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Ame sauvage s'éveille [Important | J.19 | Sylve ; Vera] [CLOS]
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Vera
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Messages : 15

Jour d'éveil : Jour Dix-Neuf
Race : Echouée
Métier : Aucun
Groupe : Errants
Fiche de présentation : φ
Journal : φ
Lun 27 Mar 2017 - 19:31

Il faisait froid. C’était tout ce que Vera pouvait constater. Il faisait glacial.

Même l’eau sombre du lac mortel semblait frissonner, des vaguelettes tremblotant jusqu’à s’échouer sur les galets ronds et inconfortables qui composaient la berge salvatrice. Sa surface irrégulière et frêle n’était que trompeuse apparence sur la véritable nature de ce qui se cachait en-dessous. L’étendue se révélait ne pas être aussi innocente, et elle vous happait sans pitié pour vous dévorer de ses doux courants froids, jusqu’à ce que votre carcasse demeure pourrie au fond des temps.

La naufragée sentit une vague de frissons lui remonter dans la nuque à la simple pensée de ce à quoi elle venait d’échapper, à bout de forces. Elle n’était certainement pas en état de braver à nouveau les flots impétueux mais calmes, si le besoin était. Il lui semblait que bouger de cette plage de roches était impossible ; aucun de ses membres ne voulait suivre les directives vainement imposées de son cerveau encore sous le choc.

Son regard délavé se détacha finalement du ciel déchiré de nuages mornes et blancs pour s’échouer sur la forêt, qui se dressait autour d’elle en arbres sinistres et austères. Eux aussi semblaient abriter trop de paix pour qu’elle ne soit véritable. Le couvert se voulait attrayant, comme un terrier le serait pour un lapin. Toutefois, un pressentiment de danger mettait en garde son pauvre esprit chamboulé : les feuillages se refermeraient sur elle comme le trou boucherait sa sortie pour piéger le rongeur.

Il lui semblait soutenir les regards malsains de choses invisibles, peut-être même inexistantes. Mais cette sensation de malaise persistait quels que furent les tentatives de l’humaine pour s’en débarrasser. Elle était à découvert et la proie idéale pour tout prédateur s’aventurant là, à cet instant. On aurait rapidement fait de l’achever sans qu’elle ne puisse rien y faire, car elle le pressentait, cet endroit n’était pas le plus accueillant : sa naissance lui en donnait goût.

Vera trouva le courage et la force fatiguée de rouler sur le côté. Elle esquissa une grimace de douleur en sentant les graviers et les galets offrir position peu confortable à son corps trempé, mais tâcha de faire fi de la sensation aussi désagréable que futile. La créature des flots fut sur ses jambes fébriles en quelques instants fastidieux, et perchée ainsi sur ses membres, elle eut loisir d’observer les alentours austères d’un peu plus haut.

Sans plus attendre, ne voulant prendre de risque de se faire repérer plus qu’elle pouvait déjà l’être, l’Echouée s’engouffra dans les sous-bois, sentant l’humus doux et humide se coller à ses pieds, sentant les murmures inquisiteurs des buissons qu’elle franchissait sans la moindre inquiétude autre que de se débarrasser de cette tension qui ne voulait lâcher prise de son corps. Une angoisse, qui, elle ignorait pourquoi, ne la laisserait pas en tranquillité avant longtemps, très longtemps. Peut-être était-ce dû à cette impression d’être une proie ? N’être qu’une misérable souris dans un jeu qui engageait des lions ?

Alors qu’elle s’enfonçait dans la futaie infiniment grande depuis de longs fragments de temps, déambulant sans réel but que celui de se protéger d’ennemis, Vera s’immobilisa, comme pétrifiée. Il y avait quelque chose qui avait bougé. En une pulsion de cœur, voilà que le sang battait maintenant ses tempes. Un peur sourde, incontrôlable, s’empara de ses entrailles, malmenant son ventre maigre. Ce n’était pas une de ces peur que vous pouvez contrôler, non : celle-ci était soudaine, violente, et prévenait d’un danger plus grand que celui auquel vous vous attendez, vous clouant sur place toutefois, alors que vous devez fuir.

Après de longues minutes à fureter du regard les sous-bois, la jeune femme esquissa plusieurs pas en arrière, courbant à chaque fois un peu plus l’échine jusqu’à s’accroupir, les doigts posés au sol pour maintenir une position stable et certaine. Sa respiration se fit un peu plus courte, ses pupilles ténébreuses se dilatèrent doucement : elle venait de les voir. Ces deux grands yeux sans vie, qui vous observent avec ruse malsaine, avec un sadisme pervers. Un être semblant un homme à la peau dégoulinant de noir, difforme, qui semblait en proie à un conflit entre lui et lui-même, d’où ses propos incohérents.

Inconsciemment, les lèvres de la jeune femme se retroussèrent pour dévoiler ses dents légèrement jaunes. Elle prévenait cette chose de ne pas l’approcher, et tentait une position agressive même si elle n’aurait de tout évidence pas été en état de lutter face à quoi que ce soit. Ses jambes tremblaient simplement sous le piètre effort qu’était celui de se maintenir dans cette position animale, peu commune à celle d’un humain.

Dans un grommellement destiné à lui-même, celui-qui-guettait se retourna promptement après avoir longuement observé ses lèvres fines et gercées, ses yeux mornes et ses sourcils froncés, disparaissant dans les ombres des fûts austères. Il ne l’avait pas attaquée. Simple chance ou menace prise en compte ? Il semblait à l’Echouée que sa survie ne se valait qu’à une intervention hasardeuse. Elle se doutait étrangement que cette chose n’était pas en train de l’observer pour le simple plaisir –qui aurait trouvé bonheur à détailler ce corps, même nu, rachitique et sans couleur ? Sa première rencontre avec un habitant de la vallée venait de se concrétiser, et nul doute ne fait qu’elle aurait préféré ne pas y participer quand bien même rien à part cette angoisse continuelle ne lui avait été infligé.

Secouée, Vera resta sans réaction pendant des minutes qui parurent durer des heures. Lorsqu’elle daigna recouvrer ses esprits songeurs, elle se redressa sur-le-champ, comme si une décharge électrique venait de la frapper. Elle secoua rapidement sa tête, perdue, puis se remit en route pour une destination inconnue.

