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Le saule et l'hirondelle [Staz][Fin du jour 19, jour 20][Important][CLOS]
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Maitre du jeu
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Ven 1 Sep 2017 - 14:43

Le tiroir s'ouvrit, il était presque vide. Au dessus du meuble, aucune présence du dessin de la jeune femme, rien que des pots couverts de sang. Au milieu du tiroir, Staz pourrait voir un unique galet, face vers le bas, solitaire dans le contenant obscur. S'il le prenait pour voir ce qu'il y avait d'inscrit à l'avant, le galet viendrait avec difficulté. Cela était presque invisible lorsqu'il était posé au fond du tiroir, mais la pierre était totalement fendue en deux morceaux, qui avaient été vaguement collés l'un à l'autre.

En gardant les deux morceaux de galet rassemblés, et en le retournant, Staz pourra voir le visage de Ka au sourire morbide et aux orbites vides, dessinés dans un noir coulant sur la pierre grise. Le galet était fendu au milieu de son visage, prolongeant son sourire en le même rictus malade que portait le cadavre contre le mur au dessus du lit.

Mais Staz n'aurait pas le temps d'en voir bien plus.

Suite à tout cela, le jeune homme finirait par sentir un coup sec contre son oreille, un bruit sourd, une douleur au crâne ainsi qu'une sensation de sang dans la bouche. Puis tout deviendrait flou, et il tomberait, inconscient.

Noir.

Un peu plus tard, les yeux du jeune homme pourront se rouvrir avec difficulté.

Il sera au milieu de la maison de Ka, cette fois couché dans le lit. Une odeur de viande grillée flottera dans les airs, et tout aura retrouvé sa place habituelle. Le cadavre du vieil homme ne sera pas là, tout paraîtra de nouveau normal. S'il sortait, dehors Staz pourrait voir Ka en train de manger une tranche de viande grillée, assis dans l'herbe à regarder le ciel gris, alors que la clairière aura retrouvé sa forme habituelle.

L'oppression et la gêne particulière qu'avait ressenti Staz n'existerait plus. En revanche il aurait toujours une petite douleur au crâne, à côté de son oreille.

S'il lui venait l'envie de jeter un oeil à l'intérieur du tiroir, les galets seraient tous revenus. Et, s'il cherchait bien, au fond du tiroir, quelque part à gauche, il pourrait rassembler un galet cassé en deux, sur lequel était dessiné le visage souriant de Ka, naturel et avec ses yeux normaux, dans la même position que le dessin qu'il avait vu sur le galet avant de tomber inconscient, fracturé en son centre en une cicatrice qui prolongeait son sourire en un rictus malade.
Staz
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Ven 1 Sep 2017 - 16:57


Il n'y avait plus tous les galets. Il n'y avait plus Isandrine, ou Salim, ou tous ces visages d'hommes et de femmes qu'il avait aperçu. Le fond du tiroir n'était qu'un bout de bois ordinaire, éclaboussé à certains endroits par quelques gouttes de sang qui avaient su trouver leur chemin comme par magie jusque là. Mais, au milieu de ce grand vide, trônait quelque chose. Un galet, retourné. Retourné, comme certains de ceux qu'il avait lui-même regardé, la veille, sans méfiance, sans peur. Mais désormais, rien n'était plus pareil. Ka était mort.
Ou semblait l'être.

Une petite voix dans sa tête lui rappelait sans cesse ce qu'il s'était passé avec l'être noir. Il y avait eu l'arbre, puis la terreur, avec cet arbre invraisemblable auquel il était suspendu comme par magie. Par magie, exactement. Il secoua la tête, alors que ses larmes tendaient à devenir moins abondantes. Tendant la main, il saisit le galet. Il était incroyablement froid au toucher, tellement froid que Staz en eu un frisson. Il fut surpris de ne pas pouvoir saisir le caillou immédiatement, car celui-ci semblait comme collé au fond du tiroir.
Alors, le décollant en un petit bruit, il le retourna, tremblant à l'idée de ce qu'il allait y découvrir. Il n'y avait là ... Que le visage de Ka. Le Ka mort qu'il y avait dans la pièce, le même, avec ce sourire effrayant, dessiné sur un galet brisé en deux et sommairement recollé. Ses orbites vides semblaient appeler à l'aide, et Staz poussa un autre cri.

Une douleur, et ce fut le noir.

Quand Staz ouvrit les yeux, ce fut dans un grand hurlement. Son cri résonna, alors que ses mains tremblaient, tout son corps dégoulinant de sueur. Regardant autour de lui, il sut immédiatement où il était. Plus de cadavre, plus de sang. Tout était comme avant. Son sang se glaça.
Il bondit sur ses pieds, trop vite d'ailleurs, car il tomba sèchement sur le sol. A quatre pattes, alors, il se précipita vers la commode, l'ouvrant à la volée. Les galets étaient à nouveau présents. Tous. De la sueur perlait sur son front, alors que son coeur peinait à maintenir un rythme si élevé. Ses mains se mirent à fouiller sans aucune précaution le placard. Chacun des galets. Il bougeait les galets, les poussait, et trouva enfin ce qu'il cherchait. Deux parties d'un galet brisé. Et le visage de Ka, sur celui-ci. Le visage d'un Ka souriant, ses deux grands yeux noirs toujours aussi vifs et intelligents. Il laissa échapper un petit cri, au bord de la syncope. Ses mains tremblaient tellement que les deux parties s'entrechoquaient, alors qu'il se laissa tomber sur le dos. Et sa voix s'éleva, de tout ce que ses poumons pouvaient lui offrir, puissante, comme un appel à l'aide.
- KA !!

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Ven 1 Sep 2017 - 19:44

Le monde et l'homme. Deux entités distinctes, chacune ayant son rôle à jouer dans les moments qui vont suivre. Une carte sera tiré pour chacune d'entre elles.

Le monde :
1 : Roi de trèfle
2 - 3 : Sept de trèfle
4 : Quatre de pique

L'homme :
1 : Valet de pique
2 - 3 : Valet de coeur
4 - 5 : Valet de carreau
6 : Valet de trèfle

***

Le sept de trèfle et le valet de trèfle sont tirés.

A l'appel du jeune homme, Ka se précipita dans la demeure. Il marcha à grands pas et arriva rapidement à attraper Staz et à le prendre dans ses bras. Avec calme et douceur il le ramena vers le lit et le fit s'asseoir sur celui-ci.

- Calme-toi, jeune homme, tout va bien, respire. murmurait-il de sa voix grave.

Et il se tint accroupi devant lui. D'une main calme et habile il prit les deux bouts de galets des mains de Staz pour les déposer lentement sur un meuble à côté, puis il prit son épaule avec son autre main et le regarda droit dans les yeux, essayant de capter son regard fuyant.

- Tout va bien, d'accord ? Tu as traversé un épisode délirant et tu es tombé par terre. Je n'ai pas eu le temps de te rattraper, ta tête a cogné contre une racine dure, mais je t'ai soigné. Tout va bien.

Il incita le jeune homme à respirer avec lui comme il l'avait fait la veille, en une série d'inspiration, expiration. L'ambiance des lieux était calme, tout semblait indiquer au jeune homme qu'il avait rêvé quelques instants auparavant, que ce qu'il avait vu n'était pas la réalité, mais son angoisse aurait pu perdurer et l'inciter à ne pas y croire au fond de lui.

- Il ne faut pas... commença le vieil homme.

Puis il arrêta sa phrase, quelques instants. Il réfléchit en posant des doigts sur ses lèvres, puis il continua en restant accroupi face à Staz, le regard chaleureux et la voix vibrante ;

- Il ne faut pas te laisser ainsi emporter par les rafales. Tu laisses tout cela te submerger, et c'est ce qui te nuit, tu le comprends n'est-ce pas ? Tu n'es pas en train de te noyer, tu ne cours pas de danger, alors respire doucement.

Ses doigts vinrent lui toucher le front, lentement. Puis plaça son autre main sur son propre front :

- Tu dois penser avec ça. C'est ça qui pense, tu comprends ?

Il enleva ensuite sa main et le regarda dans les yeux. Un sourire monta aux lèvres du vieil homme, alors qu'il posait la tête sur son poing, tout en expliquant dans un petit geste de la tête allant de gauche à droite.

- Parfois tu dois oublier les rafales, et rentrer dans ta carapace. Comme un mécanisme, il faut te mettre à marcher sans cœur, et te poser des questions. Suis-je en train d'être dépassé par quelque chose ? Suis-je dans une situation logique, ou dans une confusion qui n'a rien de naturel ? Suis-je éveillé ou en train de rêver ? Est-ce que je cours réellement un danger, est-ce que quelque chose est vraiment en train de se produire, est-ce que je réagis de la bonne manière ?

