeux étaient désormais brûlants et secs d'avoir tant pleuré, et ses muscles crispés l'empêchaient de se calmer. Ses ongles agressaient méchamment ses genoux, et il tremblait comme la dernière feuille d'un arbre.

Mais les mots du Père tombèrent à nouveau. Calmes et lourds. Pesants. C'était comme entendre la parole d'un arbre. Un arbre qui s'adresse à un homme. Donc Staz était bel et bien un homme. Il cligna des yeux, effaçant rageusement les sillons qui s'étaient tracés sur ses joues. Rien qu'à entendre cette voix sourde et caverneuse, c'était comme si la menace de Gràr était devenue risible, ridicule, comme le petit cri d'un rat qui s'échappe d'entre les pattes d'un fauve.
Staz cligna des yeux, chassa une mèche de ses cheveux filasses qui traînait dans le sillon de ses larmes, et se frotta les yeux péniblement.

Et, en un instant, l'image du Gràr terrible, insatisfait, écrasant de tout son poids son maigre corps de lâche, fut remplacé par celle, rayonnante, le visage victorieux, et aussi empli d'une colère et d'une force incomparable, de Hiss. Hiss. Hiss. Ses larmes s'étaient calmées. Hiss. Hiss. Hiss.

Gràr l'avait affaibli. Hiss l'avait sauvé.
Ces deux individus étaient, aux yeux de Staz, deux extrêmes inverses. Comme la nuit et le jour. Comme la peur et la joie. Mais des deux, c'était Hiss qui était sortie vainqueur. Hiss qui avait triomphé. A grand coup de pierre dans sa tronche, à la Nuit. C'était une technique comme une autre, et puis, elle l'avait protégé d'une autre manière, aussi. Elle l'avait empêché de devenir un meurtrier. Et dire qu'il avait toujours pensé la protéger. Alors que c'était elle, elle seule, qui l'avait maintenu en vie, à toutes ces reprises. Quelle chance il avait de l'avoir. Quelle infinie chance le Sort lui avait-il offert.

Et puis, le Père avait raison. Cet être ignoble, aussi putride qu'il était, était seul, infiniment seul, face à ce monde. Par quelle magie pouvait-il survivre à tout ça ? Au froid, à la faim, et aux ignobles bestiaux noirs qui foulaient la terre. Eux, ils étaient plusieurs. Eux, ils étaient faibles, oui, mais plusieurs. Et ensemble, ils deviendraient forts.

Le regard de Staz se fit plus calme, son souffle s'apaisa et il planta ses yeux dans ceux, taillés dans la pierre, du Père. Et le petit sourire qu'il lui accorda su lui réchauffer le coeur. Mais rien qu'un instant. Car à nouveau, son visage se tordit étrangement, et il lâcha ses genoux pour frotter le bas de ses jambes douloureuses. Les deux hommes s'étaient significativement éloignés de lui, pour prendre part à une discussion à laquelle il n'avait visiblement aucun droit d'accès. Se mordant la lèvre, il se tint silencieux, tentant de capter un mot de ces murmures, mais ne parvint qu'à lire la mine étrange de ce Salim.
Mais déjà, les deux hommes s'éloignaient l'un de l'autre, et ce Salim aux traits tendus sortait à nouveau. Une inquiétude passa sur le visage de Staz. Que se passait-il au dehors, au juste ? Ils se préparaient à quoi, tous les deux ? Attendaient-ils quelqu'un ? Surveillaient-ils les alentours ? Si ca se trouve, ils refermaient juste leur piège sur lui, petit Staz, en attendant qu'il s'endorme pour faire déguster sa chair à leur groupe sanguinaire ...

Secouant la tête, il balaya cette idée de son esprit, se persuadant lui-même qu'il pouvait faire confiance au Père. Quelque chose dans son attitude, quelque force dans son regard. Staz espérait simplement que cet homme n'avait jamais passé le cap du chien enragé ...

Et le Père revint vers lui, s'approcha encore, et sembla prêt à reprendre la discussion. Mais Staz avait désormais le regard fixé sur l'entrée de la grotte, la mine plus qu'angoissée.
- Que se passe-t-il ? Pourquoi ? Pourquoi sort-il ?
Le regard de Staz passa un instant rapidement de l'entrée de la grotte à la mine sérieuse du Père, et il haussa les sourcils, tentant de se ressaisir.
- Je ... Je ne peux pas rester ... Je dois chercher Hiss. Peut-être ... Peut-être qu'elle était juste partie chasser ... Peut-être qu'elle était simplement avec Aël ...
Le regard perdu un instant, il fouilla ses souvenirs à la recherche de l'image d'Aël au fond de cette grotte.
- Oui, voilà, c'est sûrement ça !
Un petit sourire apparu sur ses lèvres, qui fut bientôt dominé à nouveau par une expression étrange d'inquiétude et de peur. Son regard fixait toujours l'entrée de la grotte, et finalement, après quelques secondes d'hésitation, la curiosité et l'anxiété triomphantes, il se releva à tâtons, grimaçant. Tout son corps, meurtri par le froid, semblait vouloir le ramener sur le sol dur, trop dur, de la caverne. Mais, tremblant de tous ses membres, et s'appuyant contre le mur, le jeune homme parvint à se redresser suffisamment pour se considérer debout. Le dos courbé, le corps à moitié avachi contre la paroi, il lança un regard au Père, et se mordit la lèvre. Il n'était probablement pas censé faire ça. Il ne devait probablement pas aller voir ce qu'il y avait dehors. Mais, au fond, qu'est-ce que ça changeait ? Se glissant contre le mur, il contourna le Père, et s'avança vers l'entrée de la caverne, les yeux rivés sur le mince filet de lumière qui s'échappait du dehors. Son genou et la cheville lui faisaient terriblement mal, mais sa curiosité le poussait à faire un pas après l'autre.