C’était certain, maintenant, ces lieux hostiles ne voulaient pas de son existence. Cette bête grognant et murmurant d’infâmes propos sans queue ni tête ne lui laissait rien présager de meilleur que sa noyade lui permettait déjà. Elle se demandait, alors, pourquoi les divinités qui régnaient sur elle avaient souhaité l’engager ici ? Peut-être était-elle repentante d’une erreur fatale ? Auquel cas, elle aurait aimé savoir laquelle, puisque seul le noir venait emplir sa tête lorsqu’elle tentait d’éveiller un souvenir. Seul le nom que lui avait soufflé la brise sans bouche demeurait connu. Lui seul se révélait dans sa mémoire obscure.

Soudain, la fille des flots fit volte-face. On la suivait encore. La créature n’avait finalement pas laissé tomber ? Revenait-elle avec sa meute ténébreuse ou errait-elle encore à sa recherche, ayant subitement rebroussé chemin pour venir cueillir son repas ?

« N’approche pas de la naufragée » gronda Vera d’une voix rendue grave par la méfiance.
Sylve
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Messages : 9

Jour d'éveil : Jour 17
Race : Racine
Métier : Chasseuse
Groupe : Errant
Fiche de présentation : Ø
Sam 1 Avr 2017 - 18:21

- « Fixe le roulement du monde, écrase les musaraignes sous ton pied »
.


Je me réveillai avec une sensation étrange. Mon sommeil avait été agité, mais je ne me sentais pas mal pour autant, comme si le début de la nuit avait été cauchemardesque, et la fin, un rêve sans peurs ni angoisses. Une phrase avait accompagnée mon sommeil, parlant de musaraignes… ou quelque chose comme ça, je ne m’en rappelais pas bien.

La sensation s’estompait peu à peu et j’émergeai de mon sommeil. La blancheur de la terre et du ciel me fit fermer les paupières et grimacer. Le ciel était plein de nuages gris-blanc reflétant la lumière et le sol était lui-même recouvert d’un manteau blanc.
Cette matière blanche m’émerveillais. Je descendis de mon arbre à toute vitesse, n’ayant qu’une envie : toucher cette chose. Dans ma précipitation, je dérapai sur l’écorce humide de l’arbre et tombai à quelque mètres du sol, tête la première.
La matière blanche avait amorti ma chute et je relevai la tête en riant comme une crétine. Je me roulai par terre et envoyai des poignées de blancheur vers le ciel. Cette chose rendait heureux, c’était étrange et je savais bien avant de la toucher qu’elle ne me ferait aucun mal. Elle était seulement glacée. Mes pieds et mes mains étaient endoloris, mais ça ne me dérangeait pas. Je pris la chose avec mes deux mains et la regardai d’un air d’abrutie heureuse, un sourire s’étirant d’une oreille à l’autre.

« Neige… » Le mot était apparu avec clarté dans mon esprit.

La neige, c’était de la neige.
« Apparaît lorsque l’air est froid, eau se durcissant jusqu’à devenir du cristal ».
Cette révélation, pourtant en moi depuis toujours, me remplissait d’un bonheur niais. Je connaissais le nom de cette chose magnifique, et ça me suffisait.

Je me rendis soudain compte que je n’étais absolument pas à l’affût. Ce monde ne laisse pas de répit, je ne devais pas baisser ma garde. Je me redressai lentement et analysai l’environnement, afin de repérer un quelconque danger.
Rien. Ni son, ni ombres mouvantes, ni odeurs particulières. Et surtout, ni corbeau de malheur !
L’animal avait enfin disparut. J’esquissai un sourire et remontai dans l’arbre chercher mes quelques biens. Je saisis ma lance et ma peau de lapin, avant de redescendre.
Arrivée au sol, je me rendis compte qu’il faisait vraiment froid… Je réalisai alors le problème. Je devais apprendre à survivre avec ce nouveau climat… Je décidai d’abord d’enfiler la deuxième peau de lapin, la mettant sur ma poitrine et faisant un noeud bien serré afin de me mouvoir sans avoir à la remonter sans cesse.

Je me mis en route, mais cette fois en me retournant à la lisière de la forêt afin de contempler une dernière fois la clairière blanche. Je n’étais pas à l’aise à l’idée de quitter cet endroit contenant, muni d’un point d’eau et particulièrement agréable, mais je devais explorer ne serait-ce qu’une partie de ce monde. Peut-être y avait-il ici des gens sensés ? Il fallait que je le découvre.
Même si la vie en communauté me rebutait un peu, je savais que j’avais besoin d’un groupe pour survivre.
Je me mis donc en chemin, m’enfonçant dans la forêt mais surtout dans la profondeur de la neige. L’avancée était difficile, il faisait froid et mon estomac se tordait à chaque effort physique.
La forêt était encore plus silencieuse qu’à son habitude, comme si le manteau de neige, en recouvrant le sol, avait également recouvert les sons, pourtant discrets, de la nature.

Mais soudain, dans ce silence pesant, j’entendis un croassement rauque juste derrière moi.
Je fermai les yeux en soupirant, priant pour que ce son déplaisant ne soit que le fruit de mon imagination.
Un deuxième croassement pressant se fit entendre. Je levai les yeux au ciel et me retournai en jurant.

« Satané crétin de piaf de salaud de mer… »
L’oiseau me répondit en croassant de plus belle, comme si il répondait à mes insultes fleuries.

Nous restâmes là, à nous regarder en chiens de faïences pendant plusieurs minutes.
Finalement, j’haussai un sourcil et continuai mon chemin, tournant le dos à ce corbeau de malheur.
Je pouvais entendre des bruissements d’ailes, me suivant tandis que je progressais entre les arbres.

« Tu ne me lâcheras jamais, maudit piaf ? »

Comme je m’y attendais, un croassement approbateur se fit entendre. Je me retournai pour observer mon harceleur. L’animal me suivait à bonne distance, volant de branches en branches, s’arrêtant quand je m’arrêtais, reculant lorsque je m’avançais vers lui.
La sale bête m’ennuyait, mais n’était pas si gênante que ça lorsqu’elle ne poussait pas ses croassements agaçants.
Je finis par m’habituer à sa présence dans mon dos.

