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Meor
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Messages : 9

Jour d'éveil : 11
Race : Racine
Métier : Rien, pour l'instant.
Dim 30 Avr 2017 - 21:04




Une silhouette solitaire se détachait de l'immensité des plaines. Marchant aussi lentement qu'elle le pouvait, le soleil suivait ses pas, le regardant avancé avec mal vers son destin, une pointe d'humour dans son regard de braise. Lui qui ne souffrait jamais du haut des cieux ; son piédestal, il le trouvait bien sotte de braver l'éclat de sa magnificence. Néanmoins, il comprenait la nécessité de sa stupidité. Il désirait survivre.

Cette silhouette se trouvait être Meor. Le jeune homme fragile et malchanceux. Ces aventures n'étaient pas pour lui. Il n'était pas un survivant. Il était un rat sur le déclin. Il attendait avec impatience les corbeaux, les seuls êtres qui l'accompagneraient durant ses dernières minutes sur ce monde. Un monde ? Qui pouvait appeler cela un monde ? Ce n'était qu'un enfer. Un purgatoire, pourrait-on dire ! Néanmoins, on le poussait à avancer. Quelqu'un ou quelque chose lui parlait constamment. Au début, dans la forêt, la chose dans sa tête s'était tu. Mais ce ne fut que pour un temps. Elle avait repris de plus belle, depuis son départ. Elle lui susurrait des mots de réconfort. Elle guidait la plupart de ses actes. Elle était son ange gardien; sa conseillère qui l'accompagnait dans ses périples. Il ne savait rien sur elle, mais elle savait tout sur lui.

Cependant, quelque chose n'allait pas. Cette voix lui donnait parfois des conseils incompréhensibles, voire malsains. Meor ne s'en était pas préoccupé au début - après tout, il était vivant grâce à celle-ci - mais vint un jour où elle lui dicta un ordre. Un ordre qui consistait en sa mort. Elle lui avait dit de se jeter du haut du plus grand arbre qu'il trouverait. Lui qui avait pris ça pour une simple plaisanterie, c'était vite rendu compte que se n'en était pas une. Après cet évènement, elle s'était tu. Mais elle avait repris depuis peu. Cette fois-ci, elle lui donnait des conseils plus éclairés. Néanmoins, Meor décida de ne pas en tenir rigueur. Il ne lui faisait plus confiance. Ce fut une grave erreur. Le garcon se perdit, tel un vulgaire enfant au milieu d'une foule. Il ne savait pas où il était ni où il allait, mais il n'eut d'autre choix que de continuer dans une direction au hasard, ayant perdu tout repair.

Cela faisait depuis deux jours que ses pas le guidaient vers l'inconnu. Deux jours durant lesquels il souffrit le martyre. La déshydratation était à un stade avancé. Le moindre son qu'il produisait lui donnait l'impression que sa gorge se liquéfiait de l'intérieur. Le premier jour, il vomit les baies, le repas qu'il avait avalé la vieille. Ce fut une écume jaunâtre qui se répandit sur le sol, témoignant de sa mauvaise santé. Le deuxième jour, ce ne fut que pire. Sa vue se troubla, et ses sens commencèrent à lui faire défaut. À plusieurs reprises, il crut voir un lapin voler au-dessus de sa tête. Son esprit était embrouillé, et il s'en rendait bien compte. La voix le sermonnait. Elle voulait qu'il l'écoute. Elle lui disait tant de chose, mais il continuait à l'ignorer. Ses pensées voguaient, allant d'un sujet à un autre. La voix s'atténua bien rapidement pour ne devenir qu'un bruit confus à peine audible.

Soudain, sans prévenir, il l'entendit, comme si elle provenait d'un être humain bien vivant, et non de sa tête. Elle criait. Elle semblait être en colère. Elle le réclamait. Sa tête se mit à lui faire mal, ayant l'impression qu'on la brulait de l'intérieur. Meor tomba à genoux et supplia la voix d'arrêter. Il lui jura de porter attention à ses paroles. Mais la douleur s'amplifia. La voix voulait lui donner une lecon qu'il n'oublierait pas. Plusieurs minutes passèrent, et cela finit pour de bon. À bout de souffle, Meor s'allongea dos contre terre, le visage déformé par un rictus. Il voulut pleurer, mais rien ne survint. Il n'avait plus aucune larme à verser. Il s'excusa, jurant à nouveau de l'écouter. Elle était sa seule amie, après tout. Il y eut un murmure, et ses paroles mielleuses emplirent son esprit; elle le pardonnait, pour l'instant.  
 
Marchant sans regarder ce qui l'entourait, il ne remarqua que plus tard un ombre au loin. Une ombre scintillante à la lumière du soleil. Perplexe, il fit un bref détour d'une dizaine de minutes afin d'aller à la rencontre de cette chose. Ce ne fut qu'après avoir parcouru une bonne centaine de mètres qu'il se rendit compte de sa stupidité ... Un lac. Juste devant lui. Comment n'avait-il pas pou le voir ? Bouche bée, il se frappa la tête à l'aide de son bâton, en rage contre lui-même. Il arrêta une fois son visage - ou du moins une partie - en sang. Il le méritait. Il n'était qu'un horrible rat. Prenant ses dernières forces avec lui, il s'élança en direction du lac, soutenu par la voix, le visage et les cheveux couverts d'un sang coagulé. Sa course s'arrêta au sommet d'un rocher, là où il put voir en entier la merveille qui s'étendait devant lui.

Sans attendre davantage, il sauta dans l'eau, ivre de bonheur. Son premier réflexe - une fois à la surface - fut d'ouvrir la bouche afin d'avaler toute l'eau qu'il pouvait ingurgiter. Le temps passa sans qu'il ne sorte de ce paradis. Il était si content. Qui pouvait lui reprocher ? Après avoir répondu à ses besoins, il entreprit de se laver le corps, après des jours de voyage ininterrompus. Ce fut l'un des seuls moments où il ressentit une joie profonde sur ce monde. Il s'amusa. Il nagea. Il but. Ce n'était pour lui qu'une récompense amplement méritée après toutes ces épreuves. Néanmoins, quelque chose attira son attention. Il eut à de nombreuses reprises l'impression qu'on l'observait. Et cette impression se confirma quand il vit une chose se détacher de l'ombre d'un arbre. Ou plutôt, un humain. Il écarquilla les yeux à la vue de son semblable.

L'humain en question était en fait un homme d'une trentaine d'années environ, aux yeux bleus ainsi qu'au corps plutôt robustes. Sa taille était entourée d'un pagne qui ressemblait quelque peu au sien. Visiblement peu sûr de lui, il leva et fit un salut hésitant en sa direction. Meor y répondit.

-"S - saâlut." dit-il en employant une formulation approximative, sa gorge le faisant toujours souffrir.

Le jeune garçon commenca à nager afin de retrouver la berge. L'homme ne recula pas, et sembla même attendre sa venue avec une impatience non contenue. Une fois debout, et après avoir rajusté son pagne afin qu'il ne voit pas son intimité, il regarda l'homme dans le blanc des yeux.

-"Je dois dire que ça fait du bien de voir qu'il y a un autre humain sur ce monde. "

L'inconnu sourit, prenant la parole pour la première fois.

-"Et moi de même, très cher ami. Tu peux m'appeler Ceropso."

Il lui tendit la main, un regard perplexe dirigé vers la blessure saillante sur son front.
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