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Daedwyg
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Daedwyg
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Messages : 22

Jour d'éveil : Jour 4
Race : Echouée
Métier : Guérisseuse
Groupe : Clan des Oubliés
Fiche de présentation : Ѫ
Dim 16 Avr 2017 - 21:31


Prénom : Daedwyg

Nom/surnom : /

Éveil : Jour 4

Sexe : Féminin

Race : Echouée

Métier : Guérisseuse (2)

Groupe : Clan des Oubliés

Croyance : Conscience de la maigre espérance de vie que lui accorde sa très faible constitution, Daedwyg prend rarement le temps de réfléchir à la cohérence métaphysique du monde qui l’entoure. L’étude des plantes et de leurs capacités accapare la majeure partie du temps qu’elle ne passe pas à essayer de survivre. Il lui arrive malgré tout de lever les yeux du sol pour les tourner vers le ciel, parfois vers les montagnes. En fronçant légèrement les sourcils, elle se demande alors quel concours de circonstances absurdes l’a amené à s’éveiller dans ce monde étrange.

Magie : Alchimie : Réflexe désespéré de survie ou prédisposition ? L’échouée lit dans l’odeur et la couleur des plantes comme dans un livre. Au delà de ses rares rencontres avec d’autres dotés, ses connaissances en la matière sont entièrement sensibles et empiriques. Il lui arrive encore régulièrement de faire des erreurs d’appréciation quant aux effets de ses nouvelles découvertes. Quelques déconvenues lui ont appris à être prudente quand à l’ingestion de plantes encore peu familières, mais sa curiosité sur le sujet la pousse parfois à prendre certain risques. Néanmoins son intuition l’a pour l’instant empêchée de s’empoisonner réellement.

Capacités physiques : Un odorat excellent, surtout en ce qui concerne le règne végétal. On peut également citer une capacité à rester immobile et a prendre du recul sur la douleur que son corps lui fait ressentir quotidiennement, par différents biais. Ses gestes sont également très précis lorsqu’il s’agit de sectionner une tige ou de s’occuper d’une plaie. Pour le reste, que l’on parle d’endurance, de force ou de vitesse de course, Daedwyg est largement en dessous de la moyenne. De plus son œil gauche a perdu la quasi-totalité de sa vision et, si elle n’utilise que celui-ci, elle ne peut percevoir que des tâches floues aux couleurs délavées.

Talents divers : Ses longs doigts osseux détiennent une précision chirurgicale. Sa capacité de concentration est elle aussi remarquable, mais elle rechigne à la solliciter pour autre chose que pour l’étude de ses prélèvements végétaux. Néanmoins, une fois son attention captée, si un problème lui est exposé clairement, elle produit d’un ton neutre des solutions étonnamment pragmatiques.

Équipement : Une canne en bois de chêne au pommeau noueux et à la pointe noircie au feu. Une besace en peau d’hermine et à la bandoulière en filins végétaux tressés ou elle entrepose la nourriture qu’elle arrive à mettre de côté et quelques réserves de plantes. Un pagne en filins serrés et une peau de daim posée sur ses épaules.

Apparence physique et charisme :

Extrêmement rachitique, l’Echouée n’est pas particulièrement agréable à regarder. Ses os saillent sous sa peau verte pâle où l’on peut observer le réseau noir de ses veines se dessiner, à l’endroit ou son épiderme s’affine. Souvent accroupie, le regard fixé vers le sol ou sur une plante grimpante, il est souvent difficile de l’observer de haut en bas. Son visage, au demeurant plutôt agréable, a adopté un air contrarié, du à la concentration constante que Daedwyg sollicite pour compenser la cécité de son œil gauche. La pâleur de celui-ci lui donne un air menaçant absolument à l’opposé du caractère pacifique de l’échouée. Pratiquement inexpressive, il est très difficile de savoir si elle écoute ou si elle est perdue dans ses pensées, ne facilitant pas une éventuelle conversation.

Caractère et personnalité :

L’apparence et l’attitude absente de l’échouée peuvent la faire paraître distante, détachée, et ce n’est pas entièrement faux. Largement occupée par la perception des plantes vivant et mourant tout autour d’elle, la réalité qu’éprouve Daedwyg est légèrement différente de celle d’un humain moyen. Elle ne prend pas la peine d’analyser toute les réactions de ceux qui l’entourent et elle passe complètement à côté de la signification de certains signaux émotionnels s’ils s’avèrent trop complexes. Mais ceux qui ont passé quelques temps avec elle pourront apprécier sa totale absence de jugement envers qui que ce soit et la générosité franche et inconditionnelle dont elle fait très simplement part, sans même concevoir de demander quelque-chose en échange. Sensible au toucher, l’Échouée le préfère souvent plus à la parole pour s’exprimer.

Histoire :

Jour 4 :

La première sensation qu’elle eut à son éveil ne fut pas le froid de l’eau dans laquelle elle baignait, mais une vive douleur dans le cuir chevelu, comme si la peau de son crâne allait s’en détacher, inexorablement attirée vers… le haut ? Alors que ses yeux s’ouvraient au monde, face à l’infini manteau gris d’un ciel voilé, les oreilles internes de l’Echouée l’informèrent qu’elle était allongée ; un frisson la parcourut. L’eau s’engouffrant par vagues dans ses oreilles étouffait un son qui lui semblait familier ; plusieurs sons, des voix. La tension sur son cuir chevelu s’estompa soudain et deux paires de mains, passant sous ses bras, firent sortir son torse de l’eau.

- ...idée de la tirer par les cheveux pour la sortir de là !

- Hum, désolé Varlen, j’ai pas réfléchi.

- C’est quand même incroyable d’être aussi bourru. Allez du nerf !