Alors que je marchais doucement entre les arbres, j’entendis des bruits, provenant de derrière un arbuste se trouvant sur mon chemin.
Je m’immobilisai, dans l’attente de voir en surgir quelque chose mais rien ne vint. Je m’avançai alors doucement, presque à quatre pattes comme un fauve en chasse.
La neige camouflait le bruit de mes pas, mais le bruissement des feuilles de l’arbuste que je dégageais fit du bruit, risquant fort de me faire repérer.
Je finis par émerger de mon arbuste, un peu impulsivement, me disant que de toute façon, l’attente ne servirait qu’à me faire paniquer pour pas grand chose.

Ce que je découvris me laissai perplexe. Il y avait devant moi, accroupie comme un animal, une femme, ou du moins ce qui y ressemblait.
Elle était tellement pâle qu’on aurait dit un fantôme. Comme moi, elle avait de longs cheveux noirs mais son corps squelettique ne reflétait aucune force. Cependant, la créature semblait vive et agile. L’expression de son visage traduisait une sorte de peur sauvage mélangée à une agressivité toute aussi bestiale. Ses lèvres étaient retroussées sur ses dents et elle semblait prête à bondir, pour m’attaquer ou s’enfuir, je ne le savais pas vraiment…

« N’approche pas de la naufragée ».

L’inconnue avait prononcé ces mots dans un grondement méfiant qui se voulait menaçant.
Je haussai un sourcil. Je n’avais aucune envie de m’approcher avant de savoir si cette créature mi-humaine mi-animale représentait un danger. Et puis c’était quoi une « naufragée » ? Une nouvelle sorte de créature peuplant ce monde ? Un nom de clan ? ou peut-être était-ce le nom de ceux que la folie avait dévorée….?
Je m’approchai lentement d’elle et me mis à scruter ses yeux à la recherche du vide propre aux déments… Mais je ne vis qu’une lueur de méfiance ainsi qu’une pointe de surprise à mon égard.
Elle n’avait probablement pas compris l’intérêt de mon geste mais elle resta tout de même où elle était.
Soudain je me rappelai que les deux énergumènes de la veille étaient justement deux. Redoutant un quelconque piège, je scrutai les alentours à la recherche d’autres formes de vies humaines.

« Es-tu seule ? »

J’avais parlé assez fort de façon à ce qu’elle m’entende - et pour qu’elle et d’éventuels autres humains ressentent mon assurance -. Je n’avais pas peur, et je tenais à le montrer.
La femme se raidit et me regarda avec interrogation.
Je levai les yeux au ciel, me disant que si elle n’était pas folle, elle n’était en tout cas pas très maligne.
Ceci dit, elle ne semblait pas inoffensive non plus et c’était toujours bien d’avoir une alliée…
Je m’accroupis face à elle en grognant et dis d’une voix toujours aussi amicale :

« Eh la bestiole rachitique ! T’es seule oui ou non ? ».
Vera
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Jour d'éveil : Jour Dix-Neuf
Race : Echouée
Métier : Aucun
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Fiche de présentation : φ
Journal : φ
Jeu 13 Avr 2017 - 22:12

Vera plissa ses yeux délavés pendant que l’être beuglait sans se soucier de ce qui peuplait les lieux. La femme aux allures d’animal pensait qu’il s’agissait d’un monstre, comme celui qui l’avait dévisagée avec envie folle de la dévorer, qui venait l’attaquer : de tout évidence, ce n’en était pas un. Cette chasseresse, qu’on pouvait supposer à l’aide de sa piètre lance en bois, n’avait pas l’âme sauvage. Plutôt l’esprit encombré et suffisamment stupide pour éveiller tout le sous-bois.

La fille des flots rajusta sa position accroupie pour dominer de quelques centimètres le regard sombre de l’humaine. Ses paroles prenaient sens dans son esprit encore noyé par les courants du lac infernal, et bientôt elle finit par les analyser pour y répondre, de sa voix naturellement lasse, à peine rauque :

« Elle est Seule. »

« Seule ». Drôle de surnom dont elle était qualifiée, mais cela lui importait peu. La gent pouvait l’appeler de n’importe quelle manière qu’elle en serait restée indolente et détachée. Elle s’appelait Vera, comme elle aurait pu porter tout autre nom que ç’aurait été pareil. Les cieux avaient décidé de la baptiser ainsi après avoir échappé aux profondeurs des marées ; elle consentait leur jugement sans toutefois l’apprécier, puisque les dieux n’avaient rien fait pour l’aider, jusqu’ici. C’était ainsi qu’elle devinait ne pouvoir plus que compter que sur elle-même, pauvre naufragée au milieu de loups affamés.

Elle le sentait, ce danger qui embaumait l’air. Il se rependait partout : entre les fûts des arbres et sous leur feuillages épais, contournait les buissons et envahissaient les plaines, ruisselaient au-dessus et sous l’eau dangereusement obscure. Il était omniprésent, comme si la sensation d’être observé ne s’arrêtait jamais. On le respirait, le touchait. Il nous enveloppait dans un sarcasme froid et mortel, jusqu’à ce que la raison s’en aille et la folie nous gagne.

Folle ? Vera ne l’était guère. Un peu humaine, mais plus animale ; on ne savait pas vraiment comment la qualifier que de « créature ».

« Seule » ne prononça pas d’autres mots alors que la chasseresse la sondait en vain, tentant de comprendre à son tour ses mots étrangement prononcés. L’Echouée savait le trouble de celle qui lui faisait face mais ne tint rien pour aider son esprit à démêler le sens pas profondément enfouit pourtant.

« J’comprends rien à ce que tu dis, là. Tu parles bizarrement »

La réplique fut prononcée d’une voix claironnante, faisant de nouveau taire les timides chants d’oiseaux qui reprenaient. Les dents de l’humaine à l’allure d’animal glissèrent les unes contre les autres pour faire s’élever un grincement agacé et impatient. Elle voulait que cette chose la laisse en paix –quelle ironie !- et trouver de quoi satisfaire ses besoins. Vera avait faim et besoin de trouver un refuge certain pour se reposer à l’abri des dangers forestiers. Pas d’une compagnie involontaire qu’elle ne supporterait pas.

La jeune femme ignorait d’ailleurs que d’autres Hommes vivaient en ces lieux austères et peu propices à l’épanouissement. Il ne semblait y avoir ici qu’un enfer infini, dont chacun connaîtrait l’existence des démons lorsque ceux-ci se révèleraient depuis les ténèbres qui encerclaient les troncs noueux. La Mort perfide semblait régner en maître ici, s’amusant à regarder ses jouets se faire dévorer par ses propres pions. Qui sait ce qui se cachait encore là ? Nul ne voulait le savoir, et Seule ne faisait exception.

