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Alchimie de la douleur [Staz&Salim][J19][Important]
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Salim
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Messages : 60

Jour d'éveil : Jour 6
Race : Cime
Métier : Pécheur (2)
Groupe : Le Clan des Oubliés
Fiche de présentation : Fiche
Journal : Journal
Jeu 27 Avr 2017 - 13:45

Les cimes blanches étaient balayées par une légère brise. L’air était glacial, mortel, brûlant. Nul homme ne foulait cette terre immaculée. Pas forcément pure. Nul autre bruit que celui du vent ne bruissait sur les montagnes, loin, au Sud de la vallée. Personne n’était là, personne ne voyait. L’immensité close du paysage coulait au pied du pic glacé. Un petit battement d’aile brisa l’atmosphère. Un oiseau, un simple oiseau. Ni blanc, ni noir, d’un brun boueux. Petit, maigre. Il se posa au milieu de la neige, imprimant deux minuscules traces de pas. Il ignorait peut-être ce qu’il se passait. Ce n’était qu’un oiseau, un petit oiseau brun.


____________________________________

J’étais sourd, épuisé par les cris. J’étais assommé, perdu. Je suivais les deux autres hommes, avec un masque d’indifférence étonnant. Je me sentais de plus en plus vide, de plus en plus creux. Les hurlements des guetteurs me vidaient de ma substance. L’abîme en moi me tirait vers le bas, mon cœur semblait perdu quelque part dans le chaos. Seul mon esprit restait alerte. J’étais léger et lourd à la fois. Vivant encore.

Noyé. Noyé dans la masse noire. Noyé dans la folie.

* * *

Je respire. J’ouvre les yeux. Je me force à voir, et j’ai un hoquet. Mon apnée mentale m’avait emprisonné, et soudain, c’est le choc. Nous sommes encerclés. Ils sont partout. J’écarquille les paupières, et le brouhaha me frappe de plein fouet. Ils sont partout. Est-ce que j’ai peur ? Je ne sais pas, pas vraiment, je ne comprends pas. Ils sont partout. Je me sens à la fois insignifiant et important. Nous étions trois hommes. Trois petits tas de chairs. Mais trois face à mille.

Je regarde le chemin que nous empruntons. La route est tracée d’avance. La voie est close. Au bout, un arbre noir. Était-il là avant ? Une impression étrange distord mes tripes lorsque je pose les yeux dessus. C’est une sensation effroyable, inexpliquée. Je ferme les yeux une seconde.


____________________________________

1 : Pourquoi sommes-nous ici ?
2 : Qu'est-ce que sont les guetteurs ?
3 : Qu'y a-t-il dans le Lac ?
4 : Qu'était cette immonde chose rampante gigantesque et où est-elle partie ?
5 : Qui est Ka ?
6 : Quel âge a-t-il ?
7 : Pourquoi les phrases des guetteurs ?
8 : Pourquoi les voix dans ma tête ?
9 : Pourquoi l’arbre noir ?

10 : Pourquoi ?

____________________________________


Le silence.


____________________________________

Je fixe la silhouette de Ka. Je ne veux pas regarder l’arbre. Il me dégoûte un peu.

Et soudain l’arbre n’est plus arbre.

Un crissement brise le silence.

Nous nous arrêtons.


La créature qui se trouve devant moi est repoussante, affreusement humanoïde. La substance qui la recouvre est d’un noir sale. Epaisse. Gluante d’aspect. Je ne distingue pas ses traits. Je n’ai jamais rien vu de pareil. La menace est aigue, violente. Le silence nous a tous frappé, sans pitié. Les guetteurs ont tous disparu. Comme la chose rampante. Comme la chose du Lac peut-être.

Je fixe l’Être Noir. Son existence me semble aberrante. Je meurs d’envie de repousser tout cela. De refuser la réalité de la situation. Mais mon esprit ne me le permet pas. Mon corps se rappelle à moi, des choses grimpent le long de mes jambes. Le léger frottement provoqué par l’étrange sol m’horripile. Je préfère ne pas baisser les yeux. J’ai peur de vomir. Je résiste à une envie urgente de me frotter tout le corps, de chasser les choses qui s’y baladent. Je tiens bon. J’ai l’air aussi calme et placide que Ka, de l’extérieur. Mais je ne le suis sans doute pas.