Ses pieds effleurèrent bientôt le fond du lac et, comme si le contact avec le sol vaseux du lac avait réveillé son odorat, un tourbillon d’odeurs envahit soudain ses narines. Humus, graminés, joncs, feuilles en décomposition… En quelques instants son esprit fut envahi de formes et de couleurs qu’il spatialisait confusément, de manière systématique. Peu à peu l’image mentale d’une berge envahie par les plantes aquatiques et donnant sur une colline ventrue, piquetée de fleurs jaunes aux tiges courtes lui vint et elle ouvrit des yeux.

- Ah, en tout cas je crois qu’elle se réveille !

- On aura tout le temps d’étudier son état une fois sur la berge. Maintenant si tu pouvais te magner, j’aimerais bien retourner au sec !

- Bah, il pleut de toute façons.

A retardement, l’Échouée tenta de saisir ce visage long aux yeux doux et rieurs qui, brièvement, était passé dans son champ de vision. Redressant avec peine sa nuque ankylosée, elle vit une vaste étendue d’eau, bercée par d’une averse légère et ou le sillage de son propre corps s’effaçait en ondes irrégulières, elle s’évanouit.

En guise de souvenirs de cette journée elle ne conserva que quelques fragments de sensations floues. Leur arrivée au champ de pierres, l’odeur forte de celui ou celle qui lui avait frictionné les cheveux avec vigueur, la chaleur du feu, le plaisir immense de l’éveil de son palais provoqué par la nourriture posée dans sa bouche, une bouillie de baies et de racines brunes. A peine eut-on fini de la faire manger qu’elle s’endormit, adossée contre une large dalle de granit.

Jour 5 :

Malgré tout les efforts de ses sauveurs, il fut impossible de la faire marcher le lendemain. A chaque fois qu’ils tentaient de la remettre sur pied, l’Echouée faisait un pas chancelant puis manquait de se fracasser la tête contre le sol. On jugea plus sage de la laisser tranquille pour aujourd’hui et on lui assigna un garde malade. Celui-ci parlait énormément et se plaignait beaucoup de ne pas pouvoir partir chasser avec les autres.
Après des heures de tentative, il parvint à obtenir un hochement de tête de sa part à l’évocation de son propre nom, Etul. En revanche, le soir tomba sans qu’il n’arrive à extraire autre chose que d’incompréhensible borborygmes de sa bouche. Le dénommé Etul devait de plus retirer constamment tiges et pétales des mains de l’Echouée sans quoi cette dernière les enfournait sans hésiter dans sa bouche. Excédé, il finit par la laisser mastiquer des boutons d’or qu’il jugea inoffensif.

Jour 6 :

En s’appuyant avec précaution sur les pierres entourant le feu, elle parvint le jour suivant à effectuer ses premiers pas, toujours sous la supervision d’Etul. Celui-ci, le regard amusé, l’observait avec attention et l’empêchait de se faire mal.
Lorsqu’on l’avait de nouveau assigné à sa garde il avait vivement protesté. Mais une voix chaude et réprobatrice s’était élevé, brièvement, et il s’était tu. Le timbre autoritaire de ces quelques mots avait fait sortir l’Échouée de sa rêverie et elle s’était tournée à temps pour voir une haute silhouette,  surmontée d’une tignasse brune et épaisse, s’éloigner entre les pierres.

- Il s’appelle Arot.


Etul la regardait, un peu gêné d’avoir voulu se débarrasser d’elle. Pour la première fois elle regarda vraiment son visage. Son air penaud, ses petits yeux noirs et sa grande bouche avait quelque-chose de comique et elle lui sourit. Face à ce changement d’expression, inédit depuis son éveil, le Racine écarquilla les yeux surpris et finit par éclater de rire.
Avant que le soleil ne disparaisse derrière les montagnes, il la porta sur son dos, un peu au-delà du champ de pierre. Regardant autour d’elle, elle lui désignait telle ou telle plante pour qu’il s’en approche. Il se penchait alors, pas le moins du monde gêné par son poids, pour la laisser goûter tantôt une feuille morte, tantôt une longue tige courbée par le vent.

Le soir tombé, les autres les rejoignirent. La chasse et la cueillette avaient été plus que fructueuses et l’humeur autour du feu frisait l’euphorie malgré le froid de la nuit. De plus en plus consciente du monde qui l’entourait, l’échouée compta sept visages la regardant avec amusement, curiosité, parfois scepticisme. Elle retrouva Arot qui, impassible, la fixait de ses yeux bleus délavés. On s’enquit de son nom et Etul, mimant le désespoir, évoqua ses tentatives infructueuses pour lui arracher ne serait-ce qu’un mot. Bientôt, alors que la nourriture était distribuée, chacun s’y essaya, usant de formules mielleuses, feignant la colère ou l’apitoiement… Finalement, a force de sollicitations, elle fronça les sourcils dans une mimique concentrée et leva les mains au niveau de son visage. A ce signal le silence se fit, entrecoupé de rires étouffés. Prenant une longue inspiration, l’Echouée finit par ouvrir la bouche.

-Daerdwigl

Quelques secondes de stupeur précédèrent un fou rire général qui retentit longtemps dans la nuit, provoqué autant par la tentative de prononciation de l’Echouée que par son regard surpris face à la réaction qu’elle suscitait. Une fois que tout le monde eut repris ses esprits et à la suite de plusieurs propositions plus ou moins sérieuses, il fut décidé que l’on appellerait la nouvelle arrivante Daedwyg. Alors que l’on lui soumettait son nouveau nom, elle fronça de nouveau les sourcils, haussa légèrement les épaules, puis finit par hocher plusieurs fois la tête. Tout le monde applaudit et, peu de temps après, on éteignit le feu.