L’attention de Vera se détourna de ses songes et se porta sur la femme forte qui s’était mise à son niveau. Elle semblait taillée pour les combats, avec tous ces muscles qui jouaient sous la peau de ses jambes et ses bras. Comment s’était-elle retrouvée dans la vallée, elle ? Etait-elle née des flots ? Ou habitait-elle sur cette terre maudite depuis toujours ?

« Tu m’écoutes, là ?, s’agaça la chasseresse.
-Avale ta salive. »

La rétorque avait manqué de couper l’inconnue dans sa complainte colérique. Les trois mots de Vera n’étaient pas prononcés forts, mais aussi froids que la neige qui trône sur les monts glacials. Ils étaient simplement dits, et comme toutes les paroles de Seule, d’une lassitude blessante. Un ordre aussi calmement posé n’en était que plus déstabilisant.

Le regard délavé de la créature sauvagement humaine se détacha enfin du visage sale de l’aventurière pour se poser au-delà. Derrière elle, à de nombreux pas, s’avançait un oiseau au plumage de charbon, comme si les cendres d’un feu ravageur avaient peint l’entièreté de son corps miséreux, en signe d’un mauvais présage. Ses yeux tout aussi ténébreux que la nuit sans lune observaient avec moquerie les faits et gestes des deux femmes, et son bec se déformait presque en une grimace narquoise. Il semblait être conscient qu’il n’avait strictement rien à faire là, qu’il devrait plutôt rôder avec ses autres compagnons charognards, autour d’un jeune cadavre de cerf pour se délecter de sa chair pourrissante.

Ou peut-être attendait-il que l’une des deux ne se meurt pour déchiqueter sa peau avec indifférence. Il sentait la Mort et devait très certainement patienter son heure de repas, pensant ces bipèdes assez sots pour ne pas deviner la nature d’un tel oiseau. Un malheur ! C’était un signe de malheur éternel, de danger, de désespoir et de situation infiniment insupportable jusqu’à ce que les dieux viennent cueillir notre âme et ne la jettent en enfer, si ce n’était déjà le cas dans cette vallée austère et malsaine.

La voix qui avait énoncé la première phrase de Vera, car celle-ci l’avait entendue d’abord dans sa tête, lui souffla une seconde réplique. Comme un murmure porté par le vent, elle s’engouffra dans ses tympans sans jamais qu’une autre personne l’entende. Comme un sifflement, comme un courant d’air qui se glisse indolemment dans la tête.

La créature à moitié animale accorda un regard des plus neutres au porteur de mauvais augure, quoique peut-être pointé d’une imperceptible méfiance agressive. Elle ne l’aimait pas, elle voulait qu’il s’en aille et déclare ses signes sombres ailleurs.

« Dépèce les corbeaux » dit-elle.
Sylve
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Jour d'éveil : Jour 17
Race : Racine
Métier : Chasseuse
Groupe : Errant
Fiche de présentation : Ø
Ven 21 Avr 2017 - 11:51

Un vent glacial m’effleura le dos, faisant frissonner tout le reste de mon corps, pourtant robuste.
La froideur ambiante qui régnait ici ressemblait à celle qui m’habitait depuis mon réveil…. Et à celle de cette conversation plus hostile qu’amicale.

La bestiole, après avoir plissé les yeux - parce qu’elle ne me comprenait pas ou parce que je la dérangeais - changea de position afin d’être légèrement plus haute que moi.
Je grognai.
Un combat de dominance plus ou moins conscient venait de s’engager et je n’étais pas d’humeur à me battre encore une fois. Aussi décidai-je de laisser à la créature le droit de me défier ; Je pouvais de toute façon changer d’avis et l’attraper par la peau du cou si elle m’emmerdait.
Finalement, après de longues minutes, Bestiole me répondit, d’une voix quelque peu flegmatique :

« Elle est seule. »

La façon dont elle avait tourné la phrase sonnait faux. Je me remis à guetter les alentours, m’attendant à voir surgir d’autres bestioles. La méfiance venait de ressurgir. Si elle n’était pas seule, il y avait un risque de je sois en position d’infériorité. Peut-être que cette phrase était un signal d’attaque ?
Mais rien ne semblait troubler le silence qui régnait dans la forêt. Aucune créature en vue, aucun bruit suspect, aucune odeur particulière. Rien que le vent soufflant dans les branches à intervalles irréguliers.
Mon regard se reporta sur la Bestiole, silhouette devenue un peu plus familière à mon esprit. Pourquoi ses paroles semblaient hors du contexte initial ? Avais-je mal formulé ma question ? J’avais pourtant été claire… Peut-être l’avait-elle mal comprise. Je ne choisis pourtant pas de me répéter.

« J’comprends rien à ce que tu dis, là. Tu parles bizarrement »

Je plongeai mon regard froid dans le sien, mais son esprit était insondable, mis à part un sentiment d’agacement permanent qui suintait de tous ses pores. Une forteresse s’élevait autour de cet esprit étrange… Et pourtant, dans ses yeux, des rêveries prenaient forme. Elle n’était déjà plus là, partie dans ses réflexions.
Peut-être voyait-elle dans mes yeux quelque chose…Ou peut-être était-elle en train de s’interroger sur ce monde, comme je l’avais fait.
Je me coupai de mes pensées avant de partir dans le lointain monde des questions sans réponses et de la philosophie hasardeuse.
Bestiole, elle, semblait vouloir y rester, à tel point que ça en devenait franchement énervant. Étais-je si peu intéressante ?
Un grognement de fierté blessée remonta dans ma gorge.

« Tu m’écoutes, là ? » Grognai-je avec un agacement semblable au sien et très peu dissimulé.

« Avale ta salive »

Sa réponse avait été brève, rapide et froide comme la neige qui recouvrait encore le sol.
C’était audacieux… Provoquer ainsi une personne plus forte physiquement, armée, ayant une expérience au combat, et qui avait beaucoup de mal à contrôler son agressivité… Je fermai les yeux, non pas sous le coup de cette répartie glaciale mais plutôt pour tenter de contenir les pulsions meurtrières qui m’assaillaient. Je pouvais simplement craquer sa nuque de mes mains, habiles dans l’art de tuer, ou planter ma lance à travers sa gorge si fine …? Les choix étaient difficile et tous plus tentant les uns que les autres. Réduire cette bestiole en charpie était mon voeux le plus cher après son manque de tact - finalement, semblable au mien - mais l’on m’en dissuada.