Ka patienta quelques instants. Puis, voyant que cela n'était pas clair pour le jeune homme, il finit par s'expliquer sur un exemple.

- Par exemple, si tu crois apercevoir la silhouette d'une biche devant toi, dans le bois, alors que tu es affamé et que tu cherches à chasser : Est-ce qu'il vaut mieux laisser ta faim, ta joie et ton entrain parler, et te mettre à courir à toutes jambes pour bondir vers la biche, ou est-ce qu'il vaut mieux refréner tes pulsions et réfléchir à un moyen pour l'attraper en restant silencieux ?

Il fit une pause après cette question. Puis il soupira, et finit par dire :

- Ne crois pas à tout ce que tu vois. Ne te laisse pas influencer.

A nouveau sa main vint à son épaule, puis il respira lentement, et demanda :

- Si tu veux me parler de ce que tu as vu, je veux bien écouter. Mais si cela est trop dur à dire, rien ne t'y oblige. En tout cas prend du recul par rapport à tout cela, ne laisse pas ce délire gagner sur le réel.
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Ven 1 Sep 2017 - 19:44

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#1 'd4' :

#1 Résultat : 2

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#2 'd6' :

#2 Résultat : 6
Staz
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Ven 1 Sep 2017 - 21:56


                               

Allongé sur le sol, tremblant de tout son corps, Staz savait que Ka allait rentrer. C'était la seule logique à laquelle il pouvait se raccrocher. Et Ka entra dans la pièce, se précipitant vers lui, qui était toujours aussi immobile qu'il le pouvait, malgré les sursauts incontrôlés de ses membres. Il avait toujours son visage doux, calme, et ne sembla pas étonné de le trouver ainsi, dans cet état. La douleur aiguë près de son oreille lui rappelait intensément que tout cela ne pouvait pas être qu'un cauchemar, que tout cela avait forcément une signification. Et ce galet. Ce galet. Il ne l'avait pas vu. Il ne savait pas son existence avant ... ça. Pourtant, il était là, dans sa main si serrée que la côté brisé du galet entaillait sa paume.

Quand Ka le prit dans ses bras, avec une douceur inconsidérée, il s'y blottit volontiers, un instant, avant de se rappeler l'image violente qui était toujours gravée dans sa mémoire. Ses boyaux trônaient sur le lit, où l'y emmenait justement le vieillard, et l'instant d'après, il se laissa emporter dans des sanglots étranglés, se rappelant le sort réservé à ses yeux. Disparus. Et ses orbites vides semblaient pleurer leur sang. Il lâcha un gémissement qui tenait plus du couinement, et se serra un peu plus contre le vieil homme, durant ce court instant.

Mais déjà celui-ci le posait sur le lit, le lit qui avait porté ... Staz se blottit sur lui-même, tapi à l'autre extrémité du lit, jetant un regard apeuré à l'endroit où s'étaient situés les organes. Ka lui enleva les galets de la main, ou plutôt les lui arracha tant ils étaient enfoncés dans son poing qu'il n'arrivait plus à desserrer, sujet à une angoisse proche du délire. Ses yeux fuyants roulaient dans ses orbites comme s'il n'était plus qu'une proie, et sa main se porta à la plaie de son crâne alors qu'il ramenait un peu plus encore ses genoux contre son torse.
Et malgré les mots du vieil homme, à aucun instant il n'arriva à croire réellement que Tout allait bien. Il se contenta de le regarder, ne sachant pas lui-même s'il écoutait ou même entendait les paroles du vieillard, tout en lançant régulièrement des coups d’œil à ses mains pour vérifier que le sang les avaient bien quitté.
Tout ceci ne pouvait pas juste être un délire.
Et il ne s'était pas cogné la tête. On l'avait frappé.

Il se contenta d'essayer d'écouter, poliment, d'essayer de respirer, sagement, et de se retenir de se mettre à hurler, raisonnablement. Il ne comprenait qu'à moitié ce que lui disait le vieil homme, les images d'horreur défilant à toute vitesse dans son crâne, et n'en compris qu'une chose : Ka pensait qu'il avait rêvé. Ou déliré. Ou quelque chose comme ça.

Lorsque Ka lui proposa d'en parler, les larmes qui s'étaient taries au cours de la discussion, se remirent à couler le long de ses joues. Il n'était plus que boule de terreur, et rien n'aurait su effacer de son esprit les images qu'il avait vues.
Sa main attrapa le poignet de Ka, alors que ses yeux cherchaient les siens. Peut-être ne se rendait-il pas compte, mais il se mit à serrer celui-ci suffisamment fort pour y laisser des marques.
- Ce...  n'était pas un ... Un délire ...
Sa voix était saccadée, ses sanglots tranchants les phrases. Il secoua la tête, alors que les mots lui brûlaient la gorge.
- L'arbre qui ne bouge pas ... Le monde qui change ... Comme ...
Il fit un geste de ses mains, comme pour désigner quelque chose de grand.
- Comme hier ...
Soudain, tout son corps s'immobilisa, tendu comme un arc.
- Vous étiez ... Vos yeux ...
Sa poigne se resserra encore un peu sur le poignet du vieillard. Et il répéta, d'une voix plus ferme cette fois.
- Ce n'était pas un délire.
Il tourna les yeux vers le galet, le regardant sans le voir, comme obnubilé par une idée.
- Comment aurais-je pu ... rêver... de ça ... Alors que je ne savais même pas qu'il ... qu'il existait ...
Il secoua la tête.
- J'étais ici ... après. Et vous ... Vous étiez mort. Mais ... Je n'étais pas seul.

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Sam 2 Sep 2017 - 12:04

Pendant que deux hommes parlent, des changements imperceptibles sont à l'oeuvre.

1 : Joker noir.
2 - 3 : Roi de trèfle.
4 - 10 : Roi de carreau.
11 - 13 : Cinq de pique.
14 - 16 : Trois de pique.
17 - 25 : Quatre de pique.
26 - 35 : Deux de pique.
36 - 55 : Deux de carreau.
56 - 70 : Deux de cœur.
71 - 100 : Sept de carreau.

***

Le sept de carreau est tiré.

Ka hochait la tête lentement tout en écoutant le jeune homme parler. Il était patient et le laissa s'expliquer. Son regard était calme et bienveillant.
Après que Staz eut terminé de parler, expliquant qu'il avait vu Ka mort, ce dernier ne sembla pas réagir avec davantage d'émotions. Il regarda sur le côté, semblant réfléchir, puis il finit par dire :

- Mais... Tu me vois, je suis bien en vie.

Et il reprit immédiatement en levant la main :

- Je... Ne cherche pas à te tourner au ridicule. Ni à remettre ta parole en doute, jeune homme.

Ses yeux partirent vers le plafond, en poutres de bois et chaume. Il ne dit plus rien l'espace d'un instant. Puis il brisa le silence à nouveau.

- Ce que je veux te faire remarquer, c'est que tu as bien vu des choses qui étaient fausses, qui n'existaient pas. Effectivement, comme hier. On a plongé ton esprit dans un monde qui n'est pas celui-ci, et l'être qui t'y a plongé devait avoir connaissance de ce galet brisé. Il l'a inclut dans ce monde. C'est tout.

Ka respirait lentement. Il posa ses deux mains sur les deux épaules de Staz, l'incita à le regarder dans les yeux, puis dit lentement :

- Maintenant, si cela t'inquiète que ce galet soit cassé, sache que ça n'est pas lui qui l'a brisé.

Il réfléchit un moment. Puis sa voix perdit une infime once de patience, suffisante cependant pour déstabiliser Staz.

- Ce qu'il veut faire, c'est tenter de te déstabiliser, de t'influencer. S'il voulait nous tuer il l'aurait fait, il ne l'a pas fait, alors cesse de te prendre à son jeu. Il ne faut pas s'occuper de lui. Il ne faut pas te laisser faire. C'est ce que je tente de te répéter depuis tout à l'heure.

Le vieil homme semblait quelque part entre une infime frustration et une infime colère, il soupira longuement, son visage était grave. D'un air sévère il ajouta :

- Nous pouvons parler de ce que tu veux, nous pouvons échanger à propos de tout, je peux tenter de te faire comprendre les choses... Mais il faut que tu y mettes du tien pour ne pas te laisser emporter comme cela.

Il hocha la tête, son visage perdit son air sévère et devint bien plus compréhensif, il se rapprocha du jeune homme et l'étreignit un instant d'un geste calme et rassurant, tout en lui tapotant le dos. Suite à quoi il demanda :

- Veux-tu manger un peu de biche ? J'ai fait cuire la viande, on pourrait la manger dehors en profitant du temps qui s'est adouci.
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Sam 2 Sep 2017 - 12:04

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Staz
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Sam 2 Sep 2017 - 13:16


                               

Staz avait de plus en plus l'impression d'être un enfant à qui l'on explique qu'il ne faut pas avoir peur du noir. Il lâcha le poignet du vieil homme comme si celui-ci venait de le mordre, et se blottit contre lui-même, dans l'espoir de se rassurer un peu. Non pas que Ka ne cherchait pas à le rassurer, lui, mais chacun de ses mots le ramenait au fait qu'ils n'étaient pas seuls. A aucun instant. Ou plutôt quelque part entre l'infinie solitude et l'angoisse d'une cohue invisible qui les entourait constamment.
Oui, Ka était bien en vie. Ou du moins, c'était ce que ses yeux lui disaient, et ce que sa tête voulait croire. Mais tout était tellement confus que Staz doutait même que tout ceci soit la vraie réalité. Il pouvait toujours très bien être dans son lac, à moitié mort, tout en étant le jouet d'une créature obscure qui s'amusait à le torture. Il secoua la tête pour lui-même, tentant de chasser ces idées irraisonnées.

Et puis le vieillard sembla perdre patience, son visage se mua en quelque chose entre la colère, la frustration, et le raz-le-bol. Et clairement, c'était plus le raz-le-bol qui l'emportait sur tout le reste. Il insinua que Staz ne comprenait rien, et ne faisait aucun effort pour comprendre. La mine du garçon se ferma, et il baissa les yeux, séchant ses dernières larmes. Une certaine amertume lui serra la gorge, et il se demanda une seconde s'il ne ferait pas mieux de juste partir, avec une impression à nouveau lourde de ne rien faire d'autre que déranger le vieil homme.

Pourtant, Ka le prit dans ses bras en une étreinte qui le décontenança complètement. Il sentit les bras du Racine l'entourer, et se sentit attiré contre lui. Les bras ballants, incapable de réagir face à cette soudaine expression d'affection, il se contenta de nicher son visage contre l'épaule du vieil homme, rassuré.
Puis il le lâcha, et lui proposa de manger. A vrai dire, Staz était partagé entre cette impression de littéralement mourir de faim, et toutes les images qui tendaient à tordre son estomac pour l'empêcher de manger. Il hocha la tête, les yeux baissés.

Se mettant sur ses pieds, il se sentait étrangement spectateur de son propre corps. Même si la nuit lui avait parue requiquante, le poids de la fatigue, de l'émotion, de la peur retombait à nouveau sur ses épaules, et il marcha, le dos courbé, jusqu'à l'endroit où était sagement déposée la viande grillée. Se saisissant d'un morceau, gros comme son poing, il sortit.
Le temps était le même que celui du matin, ou plutôt de celui qu'il avait cru voir en se réveillant. Peut-être était-il déjà en train de divaguer, après tout. Dans l'herbe, des traces de sang étaient encore visibles, et entreposé un peu plus loin, son arme, sa griffe. L'outil avait retrouvé sa place, comme si de rien n'était. Et derrière, le symbole n'avait pas bougé. Tout était ... normal. Comme le matin.
Il baissa les yeux sur le morceau de viande, encore chaud au creux de sa main, d'où se dégageait un fumet plus qu’appétissant. Il y avait des marques de braises, à quelques endroits, et la couleur de la viande le fit saliver. Il était toujours sur le pas de la porte, mais en oublia même les événements précédents tant la faim le tenaillait, et, ainsi, debout, sans même prendre le soin de s'asseoir, il se mit à dévorer la chair tendre de la biche, à grands coups de dents.

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Sam 2 Sep 2017 - 14:16

Le vieil homme regarda Staz manger avec un certain amusement bienveillant dans le regard. Il sourit et prit son propre bout de viande. S'asseyant sur un coin d'herbe devant la maison il invita le jeune homme à l'y rejoindre, tout en croquant dans la chair de l'animal.
Le silence les berçait tous les deux ensemble, accompagné du souffle d'une brise agréable, et des divers sons de la forêt. Une atmosphère calme et simple se dégageait de l'instant, sans avoir cette fois de détails gênant pour ternir un paysage un peu trop tendre.

Après de longs moments de dégustation de la viande tendre et au goût délicieux, un festin pour des hommes qui mangeaient peu, Ka se permit de reprendre parole.

- Il y a, comme cela, des choses importantes que l'on néglige.

Il sourit avec ferveur, en prenant un nouveau morceau de viande. Il y en avait encore un certain nombre à disposition, réunis dans un plat ovale en bois poli, orné de petits reliefs esthétiques.

- Manger quelque chose qui nous plait, que l'on trouve bon, est important. Tout comme le fait de vivre au sein de belles choses.

Il croqua dans sa viande et mastiqua pendant un moment. En regardant le ciel il avala. Puis il prit un pichet de terre cuite qu'il y avait derrière lui et versa de l'eau, contenue à l'intérieur, dans un petit bol de bois, qu'il tendit au jeune homme. Suite à cela il s'en versa un pour lui même, et but.

- Ce ne sont pas des détails secondaires que l'on peut négliger. Le confort est un bien précieux que l'on doit rechercher. Si un jour tu croises un chat, et que tu prends le temps de le regarder se nettoyer, tu le comprendras.

Puis il sourit, et comme pour revenir à quelque chose d'intéressant en prenant conscience que son bavardage quelconque n'intéressait peut-être que lui - cela se lisait sur son visage à cet instant - il demanda au jeune homme :

- Je crois avoir compris qu'il y avait des choses qui t'angoissaient, qui te tiraillaient, qui te faisaient douter. N'hésite pas à me poser tes questions, nous n'avons rien d'autre à faire pour le moment.
Staz
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Sam 2 Sep 2017 - 15:01



Staz mangea goulûment, comme si la nourriture allait s'évaporer s'il ne l'ingérait pas le plus vite possible. Il s'assit près de Ka tout en mangeant, sans même regarder où. Le jus de la viande éclaboussait ses joues chaque fois qu'il croyait dedans et en arrachant un grand bout. Le goût du gibier était délicieux, la viande était douce et encore un peu saignante à coeur, et alors que le jus goûtait de son menton, il finit par gober le dernier bout de viande avec avidité, se léchant les doigts tout en mâchant pour ne pas en perdre la moindre miette.
Il hocha la tête aux dires de Ka, bien trop occupé à mâchonner son dernier morceau de viande pour discuter, et finit par l'avaler à contrecoeur, pour boire d'une traite le bol d'eau que Ka lui tendait. L'eau était fraîche, et coulait également le long de son menton tant il buvait à grandes gorgées. Depuis deux jours, il n'avait rien avalé, et son estomac ne réclamait que plus de nourriture pour faire des réserves.
Alors, souriant après avoir vu Ka prendre un second morceau, il se pencha à son tour pour prendre un autre bout de viande énorme, qu'il se mit à déchiqueter toujours avec le même appétit. Mais après avoir mangé la moitié de celui-ci, son ventre semblait lui demander de ralentir dans un grondement, ce qu'il fit. Il mâcha plus, prenant le temps de savourer, et de regarder Ka avec une pointe d'admiration au fond du regard. Ce gars bouffait peut-être bien de la biche tous les jours, en fait.

Alors, quand Ka lui demanda s'il voulait poser des questions, et comme la nourriture avait pour effet de légèrement destresser Staz qui se remplissait le ventre avec hâte, il hocha la tête. Il ne se fit pas prier.
La bouche encore à moitié pleine, mâchonnant toujours son second morceau, il pencha légèrement la tête sur le côté, et pointa du doigt le symbole noir.
- Ca ... Ca fait peur et c'est moche. Ca sert à quoi ?
Il grimaça, et secoua la tête.
- Et puis, comment c'est possible que vous ayez fait tout ça tout seul ... Vous êtes là depuis si longtemps que ça ?
Il prit un autre bout de viande en bouche.
- Et aussi, pourquoi ... pourquoi il est fendu le galet ? Et pourquoi c'est à moi qu'il fait voir ça ?
Soudain, il sursauta comme s'il avait entendu un craquement dans les bois, bien qu'il était évident qu'il n'ait rien entendu, et réalisa qu'il pouvait toujours être là. Il se tourna vers les bois, l'oeil inquiet.
- Il est peut-être toujours là ...
Il arrêta de mâcher sa viande, et jeta un oeil vers son arme improvisée, pour vérifier qu'elle était toujours là. Puis, il rejeta un coup d'oeil à Ka, avant de regarder la forêt à nouveau.
- Et puis ... C'est quoi la bête avec le gros crâne dont vous m'avez parlé, aussi ... Et celle qui hurle dans les têtes ... Pourquoi ...
Il secoua la tête, n'arrivant décidément pas à joindre les deux bouts, à trouver une raison logique de tout ça autour de lui.
- D'où elles viennent, toutes ces choses noires qui nous veulent du mal, au juste ? Et pourquoi elles nous veulent du mal ? On a fait quelque chose qui leur plaisait pas ?