Jour 7 :

Le jour suivant, Daedwyg devint plus autonome, allant jusqu’à refuser qu’Etul l’aide pour se lever. C’était maintenant lui qui insistait pour rester près d’elle et, ayant renoncé à réguler sa consommation de plantes, il l’observait désormais de loin en tentant de tanner du mieux qu’il pouvait les peaux des chasses de la veille.
De son côté l’échouée ouvrait de plus en plus sa perception aux plantes qui l’entouraient. Son corps subissait de sévères carences et elle cherchait intuitivement à les combler commençant déjà à identifier certains bourgeons d’épineux dont la sève amère pourrait lui redonner des forces. Leur effet était loin de se faire sentir, mais quelque-chose dans leur goût, dans leur odeur, leur couleur lui intimait de les mâcher avec précaution avant de les recracher. Des mots intelligibles commençaient à sortir de sa bouche et, après quelques secondes de réflexion, elle parvenait désormais à répondre d’un voix fêlée et légèrement nasillarde aux questions qui lui étaient posées.

Jour 8 :

A l’aube du  huitième jour, le dénommé Varlen qui avait participé à son sauvetage du lac, fut pris de violents vomissements.
A peine éveillée, l’odeur de sa bile parvint aux narines de Daedwyg et, l’esprit encore embrumé elle se redressa maladroitement pour se diriger vers la berge du lac, manquant à plusieurs reprises de chuter. Plongeant les mains dans l’eau glaciale, elle en ressortit une poignée de plantes en décomposition. Après un tri méticuleux, elle tenait entre ses mains une dizaine de graines brunes et gorgées d’eau. Revenue près du malade qui, le visage crispé, peinait à empêcher son estomac vide de se convulser, elle éplucha les graines de leur coque, rendue molle par l’immersion, pour ne garder que les germes pâles. Sous les regards suspicieux de ceux qui entouraient Varlen elle les lui tendit.

- Tiens, tu dois manger ça. C’est bon. Bon pour ton ventre.

Un silence sceptique suivit sa proposition. Bien que tout le monde se fut habitué à sa présence, on la tenait surtout pour une simple d’esprit. Etul qui était dans l’assistance se gratta un moment la tête.

- Elle a quelque-chose, avec les plantes... Peut-être que tu devrais tenter le coup ?

Le visage pâle et couvert de sueur de Varlen se tourna successivement vers Etul puis vers Daedwyg. Dans un grognement de douleur, il finit par refermer la main sur la poignée de germes, la fit glisser dans sa bouche et prit une grande inspiration.
Quelques minutes passèrent sans que rien ne se passe. Le Cime avait cessé de vomir mais son visage était toujours congestionné par la douleur. Un groupe partit en quête de bois, d’autres commençaient à vaquer à leurs occupations autour du camp, mais l’Echouée elle fixait toujours le malade. Elle ne savait pas exactement quels effet produiraient les graines, seulement que si quelque-chose était coincé dans son estomac peut-être que ça l’aiderait à…
Un râle sourd s’échappa d’entre les lèvres de Varlen et un haut-le-corps plus violent que les précédents le projeta en avant. Sa bouche projeta un nouveau flot de bile, cette fois teinté de rouge. Après une ultime contraction le Cime roula sur le côté, le souffle court.

- Putain, tu l’as empoisonné !

C’était Kraj, un autre échoué qui venait de l’interpeller. Les yeux pleins de ressentiment il lui avait saisi le bras et l’avait forcé à se relever.

- Quelle idée de merde de la laisser faire ! Elle est complètement tarée !

Surprise par cette brusque agression, Daedwyg le fixait, les yeux écarquillés, sans rien dire.  Arot s’était agenouillé à côté de Varlen et, relevant son visage il prit son pouls.

- Si t’es bonne qu’à babiller autour du feu et à buter nos potes je vois pas pourquoi on devrait continuer à te nourrir et à t’avoir dans les pattes !

- Ca va Kraj, il va bien.


Le Cime se tenait toujours allongé, mais son visage avait repris des couleurs et ses mâchoires s’étaient décrispées. Dans ses yeux entrouverts, encore injectés de sang, on pouvait lire un profond soulagement. Encore incapable de parler, il hocha la tête en direction de Kraj. Celui-ci surpris, lâcha le bras de Daedwyg avant de rougir violemment. Arot se releva.

- On a déjà perdu pas mal de temps, en chasse maintenant ! Kraj ça te va de rester ici pour veiller sur Varlen ?

L’Echoué n’eut pas besoin de répondre, le groupe de chasse s’était déjà mis en mouvement. Se tournant vers Daedwyg, il poussa un soupir d’exaspération. Elle crut qu’il allait de nouveau exploser mais ce fut tout le contraire.

- Quel con je fais … je suis désolé ! C’est juste que j’ai eu peur, tu comprend, c’est vraiment mon pote…

Avant qu’il puisse continuer, Daedwyg lui avait posé une main sur l’épaule et, doucement, sans le quitter des yeux, avait balancé la tête de droite à gauche. Elle n’avait même pas pensé une seconde à lui en vouloir. Kraj soupira et eu un sourire gêné. Ils passèrent le reste de la journée à tailler des pieux et à s’occuper de Varlen qui reprenait doucement des forces. L’Echouée se fit malgré tout la promesse que, quelle que soit son intuition, elle ne proposerait aux autres que ce qu’elle avait d’abord goûté elle-même.

Jour 9, 10 et 11:

Adossés aux larges pierres, des abris de branchages sommaires entouraient désormais tout le contour du feu. Le camp disposait d’un certain nombre de peaux de différentes tailles si bien que presque tout le monde pouvait se couvrir. Un couple de Racines les avait rejoints, gonflant leur nombre à neuf. Daedwyg s’exprimait désormais tout à fait clairement bien que rarement. Depuis l’aventure de Varlen on la tenait en charge de toute les blessures et éventuelles maladies du camp,  sous surveillance pour les cas jugés à risque. Ravie d’y trouver une réelle utilité, l’Échouée y mettait toute son application.
A la fin du dixième jour, le groupe de chasseurs revint la mine sombre et les mains vides. Varlen et Arot soutenaient avec peine l’homme qui les avait rejoint la veille. Son visage était tuméfié et son torse arborait une longue estafilade, glissant de sa clavicule jusqu’à son abdomen. Le saignement s’était arrêté mais ses cuisses étaient poisseuses de rouge.
Alors que, sans poser une question, Daedwyg s’appliquait déjà à nettoyer ses plaies, Varlen et Arot assis à quelques pas d’eux, s’entretenaient à mi-voix.