Toutefois, à mi-distance, il fut saisit d'une grande hésitation. La peur retourna ses tripes, à l'idée de ce qu'il verrait au dehors -une bande de monstres, un groupe de cannibales, une montagne qui marche, une bête qui marche à l'envers, un ours de compagnie ..?- et son regard se tourna à nouveau vers le Père. Se campant sur ses pieds, ses yeux prirent une lueur déterminée, alors qu'il demandait une nouvelle fois, d'un ton mal assuré mais trahissant une détermination forte :
- Que se passe-t-il dehors ?




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Lun 10 Avr 2017 - 13:46

A une question, une réponse sera donnée. Cette fois, l'incertitude sera balayée, par la vision claire du destin qui les attend. La mort fait partie de ce jeu de cartes.

1 - 3 : Roi de trèfle.
4 - 9 : Trois de trèfle.
10 - 18 : Deux de pique.
19 - 20 : Dame de cœur.

***

Le deux de pique gronde.

Ka regardait Staz se lever et s'approcher de la sortie. Son visage inexpressif. Il ne répondit pas à la question que lui posait le jeune homme, pas comme s'il ne voulait pas y répondre, mais comme s'il écoutait autre chose. Et il baissa bientôt le regard. Son souffle était lent, il paraissait perdu dans ses pensées.

Au bout d'un moment, qui put paraître long, à Staz tout comme à Salim - il sera dit pourquoi Salim aura pu trouver le temps long un peu plus loin - il finit par se lever, souriant, en s'approchant de Staz d'un pas calme. Il mit une main sur les yeux du jeune homme, lui masquant complètement la vue, sans s'expliquer, puis il lui dit :

- Marchons un peu dehors, cela te fera du bien. Fais moi confiance je te guiderai.

Et sans lui laisser le choix il garda sa grande paume plaquée sur ses paupières, et l'entraîna avec lui pour avancer. Lorsqu'il y avait un obstacle à ses pieds, Ka prévenait Staz avec douceur, tout en le forçant à continuer de marcher. Il l’entraînait avec lui à l'extérieur de la grotte, et, bientôt, on put sentir le souffle glacial du vent, l'air froid entrer dans les narines, jusqu'aux entrailles.

- Viens, Salim, marchons.

Dit simplement Ka en direction du jeune homme, tout en se mettant à partir vers la gauche, s'éloignant petit à petit de la grotte.

Salim, de son côté, avait vu les guetteurs s'approcher, sur la droite, de plus en plus près. A tel point qu'ils n'étaient plus qu'à une quarantaine de pas de la grotte. Leur nombre était passé de cinq à sept, en quelques instants, et il avait pu comprendre que la situation devenait dangereuse.

Suivre Ka, dans cette situation, cela voulait dire faire dos aux guetteurs, et marcher droit. Son pas était assuré, il n'y avait aucune précipitation, rien que de la volonté dans sa démarche. Quelqu'un qui tournait la tête, aurait pu voir que les guetteurs suivaient, à vitesse égale. Ka, lui, ne tournait pas la tête. Il ne parlait pas beaucoup, non plus. Son visage était grave, son regard lointain, et ses doigts restaient figés sur les yeux de Staz.

Derrière un arbre, non loin de là, deux autres guetteurs tournèrent le regard vers les trois hommes. Là haut, sur une butte, quatre firent leur apparition. Des yeux qui se démultipliaient, des murmures qui montaient.

Et Ka continuait de marcher, inépuisable, sans changer de direction. Il délia sa langue, quelques instants, pour dire à l'intention de Staz :

- Respire calmement, jeune homme, je suis là.

Et il regarda également en direction de Salim, fronça les sourcils et baissa la tête, comme pour lui certifier qu'il ne l'oubliait pas, et qu'il veillait sur lui.

- A nuit malade. répétait un guetteur sur leur gauche.

- Garde loque qui. susurrait une autre voix sinistre, derrière.

Un ensemble de voix les entouraient, certaines se faisaient entendre un instant, et disparaissaient. Et les guetteurs s'accumulaient, les trois hommes avançaient, et les guetteurs devenaient innombrables.

On en comptait dans les grottes et les trous, entre les troncs et les buissons, derrière les murs de roche, dans les crevasses, dans les ombres, et ils avançaient, et ils suivaient. Derrière les trois hommes, c'était une vingtaine d'entre-eux qui les approchaient, gagnant petit à petit de la vitesse. Mais un oeil attentif aurait pu en compter aisément une cinquantaine autour d'eux. La plainte lugubre bourdonnait, grouillait, cliquetait dans les oreilles des trois individu, si bien qu'on ne pouvait bientôt plus l'ignorer :

- Le sable dort. Le sable dort.

- Qui est râle, qui est râle.

- Si seul sous son sale. Si seul sous son sale.

- J'aime ta main. J'aime ta main.

Certains paraissaient tristes, d'autres étaient agressifs. Certains semblaient distants, d'autres n'articulaient pas. Et l'absurdité de leur propos prenait petit à petit une allure terrifiante. L'on comprenait qu'il était impossible, impensable, inimaginable, de les raisonner.

Ka, lui, continuait à marcher. Son allure ne changeait pas, sa destination non plus, rien ne lui faisait perdre son cap. Par moment il disait un mot à Staz, pour lui dire qu'il était là, que tout irait bien. Et le grondement se poursuivait, et les guetteurs se multipliaient. Là, sur la droite, l'un des guetteurs vint tout près de Salim, à deux ou trois pas, s'arrêta, et lui dit :

- Qui ne plisse mort ? en le regardant fixement. Puis il le laissa avancer, sans s'approcher davantage.

- Continuons de marcher. Dit Ka à l'intention de Salim.

A une dizaine de pas sur la gauche, deux autres guetteurs, immobiles.