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Sam 2 Sep 2017 - 17:07

Le jeune homme posa de nombreuses questions simultanément.

Le vieil homme, face à lui, fit ce qu'il put pour toutes les écouter, hochant la tête, souriant parfois d'un air amusé face à cette pluie d'interrogations.

Il tenta de toutes les retenir, et de toutes y répondre. Mais, entraîné seul par les allées et venues de ses pensées, il sera nécessairement davantage intéressé par l'un des questionnements, sur lequel il s'attardera davantage, et qui constituera l'essentiel de ses explications.

Le hasard déterminera à laquelle de ces dix questions Ka répondra avec davantage de précision, parce qu'elle aura davantage capté son attention :

1 : "Ca ... Ca fait peur et c'est moche. Ca sert à quoi ?"
2 : "Et puis, comment c'est possible que vous ayez fait tout ça tout seul ..."
3 : "Vous êtes là depuis si longtemps que ça ?"
4 : "Et aussi, pourquoi ... pourquoi il est fendu le galet ?"
5 : "Et pourquoi c'est à moi qu'il fait voir ça ?"
6 : "C'est quoi la bête avec le gros crâne dont vous m'avez parlé, aussi ..."
7 : "Et celle qui hurle dans les têtes ..."
8 : "D'où elles viennent, toutes ces choses noires qui nous veulent du mal, au juste ?"
9 : "Et pourquoi elles nous veulent du mal ?"
10 : "On a fait quelque chose qui leur plaisait pas ?"

***

Le vieil homme réfléchit un long moment. Le piaillement d'un moineau se fit entendre sur une branche non loin. Ka sourit, puis amena ses mains devant lui, pour essayer de répondre aux questions, avec calme et sérénité :

- Je vais commencer par tes dernières interrogations : d'où viennent les monstre noirs aux visages blancs ? répétait-il pour lui-même, puis il continua : j'ai envie de te retourner la question... Pourquoi viendraient-ils d'ailleurs ?

Ses sourcils se froncèrent et il reprit avec davantage de ferveur, parlant légèrement plus vite :

- Et tu me demandes pourquoi ils nous veulent du mal, de la même manière je te demande : pourquoi est-ce qu'ils nous en voudraient ? Qu'est-ce qui t'en a donné l'impression ?

Il pointa la morceau de viande que tenait Staz du doigt.

- Est-ce que tu penses qu'il serait... Judicieux, de la part des biches, de penser que si tu mastiques leur camarade de la sorte avec tes dents, c'est parce que tu leur veux du mal ?

Puis il sourit, respira longuement, et reprit une voix lente pour expliquer mot à mot, en réfléchissant à chacun de ses dires.

- Quel est... Le raccourci que je te reproche de prendre, ici ? C'est de ramener, comme un fier coq, les choses à toi. Celui qui te jette des graines le fait-il pour ton beau plumage, pour ton chant majestueux ? Faudrait-il alors se faire beau et chanter mieux pour avoir davantage de graines ?

Il marqua une pause, puis s'expliqua, répondant à ses propres questions.

- Non. Ton plumage, ton chant, c'est toi que ça intéresse, c'est à toi que cela importe, pas à lui. Pourquoi leur manière de voir le monde devrait être calquée sur la tienne, et devrait-elle se faire en fonction de la tienne ? Toi et moi, déjà, nous n'avons pas les mêmes objectifs, ni les mêmes ambitions, ni le même tempérament, ni la même manière de vivre. Et cela nous emmène déjà, parfois, alors que nous sommes pourtant plutôt semblables, à nous confronter. A confronter nos idées. Comprends-tu ?

Après un temps de réflexion, il dévoila :

- Il en est de même pour les monstruosités et toi. Ils n'agissent pas en fonction de toi, ils agissent en fonction d'eux-mêmes, et ce qu'ils recherchent s'oppose parfois à ce que toi tu recherches, si bien que tu as l'impression que leur recherche consiste précisément au fait de s'opposer à toi. Mais ça n'est pas le cas.

Il leva le doigt et revint sur une autre question pour quelques instants.

- En effet, tu as vu juste, je vis depuis longtemps et c'est précisément pour cela que j'ai pu construire tout ce qui nous entoure. As-tu vu le nombre de guetteurs qui nous entouraient hier, crois-tu réellement que s'ils nous voulaient simplement du mal j'aurais pu vivre si longtemps ? Je sais que je suis musclé et bien portant, mais tout de même !

Et il rit avec bonne humeur, puis ajouta, avec un œil pétillant, une phrase qui pourra être perçue comme terrifiante du point de vue de Staz.

- Moi, j'ai choisi de ne pas m'opposer à eux. Je ne suis pas ennemi avec les monstruosités. Et c'est en partie pour cela qu'existe le grand cercle noir que tu vois là. Il m'aide à vivre en harmonie.

Il réfléchit un instant, levant les yeux vers les nuages, et dit :

- Je n'ai pas toujours été en harmonie avec moi-même. Comme chacun peut traverser des périodes de troubles. Un jour je me haïssais tant que j'ai cassé le galet qui me représentait.

Ses pupilles revinrent vers Staz.

- Je trouvais que je ne le méritais pas. Et je ne sais pas pourquoi il a voulu te faire voir cela.

Pour conclure, il en vint à répondre aux dernières questions auxquelles il n'avait pas encore répondu.

- Et pour ce qui est de la chose avec la grosse tête qui hurle, sache que ça n'est rien du tout. Si tu en vois une, un jour, viens me voir et je t'en débarrasserai, mais ne t'angoisse pas à l'idée d'en croiser.
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Sam 2 Sep 2017 - 17:07

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Staz
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Dim 3 Sep 2017 - 11:43



Staz écouta Ka attentivement, du début à la fin, sans dire un mot. Il avait arrêté de mâchonner sa viande, et regardait le vieil homme de manière intriguée, complètement absorbé par la manière dont il détaillait les choses. Il n'avait jamais abordé les choses sous cet angle. Il inclina légèrement la tête, regardant son bout de viande comme s'il allait lui aussi se mettre à lui expliquer son point de vue. Finalement, il eut un petit sourire, et se remit à le manger allègrement.
Il écouta avec la même attention toutes les autres explications, hochant la tête de temps à autre, et finit son morceau de viande, avant de se lécher les doigts toujours avec le même plaisir. Repu, il hésita à prendre un autre bout de viande, et finit par se laisser tenté par un tout petit, qui traînait par là l'air bien juteux.
Puis il releva les yeux vers Ka, et regarda à nouveau le symbole noir.
- Dans ce cas, comment vivre en ... harmonie avec elles ? Elles cherchent à nous bouffer dès qu'elles le peuvent. Ou à nous détruire ... de l'intérieur. Pourquoi ?
Il secoua la tête, mâchonnant bruyamment un morceau nerveux, sans même s'en rendre compte.
- En quoi ce truc noir peut aider ? Je ne comprends pas vraiment ...
Il baissa les yeux, et sourit pour lui-même.
- Si nous sommes les biches de ces choses noires ... Elles, elles n'ont pas l'air d'être en harmonie avec elles-même du tout.
Il hocha la tête, comme s'il comprenait désormais que ces choses n'étaient que des ... animaux un peu particuliers. Moins à même de vivre paisiblement, disons.
- Je crois en avoir déjà vu deux s’entre-bouffer.
Puis il regarda à nouveau la forêt, et son sourire s'effaça. Il se leva, avalant son dernier bout de viande, et s'approcha de l'orée des bois, sans pour autant s'y aventurer.
- La chose qui m'a fait délirer ... Vous pensez ... Qu'elle était si proche ? Qu'elle est encore là ?

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Dim 3 Sep 2017 - 19:17

- Je pense qu'elle était en forme d'arbre, à côté de la maison, comme tu le suggérais. Cela dit j'ai regardé les alentours longuement, lorsque tu te remettais de ta blessure, et je n'ai rien noté de différent de d'habitude. Alors je crois qu'elle est partie.