- Ca peut plus durer, ils se rapprochent des bosquets, on ne pourra bientôt plus chasser du tout.

- Je sais à quoi tu pense et c’est non. Mieux vaut encore résister ici que de mourir de froid en poursuivant des chimères la-haut.

- On va mourir à petit feu ici.

Sans qu’elle s’en rende vraiment compte, l’Échouée s’était mise à les fixer intensément. S’en apercevant, les deux hommes, gênés, se redressèrent et, après un regard entendu, vinrent prendre des nouvelles du convalescent.
Le lendemain l’atmosphère au camp était morose et, dès le matin, les estomac vides causèrent quelques altercations. Daedwyg préféra s’éloigner pour la journée et étudier ce que les marais au nord de leur position pouvaient offrir à sa soif de découverte.
Cette journée seule lui fit le plus grand bien, mais la marche nécessaire au trajet réveilla une douleur aiguë dans le haut de son dos. Cette dernière allait se rappeler à elle le reste de son existence. Une fois rentrée, elle eut à peine la force de changer les compresses du blessé avant de s’effondrer, épuisée et les pieds meurtris. Alors que le sommeil s’emparait de son esprit, elle repensa vaguement aux étranges empreintes qu’elle avait aperçues lors de son retour, un peu plus loin, sur le sable.

Jour 12 :

Ses yeux, brusquement ouverts, ne rencontrèrent que la nuit. Alors que ses sens se dissociaient difficilement les uns des autres, son ouïe fut elle envahie par une griffe stridente, un hurlement suraigu. La montée d’adrénaline qui suivit lui donna l’impression qu’une pointe gelée et vibrante venait de transpercer sa poitrine. Des bruits sourds lui parvenaient, des cris de rage, le bois contre la peau, l’os contre la pierre ; et puis ces voix, ces monstrueuses voix.
Daedwyg se redressa sans faire de bruit. A travers les branches de son abri elle ne pouvait apercevoir que des ombres muettes, projetées sur la roche par les flammes encore vives. Le combat ne semblait pas se dérouler au sein du camp même, devait-elle aller voir ? Elle ne pourrait sans doute pas être d’une grande utilité contre leurs assaillants mais il y aurait sans doute des blessés, voire pire, elle serra les dents et, le plus discrètement possible, se glissa dehors.
L’Echouée mit un certain temps à comprendre que l’attaque ne venait pas d’un seul endroit ciblé. Les rumeurs du combat lui provenaient de toute part, entre les pierres endormies ; où aller ? Un hurlement de douleur rauque lui parvint, tout proche, elle bondit.

Quelques mètres plus loin, elle manqua de trébucher sur un corps, allongé sur le dos, son cœur manqua un battement. Alors qu’elle se penchait pour tenter de l’identifier, sa main tressailli au contact de l’herbe, gorgée d’un liquide chaud et poisseux. Alors que ses doigts fébriles prenaient le pouls du blessé, elle identifia l’odeur qu’il dégageait comme celle d’Arot.

- Crisse sous le vent, crisse.

Une voix, distordue, hystérique, tout près, talonnée par une haleine suintant la mort. Pas un pourrissement organique sain, alimentant la terre sur laquelle il se répand. Une mort brutale, avide, creuse, viciée, stérile, affamée.
En se retournant, Daedwyg eut à peine le temps d’apercevoir le visage blanc et difforme qui se tenait à quelques centimètres de sa nuque, avant qu’un choc violent l’atteigne à la tempe. Projetée au sol, sa tête heurta quelque-chose de dur et elle perdit connaissance.

***

-...toi bordel, allez, s’il te plaît !

Un souffle, à peine un murmure, glissé au sein du grondement sourd et chaotique qui emplissait l’ensemble de son esprit. Des bras chauds autour de ses épaules. L’air humide dans ses poumons. Alors qu’elle reprenait connaissance, une violente quinte de toux s’empara d’elle. Les bras la serrèrent davantage et, alors qu’elle reprenait difficilement  son souffle, la voix de Kraj lui parvint, entrecoupée de sanglots.

- Merci, oh merci.


Alors elle laissa tout naturellement ses larmes se mêler aux siennes. Ils restèrent un temps immobiles, laissant leur peine parler à leur place, puis l’Echoué desserra son emprise.

- Viens, on a besoin de toi.

Il l’aida doucement à se relever mais, alors qu’il allait l’entraîner le feu elle s’immobilisa. Quelque-chose n’allait pas. Du revers de son bras elle essuya ses yeux encore embués de larmes. A ce contact, le gauche la lança cruellement. A côté d’elle Kraj la regardait perplexe. Daedwyg, les sourcils froncés, le visage couvert de sang écaillé, tenta une nouvelle fois de regarder devant elle. Sa vision était floue, partiellement. Elle ferma un paupière, puis l’autre.

- Mon œil gauche ne voit plus.

