AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  
AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  


Rencontre
AuteurMessage
Meor
Membre
avatar
Messages : 10

Jour d'éveil : 11
Race : Racine
Dim 30 Avr 2017 - 21:04





     Une silhouette solitaire se détachait de l'immensité des plaines. Marchant aussi lentement qu'elle le pouvait, le soleil suivait ses pas, le regardant avancé avec mal vers son destin, une pointe d'humour dans son regard de braise. Lui qui ne souffrait jamais du haut des cieux ; son piédestal, il le trouvait bien sotte de braver l'éclat de sa magnificence. Néanmoins, il comprenait la nécessité de sa stupidité. Il désirait survivre.

     Cette silhouette se trouvait être Meor. Le jeune homme fragile et malchanceux. Ces aventures n'étaient pas pour lui. Il n'était pas un survivant. Il était un rat sur le déclin. Il attendait avec impatience les corbeaux, les seuls êtres qui l'accompagneraient durant ses dernières minutes sur ce monde. Un monde ? Qui pouvait appeler cela un monde ? Ce n'était qu'un enfer. Un purgatoire, pourrait-on dire ! Néanmoins, on le poussait à avancer. Quelqu'un ou quelque chose lui parlait constamment. Au début, dans la forêt, la chose dans sa tête s'était tu. Mais ce ne fut que pour un temps. Elle avait repris de plus belle, depuis son départ. Elle lui susurrait des mots de réconfort. Elle guidait la plupart de ses actes. Elle était son ange gardien; sa conseillère qui l'accompagnait dans ses périples. Il ne savait rien sur elle, mais elle savait tout sur lui.

     Cependant, quelque chose n'allait pas. Cette voix lui donnait parfois des conseils incompréhensibles, voire malsains. Meor ne s'en était pas préoccupé au début - après tout, il était vivant grâce à celle-ci - mais vint un jour où elle lui dicta un ordre. Un ordre qui consistait en sa mort. Elle lui avait dit de se jeter du haut du plus grand arbre qu'il trouverait. Lui qui avait pris ça pour une simple plaisanterie, c'était vite rendu compte que se n'en était pas une. Après cet évènement, elle s'était tu. Mais elle avait repris depuis peu. Cette fois-ci, elle lui donnait des conseils plus éclairés. Néanmoins, Meor décida de ne pas en tenir rigueur. Il ne lui faisait plus confiance. Ce fut une grave erreur. Le garçon se perdit, tel un vulgaire enfant au milieu d'une foule. Il ne savait pas où il était ni où il allait, mais il n'eut d'autre choix que de continuer dans une direction au hasard, ayant perdu tout repaire.

      Cela faisait depuis deux jours que ses pas le guidaient vers l'inconnu. Deux jours durant lesquels il souffrit le martyre. La déshydratation était à un stade avancé. Le moindre son qu'il produisait lui donnait l'impression que sa gorge se liquéfiait de l'intérieur. Le premier jour, il vomit les baies, le repas qu'il avait avalé la vieille. Ce fut une écume jaunâtre qui se répandit sur le sol, témoignant de sa mauvaise santé. Le deuxième jour, ce ne fut que pire. Sa vue se troubla, et ses sens commencèrent à lui faire défaut. À plusieurs reprises, il crut voir un lapin voler au-dessus de sa tête. Son esprit était embrouillé, et il s'en rendait bien compte. La voix le sermonnait. Elle voulait qu'il l'écoute. Elle lui disait tant de chose, mais il continuait à l'ignorer. Ses pensées voguaient, allant d'un sujet à un autre. La voix s'atténua bien rapidement pour ne devenir qu'un bruit confus à peine audible.

     Soudain, sans prévenir, il l'entendit, comme si elle provenait d'un être humain bien vivant, et non de sa tête. Elle criait. Elle semblait être en colère. Elle le réclamait. Sa tête se mit à lui faire mal, ayant l'impression qu'on la brulait de l'intérieur. Meor tomba à genoux et supplia la voix d'arrêter. Il lui jura de porter attention à ses paroles. Mais la douleur s'amplifia. La voix voulait lui donner une lecon qu'il n'oublierait pas. Plusieurs minutes passèrent, et cela finit pour de bon. À bout de souffle, Meor s'allongea dos contre terre, le visage déformé par un rictus. Il voulut pleurer, mais rien ne survint. Il n'avait plus aucune larme à verser. Il s'excusa, jurant à nouveau de l'écouter. Elle était sa seule amie, après tout. Il y eut un murmure, et ses paroles mielleuses emplirent son esprit; elle le pardonnait, pour l'instant.  
 