Répondit Ka avec humilité et franchise, alors qu'il rejoignait le jeune homme en faisant quelques pas. Son visage était paisible, et il s'anima bientôt d'une forme d'intérêt respectueux et encourageant envers les propos que Staz avait tenu, alors qu'il mettait ses mains devant lui et faisait des gestes tout en parlant :

- Mais tu as parfaitement raison, souligna-t-il avec ferveur, elles ne sont pas en harmonie avec elles-mêmes. Elles ne savent pas ce que veut dire l'harmonie, ni le calme ou la sérénité. Elles ne peuvent pas approcher ces concepts, et elles y sont étrangères jusque dans leurs entrailles, tout est noir ou blanc pour elles, comprends-tu jeune homme ? Quand tout ce que tu vois est noir ou blanc tu n'imagines pas de gris.

Il vint juste à côté de Staz, et regarda la forêt avec une forme de joie mêlée à une réflexion profonde. Ses yeux partaient dans le vide autant qu'ils fixaient les troncs et les feuilles. Petit à petit, on put voir la ferveur diminuer légèrement sur son visage qui se calma, et il s'expliqua.

- Pour ce qui est de vivre en harmonie avec elles, cela passe par la compréhension profonde de ces choses. Mais cela vient avec le temps qui coule. Je ne peux pas répondre correctement à ces questions avec mes mots, il te faudra y penser en douceur, comprendre cela avec simplicité, en écoutant le monde et le ciel. Un jour tu seras prêt à entendre tout cela, mais le processus est long. Il faut que tu fasses ton chemin, avant d'être prêt à comprendre celui des autres.

Les yeux de Ka vinrent sur le jeune homme, puis il posa sa main sur son épaule, et ajouta :

- Mais je peux te dire... En revanche, que...

Il réfléchit, puis formula très lentement la phrase suivante.

- Les hommes sont ceux qui sont capables de voir le gris. Comprends-tu, jeune...

Il chercha dans sa mémoire, fronça les sourcils et finit par demander :

- Pardonne-moi, peux-tu me rappeler ton nom ?
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Lun 4 Sep 2017 - 10:22


Staz observait Ka avec un petit sourire sur les lèvres. C'était la première fois que Ka ne lui reprochait pas ses mauvaises idées, ou sa mauvaise compréhension. Il hocha la tête, visiblement heureux d'avoir enfin saisit correctement le sens des mots du vieil homme, et d'en avoir tiré une bonne déduction.
Il écouta attentivement ses propos, hochant la tête de temps à autre. Il fit une moue un peu déçue quand celui-ci lui déclara qu'il n'était pas prêt à entendre la vérité, qu'il devait tout d'abord faire son propre chemin et vivre au milieu de ce monde horrible un peu plus longtemps. Au final, il n'était peut-être pas si horrible, après tout. Les hommes n'étaient que les proies d'une espèce autre qu'elle même. Ce n'était que la nature. Ils n'étaient plus au sommet de la chaîne alimentaire, et ce n'avait en soi rien de terrible. Sinon, le monde des biches seraient un enfer, pourtant elles avaient l'air si paisibles ... Ka devait avoir raison.

Quand Ka eut fini de parler, et lui demanda son nom, il sourit faiblement. En effet, il avait peut-être un peu omis ce détail.
- Staz. Je m'appelle Staz.
Il observa les feuilles des arbres, leur tronc et leurs branchages, là où Ka avait regardé quelques secondes auparavant.
- Si les hommes savent voir le gris ... Qu'en est-il des hommes qui ne savent pas ... qui ne savent plus, en tout cas, voir le gris ?
L'image de Gràr apparut dans son esprit, et ses poils se hérissèrent. Les basculés qu'il avait vu jusque-là ... Aucun d'eux n'avaient l'air de savoir vraiment qu'il existait quelque chose d'autre que leur besoin propre, leur intérêt propre, et leurs ennemis. Un peu à la manière de ces bêtes noires, en fait ...
- C'est juste ... troublant tant ils ressemblent à des gens comme nous ... Si ce n'est leurs trucs complètement bizarres ...
Il mima de ses mains les membres étranges des guetteurs, et le dégoulinement du liquide visqueux des êtres noirs. Ce fut ce détail qui fit tourner les yeux de Staz vers l'étrange symbole dans la clairière. Il cligna des yeux, puis regarda Ka à nouveau.
- Ce symbole ... En quoi a-t-il été dessiné ?


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Lun 4 Sep 2017 - 12:11

Sans répondre, le vieil homme prit au sol le plat de viande, se retourna et vint vers la maison. Alors qu'il allait atteindre la porte, après un temps d'attente qui n'avait rien de naturel dans la conversation, Ka proposa tout en marchant :

- Nous n'avons qu'à y aller, si tu veux.

Il était de dos en disant cela. Si bien que Staz ne pouvait voir son expression du visage. Il entra dans la maison, déposa le plat sur un meuble et continua de parler alors que Staz ne le voyait pas :

- Tu dessineras par la même occasion.

Puis il sortit à nouveau, muni d'un bâton de marche, le visage souriant.

- Me suis-tu, jeune Staz ? demanda-t-il.

Et sans attendre la réponse, supposant sans doute que Staz le suivrait de toute façon, il se mit à faire route vers le nord.

Ils avancèrent, franchissant certains rochers, contournant des larges troncs, traversant certains amas de feuillages denses, les écartant des bras.
Alors qu'ils le faisaient, Ka révéla au jeune homme :

- Et oui. Tu as raison. Malheureusement certains hommes ne peuvent plus voir le gris.

Il s'essoufflait légèrement sous l'effort de sa marche rapide au sein des obstacles. Entre deux souffles il dévoila :

- Triste pour eux qu'ils n'aient pu atteindre l'harmonie.

Après un temps de réflexion, et avec le visage dur, il conclut.

- C'est dur, mais il est parfois sage de considérer que nous ne pouvons plus rien pour eux.

Après un temps, ils arrivèrent à une étrange caverne qui ressemblait à un terrier. Elle n'était pas facile à distinguer, creusée dans la terre d'une petite colline, mais son entrée était suffisamment large pour y marcher debout. Ka entra à l'intérieur, et certifia à Staz que ce qu'ils cherchaient n'était pas très loin. Après avoir marché quelques pas, il se pencha vers un petit champignon au chapeau allongé, qui poussait sur le sol. Il en prit un dans sa poigne, puis le ramena au soleil. Le champignon était de couleur brune et rouge. Ka détacha le chapeau du pied. La où la rupture avait eu lieu, au niveau du pied, une matière visqueuse noire résidait. D'apparence elle semblait relativement liquide, bien plus que celle qui coulait sur le corps des Êtres Noirs.
Le vieil homme souriant utilisa le pied du champignon comme un gros crayon, il le déposa sur le bras de Staz et fit un symbole curieux, plutôt esthétique d'un mouvement courbé. Une partie liquide noire tomba rapidement du bras sans laisser de trace, mais une autre partie stable solide s'accrochait sur le membre comme une forme de terre collante noire, qui représentait exactement le symbole que Ka avait produit.
Ce dernier dit :

- Voilà. C'est avec cela que je dessine. Veux-tu essayer ?

Puis il sourit à nouveau en lui tendant le pied du champignon.
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Lun 4 Sep 2017 - 13:20


Ka récupéra le plat de viande, et sembla prêt à le ranger quand il s'arrêta sur le pas de la porte. Staz, se tournant vers lui, pinça des lèvres, incertain de ce qu'il était censé faire. Alors qu'il allait décider de rentrer à son tour, la conclusion de la réflexion de Ka le mit mal à l'aise. Y aller ? Aller où ça ? Et finalement, cette question trouva d'elle-même sa réponse, quand le vieillard parla de dessiner. Ils allaient trouver la source de cette matière noire.
Staz avait tout d'abord cru qu'il s'agissait de l'espèce de sang visqueux des êtres noirs, et cela lui tordit l'estomac une seconde, avant de lui paraître complètement absurde. Comment Ka aurait-il obtenu ce liquide, et pourquoi parlerait-il d'un lieu ainsi ? Curieux, Staz hocha donc la tête, et suivit le vieillard, marchant presque sur ses talons tant il était parcouru d'une certaine hâte de voir de quoi il en retournait.

