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Partir à l'Aube [Aube du jour 20 | Telod - Vera | Commun]
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Vera
Membre
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Messages : 19

Jour d'éveil : Jour Dix-Neuf
Race : Echouée
Métier : Aucun
Groupe : Errants
Fiche de présentation : φ
Journal : φ
Dim 12 Nov 2017 - 10:25

Elle resta longtemps, perchée sur une fourche d’écorce. Il y avait quelque chose de profondément ridicule dans sa manière de se tenir, les genoux compressant sa trop maigre cage thoracique, enserrés par un bras fin comme une brindille. L’autre main agrippait fermement une branche plus fine, au-dessus d’elle, pour éviter qu’elle tombe.

Elle avait le regard fatigué. Les traits tirés. Et des œillères sombres sous la verdure morte de son regard pauvre ; du sang injecté, pour souligner sa pâleur et sa faiblesse extrêmes d’un trait violacé. Elle n’avait pas dormi de la nuit ; pourtant, Sommeil l’avait embrassée à deux reprises, durant la sombre nuit. La nuit sombre, pleine de terreurs. De monstruosités.
Elle avait cru les voir partout : dans le feu, dans les ombres des fous du clan, dans celles des forêts, et dans les yeux des veilleurs.

Elle voulait partir. Partir loin. Partir vite. Partir nulle part, vers quelque part. Partir là où elle ne vomirait pas son angoisse paranoïaque. Elle était encore plus pathétique. Elle l’était beaucoup, déjà ; encore plus maintenant. La seule demeurée ici, plus que le hurleur, plus que la chasseresse, c’était elle. Elle, et seulement elle. Elle pensait pouvoir s’évader d’une prison dont les barreaux étaient les pics acérés, enneigés, des montagnes ouragans.

Vera avait vu le ciel s’éclaircir, après une longue attente ponctuée de sursauts et d’accélérations cardiaques. Le soleil ne dépassait pas les crocs des montagnes ; encore moins la cime des arbres. La voûte céleste perdait à peine les teintes noirâtres inquiétantes, mais elle restait roide.
Le froid mordait ses pieds, ses mains tentaient de se réchauffer en se glissant sous ses bras, qu’elle serrait fort contre sa poitrine nue. Elle reniflait de temps à autres, sans oser frotter une paume givrée contre le bout de son nez rougit.

Une contraction la secoua finalement ; elle frissonna et descendit d’un geste brusque de son perchoir inconfortable. La sauvageonne se réceptionna gauchement, lança un regard suspicieux vers les tombes aux relents insupportables, puis osa quelques pas vers le centre de la clairière.
Ils dormaient tous. Le feu demeurait allumé ; une lumière réconfortante dans la semi-obscurité de son angoisse. Ils ne dormaient pas tous ; derrière les flammes était, assis, le hurleur.

Emmitouflé dans une lourde pelisse ombrageuse, il fixait quelque chose, devant lui. Peut-être ne savait-il même pas ce qu’il considérait. Il était inquiétant, dans cet habit de fourrure, qui le rendait plus imposant qu’il ne l’était déjà ; ses mèches d’or, ternes, se perdaient dans la peau de bête. Il la vit, bien sûr. Ses yeux cernés, fatigués, glissèrent vers la femme squelettique.
Elle demeura immobile, vacillant sur ses deux jambes fines et frêles, l’observant avec des yeux écarquillés, un visage un peu surpris ; peut-être s’était-elle perdue dans quelque songe. Seule fit finalement un pas en arrière. Un grondement se risqua à éclaircir sa gorge. Pourtant, elle ne parla pas.

Elle voulait partir, et le hurleur l’en empêchait par sa seule présence ; elle était couarde, n’avait guère le courage de longer la lisière pour s’en retourner sur ses pas et se rendre au lac.
Telod
Administrateur
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Messages : 172

Jour d'éveil : Jour 1
Race : Racine
Métier : Sculpteur (3)
Groupe : Terre Rouge
Fiche de présentation :
Hier à 0:10

J'avais décidé de monter la garde pour la seconde partie de la nuit. Konol, déterminé, s'était montré volontaire avec moi. Nous fûmes en place dès le milieu de la nuit, et c'est avec bonheur que l'on put sentir le climat qui, bien que toujours froid, s'adoucissait clairement. J'allais enfin pouvoir donner une réponse aux inquiétudes d'Althéa, et de celles de quelques autres membres qui commençaient à voir leurs espoirs diminuer à mesure que le froid nous obligeait à rester cloîtré face au feu.