    Marchant sans regarder ce qui l'entourait, il ne remarqua que plus tard un ombre au loin. Une ombre scintillante à la lumière du soleil. Perplexe, il fit un bref détour d'une dizaine de minutes afin d'aller à la rencontre de cette chose. Ce ne fut qu'après avoir parcouru une bonne centaine de mètres qu'il se rendit compte de sa stupidité ... Un lac. Juste devant lui. Comment n'avait-il pas pou le voir ? Bouche bée, il se frappa la tête à l'aide de son bâton, en rage contre lui-même. Il arrêta une fois son visage - ou du moins une partie - en sang. Il le méritait. Il n'était qu'un horrible rat. Prenant ses dernières forces avec lui, il s'élança en direction du lac, soutenu par la voix, le visage et les cheveux couverts d'un sang coagulé. Sa course s'arrêta au sommet d'un rocher, là où il put voir en entier la merveille qui s'étendait devant lui.

      Sans attendre davantage, il sauta dans l'eau, ivre de bonheur. Son premier réflexe - une fois à la surface - fut d'ouvrir la bouche afin d'avaler toute l'eau qu'il pouvait ingurgiter. Le temps passa sans qu'il ne sorte de ce paradis. Il était si content. Qui pouvait lui reprocher ? Après avoir répondu à ses besoins, il entreprit de se laver le corps, après des jours de voyage ininterrompus. Ce fut l'un des seuls moments où il ressentit une joie profonde sur ce monde. Il s'amusa. Il nagea. Il but. Ce n'était pour lui qu'une récompense amplement méritée après toutes ces épreuves. Néanmoins, quelque chose attira son attention. Il eut à de nombreuses reprises l'impression qu'on l'observait. Et cette impression se confirma quand il vit une chose se détacher de l'ombre d'un arbre. Ou plutôt, un humain. Il écarquilla les yeux à la vue de son semblable.

     L'humain en question était en fait un homme d'une trentaine d'années environ, aux yeux bleus ainsi qu'au corps plutôt robustes. Sa taille était entourée d'un pagne qui ressemblait quelque peu au sien. Visiblement peu sûr de lui, il leva et fit un salut hésitant en sa direction. Meor y répondit.

-"S - saâlut." dit-il en employant une formulation approximative, sa gorge le faisant toujours souffrir.

     Le jeune garçon commenca à nager afin de retrouver la berge. L'homme ne recula pas, et sembla même attendre sa venue avec une impatience non contenue. Une fois debout, et après avoir rajusté son pagne afin qu'il ne voit pas son intimité, il regarda l'homme dans le blanc des yeux.

-"Je dois dire que ça fait du bien de voir qu'il y a un autre humain sur ce monde. "

L'inconnu sourit, prenant la parole pour la première fois.

-"Et moi de même, très cher ami. Tu peux m'appeler Ceropso."

Il lui tendit la main, un regard perplexe dirigé vers la blessure saillante sur son front.
Meor
Membre
avatar
Messages : 10

Jour d'éveil : 11
Race : Racine
Jeu 20 Juil 2017 - 22:11

Jour 15  Meor arracha un morceau de viande, se délectant de la chair fraîche qui emplissait sa bouche d’un plaisir nouveau. Il savoura pendant un bon moment, faisant passer sa langue sur celle-ci avec lenteur ; c’était si bon après tant de jours à manger des baies. De l’autre côté du feu, Ceropso mangeait aussi, un regard parfaitement impassible collé sur le visage. Depuis qu’il l’avait trouvé, Meor avait appris bien des choses sur l’homme. Lui aussi était né dans les racines, loin, au nord. Comme lui, il avait descendu vers le sud, ne sachant où allé. Cependant, la chance se montra plus clémente. Tôt, durant son voyage sur les plaines, il tomba sur une poignée de lapins. Ceropso se trouva un don inné pour la chasse.
Preuve en est, sans ce talent, Meor ne mangerait pas ce délicieux repas.