Tout est fou, tout est trop. J’ai peur mais je ne ressens pas le besoin de fuir. Comme dans certains cauchemars que j’avais faits, comme si j’étais certain que j’allais me réveiller après cela. Je reste debout, dressé. Je regarde. J’écoute. Je questionne.
La chose se met à parler. Je suis surpris par sa voix.


J’assiste à la scène avec stupeur. Je ne bouge pas, mais mes yeux sont expressifs, j’en suis certain.
Je regarde Staz. Je regarde avec effroi son visage qui m’apparait. Je regarde Ka, et son bras absent. Mes yeux hurlent, mais moi je ne dis rien. Staz s’agite, Staz semble fou et perdu. Il tremble, il lutte. Je tremble un peu moi aussi. Un peu pour Staz. Staz tais-toi. Staz tiens bon. Staz fais pas le con. Staz résiste. Staz, on va bien, on va bien. Ka l’a dit. Tu iras bien aussi.

Et l’Être Noir se tourne vers moi, pour la première fois. Je regarde là où devraient se trouver ses yeux. Je ne vois que le noir.

Et Staz fait le con. J’ai même pas eu le temps de réfléchir.


* * *


Je ne lâche pas un cri. Mais je me tends. Je manque de tomber en me jetant vers Staz, ou plutôt l’absence de Staz. Mes yeux sont hagards pendant quelques secondes. Ils glissent vers Ka et suite à un violent effort, je parviens à reprendre une respiration à peu près normale. Mon cœur bat si fort que j’ai l’impression que toute la vallée l’entend.

Et puis, la suite m’étonne encore. Pourquoi la chose insulte-t-elle Ka de la sorte ? Le mot faible qui revient. Je retiens un petit rictus. Parce que j’ai juste l’impression qu’il essaie de le briser, encore et encore, et qu’il se brise lui-même comme une vague sur la falaise. Ses provocations échouent. Peut-être a-t-il même peur du sage ? Moi je crois en Ka. Je crois qu’il sait voir. Je crois aussi qu’il est humain, et qu’il peut commettre des erreurs. Je m’aperçois que je suis attaché à lui. Je n’ai pas envie qu’il lui arrive quelque chose.


____________________________________


« L'eau coule. Même si tu ne le veux pas, elle coulera. Lorsqu'elle vient à toi, il faut la laisser couler. La laisser s'affaisser. Mais pas trop longtemps. Le temps nécessaire, jeune homme. Après cela, il faut se battre. Se battre avec le feu. Le feu contre l'eau. Même si cela ne semble pas efficace, voire inespéré, c'est la seule arme que nous possédons. Alors nous devons en user. »


____________________________________

La provocation de Staz avait été inutile. Et je me moquais de provoquer. Moi je voulais savoir.
J’avais foi en Ka pour qu’il fasse la meilleure chose possible. Mais j’ignorais ce qu’était la meilleure chose possible. Le Feu ? L’Eau ? Quoi d’autre ? Le feu brûlerait les arbres, non ? Ka resterait calme, si c’était en son pouvoir. L’était-ce ? Pourquoi serais-je plus important que Staz à ses yeux ? Pourquoi son calme signifierait-il un réel détachement ? N’était-ce pas là le vrai combat ? Le combat du feu contre l’eau ?

Je regardais la créature sombre. Pour la première fois depuis que nous nous étions arrêtés, ma curiosité reprit le dessus sur ma terreur. Je parlais calmement, sans hargne, sans méchanceté, sans même une once d’ironie. Presque innocemment.

- Le peut-il ? Me sauver.

Une question pour une question. J’avais tout à perdre, mais  les réponses valaient mieux que tout.
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Dim 30 Avr 2017 - 13:06

Du point de vue de Staz.

L'être noir restait stoïque aux dires de Staz, il se contentait de faire pencher sa tête sur le côté, sans expression sur le visage. Une seule exception, à la fin de l'une de ses phrases, lorsque le jeune homme disait "toi et tes sales corniauds de bestioles noires difformes !", l'être noir leva un sourcil, puis sourit, avant de redevenir neutre.