« Non… Pas l’heure de sa Mort… » Susurra un esprit à mon oreille.

C’était difficile, mais je devais renoncer à faire couler le sang. La Mort frappera cette créature squelettique bien assez tôt…À prendre les guerriers pour des idiots, on finit par perdre la tête -dans les deux sens du terme -.
Je soupirai afin de relâcher la tension qui me crispait les épaules et rouvris les yeux.
Bestiole avait le regard fixé derrière moi.
Je levai les yeux au ciel, me demandant qui avait bien pu mettre un boulet pareil sur ma route.

« Comme c’est étonnant » soupirai-je intérieurement, « Heureusement que je n’ai pas décidé de me jeter sur elle pour lui arracher la gorge… »

Cette pensée me fit esquisser un sourire malsain. Comme cela aurait été bon de lui déchirer la chair, de faire gicler son sang…
Un moment d’angoisse me saisit lorsque je me rendis compte de la venue d’un esprit déjà craint…Esprit Damné perdu dans mon esprit, vampire assoiffé de sang... Il avait pris une place omniprésente dans mes pensées, il se manifestait maintenant lorsqu’une pointe rougeâtre d’agressivité émergeait de la nuit glaciale qui m’habitait, et qui façonnait les contours de mon esprit.
Mais cet esprit n’était là que pour m’aider après tout ? Il faisait maintenant partie de moi. Je devais l’accepter, bien que sa moralité était discutable… À l’évidence, la mienne l’était tout autant.

Je reportai mon attention sur Bestiole, le regard encore et toujours retenu sur quelque chose se trouvant dans mon dos.
Je tournai lentement la tête pour découvrir l’abruti de piaf, malheureusement toujours au garde-à-vous.
Qu’est-ce qui pouvait bien retenir l’attention de la créature sur cet oiseau de malheur ? Pour l’instant, ce dernier n’avait fait chier que moi non ?
Je scrutai le regard de Bestiole, à la recherche d’une information consistante.
C’était plus sérieux que ça, je le sentais. La tension était palpable, une hostilité ambiante régnait. Ça ne m’aurait pas étonné de voir les poils de la créature se hérissés et de l’entendre feuler comme un chat sauvage.
Elle n’aimait pas le corbeau, c’était clair. La question était de savoir pourquoi.

« Dépèce les corbeaux »

Le choc de ses mots me percuta avec violence. Cette phrase… Elle faisait écho à quelque chose de profondément enfouit en moi, comme un rêve depuis longtemps oublié qui revient à la surface de la conscience, après une vague de reviviscence partielle.

« Écrase les musaraignes sous ton pied… » Chuchotai-je, presque imperceptiblement.

La créature me regarda enfin. Nous avions enfin quelque chose en commun. Des phrases enfouies dans nos esprits respectifs, dont nous cherchions le sens. Elle venait probablement de trouver un sens à la sienne. Si seulement elle avait été la musaraigne à écraser sous mon pied…
Bestiole continuait à me fixer. Je décidai de l’ignorer et de me tourner vers l’oiseau.

« Pauvre bête, on dirait bien qu’elle veut te tuer… » dis-je avec une pointe d’amusement dans la voix.

La bête croassa doucement, comme si elle chuchotait de façon provocante : « essaie un peu pour voir. »

Je souris. Cet animal, bien que très emmerdant, avait une lueur de malice dans les yeux. Ça me plaisait bien.
Je me retournai vers la créature. J’étais lasse de notre petite querelle ridicule et je n’avais aucune envie de moisir ici, à essayer de déchiffrer son langage.
Je m’attendais à un autre regard de lassitude de sa part mais il fallait bien que quelqu’un mette les choses au clair.

« Ça, c’est l’oiseau qui m’accompagne depuis un moment déjà. Tu ne l’aimes peut-être pas, mais elle va rester avec moi, que tu le veuilles ou non. » Je marquai une pause afin que le message s’imprègne.
« Cela m’amène à te poser cette simple question : Veux-tu venir avec moi, ou rester seule dans la forêt ? Ton choix m’importe peu, mais décide-toi vite, j’ai faim. »

Je me doutais que la réponse n’allait pas venir immédiatement, aussi décidai-je de croiser les bras sur ma poitrine en fixant intensément Bestiole d’un air décidé.
Peut-être que mon regard froid et l’autorité dans ma voix allait suffire à abréger le temps d’attente suivant ma question… Ou peut-être pas, mais ça valait le coup d’essayer.
Vera
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Jour d'éveil : Jour Dix-Neuf
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Journal : φ
Ven 28 Avr 2017 - 1:23

Il lui fût épargné être en si agaçante compagnie qu'elle serait fort bien tranquille. Cette femme, ce corbeau vicieux, ne cessaient de titiller ses nerfs mis à rude épreuve par ses rencontres terribles avec l'eau et le monstre. L'un avait déjà tenté de le tuer, l'autre ne saurait tarder à s'essayer à la tâche. C'était une menace qui pesait sur leurs têtes comme une arme acérée, que maintenait fermement le présage obscure du plumage du charognard. Qu'il s'en fusse en allé ! Chacun fût libéré du poids de ses messages qui, dans les mœurs des plus prudents, n'étaient que ruine et désespoir. Lorsque ses ailes s'ouvraient, survolant les âmes innocentes, le malheur s'abattait sous l'ombre que le lâche vautour projetait au sol, absorbant la lumière, étouffant le soleil, tuant la vie qui prospérait ou tentait de survivre. Rester en compagnie d'une telle entité était effleurer la Mort à chaque instant, jusqu'à ce qu'on ne lui accorde avant qu'elle daigne prendre la vie de l'humain. Il fallait les achever, ces misérables messagers des ténèbres, il fallait les empêcher de proférer leurs malsaines intentions sur la terre des vivants. Hélas ! La sotte chasseresse, si tant est qu'elle puisse être, ne souhaitait l'entendre ni le réaliser. Que les bras de la terre noire, gorgée des pleurs et du sang des défunt, l'embrasse et l'emporte dans son royaume souterrain, alors enfin elle réalisât son erreur.