Les paroles du vieux Racine le firent frissonner. Il y a peu, il avait craint d'en faire parti, de ces gens qui ne percevaient plus le gris, mais Ka avait sut lui montrer qu'il n'était pas encore assez fou. Lui-même voulait désormais comprendre comment fonctionnait ce monde, et vivre en parfaite harmonie avec lui. Pour être comme Ka, sa maison et sa sérénité, avec Hiss et ses amis en plus bien sûr. Finalement, il en venait à peut-être pouvoir imaginer un avenir. Vivre ici ne lui paraissait plus si terrible, malgré la peur et les monstruosités. Il fallait seulement s'adapter à cette nouvelle condition de proie.

Finalement, au détour d'un rocher, Ka s'arrêta. Staz regarda autour de lui, et il lui fallut quelques secondes pour distinguer la petite grotte creusée à flanc de colline. Quand le vieillard y entra, Staz mit quelques secondes à regarder autour de lui pour vérifier que rien ne les menaçaient - si ce n'est deux guetteurs qui, comme toujours, guettaient - avant de le suivre à nouveau. Alors, dans la pénombre, il distingua ce que Ka attrapa. Tout le sol était parsemé de petits champignons bruns et rouges, et se présenta dans la lumière du jour avec un de ces spécimens. Il arracha le chapeau, et le pied se mit à chuinter d'un liquide noir, presque semblable à celui qui dégoulinait des êtres noirs.

Alors, sans hésiter, Ka dessina un symbole sur le bras de Staz. La matière était étrange, mais le symbole était là, présent sur sa main. C'était plutôt joli, même si il avait l'impression d'avoir un peu de la matière noire des êtres noirs sur lui.
Quand Ka lui proposa à son tour d'essayer, il attrapa le crayon étrange. Il s'assit par terre, un petit sourire aux lèvres, étudiant le pied de champignon avant de poser l'extrémité du crayon sur son bras. Lorsqu'il l'enleva, il n'y avait qu'un point sur son bras, et il sourit. C'était fascinant. Il réfléchit un instant, avant de dessiner sur sa main gauche. Il traça des traits, et peu à peu, on réussit à distinguer un oeil, fait en traits simples et tremblants sur le dos de sa main.
- Ca, c'est nous.
Puis, il retourna sa main, et au creux de sa main, il dessina un autre oeil, légèrement différent. Cet oeil était complètement noir, excepté son iris.
- Et ça, c'est eux.
Il observa ses dessins, très simples et très maladroits, et sourit. Il ferma le poing, faisant disparaître l'oeil noir, puis le rouvrit. L'oeil était désormais étrangement distendu, et, légèrement effacé, avait un drôle d'air. Et Staz trouva que c'était encore plus représentatif des monstruosités.
Il releva les yeux vers Ka, tout sourire, bien heureux de cette étrange découverte.
- J'aime beaucoup ce champignon. Est-ce qu'il pousse à d'autres endroits ?


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Mar 5 Sep 2017 - 11:58

Ka observa Staz faire avec un air intrigué et amusé. Il hocha la tête lorsque celui-ci expliqua la signification de ses deux yeux dessinés, avec un visage pensif. Cela le faisait peut-être réfléchir.
Ka paraissait encore réfléchir alors que le jeune homme lui posa la question. Il répondit les yeux dans le vide et un sourire étirant ses lèvres.

- Je ne sais pas, malheureusement. Je n'en ai jamais vu ailleurs. Mais je suis loin de connaitre toutes les grottes de la vallée.

Puis tout en ayant l'air d'être ailleurs, il rejoint la grotte à nouveau et prit deux autres champignons. Alors qu'il les prenait il dit :

- Par chance il y en a en abondance ici, ils poussent vite.

Puis il revint vers Staz munit de ses deux nouveaux "crayons", et il lui demanda :

- Veux-tu bien aller au lac en ma compagnie ? Nous dessinerons sur des galets là-bas, tu pourras essayer de représenter ton amie Hiss.

Ainsi ils se mirent tous les deux en marche, munis de leur champignons. En passant par la demeure, Ka prit un large vase contenant de l'eau, qu'il versa dans le potager, avant de partir vers le lac avec ce grand contenant vide sur le dos. Staz, lui, portait les trois champignons pour décharger le vieil homme.

Puis ils marchèrent le long de la forêt, en dehors des bois pour ne pas être perturbé par les arbres.

Sur le chemin Ka expliqua à Staz que cette matière noire était pratique pour dessiner parce qu'elle ne coulait pas, et que l'eau seule ne pouvait pas la faire partir. La matière noire du champignon était, d'après le vieil homme, impossible à enlever à moins de la frotter fort avec insistance. Puis il rassura le jeune homme : il n'allait pas non plus devoir passer une demi journée pour s'enlever ses nouveaux "tatouages" s'il souhaitait les enlever car la chaleur compliquait grandement la bonne adhérence, la matière ne s'accrochait pas si bien à la peau humaine.

Après avoir marché un moment, le lac fut en vue. Ils s'en approchèrent tous les deux. Au bord de l'eau on pouvait voir un certain nombre de galets. Ka s'humidifia les mains et les passa sur son visage, tout en laissant le jeune homme exercer l'art qu'il souhaitait. Le vieil homme regarda tout autour de lui, guettant les rivages. Lorsque l'on faisait face au lac, la falaise se tenait à droite, et une longue plage longeant la forêt sur la gauche.

Ka observait ce paysage sans mot dire, semblant profiter de la douceur de la température, tout en restant assis près de l'eau.
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Mar 5 Sep 2017 - 13:23


Quand Ka lui apprit qu'à sa connaissance, il n'y avait que cette grotte, Staz fut déçu. Il aurait adoré pouvoir utiliser ces champignons une fois de retour chez lui. Mais chez lui était vraiment loin de cette grotte, donc il n'aurait avec lui que tout ce qu'il emporterait de ce lieu, avant de peut-être trouver une autre grotte où poussait ce genre de champignons. Mais Staz était lucide, et si durant toute son existence, Ka n'en avait pas trouvé d'autre, peut-être était-ce parce qu'il n'en existait pas d'autre.

Et Ka proposa d'aller au lac, dessiner les galets. Bien évidemment, Staz approuva avec enthousiasme, et suivit à nouveau Ka, collé sur ses talons. Ils passèrent par la maison, le vieillard récupérant un grand bac à eau qu'il venait de vider, sans doute pour le reremplir une fois au bord de l'eau. Ils partirent donc le long des bois, Staz essayant de se repérer pour peut-être pouvoir revenir en ce lieu plus tard.

Ils arrivèrent au bord du lac, et Staz observa Ka une seconde, puis le lac, silencieux. Il s'agenouilla au bord de l'eau, et but au creux de ses mains en coupe. L'eau était fraîche, et lui fit un bien fou. Il passa également un peu d'eau dans ses cheveux et sur son visage, malgré la fraîcheur ambiante, et se redressa, souriant. Il observa avec attention l'autre bout du lac, si loin que les arbres avaient l'allure de brins de paille. Là-bas, il y avait Hiss. Ils étaient loin, mais pas tant que ça, après tout. En une journée de marche, ils pourraient contourner ce fichu lac, et se voir à nouveau. Mais pas encore.

Alors, il s'assit en tailleur sur un pierre lisse recouverte de mousse, et regarda le sol autour de lui. Il y avait beaucoup de galets, mais Staz cherchait le bon. Il se saisit alors, au bout d'une minute, d'un galet suffisamment large, et incroyablement lisse. Il était d'un gris homogène, parsemé de quelques pointes de cristaux noirs étranges, et sur sa face se dessinait un grand trait blanc qui le coupait en un S fin, vraiment joli. Ainsi, il se mit à essayer de dessiner Hiss, son visage radieux, ses cheveux courts et blonds, et ses grands yeux noirs. Ses traits étaient maladroits, et Staz trouva le résultat ridicule. Il ne savait même pas si Hiss était reconnaissable, sur ce dessin, mais en tout cas, il avait fait de son mieux. Alors, souriant, il tendit le galet à Ka.

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Mar 5 Sep 2017 - 19:00

Le vieil homme regarda l'image et sourit avec tendresse avant de certifier :

- Dis donc ! Tu te débrouilles drôlement mieux que ce que je faisais au début. Moi je suis un peu maladroit pour les travaux précis.

Puis il tendit la main pour demander le pied du champignon au jeune homme. Une fois que ce dernier lui eut donné, il prit un couteau à sa ceinture, et sectionna l'embout de la plante de manière oblique. Après opération, le bout était pointu, le vieil homme regarda son travail et dit :

- Vois-tu, tu peux couper le champignon comme tu le veux, cela te permet de tracer des traits différents. Avec une pointe comme celle que je viens de faire, tu seras plus précis si tu arrives à la maîtriser correctement, ainsi les traits des cheveux seront plus légers par exemple. Je n'ai pas voulu te montrer ça tout de suite pour ne pas te compliquer la tâche directement.

Il rendit le galet ainsi que le pied du champignon à Staz, puis il lui certifia :

- Mais si tu le souhaites tu peux t'entraîner encore un peu, cela te permettra de refaire le dessin avec davantage de précision et d'en être un peu plus heureux après. Je ne sais pas ce que tu en penses, moi je ne suis satisfait de mon travail qu'au bout de dix ou vingt essais, ce qui compte c'est que cela te plaise à toi, comprends-tu ?

Puis il hocha la tête pour conclure son discours. Suite à cela Ka se dirigea vers le lac et, après avoir enlevé sa fourrure et son crâne de bouc, en les laissant sur le rivage, il entra dans l'onde lentement, marchant, déterminé. D'un air heureux sur le visage, il s'enfonça dans l'eau jusqu'à ce que ses cheveux longs y flottent, et nagea avec simplicité. On voyait dans ses mouvements qu'il avait l'habitude de le faire, quelque chose de calme et de serein résidait dans ses gestes lents et assurés. Comme une jeunesse qui revigorait son vieux corps, qui défiait la température fraîche avec force. Il nageait vite sans avoir besoin de bouger rapidement, et se laissait parfois flotter sur le dos sans faire le moindre mouvement. Il contemplait le ciel, il contemplait les falaises et la forêt.
Il semblait profiter avec joie d'une eau sombre et lugubre, qui pourtant cachait ce qu'elle contenait dans ses entrailles noires.
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Mer 6 Sep 2017 - 10:55


Quand Ka découpa le petit champignon de manière oblique, en faisant un vrai crayon fin, Staz contempla son oeuvre de Ka avec un sourire admiratif, avant de s'en emparer. Il fit tourner plusieurs fois la pointe face à ses yeux, puis saisissant le couteau que Ka avait reposé pour aller se baigner, examina le couteau également. C'était malin, et après avoir tracé un trait sur un autre caillou, il constata que c'était vraiment plus précis ainsi.

Il finit par baisser à nouveau les yeux vers le galet qu'il avait trouvé, une moue un peu déçue sur le visage. Il avait pensé choisir ce joli galet, mais finalement il n'était que le premier essai, donc moins beau finalement que ce qu'il aurait pensé faire. Alors il posa ce premier essai de côté, face vers le ciel, et essaya de trouver un autre support aussi joli.
Il trouva une deuxième pierre du même acabit, et bien que moins régulier sur son contour, et fut satisfait de cette trouvaille. Avec le champignon en pointe, il dessina à nouveau le visage de Hiss, et malgré ses traits tremblotants, il remarqua une vraie amélioration dans son dessin, et, prenant un troisième caillou, recommença.

Il passa donc un long moment, sans même se rendre compte du temps qu'il prenait, à essayer sur différents cailloux ses dessins, avec différentes pointes qu'il taillait à l'aide du couteau de Ka, jusqu'à arriver à un résultat qui lui plut bien mieux. Alors, souriant, il fixa celui-ci, et releva les yeux.
Le vieillard était toujours dans l'eau, à barboter, et Staz agita la main dans sa direction.
- Je pense que j'ai fini !

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Mer 6 Sep 2017 - 19:51

A l'appel de Staz, Ka sortit de l'eau en reprenant son habit de peau. Il se rapprocha du jeune homme sans sembler être sensible à la température fraîche qui devrait pourtant le faire grelotter, et regarda son oeuvre finale avec le sourire.

Il prit le galet dans ses mains, et après observation il hocha la tête en haussant les sourcils.

- Tu es très doué, Staz. Tu me rappelles Fèlane. affirma-t-il. Tu dessineras peut-être bientôt aussi bien qu'elle.

Suite à quoi il rendit le dessin à son propriétaire, avec le regard tendre.
Et son expression changea légèrement, alors qu'un cri se laissait entendre du côté du lac :

- A l'aide ! hurlait la voix.

C'était une voix de femme, saccadée et terrifiée. Le sourire retomba légèrement sur le visage de Ka, et il semblait pensif alors qu'il tourna lentement la tête du côté de l'eau. Là-bas, quelque part dans les flots sombres, on pouvait voir une femme lutter pour maintenir la tête hors de l'eau. Elle suffoquait, coulait, et remontait en des mouvements désorganisés. Le vieil homme ne bougeait pas.

- A l'aide ! criait-elle encore.

Ka pensa encore quelques instants, un moment qui semblait trop long pour être naturel, alors qu'on voyait la jeune femme lutter pour sa survie, et ne pas paraître apte à tenir bien plus longtemps. De son côté, Staz pourrait être interloqué de la réaction du vieil homme, voire se dire qu'il allait la sauver à sa place, mais il n'eut pas l'occasion d'en faire plus.
Après cette étrange réflexion, Ka marcha rapidement vers les flots, fit à nouveau tomber sa peau d'animal, et plongea.

Il ne fallut que quelques instants au vieil homme pour ramener sur le rivage le visage terrorisé de la jeune fille à la peau grise, aux yeux gris et aux cheveux blancs. Elle était petite de taille, vraiment petite, et Ka avait l'air d'un géant en comparaison, alors qu'il la portait dans ses bras.

Elle claquait des dents, son regard s'en allait dans tous les sens, des larmes coulaient de ses yeux, et ses gestes étaient brusques. Le vieil homme vint déposer la jeune femme à côté de Staz en lui demandant de s'en occuper d'un signe de tête, alors qu'il allait récupérer ses vêtements.

- Où sommes nous ? Qu'est-ce que je fais là ? C'est quoi cet endroit ? murmurait rapidement la jeune femme à Staz alors que sa main s'agrippait au bras du jeune homme.

Elle tremblait. Ka revint à son niveau, il lui mit sur les épaules sa peau de bête chaude, alors que lui gardait son habit de tissu mouillé.
Et pendant que le vieil homme rétablissait sa coiffure, il répondit à la jeune femme d'une certaine manière :

- Ne t'en fais pas jeune fille, tout cela est normal, et il est bon que tu sois là.

Puis il sourit avec chaleur.

- Je suis heureux que tant d'hommes s'éveillent. Cela m'émeut.

La jeune femme ne semblait pas convaincue, elle grelottait toujours et regarda Staz avec un air terrifié.
Le vieil homme proposa alors de rentrer tous les trois à sa demeure.

Précision:
 
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Sam 9 Sep 2017 - 9:00



- À l'aide !

Staz tourna les talons, les yeux écarquillés. C'était comme si toute la scène précédente s'était effacée, et qu'il ne restait plus que ce cri, empli de détresse.
Les yeux du grisonnant fouillèrent le lac pendant une demi-seconde, avant d'apercevoir enfin un bras qui s'agitait, enfoncé dans l'eau. Le corps d'une femme émergea pour se retrouver englouti à nouveau. Et Staz, le souffle court, se rappela cette sensation abominable, cette brûlure à la gorge, intense, et ses jambes se mirent à bouger seules, comme mues par une peur étrange, partagée avec cette femme.
Hélas, ses pas ne le menèrent pas loin. Sa cheville, toujours fragile, ne supporta pas même sa première foulée. Il n'avait jamais couru à nouveau, depuis... Sa blessure. La douleur remonta le long de son mollet et de sa cuisse, comme un éclair cuisant. Sa jambe flageolla une seconde, et il s'écroula dans un couinement de douleur.

Alors, quand il vit Ka s'élancer, quelques secondes après sa propre tentative, il ferma les yeux, et espera qu'il la sauve. Et il la sauva. Il nageait bien, très souplement.

Dans les bras de Ka, la jeune fille grise paraissait plus que fragile. Son teint grisâtre lui donnait un air malade, et le coeur de Staz se serra en voyant ses yeux rouler dans ses orbites, affolés. Alors, quand le vieillard la posa devant lui, il attrapa ses mains, et les serra doucement, pour qu'elle reprenne plein contrôle de son esprit et de son corps.

- Je m'appelle Staz, et lui c'est Ka. Tout va bien maintenant. Tu es en sécurité.

Peut être voulait-il s'en persuader lui-même, alors qu'il coulait un regard vers la forêt avant de capter à nouveau son regard.

- Ou sommes-nous ?