A la fin du discours du jeune homme, la créature fit partir son regard vers la montagne à sa droite, s'avança de quelques pas, et regarda de nouveau Staz. Son ton était grave, dur, froid, alors qu'il se mit à parler.

- Alors c'est ainsi. Tu ignores délibérément les vérités, tu occultes la nature de ce monde, pour te bercer de tes idéaux inatteignables. Est-ce cela, l'Homme ? La certitude d'un esprit malhabile, convoitant ce qu'il ne peut atteindre, qui essaye de gravir les sommets, se cachant de l'ombre, pour regarder les nuages, rêver, pleurer, et mourir.

***

Du point de vue de Salim.

Le jeune homme avait posé une question courte. L'être noir pencha sa tête sur le côté, avec une mimique semblant indiquer de l'étonnement dans cette réponse. Un instant, bref, passa, et la chose noire hocha la tête avant d'affirmer :

- Je vois. Comme il sait qu'il ne le peut pas, il n'essayera pas, c'est ce que tu veux dire ? Tu l'as peut être mieux compris que moi, Salim.

Sans laisser le temps au jeune homme de répondre, ou de faire comprendre son point de vue, l'être noir se tourna vers Ka, et demanda :

- C'est vrai ? C'est comme ça que tu agis ? Tu restes parfaitement impassibles dans toutes les situations où tu ne peux rien faire ? Tu choisis, toi-même, de ne pas réagir ? Alors tu es une sorte de plante. Explique-moi, vieil homme, ce que tu accomplis de cette manière.

L'être noir s'était rapproché tout près de Ka, son visage montrait une certaine haine et un dégout profond. Ka, alors,  se mit à sourire, d'un sourire franc et bon, ni moqueur, ni vainqueur. Un sourire simple, devant le noir dégoulinant. Aucune souffrance ne se lisait dans ses traits, il dit :

- Je construis une cabane, je m'occupe de mon potager, je ris en pensant à mes amis, je regarde le paysage, et j'aide ceux qui se sont égarés dans les lieux que je connais.

L'être noir pouffa, brièvement, avant de demander :

- Est-ce cela, l'Homme ? Un idéaliste ?

- Un optimiste. répondit Ka sans relâcher son sourire.

Alors la créature sourit à son tour, à pleine dents, et, peu-à-peu, un rire monta du fond de sa gorge, et éclata, crissant, rayant. Il riait, sans s'arrêter, passant une main sur son visage, marchant quelques pas, basculant à gauche, à droite. Il s'esclaffait fort, en continu, vers eux, vers le ciel, se cambrant, se voutant, parfois les deux mains sur la bouche. Rien n'était sain, dans ce rire, il était fou, dément, plein de haine et de violence, il se déversait sans plaisir.  Et lorsque, parfois, il reprenait son souffle, quelques instants plus tard l'être noir riait à nouveau.

- Celui... Commença-t-il, puis il fut coupé par son propre rire.

Après une nouvelle vague hilare, il reprit :

- Celui à qui j'ai mangé les yeux, ce matin, c'était un optimiste ?

Son discours était coupé, saccadé, par son rire. Et sa voix devenait terrifiante, partant vers l'aigu. Cela ressemblait à une lamentation, de ceux qui pleurent de rire.

- Il pleurait... Toutes les larmes... De son misérable corps. Il avait si peur que ses excréments.... Sortaient en paquet. Il était si maigre qu'on croyait... Qu'il allait se tuer tout seul... En se cassant en deux. Il demandait de l'aide aux rochers... Il demandait de l'aide à une fourmi. Il rampait dans ses déjections et son sang... C'était l'être le plus... Pathétique, que je n'ai jamais vu. Et il était parti, confiant ?... Optimiste... C'était un optimiste, lui ?... C'est ça ?...