Jour 13 et 14 :

Ils n’enterrèrent Arot que le lendemain, dans un bosquet plus au sud,  à l’endroit ou il était sorti de terre. Daedwyg ne put assister à l’inhumation, l’un de ses genoux était sévèrement contusionné et elle devait veiller sur leurs blessés. Elle avait fait du mieux qu’elle pouvait pour ramener ce qu’il y avait d’humain dans le cadavre que le guetteur avait commencé à dévorer. Le visage du Racine était en grande partie intact et elle avait enroulé de larges feuilles nouées par des tresses autour des parties les plus abîmées et du moignon de son bras.
Sa vision n’était pas revenue. Elle n’avait pas essayé de se soigner, beaucoup avaient besoin de ses soins plus urgemment. Et, au fond d’elle, Daedwyg savait que son œil ne fonctionnerait jamais plus normalement. Il avait déjà commencé à s’éclaircir pendant la nuit et alors qu’elle nettoyait ses propres plaies dans le lac elle observait avec curiosité ce globe clair qui répondait désormais d’une étrange manière à son jumeau.

Deux autres personnes avaient été tuées par les guetteurs et, malgré tout ses efforts, un blessé grave mourut durant l’après-midi du quatorzième jour. Le soir même, alors qu’ils se rassemblaient autour d’une maigre cueillette, Varlen prit la parole.

- Demain, nous nous préparerons à partir vers le sud, pour les montagnes. Nous devrons quitter ce camp au plus tard dans deux jours. Les choses sont parties mais nous sommes loin de les avoir tous tuées. Meven en a aperçu deux en mouvement plus à l’est.
La plupart d’entre vous le savent, Arot était opposé à cette idée. J’honorerai à jamais son nom et sa mémoire, mais je fais aujourd’hui le choix de partir. Certains d’entre vous partageaient son avis. S’il n’a toujours pas changé après ce qu’il s’est passé, vous êtes libre d’aller ou bon vous semble.


Personne n’émit d’objection et Varlen se rassit. Le silence s’installa autour du feu et, peu à peu, sans un mot, tout le monde alla retrouver sa couche et peut-être un peu de sommeil.
Alors qu’elle allait s’endormir, l’Echouée entendit quelqu’un se glisser dans son abri. Peut-être quelqu’un qui ne voulait pas dormir seul ? Beaucoup de membres du camp s’était rassemblés dans les mêmes abris depuis l’attaque.

- Hé, Daedwyg…

La voix de Varlen. Elle se redressa sans rien dire, le bruissement de ses mouvements suffisaient à signifier qu’elle était éveillée et attentive. Le Cime marqua un temps.

- Tu ne peux pas venir avec nous.

Dehors, les braises crépitaient encore malgré les flammes absentes. Quelque-part quelqu’un sanglotait.

- Tu vas beaucoup mieux que lorsqu’on t’as trouvé. Mais là-haut ça ne suffira pas. Je sais que tu as du mal à marcher longtemps, et avec ton genou en compote ça va pas s’arranger. T’amener la-haut c’est te conduire à ta mort assurée et risquer encore davantage la vie des autres.

Les phrases sortaient difficilement de sa gorge, sa voix était éraillée par l’émotion et la culpabilité. Mais il ne revint pas sur ses mots, ne chercha pas à en minimiser la portée.

- Demain Kraj t’accompagnera plus à l’est. Il a repéré un autre camp, un peu comme nous. Ils les a observés, c’est pas tout rose mais ils ont l’air pacifiques. Et puis ils font pousser plein de chouettes plantes ! Ça devrait te plaire.

Alors qu’il terminait sa phrase, tentant d’employer un ton enjoué, sa voix se brisa et Daedwyg l’enlaça doucement. Elle ne lui en voulait pas pour sa décision, ce qu’il avançait faisait sens. Seulement, une partie de son esprit ne pouvait s’empêcher de se demander quelle justice crasse, quel juge aveugle, avait décidé de brutalement la séparer de ceux qui étaient devenus toute sa vie ?

Ils restèrent enlacés, immobiles jusqu’à l’aube. Alors que les premiers oiseaux chassaient la nuit de leur gazouillement rieurs, le Cime se leva sans bruit pour s’occuper des préparatifs du départ.

Jour 15 :

Daedwyg resta longtemps dans son abri, sans oser sortir dehors affronter les regards de ceux qu’elle allait bientôt devoir quitter. Elle finit malgré tout par se lever. Tout autour du feu, peaux, lances, pieux, branches, outils, étaient amassés, cousus, assemblés ensemble pour former des balluchons de fortunes. Tout le monde semblait affairé, mais ceux qui croisaient son regard le détournaient prestement. Elle trouva rapidement Kraj. Celui-ci fit un effort pour ne pas détourner son regard, ne sachant pas encore lequel de ses yeux regarder désormais.

- Ah, tu es levée. Viens, on t’a préparé quelques trucs à emporter.

Curieuse, l’Échouée le suivit jusqu’à une pile d’affaires amassées un peu plus loin. Kraj lui mit dans les mains une robuste branche droite et à la pointe noircie, une besace de fourrure et l’une des peaux qu’elle avait l’habitude de porter. Les yeux écarquillés, elle tenta de protester.

- Vous en aurez plus besoin que moi !

- Allez, fait pas ta difficile, on s’est tous décarcassés pour te faire ce sac, surtout Etul ! Ce serait impoli de refuser. Et puis on ne pouvait pas tout emporter.


Daedwyg cherchait encore un moyen de protester, mais Kraj ne lui en laissa pas le temps. Les mains sur les hanches il se tourna vers le nord-est.

- On ferait mieux d’y aller maintenant. Je dois être rentré avant leur départ.

Son ton était presque autoritaire, l’Échouée hocha la tête.
Après avoir contourné quelques pierres et gravi la pente d’une colline, ils descendirent lentement vers le lac. Kraj l’attendait régulièrement, comme balisant le chemin qu’elle devait emprunter alors qu’elle claudiquait derrière lui. Des averses paresseuses balayaient le lac tandis que, plus loin, au nord, le soleil dessinait des tâches jaunes sur sa surface sombre. Tout ceci semblait tellement irréel ! Le reste du camp s’était-il seulement rendu compte de leur départ ?
Ils longeaient la berge du lac depuis quelques temps déjà et la pluie les avaient rattrapés. Kraj tentait tant bien que mal de trouver le chemin le moins scabreux pour Daedwyg qui se retrouvait malgré tout parfois les pieds dans la vase. Sa vision altérée n’arrangeait rien. Mais rester proche du lac restait le moyen le plus sûr de se tenir éloignés des créatures sombres. Ils s’apprêtaient à repartir après une courte pause lorsqu’Etul les rejoint. Le visage rendu cramoisi par sa course il leur faisait face fulminant, sa mâchoire remuant furieusement alors qu’il cherchait les bons mots pour exprimer son ressentiment envers eux. Ils restèrent un instant à se fixer, puis le Racine se dirigea vers Daedwyg et, sans lui demander son avis, la hissa sur son dos.