J'avais envie de faire davantage d'arcs, ainsi que des flèches supplémentaires. Le but était d'équiper chaque membre du campement, pour avoir un avantage conséquent sur les monstres, ainsi que pour être capable de chasser. J'étais certain que les arcs étaient notre solution face aux défis de cette vallée.

Jamais je n'allais me laisser faire.

Je voyais trop d'hommes et de femmes céder à l'oppression, plier les genoux, tomber, et ne pas réussir à se relever. Alors que mon vingtième jour sur cette vallée venait à moi, je comprenais plus que jamais à quel point la force mentale était le premier des trésors de cette terre.

J'avais l'ambition folle d'essayer d'emporter ce groupe avec moi alors que je n'avais aucune capacité de communication correcte, et que je m'irritais trop vite.
Je savais à quel point mon rôle de chef était imparfait.
Je savais à quel point j'essayais d'accomplir quelque chose pour laquelle je n'étais pas fait.

Et pourtant j'avais en tête la douleur de mes compagnons.

Et pourtant j'avais en mémoire la mort de Miosselle, les yeux plongés dans les abysses et le cou broyé.

Et pourtant j'avais en vue la blessure de Zön, notre impuissance face à son décès et la force de sa résignation.

Et pourtant j'avais en souvenir le massacre de Fadone, le crâne écrasé et les cris résonnant éternellement dans ma tête.

Et je savais que jamais, au grand jamais, je ne laisserai à nouveau ce monde immonde dicter la mort des êtres de corps faible et d'esprit libre. Je savais que jamais, jamais, au grand jamais, je ne me servirai de mon corps fort et de mon esprit bourru à un autre dessein qu'à combattre les injustices de cette vallée.

Et que même si je n'étais pas un chef de talent, même si j'avais besoin de parler alors que je détestais cela, même si je n'arrivais pas à communiquer correctement avec mes compagnons, je ferai tout pour leur livrer ma force mentale, et pour ne jamais les laisser tomber.

Je ferai en sorte que plus personne ne meure ou ne souffre autour de moi.

Au loin, entre deux troncs sombres sous la nuit qui s'éclaircissait, trois silhouettes observaient. Cela me ramena à la réalité présente. Je me concentrai, et je fixai les monstruosités. En un coup d'oeil, je vis que Konol, à côté de moi, avait baissé la tête, et que ses yeux étaient fermés. Lentement, d'une main fatiguée, je vins secouer son épaule. Il ouvrit des yeux exténués, et me regarda un instant. Je vis dans son regard qu'il ne savait même plus où il était. A un moment il cligna plusieurs fois des paupières, puis se réveilla vraiment.

- Putain. dit-il alors. Désolé Telod.

J'haussai les épaules.

- Je suis pas fiable pour rester éveillé. affirma-t-il en soupirant.

D'un mouvement de tête je désignai les trois guetteurs. Il regarda dans cette direction et déglutit.

- Ils s'approchent ? demanda-t-il.

- Non. dis-je. Tu peux aller te coucher si tu veux, je les surveille.

Il fronça les sourcils, inspira fortement, puis se mit sur ses pieds.
Les premiers rayons de l'aube commençaient à éclairer son visage qui me regardait de haut, avec un air mécontent.

- J'irai pas me coucher, tu me connais mal. Par contre je vais me dégourdir les jambes et uriner, parce que sinon je vais me rendormir.

Et il se mit en marche vers un coin de la clairière. Je le laissai faire et me mit à nouveau à regarder les trois guetteurs, qui ne bougeaient pas.

Ce ne fut pas sans surprise que je vis alors - dans ma vision périphérique - la jeune nouvelle, sauvageonne, qui avait établi campement sur une branche du pommier. Elle se tenait debout non loin de moi, je crois qu'elle tentait de partir du campement. Mais elle s'était immobilisée en m'ayant vu et maintenant elle me regardait avec des grands yeux tétanisés. Toute frêle, sauvage, bestiale.

Je la vis faire un pas en arrière et grogner. Je fronçai les sourcils, avalai ma salive et penchai la tête comme pour la questionner sur ses projets. Puis je détournai les yeux pour les ramener sur les guetteurs.

- Tu n'es pas obligée de rester tu sais. dis-je à la jeune femme, usant de ma voix parce que je me dis que j'en serais le seul usager dans la situation présente.

Je ne la regardais pas tout en lui parlant, je préférais fixer les trois silhouettes d'ombre.