Il rit à nouveau, avec force, ne pouvant plus parler, pendant quelques instants. Puis il reprit :

- Il s'était dit... "Oh, ça va... Je m'en tirerai bien... Ca doit être faisable... ... Je suis pas si nul que ça... Je suis pas n'importe qui... Moi, je suis fort." Alors il s'est lancé... ...Et il a fini... En squelette de chair... Baignant dans sa merde... Les yeux arrachés.

Son rire s'affaissa, petit-à-petit. Un temps passa. Et, bientôt, alors qu'il souriait encore, c'est avec une voix normale que l'être noir s'adressa à Salim en s'approchant de lui :

- Toi aussi, Salim, tu es un optimiste ? Et tu le resteras à jamais ? Même lorsqu'un jour, allant chez Ka, tu découvriras sa maison gorgée de sang ? Même lorsque tu verras, à nouveau, les musaraignes te dominer ?

Il était devenu sérieux, voire colérique, et il regardait Salim, attendant sa réponse avec un visage sévère.

***

Du point de vue de Staz.

Après la longue tirade que l'être noir avait prononcée, il se mit à rire. A rire exactement de la même manière que nous avions décrit plus haut, pendant toute la durée que Ka et Salim avaient vécut, sans le monologue sur l'homme aux yeux arrachés.

Après ce rire, il se tourna de nouveau vers Staz, puis lui dit, d'une voix grave, solennelle :

- Jeune optimiste, jeune idéaliste, tu m'as parlé de ton amie, Hiss. Visiblement cette personne compte, pour toi, et tu m'en as parlé. C'est pourquoi cette raison qu'elle va mourir. Je te suivrai sans que tu ne me voies, je rencontrerai tes amis à travers toi, et je ferai tuer Hiss de tes propres main, par ta propre initiative. Puisses-tu, de cette manière, ouvrir enfin les yeux.

Et l'être noir sourit à pleine dents, le coulis d'encre créant des fils visqueux sur ses lèvres sinistres.
Salim
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Jour d'éveil : Jour 6
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Mar 9 Mai 2017 - 11:44

J’attendais, une seconde éternelle de plus passa. L’Être Noir n’avait pas l’air d’attendre ma réponse, ni de la comprendre d’ailleurs. Je n’ouvris pas la bouche pour le corriger, il ne m’en laissa pas l’occasion. Sa manière de penser était étrange, distordue par l’idée qu’il était intrinsèquement meilleur que nous. Ses pouvoirs étaient puissants, mais quelque chose dans son acharnement contre Ka avait retenu mon attention. Pourquoi accabler un pauvre vieillard, s’il était si insignifiant ? Pourquoi ne pas écraser d’un coup la petite mouche qu’il représentait, si tout était si simple ?

Et puis je vis le sourire de Ka, le feu. Je compris qu’il était temps. Et je le trouvais fort, ce vieillard prétendument fragile. C’était l’Être Noir qui jouait le rôle de la mouche à présent, qui essayait de le piquer, de l’attaquer, de le blesser. D’éteindre le feu.

Il se mit à rire. Un rire faux. Un rire fou. Pas naturel, horrible, horrible. N’importe qui aurait craqué, eu peur. Mais moi je voyais la mouche, et j’étais surtout consterné. Comment une telle abomination pouvait-elle librement se donner en spectacle ? Quelle chose était à l’origine d’une telle haine, d’un tel mépris pour nos semblables ? Je ne souriais pas. Mais je n’avais pas peur. J’avais pitié. Pitié de la chose gluante noire, qui ne comprenait rien.

J’écoutais les horreurs, la mort, le sang, la misère. J’éprouvais de la compassion pour cet être dont il parlait, mais je ne me sentais pas atteint. J’étais calme, je trouvais la provocation grossière, ridicule. Qu’espérait-il de nous ? Souhaitait-il nous briser ? Que nous le supplions ? Que nous le haïssions ? Je n’arrivais pas à suivre son esprit, si tant-est qu’il en avait un. On aurait cru un être immature, pas terminé. « Moi je peux vous tuer, allez, ayez peur de moi. Je suis plus fort ! »

Et alors ?
Le loup était plus fort que la biche, il n’avait pas besoin de parader devant pour autant.


L’Être Noir se tourna à nouveau vers moi.