     Ceropso survécut ainsi durant de nombreuses journées. Tel un nomade, il traversa d’innombrables terres, chassant pour se nourrir et subsister. Après tant de déplacements, il arriva finalement au bord de ce lac. Il y passa une nuit, avant de finalement rencontrer Meor le lendemain, maigre comme un clou, et dans une misère sans fond. Ceropso était un homme généreux et bienveillant, mais qui ne souhaitait pas montrer ces qualités au grand jour. Il arborait la plupart du temps un visage neutre, qui ne laissait filtrer aucune émotion. Ça, Meor l’avait compris bien assez tôt. Néanmoins, il sut l’apprécier malgré le peu de temps qu’ils avaient passés ensemble. Bien que le l'arbrisseau ait perdu toute notion du temps, il se savait réveillé dans ce monde depuis une poignée de jours.  Peut-être, trois ou quatre. Il n’en savait rien.  « Avez-vous une idée de où nous sommes, Ceropso ? » Il s’était adressé à celui-ci avec un certain respect ; il l’admirait.

       Pour toute réponse, le concerné continua à mâcher son lapin, les yeux dirigé vers le sol. Il daigna à répondre une fois le dernier morceau arraché et avaler. « Je ne sais pas Meor. L’important n’est pas de savoir où nous sommes, mais pourquoi, et comment. Après nous le saurons.  Néanmoins, je peux peut-être te dire une chose qui devrait te rassurer. Il y a, bien entendu, d’autres personnes vadrouillant ces contrées. J’en ai vu plusieurs. Tu comprendras que dans une telle situation, je n’ai pas osé les approcher. Qui sait ce que peut faire un homme lorsqu’il est affamé et en difficulté ». Dit-il avec une touche d’ironie. « J’ai eu de la chance que tu ne sois pas dangereux. Si tu t’étais fait agressif, qui sait ce que j’aurais fait au prochaines personnes qui aurait croisées ma route. Mon comportement aurait changé vis-à-vis des autres. La psychologie est très importante, ici. Il faut maintenir sa santé mentale. Il faut l’ordonner, sans quoi, le monde nous semblera différent. Différent en mal, j’entends. » Il poussa un bref soupir. « Ce monde est mystérieux. Oui, il l’est … Pourtant, on s’étonne à vouloir survivre dans un tel monde. Mais, dis-toi une chose, peu importe où nous sommes, ce monde est une nouvelle vie - du moins, s’il y en avait une avant celle-ci. Fais quelque chose de tes bras et tes jambes. Fait travailler ton cerveau. Peut-être survivras-tu ainsi, et trouvera la sortie de cette prison». Perplexe, Meor répondit. « Une prison ? ». Ceropso hocha la tête. « Ouais. Tu vois ces montagnes ? » Il pointa du doigt de petits pics, au loin. « Ce sont les murs qui nous empêchent de partir. J’y ai fait un tour. Elles sont infranchissables

       La discussion se finit sur cette note de désespoir. Ceropso se leva, et quitta son protéger.
Meor en profita pour finir son repas, avant de retrouver l’homme dans la cavité qui leur servait de refuge. À l’intérieur, il le vit en train de travailler sur un bout de bois ; il comptait la modeler afin d’en faire une lance. Il lui adressa un petit sourire, sourire auquel il ne répondit pas. Ne s’en souciant pas d’avantage, il se dirigea vers sa couche, un mélange de feuille et de terre séché. Ce n’était pas un lit très confortable, mais ça l’était certainement plus que de la pierre froide et dure. Il passa sa main afin d’écarter la poussière, et s’allongea sur le dos. Lentement, ses paupières se fermèrent, bercé par le bruit frénétique d’un caillou que l’on frottait contre un bâton. C'est dans ces moments-là que l'on ressentait une certaine forme de joie, comme si on avait surmonté plus grand que soi. Mais pourtant, au fond de lui, il savait qu'il avait encore à endurer. Trop, peut-être. Il ne savait pas s'il tiendrait ; c'est ce qui lui faisait peur.
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum