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Alchimie de la douleur [Staz&Salim][J19][Important]
AuteurMessage
Staz
Membre
Messages : 79

Jour d'éveil : Jour 16
Race : Echoué
Métier : Aucun
Groupe : Errant
Fiche de présentation : Clic
Journal : Clic
Jeu 12 Jan 2017 - 17:30

Alchimie de la Douleur





Staz. Il s’appelait Staz. Et il était là, tel une épave, privé de tout ce qui aurait pu faire de lui un homme. Il ne bougeait plus. Il ne voyait plus. Il ne pensait plus. Il n’était qu’un poisson, échoué, en train de se dessécher lentement. Enfin, il resta comme cela un bon moment. Lui-même n’était plus conscient de grand-chose. Les images qui passaient devant ses yeux n’étaient plus que des bouts de couleurs informes, vomis par le monde jusque sur son visage. Ce qu’il entendait n’étaient que des bruits, des bruits qui auraient dû être des voix, mais même ça il n’arrivait plus tellement à s’en rendre compte. Enfin, cela n’était que le début, le plus agréable, au fond. Une sorte de bulle, douce et rassurante, où plus rien de l’extérieur ne pouvait venir influencer ce qui se réfugiait au-dedans, le plus profondément possible. Et, dans cette bulle, il n’entendait même plus l’Être hurler.

Mais cela ne dura pas longtemps. Car le froid revint au galop, en même temps que les sensations. La douleur était vraiment quelque chose de mystérieux. Elle se fit d’abord douce, comme la sensation tendre d’une caresse sur l’herbe. Puis chaude, détendant d’abord les muscles. Mais ça, ce ne fut que la première demi-seconde. Car, immédiatement après, elle redevint rude. Rude et violente. Elle brûlait les chairs, puis les glaçaient ardument. Ses dents se mirent à claquer, son corps à se raidir brusquement, sa respiration à lui brûler la gorge. Le froid était tenace, menaçant, et s’attaquait à ses yeux, à son visage, à sa peau, à ses poumons, à son ventre, à ses pieds, à ses bras, à ses mains, à tout ce qu’elle pouvait mordre de ses crocs invisibles.
Et puis, bientôt, l’Être revint. Reposant à nouveau ses valises dans sa tête, Staz pouvait presque voir son sourire à travers ses méninges. Oh, oui, il ne le lâcherait plus. Jusqu’à ce qu’il crève. Crève. Crève. Et sa voix, presque lointaine, s’élevait à nouveau jusqu’à ses oreilles. Douce. Trop douce. Des murmures, dans une langue qu’il ne comprenait pas. Des mots doux, peut-être même. Pourtant, venant de l’Être, tout ça était effrayant. Il entendait, entendait, cet Être qu’il ne voulait plus entendre. Mais quoi qu’il fasse, il était entièrement à lui, à cet Être qui le possédait. Ses yeux clos laissaient parfois échapper des larmes de terreurs, alors que sa gorge était assaillie par des milliers d’aiguilles glacées. Il voulait juste qu’elle se taise. Mais l’Être et sa voix lugubre était là. A émettre des soupirs, des sifflements grotesques, mais pourtant tellement effrayants. Parfois elle était trop proche, se mettant presque à lui hurler des injures qu’il ne comprenait pas, parfois elle s’éloignait, et ne lui communiquait plus que des mots serpentant dans les méandres de son crâne.
L’Être était le Serpent, et la Chose ses Crocs.
Car il la savait près de lui, cette Chose ignoble. Chose dont il revoyait encore, encore et encore l’image horrifiante. Parfois, il l’entendait distinctement traîner sur le sol ses serres affutées. Et parfois, il en sentait le souffle, le souffle chaud et putride sur son visage. Et beaucoup de fois, il vomit, là, à même le sol. La sueur coulait partout le long de son corps, qui pourtant tremblait de froid. Ou peut-être sur ses joues était-ce des larmes. Et chaque fois qu'il essayait d'ouvrir les yeux, il voyait. Il voyait ce regard, ce regard gris sur le visage de cette chose qui autrefois n'avait que des yeux crevés. Mais là, elle avait bien des yeux. Et sous son visage à la chair décomposée, il distinguait nettement des traits. Comme ce sourire qui lui disait, sans un mot, qu'il ne fallait pas qu'il oublie. Que son destin était tout tracé. Et qu'Il attendrait aussi longtemps qu'il le faudrait.
Et, à chaque fois, il perdait conscience à nouveau, et composait à nouveau son alchimie de la douleur.