- Toi aussi, Salim, tu es un optimiste ? Et tu le resteras à jamais ? Même lorsqu'un jour, allant chez Ka, tu découvriras sa maison gorgée de sang ? Même lorsque tu verras, à nouveau, les musaraignes te dominer ?

- Je ne sais pas ce que je suis. J’ignore comment me définir un mot. J’aime aussi regarder le paysage. Je crains pour mes amis, c’est vrai. Mais je sais vraiment rire. Et vous, vous ne voyez que le sang, la faiblesse et la puissance, le noir et la mort. Votre rire est un mensonge.

Je n’étais pas accusateur, ni agressif. Juste calme. Je n’avais ni conscience du futur, ni du passé. Cela me protégeait de la terreur et de la colère en cet instant. J’essayais juste de comprendre.
Staz
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Jour d'éveil : Jour 16
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Dim 14 Mai 2017 - 20:08


Le temps était comme infiniment étiré. Tout était suspendu, et rien ne bougeait. Staz était immobile, et rien, rien, pas même un sanglot ne venait troubler le silence. C'était comme si tout s'était arrêté. Qu'il n'existait plus rien de concret. Il n'y avait que ce monde, dont le jeune homme ne distinguait plus le haut ou le bas. Peut-être avait-il jusque-là toujours eu la tête en bas. Peut-être fallait-il marcher sur le ciel, pour être en sûreté. Peut-être que ce monde-là, ici bas, n'était fait que de mensonges, pour noyer le fait que là-haut, il faisait beau vivre.

Mais était-ce possible, d'avoir une vie emplie de joie ? Et non de massacres, d'horreurs, d'êtres noirs effrayants qui n'avaient d'autres ambitions que de noyer les aimables gens dans des marées grouillantes de grillons immondes ?
Staz n'en avait finalement aucune idée.

Et l'être noir, de son visage morbide, lâcha encore des mots durs, qui résonnèrent dans le coeur de Staz. Et, dans cet espace où le temps semblait arrêté, les pensées voguaient dans sa tête comme sur un océan en pleine tempête. Mais quelque chose, une lueur étrange, rendait cette bouillie infâme de pensées violentes presque lucide. Il entendait, et les mots, chacun des mots, de la chose frappait son cerveau et s'y ancrait.
Alors c'était ça ? Des idéaux inatteignables ? Les larmes de Staz se tarirent, comme s'il n'avait plus rien à pleurer. C'était comme si quelque chose avait disparu. L'espoir ? Mais au fond, pourquoi avait-il pleuré ? Parce qu'il ne pourrait jamais atteindre ses idéaux, comme le disait si simplement cette chose immonde ? Perdait-il, au fond, l'espoir de voir ses rêves devenir réels ? Ou peut-être ... Peut-être se mentait-il, comme le suggérait la créature ? N'était-il au final que cet ignare que décrivait l'être noir ?

Alors que Staz restait silencieux, alors que Staz se perdait dans ses pensées obscurs, le visage de la chose se tordit étrangement, derrière son masque de sang noir. Un sourire morbide, fou, aliéné. Et ce sourire se transforma en rire, tout aussi fou, tout aussi effrayant. La chose se tordait, se tordait encore. Et sans que Staz ne parvint à juger de quoi elle se riait ainsi, elle riait encore. La mine tordue, il se pliait, se voûtait, titubait étrangement sous les assauts étranges.
Finalement, au bout de longues minutes où le rire n'avait été que le seul son émergeant sur cet terre, la chose se tut, et ses lèvres cachaient tout de même mal le sourire qui rendait son visage plus effrayant que jamais.

Et les mots tombèrent, à nouveau, comme une sentence. Staz devint blême. Très blême. C'était comme si tout son sang s'était enfui de son visage pour porter secours à son coeur, qui venait de prendre un coup de lame violent. Hiss. Hiss. Les yeux de Staz clignèrent une seconde sans comprendre, alors que son corps, lui, comprenait parfaitement. Tous les ports de sa peau se mirent à suer unanimement, et son coeur s'emballa de plus belle. Les bras de Staz tombèrent, ballants, de chaque côté de son visage hébété. Tout son corps tremblait, désormais, mais de peur, d'effroi. Et non plus de douleur. Il n'avait plus peur. Plus pour lui, en tout cas. Car si Hiss disparaissait, plus rien ne valait la peine de se donner tant de mal.