- Il faut juste que tu saches que nous ne te voulons pas de mal, et que nous pouvons t'aider. expliquai-je.

Au bout d'un court moment, j'entendis d'une oreille Konol revenir de sa petite marche. C'est de loin qu'il m'interpella moi et la jeune femme en un simple :

- Qu'est-ce qu'il se passe ?

Qui ne présentait aucune agressivité, simplement une curiosité.

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Vera
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Messages : 19

Jour d'éveil : Jour Dix-Neuf
Race : Echouée
Métier : Aucun
Groupe : Errants
Fiche de présentation : φ
Journal : φ
Hier à 12:05

Le hurleur prit la parole. Les ondulations sulfureuses du piètre feu projetaient des ombres inquiétantes et dansantes sur son visage. Les cernes qui enfermaient ses yeux dans des étaux violacés paraissaient plus obscurs. Seule vit à peine ses lèvres remuer ; il ne criait pas.

« Tu n’es pas obligée de rester, tu sais. »

Ses yeux s’étaient à nouveau tournés vers la forêt perfide. Ils s’ancraient entre les fûts, tenaces. Même sans la regarder, il semblait la surveiller ; la sauvageonne n’en fut pas moins angoissée. Elle ne chercha pas à chercher la source de son intérêt ; à quoi bon ? Soit il était fou, soit elle aurait peur.
Elle serra la mâchoire, cligna des yeux ; ils lui brûlaient.

« Il faut juste que tu saches que nous ne te voulons pas du mal et que nous pouvons t’aider. »

L’aider ? Ils pouvaient l’aider ? Si elle avait été plus sûre d’elle et cynique, la fille de l’eau aurait ricané. Comment diable pouvaient-ils l’aider ? Elle était faiblarde et peureuse, paranoïaque. Elle voyait les monstruosités dans chaque ombre, chaque croisement de racines noueuses, au sommet des arbres, dans leurs nids de branches et leurs feuilles vigoureuses.
Seule entrouvrit la bouche, cherchant une réplique ; elle avait peur de parler, aussi. L’homme en fourrure ne lui inspirait guère la confiance, alors que, pourtant, il avait su apprivoiser tout ce clan, et même la chasseresse aux gestes contradictoires. La masse. Vera avait peur de la masse qu’ils formaient. Quelque chose de plus grand et plus fort qu’elle.
Elle voyait le mal partout, jusque dans ses propres entrailles.

« Qu’est-ce qu’il se passe ? »

Si la frêle enfant du lac tentât de trouver le courage d’élever sa voix, elle fût coupée dans son élan par le compagnon veilleur. Il revenait des bois, la démarche presque tranquille. Aucune animosité dans sa voix, en dépit de toute la bonne volonté que celle à la cascade capillaire de jais lorsqu’elle tenta d’en trouver. Mais il l’avait faite taire avant même qu’elle n’ait parlé, tuant ses mots dans sa gorge ; maintenant qu’elle y réfléchissait, qu’aurait-elle dit ?
Son regard transparent glissa vers celui qui arrivait. Sa grande taille lui arracha un second pas en arrière ; toutefois, il n’était pas aussi immense que le géant. Vera sentit des frissons parcourir sa nuque en se remémorant ce visage dur et déchiré.
Tant qu’il n’était pas proche, la sauvage savait qu’elle se porterait mieux. Un, c’était déjà trop.

« Comment pouvez-vous l’aider ? »

Sa voix fut comme un murmure, un souffle glacé. Il fallut tendre l’oreille pour entendre cette petite voix, blanche, brise du nord. On aurait pu la décrire comme vide d’émotion, mais elle était, et serait toujours, épreinte d’inquiétude.
Parler lui arracha la gorge ; l’air glacial de l’aube qui s’y engouffra la fit grimacer. Parler la laissa interdite, comme si elle revenait sur ses mots.
Elle aurait pu se présenter. Seule savait que cela ne servait à rien : son nom était déjà remplacé par la chasseresse, et qui s’ne soucierait ?

La sauvageonne s’autorisa finalement une œillade vers ce que le chef du clan surveillait ; il n’avait pas montré de surprise lorsqu’elle s’était exprimée. Sa vision lui porta le cœur au bord des lèvres ; ses jambes chétives furent vidées de forces et tremblèrent ; ses yeux vides s’écarquillèrent.
Ceux-qui-guettent étaient là.
Elle sut alors que quoi que le hurleur rétorque elle ne s’en irait pas. Elle n’était pas tout à fait certaine que le danger soit aussi menaçant ici qu’avec les créatures.


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