- Allons-y.

Kraj haussa les épaules et se remit en marche. Leur progression en fut grandement accélérée et, peu après le zénith d’un soleil absent, ils arrivèrent en vue du Bosquet d’Aorn.

- C’est ici qu’on te laisse, il vaut mieux que tu y ailles toute seule. On va rester à portée de voix pendant un temps, donc si quelque-chose se passe mal, tu cries.

- T’es sûr de ce que tu fais Kraj ? C’est pas des tarés, ou des cannibales ?

- Non, ils sont réglos. C’est pas garanti qu’ils t’accueillent ceci-dit. Essaie de te rendre utile, propose tes soins, une guérisseuse dans ce monde de fou ça se refuse pas. Dans le pire des cas on t’as mis une bonne réserve de racines dans…

- Ne vous en faites pas, je me débrouillerais.

Comme à chaque fois qu’elle prenait la parole de son étrange voix, un silence surpris ponctua ses mots. Leurs adieux furent effusifs mais brefs, et elle se mit rapidement en route vers la butte sur laquelle se tenait le camp.

Jour 16 :

Elle resta deux nuits au Bosquet d’Aorn. D’abord surpris par son arrivée, ses habitants avaient écouté son histoire sans l’interrompre. Leur chef, Dreth, était apparemment absent mais on la traita avec égard. Contrairement à ce que lui avait suggéré Kraj, elle ne put proposer son aide de guérisseuse, le même Dreth occupant déjà cette fonction. Mais on ne lui tint pas rigueur de son inutilité durant son séjour.
Ils l’auraient d’ailleurs laissée rester quelques jours de plus, prendre le temps de se remettre encore davantage, la laisser apprécier l’abri efficace des solides huttes du camp. Mais, dès son réveil, le lendemain de son arrivée, elle sut qu’elle ne pourrait rester. Les sons, les odeurs, des plantes et des hommes… Tout était différent de la veille, elle ne se retrouvait plus dans les regards que l’on lui adressait et n’arrivait pas à se concentrer sur les quelques tâches que l’on lui attribuait. Avoir à éprouver autant de nouveaux visages, de nouvelles attitudes l’épuisait. Percevant son trouble, Merga, une femme à l’air agée et à la voix profonde vint s’accroupir à côté d’elle, alors qu’elle étudiait quelques pousses inconnues.

- Tes amis te manquent c’est ça ?

Alors que Daedwyg tentait de poser des mots sur les sentiments complexe qui l’assaillaient quand à la question, la Racine prit son silence pour une réponse.

- Si ils ont eu le courage de te laisser ici, tu dois toi avoir le courage de les laisser partir.

Et sans attendre de savoir ce que l’Echouée en pensait, elle s’éloigna d’un pas tranquille. Ses mots la laissèrent perplexe. Voulait-elle dire qu’ils l’avaient tout simplement abandonnée ? Daedwyg n’avait pas considéré les choses sous cet angle. Incapable de définir ce que Merga avait voulu lui faire comprendre, elle revint à son étude.
Le soir même, elle leur annonça son départ pour le lendemain. A cette occasion, les habitants du Bosquet d’Aorn lui parlèrent d’un Cime qui était passé les voir, il y a quatres jours de cela et ils lui indiquèrent la direction qu'il avait prise.
Dreth était réapparu et elle fut surprise de voir que lui aussi semblait sensible au langage des plantes. Ils échangèrent jusqu’à tard dans la nuit sur leurs propriétés ; Daedwyg fut surprise par la capacité de l’Échoué à manipuler et comprendre non pas seulement le végétal mais tout type de matière et substances. Alors qu’elle partait se coucher elle hésita presque à revenir sa décision, pour prendre le temps d’en apprendre davantage. Mais la boule qui se forma alors à l’intérieur de son ventre l’intima de n’en rien faire.

Jour 17 :

Dès l’aube, elle fut de nouveau sur la route, sa besace remplie de vivres. Après avoir manqué plusieurs fois de se fouler la cheville elle prit conscience de sa vulnérabilité sans Kraj et Etul pour l’accompagner. C’était en fait la seconde fois qu’elle se retrouvait réellement seule depuis son exploration des marais. Si qui ou quoi que ce soit venait à lui vouloir du mal, il est probable qu’elle n’y survivrait pas. Pourtant elle continua à avancer, sans ralentir son allure lente mais régulière.
Lorsqu’elle entendait un bruit, ou percevait un mouvement qui l’inquiétait, elle se glissait le plus discrètement derrière le premier obstacle venu et, les sens en éveil, elle attendait concentrée, tentant de ne pas se laisser distraire par toutes les nouvelles plantes qu’elle se mettait à percevoir, une fois immobile.
Étrangement, la peur ne l’envahissait pas pendant ces moments aux aguets. Elle se contentait de clapoter au seuil de sa conscience, comme une information supplémentaire rangée à côté de la fraîcheur de l’air ou de la douleur dans son dos qui commençait à se rappeler à elle.
Un autre sentiment visitait en revanche l’Echouée, dans les moments les plus calmes de son périple. Alors qu’elle était occupée à suivre l’odeur d’une fougère ou à extraire son pied d’une ornière embourbée, un étrange trouble s’emparait de son âme. Sans totalement occuper son esprit, il s’y immisciait subitement et y répandait en grondant une brume opaque et menacante. Sans s’en rendre compte, Daedwyg s’immobilisait alors pendant quelques minutes, statue rachitique dressée au milieu du paysage. Alors elle reprenait ses esprits, soudainement consciente de son absence, elle s’accroupissait au sol et ne repartait que lorsqu’elle était sûre qu’aucun danger ne la guettait.