Comme agité d'un second souffle, Staz s'agita, d'abord faiblement, puis de plus en plus fort. Ses muscles tressaillaient étrangement, et sous l'adrénaline, il se sentait pousser de nouvelles forces. Bandant ses muscles, il se tortilla comme un asticot, pour libérer ses pieds qui étaient toujours prisonnier de cette corde épaisse. Et peu importait la douleur à sa cheville. Son visage, rapidement, passa du blanc au rouge. Et la colère, peu à peu, montait, plus forte que la peur.
- Je vais te tuer ...
Le murmure franchit ses lèvres, comme un psaume puissant.
- Jamais tu ne la toucheras.
Sa voix, un peu plus forte, perça le silence, alors qu'il n'entendait même plus les grillons. Un sifflement aigu retentissait à son oreille, et un rire perça son crâne. Il y avait toujours, là, dans sa tête, cette voix, qui riait, riait, comme aurait pu rire le monstre, quelques secondes auparavant. Qui riait, riait, de la haine, de la rage de Staz. Mais, loin de s'en moquer, ce rire avait quelque chose ... De fort. De puissant. Qui faisait battre un peu plus fort le sang dans les veines de Staz. Qui se tordait, encore et encore, au bout de sa corde, pour tenter de se décrocher.
- Jamais tu ne l'approcheras.
La voix dans sa tête, riait encore, mais laissait parfois, au milieu de ses gloussements, échapper un son, un sifflement encore, dans une langue impossible à déchiffrer. Mais il n'y avait aucun doute. Les yeux de Staz se plantèrent dans les orbites ruisselantes de cette chose. Cette misérable. Minable chose. Qui n'était rien de plus qu'un tas de boue. Un tas de boue qui n'attendait plus que d'être piétinée. Elle maîtrisait le monde. Mais le monde ne pouvait rien faire face à la haine. Il ne voulait pas le tuer ? Et bien, il n'aurait pas le choix, s'il voudrait continuer à grouiller avec ses grillons en se faisant passer pour un monstre. Il n'était qu'un lâche, qui se cachait dans ses grillons. Il n'était même pas capable de blesser. Il n'était même pas capable d'effrayer. Ce n'était qu'un amas de boue désarticulée.
- Je t'arracherai la gorge pour ce que tu as osé dire, lâche.
Forçant sur ses bras, sur son dos, il essaya de remonter suffisamment son buste pour atteindre ses chevilles, mais ses mésaventures précédentes avaient bien trop entamé ses forces pour qu'il y parvienne.

Mais désormais, il avait une certitude. Ses rêves avaient un raison d'être. Et ses espoirs n'avaient jamais été un tord. Peu importe ce qu'on lui dirait. Il préférait mourir que de revenir sur ces idéaux.
- Tu n'es qu'un tas de boue. Tu envies l'Homme, car tu n'aspires à rien, tu n'as aucun espoir. Tu n'es qu'un misérable caillou sur mon chemin. Reste à ta place, miséreux. Le seul qui mourra de peine ici, ce sera toi, car moi je mourrais en rêvant, bâtard. Et le monde se portera mieux sans toi, tas de merde.

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Lun 15 Mai 2017 - 22:04

Du point de vue de Salim.

Alors que Salim répondait à l'être noir, ce dernier gardait le visage entièrement neutre. Il ne souriait pas, il ne réagissait pas, il se contentait de regarder le jeune homme, sans bouger.

Lorsque Salim termina d'exposer sa pensée, un temps passa, sans que la créature ne réagisse. Le vent soufflait.
Ce fut au tour de Ka d'intervenir, poursuivant les propos de Salim :

- Aucun espoir n'est vain. dit-il.

Il avait le visage paisible, et regardait l'être noir sans animosité. Ses yeux étaient doux, un sourire léger résidait sur ses lèvres. Il poursuivit :

- Nous avons décidé de laisser une place au rêve, et nous en sommes heureux. Voilà la réponse que nous apportons à tes questionnements.