Seule se contenta de ne rien lui dire. Elle n'avait envie de faire face à cette âme bornée ; à quoi bon ? Elle n'aimait pas parler. À quoi bon ? Cette vie ne lui était pas attachante, elle mourût que pas une once de compassion ne pût l'étreindre. Elle l'observait, ce faciès sombre. Ses traits tirés révélant la rudesse de son séjour dans la vallée, et le noir tatoué sous ses yeux le peu de sommeil que le destin lui accordait. Dans ses yeux luisait cette lueur folle de l'espoir de survie, ce que la créature humaine d'apparence et animale de pensée n'avait pas, ou n'avait plus. Non, ses prunelles, à elle, n'étaient qu'une morne flaque de couleur, d'une peinture qui s'était estompée avec le temps, délavée sous les pluies des hivers. Ou peut-être que l'eau du lac avait elle-même effacé cette teinte verte pour ne laisser qu'une apparence pâle et éteinte de tout sentiment humain. Même les iris des bêtes sauvages semblaient plus vivants que ces billes, si bien que Vera ne semblait même pas appartenir à leur caste. C'était une vie à part, qui n'entrait dans aucun moule autre que le sien, celui qui ne pouvait que correspondre à un tel être si seul et indépendant. Celle en face paraissait pouvoir s'encrer dans une confrérie, si elle n'en faisait pas déjà partie. Ses gestes assurés ne pouvaient que correspondre à un humain qui savait la compagnie, et était épris d'une trop grande confiance pendant qu'il pensait ses acolytes près de lui sans savoir qu'il était aussi vulnérable que l'oisillon qui perce sa coquille pour révéler le monde à ses yeux lourds ; et pourtant, Seule ne savait qu'elle n'était ralliée à aucun groupe. Un groupe ! Voilà ce qu'on pouvait bien lui demander qu'elle refusât sans tarder pour s'engouffrer au travers des arbres austères de la pinède, et voilà que la demande était faite.

La voix si agaçante de la guerrière parvint aux oreilles sensibles de celle aux cheveux de jais qui s'étendaient en une cascade ténébreuses sur son échine et effleuraient le sol humide de leurs pointes. Elle venait de lui demander de l'accompagner, prétendant cela être une faveur. Vera eût rit devant telle sottise si elle était une autre personne ; or elle n'était qu'elle, et son visage resta figé dans le marbre qu'était sa peau. Les duos ne convenaient à la fille des flots. Elle était seule et le demeurât. Manger et laisser reposer son existence sur une autre personne qu'elle ? Au diable !

« Penses-tu que Seule va se contenter de suivre aveuglément un être qu'elle ignore ? » siffla-t-elle en inclinant la tête vers l'avant, ses cheveux suivant le mouvement pour former une sombre parure sur sa tête diaphane.

L'animal au visage d'Homme enfonça ses ongles dans l'humus qui couvrait le sol frais, froid, glacial, de la futaie. La question l'avait fortement irritée ; la croyait-on folle, en tout cas au point de se laisser entraîner dans le gouffre de la Mort ? Rester en compagnie de l'acolyte des corbeaux était, qui plus est, la pire de ses alternatives.

«  Les ombres mentent depuis les tombes de ceux qui sont morts. », ajouta-t-elle, sans que jamais la femme ne saisisse le sens de ses mots, tout comme les précédents qui la qualifiaient à la troisième personne.

Elle les sentait, ces auras noires qui les oppressaient un peu plus chaque instant. Elle les confondait avec les esprits des défunts qui erraient sur terre avec une avidité perfide, pour causer le plus de mal chez les êtres qui leur avaient ôté la vie ; les Hommes. S'il s'agissait seulement de cela, chacun eût été satisfait, or il s'agissait de monstruosités sans aucune pitié, dont la torture infligée à ceux qu'elles hantaient n'était pas que morale, mais aussi physique ; elles pouvaient les achever d'un claquement de dents, d'une morsure cinglante, et ne serait-ce que les faire mourir de terreur d'un seul regard. Rien pour les exorciser, rien pour les faire disparaître en poussière, comme les âmes errantes détachées de leurs enveloppes charnelles et si fragiles qu'elles avaient péris. Non, il n'y avait que la mort qui permettait de se séparer de ces êtres bien vivants et tirés des cauchemars les plus sinistres, extraites des fonds des songes et des mémoires oubliées. Où que l'on pouvait être, la menace persistait et se faisait toujours plus grande, comme si chaque pas, qu'importe la direction prise, faisait se rapprocher les Hommes des monstres sanguinaires.

Ils grouillaient, c'était certain. On ne les voyait pourtant pas, car ils étaient d'abord distants pour mieux s'approcher après. Ils furetaient entre les fûts une proie sur laquelle jeter leur dévolu, puis se jetaient sur elle lorsque le moment était venu, déchiquetant sûrement ses membres sans la moindre éthique qu'il soit donnée. Seul devait importer le fait de s'adonner au plus grand massacre de la chair fine des vivants. Lorsqu'on avait une gueule aussi bien armée, de ce que Seule avait pu constater sur celui-qui-guette, l'on ne pouvait s'arrêter de mordre et de dévorer. Les humains en avaient tous peur, à en juger par le comportement que chacun adoptait. La chasseresse semblait plus sur ses gardes que jamais, et Vera eût tremblé de crainte si elle n'était aussi animale ; elle était simplement tendue, prête à attaquer ou décamper à la moindre anomalie.

Et une anomalie, il y en avait une. Un craquement, une brindille brisée, un pied ou une patte qui s'était posé sur le tapis morne des feuilles mortes. Peut-être un Homme, mais son pas était trop hésitant, hasardeux. Peut-être un animal, mais il eût fui la présence prédatrice des deux femelles. Ce son n'était celui d'un épiderme qui caressait le sol ni d'un sabot qui le heurtait sans pitié. Ce n'était non plus celui d'une main qui se glissait à terre pour détrôner le silence roi, ni celui de la mastication d'une bête pour tenter de manger quelques feuilles mourantes par le froid, qui tenaient encore au bout d'un buisson. Le craquement avait été emporté par la brise fine, mais Vera se trouvait face à celle-ci, et avait pu entendre l'infirme bruissement, contrairement à celle qui lui faisait face. L'oiseau malheureux avait également perçu l'avancement d'une chose depuis les tréfonds des bois, et il croassa sinistrement pour déplier ses ailes et se poser sur une haute branche, lui permettant ainsi d'observer la Mort frapper. Si les corbeaux vous observaient, c'était votre vie déchue qu'ils contemplaient.