Sa faible constitution, additionnée à ses déambulations botaniques et à ces absences régulières ralentissaient conséquemment sa progression. Alors que la nuit teintait à nouveau un ciel aux nuages déchirés par un vent violent, Daedwyg se mit en quête d’un abri. S’éloignant du lac, les pieds en sang et de vives douleurs parcourant l’ensemble de sa colonne vertébrale, elle finit par élire son domicile sous les racines d’un chêne imposant, après s’être assurée qu’aucun animal n’y séjournait.
Des relents fauves parcouraient encore la cavité créée par les racines dans la terre argileuse mais ils étaient diffus, ce n’était sans doute pas un terrier. Tirant une poignée de fougères de sa besace, elle en broya les tiges avec application pour s’appliquer leur sève sur le corps. Cela n’arrangerait en aucun cas l’état de ses articulations meurtries, mais aurait au moins le mérite de camoufler son odeur à d’éventuels prédateurs, pour peu qu’ils ne la reniflent pas de trop près. Elle massa ensuite avec précaution son genou qui avait doublé de volume et fini par s’endormir sans même tenter de couvrir son abri de quelques branches.

Jour 18 :

C’est une sensation de froid humide sur sa joue qui l’éveilla le lendemain. Encore endormie elle finit par sursauter quand une langue chaude s’enfonça dans son oreille. Elle se redressa à temps pour apercevoir un jeune faon effrayé s’enfuir vers le lac de sa course maladroite.
Pendant la nuit, de la terre était tombée de l’entrelacs de racines la surplombant, recouvrant son corps d’une fine pellicule ocre. Alors qu’elle prenait sa première inspiration éveillée, c’est un air glacial qui s’engouffra dans sa gorge et elle toussa violemment. Cette journée s’annonçait encore plus rude que la précédente.
Loin d’avoir encore entièrement récupéré, le corps de l’Échouée se rappela furieusement à elle alors qu’elle s’extrayait de son abri de fortune. Après avoir récupéré ses affaires, Daedwyg se redressa avec lenteur. Appuyée sur sa canne, elle dû attendre que son sang accepte de bien vouloir circuler de nouveau jusqu’à ses pieds avant de pouvoir faire un pas. Le paysage autour d’elle était cisaillé d’écharpes de brume blanche qui engloutissaient toute perspective. Considérant ce facteur comme à son avantage, Daedwyg tenta quelques étirements prudents avant de se remettre en route.

Elle ne savait pas exactement dans quelle direction se tourner. Retourner vers le lac était peut-être plus sûr mais il lui semblait absurde de continuer à suivre la rive éternellement. Elle continua donc dans la direction qu’elle avait prise la veille, vers l’est.
Daedwyg appréciait cette forme d’intimité qui s’emparait de la nature plongée dans le brouillard. Absorbé par le ventre blanc de la brume, l’espace sonore se réduisait à quelque pas, laissant l’ouïe se concentrer sur des détails habituellement engloutis par le bruissement continu de la vie alentours. L’humidité ambiante rehaussait les odeurs de décomposition, laissant apparaître quantité de nouveaux ingrédients potentiels aux sens de l’Échoué. Daedwyg ne s’arrêtait pourtant pas autant que la veille. Ses réserves de nourriture étaient épuisées, son corps sans graisse était assailli par le froid et sa gorge commençait à la lancer désagréablement. L’idée de faire un feu pour elle seule ne l’enchantait pas, d’autant plus que par ce temps humide, l’opération allait lui demander une quantité conséquente d’énergie, mais elle n’aurait peut-être pas le choix.
Progressant en ligne droite à travers la brume, l’Échouée se mit à ramasser quelques branches les plus sèches qu’elle pouvait trouver. Porter ce fagot la ralentissait encore et, au fond d’elle, le grondement sourd se faisait maintenant entendre de manière constante, allant même crescendo. Tout à sa tâche, Daedwyg ne put s’empêcher de se demander si elle survivrait à cette journée.

Crevant le mur de brume devant elle, une haute falaise lui fit soudain face. Après l’avoir étudiée avec circonspection, l’Echouée finit par s’en approcher. Fourbue, elle jeta son fardeau au sol et glissant le long de la paroi de pierre, s’accroupit dans un soupir de soulagement. Son genou, subissant sa marche forcée, n’avait pas dégonflé et laissait même apparaître des trames violacées. Au champ de pierre, Daedwyg aurait pu trouver ce qu’il lui fallait pour apaiser l’inflammation. Mais la végétation qui l’entourait, plus sèche et éparse, ne lui était pas encore assez connue. Agençant les branches en cône, elle se mit en quête de silex. Après s’être un peu réchauffée elle pourrait aller explorer les environs et peut-être trouver ce qu’elle cherchait.