L'être noir avait tourné la tête vers Ka alors qu'il prononçait ces mots. Son visage restait parfaitement impassible, sans la moindre expression. Le grillon posé sur sa tempe, la matière noire dégoulinant en dévoilant les contours de sa bouche droite.


***


Du point de vue de Staz.

L'être noir semblait étudier la réaction de Staz sans y réagir fortement. Il restait distant, et ne montra pas de colère immédiate contre ses mots, son visage était devenu sérieux. Lorsque Staz eut fini de se prononcer, la corde qui lui liait les jambes s'allongea soudain pour lui attacher les bras, puis lui couvrir la bouche et l'empêcher de parler davantage. Enfin, elle s'étendit jusqu'à le rapprocher du sol de grillon, suffisamment pour que son visage soit au niveau de celui de l'être noir.
Ce dernier s'avança de lui, jusqu'à ce que leurs têtes, l'une à l'endroit, l'autre à l'envers, soient face à face.
Alors, son visage restant sérieux, et son ton calme, il dit :

- Vois-tu ? Il m'a suffit de quelques mots pour faire s'envoler tes idéaux, ton optimisme, et que tu tentes vainement de les protéger derrière ta colère sourde et irrationnelle. J'avais donc raison, et je te l'ai montré. Vous êtes impuissants à réaliser vos rêves, une simple bourrasque peut les balayer.

Il toucha brièvement le front de Staz, sourit, puis se retourna, et se mit à marcher, s'écartant lentement, en disant :

- Si tu savais le cafard que tu étais, tu aurais compris que jamais je n'avais eu l'intention de perdre mon temps pour toi. Ton orgueil ridicule t'a trahi. A présent, et pour toujours, tu seras obsédé par l'idée de perdre ton amie, alors que je n'ai usé de rien d'autre que des mots, et que je me fiche bien de votre vie minable.

De dos, on pouvait voir le visage blanc, à l'arrière de son crâne, sans expression. Il s'éloignait, de plus en plus, jusqu'à devenir une tâche dans le paysage.


***


Du point de vue de Salim.

L'être noir regardait Ka, il restait impassible. Au bout d'un moment relativement long, il se mit à parler :

- Les hommes sont aliénés. Il suffira que le prochain ait un peu moins de patience que moi, qu'il soit un peu moins curieux que moi, pour que vous mourriez, tous.

De la même manière que du point de vue de Staz, alors, l'être noir se retourna et se mit à marcher. De dos, son visage blanc visible, il dit ces derniers mots :

- Et je n'ai pas l'intention de cultiver de dents-de-lion.

Il marcha alors, un certain temps, jusqu'à n'être plus qu'une silhouette lointaine.


***


Des deux points de vues.

L'être noir lointain, les grillons se mirent soudainement à chanter à l'unisson. Sans beaucoup de force, au début, puis, progressivement, en faisant un bruit démentiel, couvrant la terre et le ciel.

Puis, soudain, silence. Et l'être noir avait disparu.

Ka, Staz et Salim étaient de nouveau réunis dans la plaine, debout, côtes-à-côtes. Aucun monstre ne les entourait. L'arbuste qui avait été devant eux quelques instants plus tôt n'était plus là. C'était comme s'ils s'étaient tous réveillés d'un mauvais rêve. Ka avait retrouvé son bras manquant, Staz n'avait pas sur son visage les marques noires que l'être avait pu y poser.

Alors, le vieil homme tomba à genoux, la tête basculant vers l'avant. Puis son corps fut secoué doucement par une forme de sanglot. Du moins c'était ce que l'on pourrait croire. Mais, lorsqu'il releva la tête, on put voir un sourire vrai, franc et sincère rayonner sur son visage, et comprendre qu'il était en train de rire. Il leva les mains au ciel, pris les bras de Staz et de Salim qui étaient près de lui, puis dit d'une voix émue :

- Bravo, mes amis. tout en les regardant l'un après l'autre. Bravo.
Nous sommes saufs à présent.
Staz
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Jour d'éveil : Jour 16
Race : Echoué
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Lun 17 Juil 2017 - 18:50