- Les musssssaraignes ne ssssssavent pas ... L'ombre est ... ssssssalvatrisssss ... -

Quand Staz reprit vraiment conscience –et par conscience, je ne parle pas de raisonnement logique, hélas-, il se rendit tout de suite compte d’une chose : il ouvrait les yeux. Pour la troisième fois de sa vie, il entamait une journée. Il commençait à vivre. Et pour la première fois de sa vie, il ne se réveilla ni dans un lac, ni contre sa belle Hiss. Car, tout simplement, il n’était ni dans un lac, ni près de sa chère et tendre. Et, ouvrant grand les yeux, il se sentit défaillir. Car, malgré le soleil qui pénétrait la grotte, il était sûr et certain que celle qui avait toujours pris soin de lui l’avait abandonné à son triste sort. A sa propre mort. D’ailleurs, elle avait abandonné avec lui un homme et une femme, qui dormaient toujours en soupirant tristement. La femme s’était endormie assise près du bas de la pente. Et le garçon était couché à plat ventre sur la pierre. Mais ni ce garçon ni cette fille n’était Hiss. Et ni ce garçon ni cette fille n’était ni Gràr ni la Chose. Alors, ouvrant des yeux terrifiés, son cœur lui dicta une chose, une seule. La Chose, qui était Gràr, avait pris sa Hiss. Et l’avait emmené loin de lui, pour dévorer son cœur brûlant.

Le cœur battant, il se redressa. Cette fois, il fut capable de sentir les larmes chaudes qui coulaient le long de ses joues et gouttaient le long de son menton. Hiss. Ses dents se plantèrent violemment dans sa langue alors qu’il tenta de se redresser plus encore à l’aide de ses bras : la douleur était intense à chacun de ses mouvements, et le froid faisait brûler son corps comme un feu de joie. Son souffle était irrégulier, et il claquait violemment des dents, malgré la peau du loup –qu’il avait tué !- sur son corps. Il frémissait, tremblait, et, après une longue minute d’effort, parvint à se mettre sur ses pieds. Il garda, bien serré autour de lui, la peau de loup. Et, le regard perdu dans le lointain, il escalada la pente de la grotte. Une fois dehors, et sans un regard derrière lui, il marcha droit devant lui. Les yeux fous, embrumés par la fatigue et l’hypothermie, il ne voyait rien d’autre que des ombres partout autour de lui, qui voulaient le dévorer. Il marchait en titubant, les pieds glacés, de nouveau monté sur ses échasses rigides. Il s’appuyait maladroitement sur tous les arbres, et finit même par tenir sa peau de loup fermée autour de ses épaules avec les dents, pour leur éviter de claquer douloureusement. Tout son corps lui hurlait de s’allonger, de fermer les yeux et d’abandonner l’affaire. Tous les voyants clignotaient rouge. Mais, un pied après l’autre, il marcha. Sa cheville ne lui faisait plus mal, tant il ne sentait plus rien en dessous de ses cuisses. Il tomba, s’ouvrant le genou qui se mit à saigner abondamment. Mais se releva aussitôt. Parce que la Chose avait pris Hiss. Et voulait la faire payer de ce qu’il avait fait, lui. Il était un monstre, lui. Etait-ce ses yeux ou ceux de Gràr que portait la Chose ? Un instant, il se sentit obligé de porter sa main à ses yeux pour vérifier. Des yeux de monstres en tout cas. Ses doigts congelés ne sentirent rien, et il se dit que c’était peut-être les siens. Elle lui avait peut-être volé ses yeux, pendant la nuit. Pour manger ceux de Hiss sous son propre regard. Staz tomba à nouveau, et mit plus d’une minute à se relever. Les arbres se mouvaient autour de lui, et il en percuta un de plein fouet. Même les arbres étaient du côté de la Chose. Dans sa tête, l’Être sifflait toujours. Tel un serpent prêt à bondir. La Chose n’était pas loin. Et un pas après l’autre, Staz avançait. Il retrouverait Hiss. Pourvu qu’il la retrouve entière …

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