C’est alors qu’elle grommelait contre ce sol qui ne lui offrait aucune pierre pour allumer son feu qu’elle sentit une présence, on plutôt une attention portée sur elle. Relevant la tête, elle ne vit tout d’abord rien. La lande émeraude était de plus en plus happée par le brouillard. Ce n’est qu’en plissant le regard qu’elle pu apercevoir, collée au tronc d’un tilleul, une tâche blanche qui l’observait, un visage ?
Celui-ci ne bougeait pas, comme s’il se croyait encore invisible à ses yeux. Daedwyg, d’abord interdite, finit par s’asseoir sur ses talons et par lever lentement la main à son intention. A ce geste, le visage disparut. Ne trouvant pas la force de le héler de nouveau, l’Échouée attendit. Après un moment ou il était évident que rien d’autre ne se produirait, elle considéra son début de feu avec hésitation. Puis, récupérant ses affaires, ellese releva, étouffant un cri de douleur à la sensation de son dos rendu raide par le froid. Alors qu’elle contournait difficilement le tronc de l’arbre, il devint évident que plus personne ne s’y trouvait, elle soupira. Devait-elle retourner à son feu ? Il ne lui serait sans doute pas d’une grande utilité face à la chute de température nocturne. Non, sa seule chance de survie se trouvait dans ce visage blanc qui n’avait pas pu aller bien loin sans qu’elle l’entende. Son odorat pouvait percevoir une infime parcelle d’odeur humaine, flottant à l’endroit ou il s’était tenu, mais rien qui puisse consister en une piste réellement intéressante.
Considérant les alentours, Daedwyg décida de suivre la paroi de la falaise vers le sud. Elle se rendit rapidement compte que, si la brume la protégeait du regard des prédateurs, elle l’empêchait elle aussi de voir ce qu’elle cherchait. Un désespoir las s’emparait doucement d’elle et elle allait se laisser glisser à terre pour récupérer quand une odeur de cendre froide lui parvint… de la falaise ? Si le feu se trouvait au-delà, il était peu probable qu’elle parvienne à l’atteindre avant la nuit, ou même avant de mourir de froid. Une avancée rocheuse lui barrait la vue à sa gauche. Si elle la contournait, peut-être trouverait-elle un moyen d’escalader la falaise ?
Alors qu’elle s’approchait du contrefort calcaire, son pied glissa et, chutant violemment au sol elle roula quelques mètres en contrebas. Gémissante, le sang battant à ses tempes, elle put malgré tout entendre un rire sonore percer le brouillard.

- C’est elle qui t’a effrayée ?

- C’est son regard ! T’es sûr que ce n’es pas un monstre ?

La vue brouillée par le choc, Daedwyg roula doucement sur le côté, parcourant mentalement l’ensemble de son corps à la recherche d’éventuelles lésions. Au dessus d’elle, quelques pierres roulèrent et un bruit sourd lui signala qu’un corps leste venait de se réceptionner tout près d’elle. S’appuyant sur son coude, l’Échouée leva la tête pour apercevoir deux yeux noirs la fixant, partagés entre assurance, suspicion et curiosité.

- Même si c’en était un, il serait franchement inoffensif. Même toi tu pourrait en venir à bout Kahraman.

Des pas, moins assurés, se rapprochèrent à leurs tours et le visage que Daedwyg avait déjà aperçu entra dans son champ de vision. Une expression inquiète se peignit bientôt sur ses traits alors qu’elle l’observait.

-Oh, elle a l’air franchement mal en point. Ca va ? Tu viens d’où ?

Les yeux noirs de leur côté étudiaient sa peau et sa besace.

- Elle n’a sûrement pas fait tout ça par elle même en tout cas ! Tu es seule ? Ou sont les autres ?

Débordée par les questions et se remettant difficilement de sa chute, Daedwyg prit malgré tout sur elle pour tenter de répondre du mieux qu’elle pouvait.

- De… plus bas, au sud. Je suis toute seule. Mes amis sont partis. Je suis passé au Bosquet d’Aorn. Vous connaissez Dreth ?

Articulant du mieux qu’elle pouvait, elle avait tenté de placer autant d’informations que possible. A l’évocation du bosquet, ce que sa vision percevait maintenant comme un homme élancé à la peau sombre parut intéressé.

- Elle doit parler de ce camp dont Salim nous a parlé. T'aurais pas croisé un gringalet pas capable de rester en place un jour entier?

L’homme s’était approché d’elle et allait s’accroupir quand sa camarade poussa un cri.

- Attends Shabh ! C’est peut-être un piège ?

Le dénommé Shabh se tourna vers elle en se forçant à adopter un ton calme ou perçait malgré tout un léger agaçement.

- J’ai quadrillé le secteur, y’a aucun risque.

- Je, j’ai très froid, excusez-moi.

Les deux nouveaux arrivants la contemplèrent, surpris de cette soudaine prise de parole. Ils échangèrent ensuite un regard circonspect.

- Qu’est-ce qu’on fait d’elle ?

- J’imagine qu’on va pas la laisser mourir ici comme ça. Ard saura sans doute quoi faire.

En ce qui vous concerne :

Prénom / pseudo :

Daed/Okha/Serpe ou autre, du moment que je me reconnaît:D

Age : 25 ans

À quelle fréquence serez-vous présent(e) sur le forum ?

J’habite ici

Comment avez-vous découvert le forum (par internet, on s’en doute) ?

Top site toujours !

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Crocs avides contre torpeur minérale, sous la lune transie, les affamés s’arrachent à la pesanteur de ce monde.

Hiss
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Messages : 137

Jour d'éveil : Jour 10
Race : Cime
Groupe : Errant
Fiche de présentation :

Journal :
Mer 19 Avr 2017 - 23:23

Le menton posé sur son poing, assise en tailleur, Hiss finit d'écouter le récit de Daedwyg, puis soupire exagérément avant de se relever. Elle tient une espèce de galet ovale dans sa paume, et le pose en équilibre sur la tête de l'échouée avant de dire : "Hé ben. C'est bon, dis-donc. Félicitations!" Puis, elle lui sourit et tourne les talons, marchant en zigzagant vers l'horizon.


Phrases de Daedwyg :

- Plonges-y, ouvre les yeux, hurle. Noie-toi dans la réponse du vide.

- Les graines dans ta poigne doivent-elles nourrir des oiseaux ?





Ne les écoute pas, ne plie pas. Tu es seule.
Rien d'autre qu'une bourrasque qui menace les hommes.
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