Sa voix était fragile, et elle tremblait de tout son corps. Pour la réchauffer, et malgré que lui-même n'avait pas très chaud, il prit la jeune femme dans ses bras. Elle était certes nue, mais tout ça n'avait rien à voir avec ce qu'il avait vécu avec Hiss. Et puis cette femme était tellement petite.

Au bord du lac. Et nous allons aller te réchauffer. Tu pourras te reposer, et manger, aussi. Tu es en sécurité.

Ka posa ses peaux de bêtes sur les épaules de la jeune femme, et Staz sourit en la lâchant pour qu'elle puisse se blottir dans les couches épaisses de fourrure.
Alors, ils se levèrent tous les trois, Ka et Staz aidant la jeune femme à marcher, et ils se dirigèrent ensemble vers la maisonnée. Alors, au milieu de cette marche, alors que tous étaient silencieux, Staz entendit une petite voix murmurer:

-Gallya.

Et il sourit.

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Dim 10 Sep 2017 - 13:19

Bien que rassurée par la présence des deux hommes, la jeune femme ne semblait pas totalement à son aise. Et la présence de trois silhouettes de guetteurs à l'orée du bois sombre n'arrangea rien. Après qu'elle ait dit son nom, elle regarda avec une attention inquiète les trois choses sombres qui scrutaient de loin sans s'approcher, et tout en claquant des dents sous le froid elle demanda :

- Quelles sont ces créatures ? Que nous veulent-elles ?

Ka sourit. Il portait le vase plein d'eau sur son dos, qui lui occupait un bras. Il mit son autre main sur l'épaule de la petite Gallya en lui disant :

- Elles sont très curieuses, elles se demandent qui tu es, puisque tu viens de t'éveiller. Ne t'en fais pas elles ne s'approcheront pas.

Les yeux vifs de la jeune femme se plissèrent, et on put voir une intelligence perler dans ses yeux gris alors qu'elle constatait avec scepticisme :

- Je viens de m'éveiller ? Vous employez ce mot comme s'il était naturel de se trouver dans ma situation...

Le vieillard rit avec bonne humeur, d'un rire à la sonorité chaude et grave. Puis il observa Staz et la jeune femme, l'un après l'autre de son regard calme et tranquille, avant de constater, souriant :

- Les Cimes et les Échoués m'étonneront toujours par leur capacité à se questionner. Moi lorsque je me suis éveillé, je ne voyais rien d'anormal. Avec le recul je crois que c'est la vitesse de notre esprit qui nous sépare.

Il soufflait sous l'effort tout en parlant, et on sentait dans sa manière de discourir qu'il n'était pas complètement évident pour lui de le faire sans s'essouffler. Après un temps il conclut :

- Oui s'éveiller sans mémoire au milieu du lac est tout à fait normal, jeune femme. Vous aurez l'occasion de le constater.

Puis le vieil homme ne dit plus un mot, laissant sans doute Staz expliquer la situation à Gallya s'il le souhaitait. Après un temps, ils arrivèrent tous ensemble à la petite maisonnée de Ka. La jeune femme tressaillit en voyant la marque noire au sol, et regarda Staz avec un air inquiet, alors que le vieil homme rentra dans la demeure accompagné de son vase. Il ne s'occupait pas vraiment des deux Échoués, sans doute assez occupé avec sa charge.

- Qu'est-ce que c'est que... Ça ? demanda Gallya à Staz, en pointant la marque noire du doigt.

Derrière eux, dans les bois, les trois guetteurs les regardaient toujours.

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Staz
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Mer 13 Sep 2017 - 10:43



Les questions de Gallya firent sourire Staz, qui laissa le soin à Ka de répondre. Elle se posait plus de question que lui à son réveil, c'est sûr. Lui avait vomi. Et pleuré. Et cauchemardé. Toutes ces choses l'ayant épuisé au plus haut point, toutes ces questions n'étaient venues que bien plus tard.
Il secoua la tête pour lui-même, tout en passant une main dans le dos de la jeune fille, pour la rassurer. Dans son autre main, il serrait toujours contre lui le petit galet dessiné, et les trois petits pieds de champignons que Ka lui avait donné, alors que celui-ci portait toujours de toutes ses forces cet énorme vase rempli d'eau. Cela semblait même le fatiguer, étrangement.

Alors, en arrivant tous trois silencieux, toujours sous le regard muet des trois guetteurs - qui ne paraissaient pas du tout "curieux", pour Staz -, et hocha la tête avec un petit sourire envers Gallya quand celle-ci se mit à reluquer étrangement le symbole. Alors, quand elle posa la question qu'il attendait qu'elle pose, Ka était déjà rentré à l'intérieur, et Staz s'assit devant le potager, dans l'herbe douce et fraîche, invitant Gallya à l'imiter. Une fois celle-ci assise, il réajusta les peaux de bêtes sur ses épaules, en lui souriant.
- C'est un dessin. Pour vivre en harmonie.
Il désigna d'un geste large la forêt, et les guetteurs par la même occasion. Puis, se rendant compte qu'il répétait les dires de Ka comme s'il s'agissait de ses propres mots, il rougit légèrement.
- C'est ce que Ka m'en a dit, en tout cas. C'est dessiné avec ça.
Il leva les petits champignons, et montra le galet de Hiss.
- Ça c'est Hiss. Je l'ai dessiné ... Avant que tu t'éveilles.
Son regard se posa sur le visage frêle de la petite femme, et il sourit à nouveau timidement. Pourtant, les yeux de Gallya fixaient toujours les guetteurs et la marque alternativement, et ses lèvres tremblaient encore un peu de froid.
- Vivre en harmonie ... Avec ces choses ?
Staz hocha la tête et se gratta la tempe d'un air gêné. Les trois guetteurs se tenaient toujours immobiles, leurs grands yeux froids toujours posés sur eux.
- Et bien ... Disons que nous sommes comme des biches. Des biches pour ces choses, et pour toutes les autres qui leur ressemble. Noires, très noires.
Il sourit, et regarda ses mains.
- Elles ne sont pas humaines. Elles sont ... comment dire ... au-dessus.
Il gratta la terre du bout des doigts, et releva les yeux vers les guetteurs.
- Nous on mange les biches, et elles ... Bah elles nous mangent nous.
Puis, se rendant compte que ces mots pouvaient affoler la jeune femme, il passa un bras amical et rassurant autour de ses épaules.
- Mais les guetteurs sont comme nous ... Ils chassent les malades, les faibles. C'est comme chasser les biches les plus faibles. Sinon, ils nous laissent tranquilles.
Gallya tressaillait légèrement, et déglutit.
- Ils nous ... chassent ? Ils veulent nous tuer ?
Staz lui sourit gentiment, patiemment.
- Ils sont là, c'est comme ça. Il ne faut pas s'inquiéter. Il faut continuer à vivre, et vivre ... en harmonie. Comme la biche et le loup. Toutes les biches mangent paisiblement, même si les plus faibles disparaissent car les loups les chassent. Toutes les biches prennent le temps de paître, toutes les biches profitent de l'eau claire, toutes les biches vivent comme elles ont besoin de vivre. Et quand un loup approche, et bien elles vivent aussi. Elles fuient, se battent. Mais si elles survivent, alors elles se remettent à vivre. Paisiblement. Et si d'autres n'ont pas eut cette chance, et bien, c'est à nous de vivre doublement, et de faire de jolies choses pour elles. Si les biches n'ont peut-être pas conscience de cette harmonie, nous on doit en être conscient, et tout faire pour ... Vivre paisiblement. Je pense, en tout cas ...
Se rendant compte qu'il parlait beaucoup, Staz se tut soudainement, et sentit le regard de Gallya peser sur lui. Il s'efforça de garder les yeux tournés vers les bois, qu'un petit vent faisait s'agiter calmement.
- C'est qui, Hiss ?
Ne s'attendant pas du tout à cette question, Staz cligna des yeux une seconde avant de sourire, d'un vrai sourire heureux.
- C'est une jolie fille. Et très gentille. C'est une gentille fille. Futée. Une petit belette. Elle a coupé ses cheveux pour les donner aux fourmis. Elle vit au sud du lac ... De là d'où je viens. J'aimerais retourner la voir. Elle me manque. Mais je ne peux pas. Pas encore ...  
Il rougit, ses joues prenant une teinte des plus cramoisies, et détourna les yeux. Et il entendit pour la première fois Gallya glousser légèrement. Alors, quand il tourna les yeux vers elle à nouveau, elle souriait vraiment, et elle s'étendit sur l'herbe fraîche, pour poser sa tête sur les genoux de Staz, fermant les yeux.
- Toi aussi, tu es gentil.
Puis tous deux restèrent silencieux à nouveau.

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