- Sur le lit des monde. Dit l'un.

- Par la ride féconde. Dit l'autre.

Et les voix s'ajoutaient à d'autres, les visages blancs fixaient, les innombrables yeux vides suivaient.
Un homme attentif aurait pu élever le nombre de guetteurs à une centaine, en regardant dans chaque recoin, et à une trentaine, en s'intéressant aux quelques curieux qui poursuivaient les trois individu, vingt pas derrière eux.

Alors, si l'on regardait le visage de Ka, on y verrait aucune inquiétude. L'ensemble de son faciès creusé dans la roche restait éternellement impassible. Sa bouche droite, ses yeux droits, aucun sentiment dans la position de ses traits. Un seul détail attirait l'attention.

Une larme, lente, coulant de son œil droit, atteignant sa joue, puis son menton, avant d'y goutter.

Et, partout, autour, les voix grondaient.

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Lun 10 Avr 2017 - 13:46

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Salim
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Ven 14 Avr 2017 - 13:11

J’étais resté face aux créatures sombres, attendant un geste de Ka. J’étais certain qu’il savait très bien ce qui se tramait à l’extérieur. J’entendis la voix de Staz, portée par un courant d’air, mais pas ses mots. Ils étaient de plus en plus proches, ils avançaient, indéfectiblement. Et moi je restais en face, et je les regardais, sans rien dire. Le temps se distordait, parfois j’avais l’impression que mon imagination me jouait des tours, qu’ils n’avançaient pas réellement, mais les quelques repères du paysage me détrompaient.
Ka me rejoint dehors, avec Staz. Il cachait les yeux de celui-ci. Il était calme, comme à son habitude. Rien dans son ton ni ses mouvements ne laissait comprendre ce qui se trouvait à quelques pas de nous. Je pouvais distinguer les visages blafards, c’était la première fois que je les voyais aussi nettement. J’observais le vieux sage sans rien répondre, acquiesçant juste de la tête. Ma confiance en cet homme était totale, aveugle certains diraient.

Je lui emboîtais le pas, me détournant sans regret des créatures. Je les chassais de mon esprit, et je suivais juste le chemin. Leurs voix bientôt s’élevèrent tout autour de moi. Je les entendais, mais je ne les écoutais pas. Je n’en avais pas envie, j’avais l’impression que c’eut été une erreur de leur prêter autant d’attention. Je me contentais de suivre Ka, et je songeais aux conversations que j’avais partagées avec lui. Il avait toujours semblé savoir quoi faire, et j’étais certain qu’il ne disait jamais rien au hasard. Si nous devions marcher, je marcherai. Mais je n’écouterai pas. L’aveugle s’endort et le sourd s’éveille. J’ignore si c’était cela que la phrase signifiait, mais c’était le sens que j’avais choisi de lui donner à cet instant.

Ils étaient de plus en plus, et je sentais leur proximité, je sentais aussi qu’il se passait quelque chose d’étrange. Pourquoi se rassemblaient-ils ainsi autour de nous ? Voilà ce qui me tenait, voilà ce que je voulais savoir. C’était toujours pourquoi. Et non pas comment. Comment allions nous sortir de là. Peu m’importait au fond, je suivais Ka. Ka était là. Ka savait le combat du feu et de l’eau. Il savait les phrases et les choses noires. Il saurait encore.

Et moi, je savais un peu plus qu’hier, et hier un peu plus que le jour d’avant. Et un jour je saurai aussi. Et ce jour viendrait, car je n’avais pas peur.

* * *

Nous étions tous silencieux. Doucement, sans geste vif, je rejoignis Ka et Staz, qui me devançaient d’un pas. Je voulais être avec eux, non pas par crainte, mais cela me semblait simplement important, être ensemble. Beaucoup m’auraient sans doute pris pour un idiot ou un fou. Shabh ne s’était pas privé de me traiter de cinglé à plusieurs reprises. Et j’étais en vie, plutôt heureux, et j’avais toujours mes questions. Alors au diable la folie ! Je suivais.

* * *

La seule chose qui aurait pu m’inquiéter, c’était Staz. Le jeune homme n’avait pas semblé en bon état et j’avais peur qu’il ne ressente la menace pesante que je repoussais sans cesse avec mon fil de pensée ininterrompu. J’avais l’impression que si j’arrêtais mes réflexions, si je cessais de songeais à Ka et à toutes mes questions, je céderai à la panique, et je deviendrai fou. Je n’écoutais pas les phrases des guetteurs.
L’un d’eux s’approcha près de moi, mes yeux se posèrent sur lui sans le voir. J’avais conscience de lui, mais je ne voulais pas le voir tel qu’il était à cet instant. Je continuais d’avancer sans sourciller.

Presqu’inconsciemment, je jetais un regard à Ka. Je ne remarquais rien au premier abord, mais la petite goutte attira mon œil en tombant. Oh, c’était le temps de l’eau. L’idée me perturba, mais je ne dis rien. Je ne me sentais pas triste, ni en colère, ni inquiet. Je me sentais juste vivant, infiniment vivant.


Staz
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Dim 23 Avr 2017 - 12:21


Mais visiblement, le Père ne semblait pas prêt à répondre à cette dernière question. Les mots de Staz restèrent suspendus dans le silence de la grotte, que rien ne semblait vouloir perturber. La mine tordue en une expression étrange, le jeune homme fixait le mentor, silencieux, qui venait de baisser les yeux. Staz s'attendait à une réponse, à quelque chose, au moins, qui aurait pu lui faire peur, ou le rassurer. Mais il n'y eut rien, rien du tout. Juste rien.

Staz, l'oreille aux aguets, hésitait à faire un pas de plus, à sortir de cette grotte sans l'autorisation qu'il attendait du Père. Mais après tout, pourquoi aurait-il besoin de son autorisation ? Il avait une peau de bête en travers les épaules, celle-là même dont il était couvert quelques instants plus tôt, et pouvait très bien rejoindre le campement en se dirigeant vers le lac. Et peut-être, peut-être qu'il y aurait Hiss, là-bas. Et puis, comme Staz le constatait à travers la luminosité de plus en plus basse dans la grotte, le jour parvenait à son terme, doucement.


Au bout de ce qui sembla être une éternité, Ka rompit enfin le silence terrible, mais non pas de ses mots, comme s'y attendait Staz. Ce fut de ses pas, résonnant comme lourdement au milieu de l'ambiance tendue qui s'était installée. Le vieil homme s'avança, et traversa les quelques mètres qui les séparaient encore de Staz.
Et la dernière chose que celui-ci vit, ce fut les traits étranges de Ka, sa mine sévère mais toujours aussi neutre, qui le fixait droit dans les yeux. Puis, passant son bras autour de ses épaules, le Père qui surplombait le garçon de toute sa carrure, lui couvrit les yeux d'un geste déterminée, qui ne demandait aucune autorisation. Les lèvres de Staz émirent un hoquet de surprise, et tout son corps se tendit perceptiblement. Comment ça, marcher dehors ? Il n'y voyait rien ! Strictement rien ! Alors pourquoi marcherait-il ? Et si quelque chose les attaquait ? C'était stupide ! Stupide, infiniment stupide !

Pourtant, le Père ne semblait pas de cet avis, et peu à peu, il l'entraîna vers l'extérieur. C'était une expérience étrange, que de marcher sans voir où il posait les pieds, en se fiant aux mouvements quasi imperceptibles de l'homme qui marchait à ses côtés. Au début, il trébucha souvent, manquant de tomber à genoux à plusieurs reprises, mais il fut bientôt capable de sentir plus précisément le sol sous ses pieds, et la présence de cet homme à ses côtés, pour évoluer dans cet environnement hostile.

Ils sortirent, et la Nature reprit ses droits, ses bruits. Il y avait le vent, qui faisait bruisser les feuilles des arbres, et puis les cailloux qui s'entrechoquaient sous ses pieds nus. Il y avait un oiseau, un peu plus loin, qui ne siffla qu'une fois, avant de s'éteindre à tout jamais. C'était comme s'il avait disparut. Sans doute s'était-il envolé. Il y avait parfois un soupir, le souffle du Père, ou de Salim qu'ils avaient rejoints. Et les battements assourdissant du coeur de Staz, qui, l'oreille aux aguets, tentait de se repérer du mieux qu'il le pouvait.

Mais une pierre roula, dans son dos, et Staz sursauta violemment. Qu'était-ce donc ? Un animal ? Un monstre ? Le souffle court, Staz ralentit un peu la marche, trébucha sur un caillou, mais se vu finalement imposé le rythme par ses compères. Il y avait quelque chose derrière, il en avait la certitude.

Mais bientôt, la certitude s'accompagna d'une terreur grimpante. C'était des guetteurs. Il les entendait murmurer. Ils étaient nombreux, aussi nombreux qu'il entendait de voix. Il y avait des voix rauques, des voix aigues, des voix enraillées. Mais chaque voix transportait son lot de folie, et ses phrases effrayantes. Les mains de Staz se mirent à trembler, alors qu'il agrippait à ses propres hanches avec désespoir. De temps à autre, le Père lâchait une phrase réconfortante, mais rien ne pouvait désormais contrebalancer le brouhaha terrible des voix folles. Et dans la tête de Staz, l'Être s'était remis à danser. Ses oreilles s'accrochaient tantôt à un mot, tantôt à un bruit, si bien qu'il n'arrivait désormais plus à se calmer. Dansant d'un pied sur l'autre, il écoutait les voix venir de partout désormais, de devant lui, de derrière lui, aussi, de toutes part. Ils étaient seuls au milieu de dizaines, de vingtaines, peut-être même de milliers de monstres abjectes, et l'imaginaire de Staz faisaient d'eux de grands assassins couverts de sangs, aux yeux injectés de haine, prêt à les attaquer.

Les voix se transformèrent en une berceuse inquiétante, qui résonnait partout, et nul part à la fois, tant et si bien que Staz vint à en douter de leur existence. Car le Père avançait toujours, calmement, le promenant comme épaule un enfant, sans montrer le moindre signe étrange. Toutes les phrases ricochaient sur son esprit, elles parlaient de haine, de mort, de saleté, de fureur. Ils marchèrent encore, et les grondements s'intensifiaient toujours. Staz aurait voulu se boucher les oreilles pour ne plus entendre ces choses abjectes, mais ses mains restèrent figées, les ongles enfoncés dans la peau, tétanisé par la peur.

Il n'avait plus qu'une seule certitude : il n'en sortirait jamais vivant.


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Lun 24 Avr 2017 - 17:14

Salim se sentait vivant, Staz se voyait mort. Le savant qui regarderait la scène d'un œil extérieur ne pourrait s'empêcher d'être sceptique, aucun des deux esprits n'avait véritablement raison.

Le grondement des guetteurs se poursuivait, envahissant l'air, oppressant les trois hommes. A l'horizon, devant eux, la grande forêt apparaissait petit-à-petit. Les nuages gris, la brise glaciale.

Encore et toujours, les créatures noires se multipliaient, partout autour. Elles se rapprochaient, yeux avides et déments, à quelques pas. Les murmures devenaient tumultueux, un véritable essaim de voix tristes, agressives et absurdes, qui vibrait, sifflait, occupait tout. On ne pouvait entendre rien d'autre.

- Dune dans le dard.

- La trace est à côté.

- Je n'aime que bas.


Certains venaient à trois ou quatre pas de distance, montrant parfois des signes d'agressivité. Ils s'agitaient de plus en plus, claquaient des dents, aspiraient leur salive.
Au loin, devant, on pouvait voir un maigre arbuste mort, sur le chemin des trois hommes. Il pliait avec le vent, et était probablement la seule chose à demeurer visible, alors que tout le reste était caché par la foule de guetteurs, encerclant presque parfaitement les individus.

Ka continuait d'avancer, sur le même rythme, rien ne changeait dans son attitude, si ce n'est qu'il demeurait éternellement silencieux.

Le brouhaha des guetteurs atteignait alors son paroxysme. Une véritable foule hurlante, qui criait sur les trois individu, et se mettait cette fois à se rapprocher pour de bon, comme s'ils n'avaient plus la moindre hésitation. La détermination se lisait dans leurs yeux fous, on pouvait sentir leur faim, déborder de leurs entrailles malades. Des phrases insensées étaient criées, couvraient le ciel et la terre, puis...

Subitement, un silence total se fit. Les guetteurs regardèrent à gauche, à droite, comme paniqués, et, soudainement, s'évaporèrent, dans une fuite chaotique. Ils couraient dans tous les sens, se cachèrent partout, sautèrent derrière les arbres, disparaissaient dans les trous, dans les grottes, dans les creux. En un claquement de doigt, plus aucun guetteur ne fut visible. Plus le moindre guetteur, peu importe où l'on regardait. Plus la moindre voix, plus le moindre murmure. Seul le bruit du vent persistait, soufflant sur les landes froides.

Si on regardait le visage de Ka en cet instant, il ne paraissait pas soulagé. Il fermait les yeux, d'un air résigné, puis les rouvrit pour regarder devant lui. Sans arrêter sa marche.

La forêt s'étendait devant, le lac sur la droite, et les montagnes sur la gauche. Des petits reliefs par endroit. Ici, un maigre bosquet. Là, une butte. Et, en travers de leur route, un petit arbuste mort, qui pliait avec le vent.

Un sentiment d'oppression supérieur encore à celui vécu avec les guetteurs occuperait n'importe quel esprit en cet instant. Le paysage était calme, mais quelque chose clochait. Quelque chose n'allait pas. Quelque chose, normalement, n'aurait pas du être là. Ca n'était pas la forêt, ça n'était pas le lac, ça n'était pas les montagnes. Le bosquet ? Non, il n'avait rien d'anormal. La butte ? Non plus.

Le chant crissant d'un grillon perça le silence. L'insecte jaune était posé sur l'écorce noire de l'arbuste mort, à quelque pas devant eux. Cette écorce se mit à couler, lentement. Et dans la tête de n'importe quel observateur, bientôt, l'incompréhension naîtrait : pourquoi avais-je pris cet être noir pour un arbuste ?

Il se tenait immobile, le dos droit, les bras le long du corps, le visage couvert d'un liquide noir qui coulait lentement, dessinant faiblement ses traits qui n'affichaient aucune expression. Le grillon, à présent silencieux, demeurait posé à côté de son œil droit, sans que cela ne semble le déranger.

Ka arrêta sa marche.

Et les autres n'eurent pas le choix que de s'arrêter également.

En effet, aux yeux de chacun, le sol de l'ensemble du paysage c'était soudainement changé en un sable étrange, dans lequel leurs pieds s’enfoncèrent, et ne parvenaient plus à se dégager.

A mieux y regarder, un homme qui porterait de l'attention à ce sol, le verrait composé de millions de grillons. Certains grimpaient sur eux, venaient dans leur cou, dans leur cheveux, sur leur visage. Ils pouvaient les sentir se mouvoir sur leur peau.

La monstruosité fit alors quelques pas vers eux, jusqu'à arriver à leur hauteur. Elle les regarda, les uns après les autres, puis finit par ramener son visage vers Ka. Ses mouvements n'étaient pas brusques. La voix qui sortit d'entre ses lèvres noires était profonde, grave.

- Tu as un ami intéressant, Ka.

Il pencha la tête sur le côté, un sourire en coin se dessinant sous ce qui ressemblait à de l'encre noire.

- Tu n'es pas obligé de... commença Ka, la voix calme.

- Pourquoi lui cacher la vue ? le coupa l'être noir.

Alors l'ensemble du bras de Ka, dont la paume était placée sur les yeux de Staz, se changea en grillons, qui tombèrent au sol en s'émiettant. Ka était devenu manchot. Il ferma les yeux un instant.

Staz put voir la scène.

L'être noir tendit le bras, et, du bout des doigts, toucha la joue de Staz, y laissant une marque sombre.
Ka intervint :

- Cela ne te sert à rien. dit-il avec fermeté.

L'être noir fit partir sa tête en arrière, soupira, puis tourna à nouveau sa tête vers Ka.

- Cesse de radoter, vieil homme. C'est bon, j'ai compris ton énigme ridicule.

L'être noir souriait amplement, alors qu'il poursuivait d'une voix cassante :

- Tu essayes de faire croire que tu es fort et intelligent. Que tu as vu, les montagnes, le ciel, et l'eau. Que tu sais où regarder, quand voir. Et, soudainement, alors qu'on te secoue légèrement, tu nous rappelles à ta condition d'homme. Tu nous fais nous souvenir que tu n'es qu'un faible, et qu'un imbécile, bien pire qu'un petit rongeur dans son terrier. C'est minable.

- Tu te trompes. dit Ka.

- Tu es minable. reprit l'être noir, tout en saisissant soudainement Staz par les cheveux.

Les grillons se mirent subitement tous à chanter à l'unisson, créant une marée sonore colossale, alors que l'être noir tirait Staz à lui en sifflant :

- Si je l'emporte avec moi, si je le plonge dans la mer de grillons, tu vas te mettre à hurler et à pleurer. Ai-je tort ?

Les grillons recouvraient Staz presque entièrement, l'empêchant de bouger, arrivant jusqu'à son cou. L'être noir hurlait :

- Ai-je tort ?!

- Oui. dit Ka, qui ne réagissait pas.

Alors les grillons se turent à nouveau, et tombèrent petit à petit du corps de Staz.
L'être noir eut un sourire en coin, tout en lâchant les cheveux du jeune homme.

- Hm. Je vois. dit-il.

Puis il se tourna vers Salim.

- Lui, en revanche, tu le connais depuis plus longtemps, non ? Tu vas certainement vouloir le protéger. Comment s'appelle-t-il déjà ? Salim, c'est bien ça ?

Ka ouvrit les yeux légèrement davantage, comme pour témoigner d'une surprise. L'être noir le remarqua.

- Tu n'avais donc pas vu qu'il y avait un arbre en trop, à côté de ta maison, lorsque vous y êtes venus tous les deux ? Vous pensez, vraiment, tous les trois, que lorsque vos yeux vous disent que vous êtes en sécurité, c'est que vous l'êtes ? A quel point êtes-vous naïfs ?

Il sourit davantage, puis son sourire retomba, et il tourna le visage vers Salim.

- Bien. Alors, penses-tu que si je t'emporte, il cherchera à te sauver ? Quel est ton sentiment, jeune homme ?

Cette fois, il paraissait véritablement attendre une répondre à sa question. Il en attendait une de la part de Salim, et de personne d'autre.

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Mer 26 Avr 2017 - 9:48


Et d'un coup, tout fut différent. Les cris se turent, et Staz les regretta aussitôt. Son esprit avait imaginé des choses horribles, mais là, rien n'était plus dur à supporter que ce silence. Et l'intime conviction que les guetteurs étaient partis. Partis. Pour céder leur place à quoi ?

Des fourmis dans les mains et dans les pieds, Staz sentait que son corps était sur le point de flancher. Il voulait faire demi-tour, fuir, s'en aller. Mais il y avait le Père, dont la main n'avait toujours pas bougé, qui continuait à le forcer à marcher. Ses pas se firent maladroits, et il osa même poser une main sur le bras de l'homme pour s'assurer sa présence. Celui-ci ne semblait pas douter, et marchait toujours. Salim était-il toujours là ? Ou s'était-il fait dévorer par ces choses avant leur départ ? N'était-il pas simplement en plein cauchemar, et allait-il se réveiller près de sa Hiss, un beau matin ?

Et bientôt, aussi étrange que cela puisse paraître, le chant d'un grillon vint rompre le silence, un son doux, roucoulant dans l'atmosphère. Mais à ses côtés, Ka semblait se tendre plus que jamais, et Staz, ressentant cette oppression contagieuse, sentit son souffle se couper.

Et Ka arrêta de marcher.

Et quelque chose fut différent. Le sol. Le sol avait changé. Et des choses grimpaient sur ses pieds. Staz se retint de hurler, donnant des coups de pieds dans ces choses abjectes, mais Ka ne bronchait pas, lui. Mais les choses grimpaient, s'insinuaient partout, et un faible gémissement de détresse s'échappa des lèvres de Staz, donc le souffle se faisait rapide et irrégulier.

Mais le pire de tout, ce fut la voix. La voix, presque humaine, rauque et grave, profonde comme si on la tirait des boyaux de la terre.

Un ami intéressant ? Qui était-ce ? Lui ? Salim ? Et qui parlait ? Qu'est-ce qui parlait ? Une chose ? Ou un homme ? Ou la moitié d'une chose et d'un homme ? Ses yeux, grands ouverts sous la paume de la main, ne voyaient que du noir, et s'imaginait des choses inquiétantes. Mais sous ses yeux, devant ses yeux, quelque chose perça. De la lumière. Et la paume, noire, puissante, de Ka, sembla se décomposer. Et bientôt, ce furent des grillons, des milliers de grillons, qui s'accrochèrent à son visage plutôt que la chair tendre de Ka qui avait disparue. Et Staz laissa échapper un cri, un cri long et rauque, car devant lui, à quelques dizaines de centimètres, se tenait une chose qu'il n'avait jamais vu, et qu'il aurait rêvé ne jamais voir. Pire que la Chose, en soi.

C'était un monstre humanoïde, entièrement noir, qui faisait presque sa taille. Pourtant, la matière étrange qui dégoulinait et dégoulinait de son corps, le rendait plus immonde encore qu'il ne l'était déjà. Le liquide noir coulait partout, sur son visage noir aux orbites étranges, sur son corps, sur ses membres, et Staz le voyait bien, croisait son visage, qui n'exprimait rien de rassurant.

Et la chose tendit le bras, le rapprochant de son visage encore et encore, et Staz se mit à hurler. Ses pieds, englués dans le sable de grillons ne voulaient bouger, et il se tordit dans tous les sens pour éviter le contact de cette chair ignoble. Mais la main l'effleura, du bout des doigts, alors que Staz hurlait comme un dément. Ses mains se plongèrent dans la matière étrange, saisissant le bras, saisissant la chair morte, la chair noire, pour l'éloigner de son visage. Ses mains traversèrent le liquide, saisirent le corps, et Staz employa toute sa force, toute sa terreur, à repousser cet être loin de lui-même.

Mais l'être noir continua sa discussion, retirant sa main, et Staz se crut hors de danger. Ses jambes tremblaient étrangement, et il douta qu'elle ne le portent bien longtemps. Mais ses yeux, ses yeux fous, à moitiés révulsés, fixaient ses mains couvertes de ce liquide noir, semblable à du sang, qui gouttait de ses mains.

Pourtant, les yeux écarquillés, Staz resta spectateur de la scène suivante. Il entendit son propre cri, sentit sa propre douleur lorsque l'être noir saisit ses cheveux et les tira violemment, comme pour prendre possession de son corps. Ses mains se posèrent sur le bras de la chose, et cette fois, il ne se contenta plus de le repousser. Ses ongles se plantèrent dans la chair, à travers la matière dégoulinante, et le griffèrent le long de l'avant bras, alors qu'il hurlait, hurlait à la mort, sentant sa vie clairement en danger. Autour de lui, les grillons se mirent à hurler eux aussi, et Staz les sentait grimper, grimper, le long de son corps, de ses membres, dans son cou. Il se mit rapidement à manquer d'air, face à ces choses qui l'emprisonnaient, semblaient vouloir le dévorer vivant. Et les choses, atteignant son cou, continuaient à grimper, grimper ...

Mais bientôt, tout fut fini. L'être le lâcha, et ses jambes le firent tomber à genoux. Son visage, ses cheveux, ses bras dégoulinaient de la matière de cette chose. Il devenait noir, lui aussi.
Ses membres tremblaient, il se tenait silencieux, fragile. Pourtant, son esprit semblait toujours alerte. Il entendit le nom de Salim. Il entendit la voix rauque prononcer le nom de Salim. Ses pieds, englués dans le sol, l'empêchaient de bouger. Et Ka ne bougeait pas, non plus. Personne ne sauverait Salim. Personne ...  
- La ferme ...
Sa voix s'était échappée de ses lèvres avant qu'il ne prenne conscience de ce qu'il faisait.
- LA FERME !
Cette fois, il avait hurlé. Il regardait ses mains, et il avait peur. Clairement. Mais il ne laisserait pas, il ne LAISSERAIT PAS, Salim mourir à sa place. Salim avait été gentil. Et ce monstre était un monstre qui méritait de crever, crever comme un putain de chien, à pourrir, pourrir encore et encore, et crever encore aussi un petit peu. Il n'avait PAS le droit. PAS Le droit. De faire du mal à qui que ce soit.
Peut-être était-ce à cause de la voix qui lui murmurait des choses dans la tête. Pourtant, il releva les yeux, et les larmes dégoulinaient, se mêlant au noir de son visage. Pourtant, il croisa le regard de cette chose, alors que ses jambes refusaient qu'il ne se lève à nouveau. Et il lui dit, d'un voix tremblante, étrange, bizarre. Il lui dit.
- Si tu touches à un seul de ses cheveux. C'est MOI qui t'enterre dans tes grillons. Abomination. Retourne dans ta boue, Salope !


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Mer 26 Avr 2017 - 15:36

Staz avait menacé l'être noir. Pendant qu'il prononçait ces mots, Ka avait fermé les yeux, et sa tête avait été secouée de gauche à droite, brièvement. La monstruosité ne réagit que bien peu, se contentant de tourner le visage vers le jeune homme. Il n'affichait pas d'expression sur son visage noir, apparaissant faiblement derrière la couche de matière visqueuse.

Il leva légèrement la main vers Staz.

Alors, du point de vue de Ka et de Salim, le jeune homme fut subitement aspiré dans le sol de grillons, comme s'il n'y avait plus de résistance sous ses pieds. En une fraction d'instant, il disparut, happé. C'était comme s'il n'avait jamais été là.

Ka souffla du nez en rouvrant les yeux. Il restait muet. Alors l'être noir retourna son attention vers Salim, et d'une voix neutre, dit :

- Bien, reprenons où nous en étions. J'attends ta réponse, Salim.

Son visage était sérieux, aucun sourire n'y paraissait. Le moment n'était pas à la plaisanterie.


***


Du point de vue de Staz, une fois que l'être noir a levé la main, rien de ce que nous venons de décrire ne s'est produit. Staz ne s'est pas enfoncé dans le sol. Du point de vue de Staz, Ka et Salim se sont transformés en grillons, s'écroulant sur le sol d'un seul coup, se mêlant au parterre jaune. Et il n'eut pas davantage l'occasion de crier, ni de parler, puisque des grillons se mirent à occuper sa gorge et sa bouche, soudainement, l'obligeant à cracher, à tousser, pour les évacuer. Ils apparaissaient indéfiniment, s'écoulant de ses lèvres, comme s'ils naissaient à l'intérieur de son corps. Ils l'empêchaient de respirer.

Alors, une corde blanche se noua autour de ses chevilles, et il fut élevé dans les airs, soulevé par cette corde, la tête en bas, tandis que les grillons continuaient à s'écouler de sa gorge.

Un gigantesque arbre en os trônait derrière le jeune homme, l'une de ses branches tenant la corde qui lui maintenait les pieds. L'être noir, quant à lui, était resté au même endroit, se tenant toujours debout sur le sol de grillon, inexpressif. Son visage était tourné vers Staz.

Cela faisait maintenant un moment relativement long que les grillons sortaient de la bouche de Staz, et qu'il n'avait pas pu reprendre sa respiration, si bien que sa vie se mettait à être menacée.

- Je n'ai pas le désir de t'ôter la vie, mais, avant tout, je n'ai pas le désir de faire le moindre effort pour toi, jeune homme.

Les grillons s'écoulaient à une telle intensité qu'on aurait pu les prendre pour de l'eau, se déversant avec profusion depuis la bouche de Staz jusqu'au sol, formant une petite cascade.

- Par conséquent, essaye d'éviter de faire en sorte que je considère comme un effort le fait de te garder en vie.

La coulée s'arrêta alors, soudainement, et Staz put reprendre son souffle. L'être noir restait à une certaine distance, en dessous du jeune homme. Et sa voix, même si elle était lointaine, résonnait dans la tête de Staz sans qu'il n'ait besoin d'hausser le ton.
Il demanda :

- Quel est ton but, petit homme ?


***


Les deux point de vue étaient totalement séparés, comme si les trois individus étaient à présent dans deux mondes distincts. Rien de ce que l'être noir a dit à Staz, aucun de ses gestes qu'il a fait devant Staz, ne pourraient être perçus du côté de Salim et Ka, et inversement. Aussi, peu importe à quelle force Staz, Salim ou Ka pourraient crier, jamais Staz n'entendrait Salim et Ka, jamais Salim et Ka n'entendraient Staz.
Staz
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Jeu 27 Avr 2017 - 12:34


C'était comme si tout s'était arrêté au moment où les lèvres de Staz avait craché ces mots. Comme si, en un instant, le Sort avait basculé en sa défaveur. Il avait dit les mots qui causeraient sa perte, il en était certain. La chose allait l'étriper d'un coup de ses dents monstrueuses. Son cadavre serait recouvert du liquide visqueux, et les guetteurs reviendraient pour le dévorer, à coup sûr.


Pourtant, il se passa quelque chose de complètement différent. Ce fut comme si le monde, tout autour, changeait. L'être étrange tourna sa face morbide dans sa direction, sans n'afficher la moindre expression, et leva sa main visqueuse, pour ... Pour quoi au juste ?
Pour quelque chose, à coup sûr, car désormais, Staz était seul. Ses deux compagnons, eux, avaient disparus, comme émiettés en une colonie de grillons sur le sol jaune. Et lui, lui, désormais, crachait, toussait, mourrait à petit feu, car des choses, des choses étranges, grattaient dans sa gorge, et s'enfuyaient au dehors de sa bouche. Et ces choses furent des grillons. Il essaya d'hurler, mais son cri fut étouffé par la marée de créatures qui l'empêchaient de respirer, désormais. Ses mains, encore visqueuses de la boue de l'autre être, agrippèrent à sa propre gorge, dans un réflexe inutile, alors qu'il essayait en vain de reprendre sa respiration. Et les insectes courraient, encore, sur le sol, et l'être noir était toujours devant lui, à le fixer avec son expression dégoulinante, mais Staz, lui, ne pensait plus qu'à une chose. Il voulait, il devait respirer.

Mais ce ne fut pas tout. Quelque chose d'étrange, de doux, se lia autour de ses chevilles, étonnamment désembourbées de la marée de grillons, et bientôt, son corps changea de position, pour se retrouver la tête en bas. Et le cri de douleur de Staz, lui, fut étouffé par la magie étrange qui l'empêchait de respirer. La corde avait entourée ses deux chevilles, et tirait, tirait, de tout le poids de son corps, sur sa cheville cassée, qui semblait à peine réparée, et à nouveau sur le point de se rompre. Un folle chaleur envahit tout la jambe du pauvre homme, dont les poumons cherchaient vainement à trouver de l'air. Et la détresse dans laquelle se trouvait Staz n'aidait en rien, visiblement. Il se tortilla du mieux qu'il put pour libérer ses chevilles, et n'arriva qu'à souffrir un peu plus. C'était comme si quelqu'un avait décidé de lui arracher le pied. Et sa respiration, elle, ne trouvait rien à absorber, et ses forces s'épuisaient au fur et à mesure qu'il se débattait, sans respirer. Il rougit, d'abord, puis blêmit franchement, avant de se laisser porter par la corde, ballant, et tant pis pour la douleur, à la recherche d'un petit peu d'air.
Il entendit la voix de l'être, et d'un coup, pu respirer. L'air s'infiltra goulûment dans ses poumons, brûlant, glaçant, tout à la fois, et Staz se sentit revivre. Il respirait, il respirait enfin. La sensation ignoble des bestioles se déplaçant au fond de sa gorge s'était enfin apaisée, et à la place, il n'y avait que la morsure brûlante de l'air qui rentrait dans ses poumons, et lui permettait de reprendre son souffle. Quant à sa cheville, la douleur, elle, ne s'atténua pas, si bien qu'il en eut les larmes aux yeux de douleur, et dut se mordre la langue pour ne pas gémir.

Son cerveau, lui, se remettant à peine du manque d'air, de l'horreur et de la douleur, tournait un peu au ralenti, et nota succinctement quelques informations importantes. L'être était logique, raisonnable et SURTOUT, ne voulait pas sa mort. Même s'il n'hésiterait clairement pas à le tuer. Staz tremblait, le visage rougi, mais se força à soutenir le regard de l'être.
- Repose moi par terre !
La douleur de sa cheville était lancinante, et Staz avait du mal à ne pas le faire transparaître dans sa voix.
- Tu veux savoir mon but ?
Il secoua la tête, se démena pour jeter un oeil à sa cheville, malgré la douleur que chaque mouvement entraînait.
- Comment pourrais-je ... avoir le moindre but si vous essayez de me ... bouffer chaque fois que je pose un pied dehors, toi et tes sales corniauds de bestioles noires difformes !
Cette fois, ce furent bel et bien des larmes qui dévalèrent son front, et mouillèrent ses cheveux. Il avait peur, il avait mal, et il ne voulait pas mourir. Il ne voulait juste, juste, juste pas mourir ... Sa voix trahissait clairement sa peur, même s'il essayait clairement de se montrer fort. Mais ce n'était qu'une façade, et il eut une pensée pour Hiss qui finit de briser celle-ci. Ses larmes continuaient à dévaler son visage, bien qu'aucun sanglot ne vint troubler sa respiration. Seule sa voix semblait un peu plus faible, étrange.
- Qu'est-ce que j'ai fais de mal, hein ... J'veux juste vivre tranquille ...
Juste avec Hiss et puis c'est tout ... Le reste je m'en fiche ... J'veux plus que tout le monde meurt ...
L'image de Gràr, d'Atgas, du cadavre de leur compagnon, qu'ils dévoraient goulûment ... Il ne voulait plus que vivre, loin de toutes ces horreurs ...
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