«  Les menteuses arrivent, murmura Vera. Fuis, chasseresse, et échappe leur.  »

C'est Seule qui se releva la première, pour reculer de quelques pas de son emplacement premier. Ses yeux furetaient entre les bosquets pour enfin chercher celle qui se cachait dans les ombres des arbres, à l'abri des regards inquisiteurs pendant qu'elle-même les observait goulûment. Faim, elle avait faim de peur ; voir la terreur sans limite encrée sur leurs visages sales et épuisés, pour y rester figée jusqu'à la fin des temps, était surement l'une de ses envies premières. La seconde, surement de goûter à leur peau et se délecter de leurs tripes. La troisième, peut-être satisfaire sa réelle faim, celle d'un estomac vide impatient d'avoir quelque chose à digérer.

Finalement, Vera aperçut ce qu'elle cherchait, et sa respiration s'accéléra en même temps que son cœur s'emballait, tambourinant dans sa cage thoracique si violemment qu'on eût dit qu'il broyait ses os et déchirait sa peau pour gagner l'extérieur et respirer de lui-même. La chose noirâtre, démasquée, sentit la crainte s'accentuer chez l'humaine animale et se découvrit de l'églantier qui abritait son apparence jusqu'à ce qu'il se fusse fait repérer par la fille du lac. Ses pattes, pourvues de longues griffes à moins que ce ne fussent des doigts, le firent avancer jusqu'à être totalement dévoilé. Deux paires de pattes avant, si l'on ne pût les appeler «  bras  », lui permettaient se mouvoir rapidement, et ses jambes ou pattes arrières semblaient prêtes à entamer une course sans pitié à travers les troncs noueux, sur le sol piégé de la fûtaie. Seule sentit ses propres muscles se tendre, comme s'ils lui hurlaient de prendre la fuite sans rien demander d'autre que la chasseresse sache inspirer assez longtemps le songe d'un repas pour lui permettre d'être assez loin du danger omniprésent.

Sans s'en rendre réellement compte, Vera venait d'entamer le début d'une course pour  sauver sa vie ; une vie dont la vallée ne voulait pas, pas plus que celle de l'autre femme. Celle-ci l'avait peut-être suivie sans qu'elle ne s'en aperçoive, car il y avait maints pas effrénés derrière elle, et ils semblaient aller au même train, quoi qu'un peu plus lent, que le sien. La monstruosité qui guettait l'eût surement rattrapée si elle se trouvait au même niveau que la compagne des corbeaux.
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HRP :
 


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HRP : Lancé de Dés
1 : Sylve et Vera arrivent dans un cul de sac formé par des rochers ; le guetteur leur fait donc face et elles n'ont pas d'échappatoire.
2 : Un autre guetteur fait irruption juste devant Sylve et Vera ; elles sont obligées de changer de trajectoire, et les monstruosités, rapides, ne cessenr de réduir l'écart qui s'était formé au départ, suite à la fuite immédiate de Vera.
3 : Deux autres guetteurs jaillissent des fourrés sur les côtés des deux Errantes ; ils gagnent peu à peu du terrain.
4 : Trois guetteurs se joignent au premier ; ils gagnent peu à peu du terrain.
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Ven 28 Avr 2017 - 1:23

Le membre 'Vera' a effectué l'action suivante : Lancer de dés


'd4' :

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Sylve
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Messages : 9

Jour d'éveil : Jour 17
Race : Racine
Métier : Chasseuse
Groupe : Errant
Fiche de présentation : Ø
Ven 12 Mai 2017 - 18:29

Je n’avais aucune envie de rester ici. Pour survivre, il faut bouger et tenter de trouver des alliés. Seulement… Bestiole ne semblait pas vouloir en être une. La lassitude transpirait d’elle alors que ma question résonnait encore. Mes mots n’avaient pas eu l’effet escompté. Elle continuait de fixer hargneusement le corbeau, qui ne manquait pas de lui rendre son regard glacé.
Décidément, cette bête remontait de plus en plus dans mon estime… J’esquissai un sourire… qui disparu bien vite lorsque je réalisai l’état physique dans lequel j’étais. La faim refaisait surface, tandis que mes muscles endoloris me ramenaient à la dure réalité de la vie dans cet endroit. Rien n’est acquis, tout est à faire - ou à refaire, qui sait -, il faut trouver où dormir, chasser pour subsister et ne pas hésiter à se battre pour sauver sa peau. Le combat était chose plus ou moins acquise pour moi, malgré la peur angoissante que la Damnée qui sommeillait en moi ne refasse surface… Le peu d’expérience que j’avais m’avait pourtant appris que l’issue d’un combat n’est jamais prévue à l’avance. Une simple décision, un élan de force ou de désespoir, un manque d’observation peuvent faire pencher la balance.
Pour ces raisons, je me méfiais de Bestiole, et de n’importe quel autre adversaire. Je ne l’attaquerais pas tant qu’aucune motion agressive ne la fera se mouvoir dans ma direction.


Bestiole finit par me regarder. Ou plutôt par me détailler. Je ne savais pas ce qu’elle pensait, et pourtant je cru saisir une pointe de dérision lorsqu’elle répondit enfin à ma question. « Seule » ? Mais de quoi parlait-elle ? Peut-être m’étais-je trompée en ne décelant aucune trace de folie dans ses yeux…Peu importait, je n’avais pas le temps pour ces foutues conneries. Elle ne voulait pas suivre une personne inconnue. Comme c’était idiot; comment voulait-elle me connaître sans me côtoyer ! Manifestement cette bestiole était encore moins faite pour la vie en meute que moi. À moins qu’elle ne fasse référence au fait qu’elle m’ignore, en effet, royalement… ça, personne ne le saura. La phrase suivante fût plus digne d’intérêt. « Les ombres »… Cela me faisait penser aux silhouettes sombres que j’avais déjà aperçues auparavant. Mais pourquoi mentiraient-elles ? Ces étranges créatures lui auraient-elles parlé ? « Mmmhhh… Ce n’est pas vraiment le problème actuellement… » Me dis-je en soupirant intérieurement.
Cependant, le souvenir de ces créatures mystérieuses faisant resurgir une angoisse refoulée depuis un moment. Je refusais d’avoir peur d’elles, c’était ce qu’un prédateur voulait, et je refusais de me considérer comme une proie. L’angoisse était pourtant présente, bien cachée au fond de la noirceur de mon esprit. Cette angoisse n’était pourtant pas un si grand mal. Elle me permettait de saisir le danger, et d’y répondre de façon plus ou moins adaptée. C’était par elle que les esprits pouvaient m’avertir.
D’ailleurs, C’était peut-être stupide de ma part mais je comptais aussi sur l’oiseau pour me prévenir d’un quelconque danger.