La colère rendait Staz aveugle à sa propre faiblesse. Il était là, seul, suspendu par les pieds à ce quelque chose qui n’était pas suffisamment vraisemblable pour que son esprit s’y accroche vraiment. Et là, en bas, les pieds bien ancrés dans le sol, cette créature au visage insondable qui tentait de le briser. C’était comme si on voulait lui arracher sa seule et unique once d’espoir, qu’il tentait encore de défendre en montrant les crocs. Mais c’était peine perdue. Ce genre de créature étrange le surpassait en tellement de points qu’il restait là, bouillant de rage, incapable de répliquer le moindre mot. Etait-il si faible que ça ? Ne pouvait-il donc même pas défendre Hiss ?
Ses idéaux, si fièrement acquis, étaient-ils la tare que cet Être Noir prétendait qu’ils soient ? Qu’y avait-il de si mal à espérer un monde meilleur ?

Staz se sentait plus seul que jamais, alors que les mots de la créature résonnaient étrangement, une fois de plus, dans son crâne. Tout ceci n’était rien de plus qu’un vaste cauchemar. Ses nerfs le trahissaient, une fois de plus, alors qu’il restait là, ballant, à écouter cette créature qu’il avait envie d’étriper. Il ne pouvait faire qu’écouter, hélas, écouter ces paroles absurdes, invraisemblables. Ecouter cette voix qui se croyait plus haute que toutes les autres. Avec ses grillons à la con et ses morales débiles.

Et bientôt, tout fut terminé. Le visage trop sérieux, ou peut-être trop fier, disparu, tout comme les liens et la colère. Et Staz, de nouveau, fut sur ses deux jambes tremblantes, qui n’attendirent pas une seconde pour lui faire faux bond. Il s’écroula, tombant à genoux lourdement, alors que tout son corps ne demandait rien d’autre que la paix, pour une fois. Le repos.
Sa tête, quant-à-elle, était vide de tout. Les espoirs laissaient place aux doutes, la colère à la peine, la rancœur à la culpabilité. Il s’était montré faible, une fois de plus, une fois de trop peut-être. Cette fois-ci, sa vie n’était pas le plus important. Le Sort avait décidé de mêler la sienne plus intensément encore à celle de Hiss. Pour le pire plus que pour le meilleur, une fois encore.

A genoux, le Cafard se morfondait une fois de plus. Ka, lui pleurait. Non, riait en fait. Oui, ils avaient survécus. Etait-ce un miracle, ou bien une torture de plus ? Un instant, Staz pensa qu’il aurait préféré la mort, finalement. Simple, rapide. Alors que ça, tous ces doutes, toute cette détresse, n’avaient rien ni de rapide, ni de simple.

Les mots de Hiss lui revinrent. « C'est quoi, ton animal préféré, Staz ? Genre, celui auquel tu t'identifierais ? », lui avait-elle dit, ce premier jour. Aujourd’hui, il avait eu sa réponse. Il n’était rien de plus qu’une vulgaire blatte. Un cafard.
Alors il se releva. La décision était prise. Son regard trahissait la peine autant que la détermination –ou peut-être était-ce une forme de lâcheté. Aujourd’hui, il avait été cafard. Incapable de résister à la peur dont les sillons marquaient encore ses joues, ni à la colère dont ses poings serrés montraient les traces. Mais demain serait un autre jour. Et jusqu’à ce qu’il ne soit plus ce cafard, cette larve abominable, incapable de défendre l’essence même de ce qu’il voulait protéger –la vie de Hiss et celles de ses amis par extension-, il ne rentrerait pas.

Un pied après l'autre, il se releva. Sauf, mais à quel prix. Du revers de la main, il essuya les larmes qui bourgeonnaient encore à ses yeux. Et un sourire naquit sur ses lèvres. Un sourire étrange, mais sincère tout de même. Il n'avait plus peur, ils étaient saufs après tout. Ses jambes tremblaient toujours autant, mais cette fois, elles tinrent, alors que le silence l'assourdissait étrangement. Il resta silencieux, le regard dans le vague, fixant l'horizon.

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