Plusieurs choses se produisirent alors. Un craquement se fit entendre en fond sonore, mais j’étais trop concentrée sur Bestiole pour y prêter attention. Heureusement, les espoirs que j’avais placée en cet oiseau au sombre plumage se concrétisèrent. La bête poussa un croassement d’avertissement avant de s’envoler sur une branche plus élevée. Quelques seconde après, Bestiole m’avertit, elle aussi, me disant de fuir et d’échapper à ce qu’elle appelait « les menteuses ». J’hésitai. Fallait-il se battre ou fuir ? Mes deux compagnons d’infortune étaient d’avis de fuir mais cela signifiait que la peur nous avaient envahie, que nous étions devenus des proies…
Soudain, quelque chose émergea d’entre les branchages, attirée par la peur. Je jetai un coup d’oeil à Bestiole. La terreur avait gelée ses yeux et attirait le prédateur vers elle. Il était vrai que la créature faisait frémir d’horreur. Ressemblant vaguement à un homme, elle était entièrement noire à l’exception de son visage blanc. Ce visage difforme avait les traits de la folie humaine plus que ceux d’une bête féroce. Mais ce qui lui donnait l’étoffe d’un prédateur, c’était ses pattes se terminant  par de longues griffes qui semblaient interminables. Si combat il y avait, l’issue n’en serait pas connue d’avance.
Néanmoins, je ne pouvais me permettre de reculer devant cette créature. Il y avait trop de mystères derrière ses apparitions furtives;  et puis, j’aimais les challenges. Alors que je me mettais en position de combat, prête à bondir - tout comme la silhouette sombre -, j’entendis des bruits de course sur ma gauche.
« Qu’est-ce que… » Bestiole s’enfuyait à toute jambes, me laissant seule - ou presque - avec l’ennemi. Je m’apprêtais à lancer un flot d’insultes dans son dos lorsqu’une fine brise parvint à mon oreille.
« Combattre les ombres amène le désespoir, fuis ! ».

Levant les yeux au ciel mais ne pouvant contredire la parole d’un esprit, je me mis à courir après Bestiole, surveillant la créature derrière moi. Celle-ci nous poursuivait mais semblait prendre son temps… « Tu penses peut-être que nous sommes des proies facile, créature démente, ne te fais pas trop d’illusions. » Murmurai-je.
Soudain, deux autres créatures jaillirent des fourrés, au niveau de l’écart laissé entre Bestiole et moi. L’une semblait se concentrer sur Bestiole pendant que l’autre me prenait en tenaille avec celle de derrière.
Mon coeur palpitait de façon irrégulière mais mon esprit glacé gardait toute sa lucidité.
Comment échapper aux deux créatures ? La troisième allait-elle rattraper Bestiole ? Il fallait que je me débarrasse de ces deux-là. La priorité était de les semer, de retrouver Bestiole et de trouver un refuge. Pendant notre course, le soleil était nettement descendu et les ombres envahissaient la forêt.

Me sortant de ma rêverie, la créature devant moi ralenti d’un coup et manqua d’enfoncer ses griffes dans mon abdomen. Je l’esquivai de justesse et tentai de la contourner. Malheureusement ce freinage soudain avait permis à l’autre de nous rattraper et elle eu tout juste le temps de me planter ses longues griffes dans la cuisse droite.
Je hurlai de douleur et essayai tant bien que mal de me défaire du piège crochu, mais les griffes étaient enfoncées trop profondément… La panique me saisit alors que la deuxième créature se rapprochait lentement de moi. Allai-je donc mourir ainsi ? Quelques jours après mon réveil ? Je fixai la créature d’un air de défis.
« Aller vas-y, salope ! Tues-moi ! » lui crachai-je au visage.
Alors qu’elle levait à son tour sa patte griffue, un bruissement d’ailes me parvint et le corbeau se joignit à la petite fête. L’animal croassait bruyamment en griffant le visage de la créature qui tentait de s’en débarrasser, sans jamais atteindre sa cible. Pendant ce temps, la deuxième ombre essayait de planter son autre patte dans ma chair.
Un voile envahit mon champ de vision et ce qu’il se passa ensuite fût flou. Je ne cessais de hurler de rage, retirant les griffes de ma cuisse et frappant mon adversaire avec ma lance, dont j’avais oublié l’existence jusque là. La haine m’aveuglait ainsi que des gouttes de sang, provenant d’on ne sait où, appartenant à on ne sait qui.
Je frappais la créature qui me rendait mes coups. Je me relevai lentement en continuant de frapper. Depuis quand étais-je à terre ? Il fallait que je me barre d’ici et vite. Je repris mes esprits et me mis à courir, cherchant Bestiole des yeux. Je ne voyais rien que les arbres blanchis par la neige et de multiples traces de pas au sol. Une ombre passa au-dessus de moi, poussant un croisement rauque. Je suivis le corbeau qui me guidait tout en essayant de ne pas prêter attention à la douleur lacérant mon corps et aux bruits de pas dans mon dos.

Soudain je vis une forme devant moi. Bestiole ! Oui c’était elle, ses cheveux de jais se mouvaient derrière elle et sa démarche était presque celle d’un animal. Mais où était l’ombre ? Je scrutai les alentours mais ne vis pas grand chose dans la pénombre de la forêt. J’accélérai alors le pas et finis par arriver juste derrière elle.
Notre course nous mena à une clairière. Au loin, j’aperçue vaguement une sorte de campement, et des silhouettes qui se tournaient dans notre direction. Puis ma vue se brouilla tandis que mon corps chutait dans un néant de douleur et de murmures.





- ”Laisse le silence de la nuit happer ton corps...
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