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Attendre la mort [Événementiel][Libre][Jours 24, 25 et matinée du jour 26][CLOS]
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Staz
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Messages : 177

Jour d'éveil : Jour 16
Race : Echoué
Métier : Aucun
Groupe : Errant
Fiche de présentation : Clic
Journal : Clic
Sam 17 Mar 2018 - 17:57


Le décret de Hiss selon lequel ils devaient cesser de courir et se reposer fut difficile à tenir, pour Staz. Tel un lion en cage, il s'était contenté de tourner en rond, tel un fauve impatient, à fixer leur destination du regard. Le temps pressait, et un instant, il en avait voulu à Hiss de s'arrêter ainsi, pensant que c'était assez égoïste de sa part. Là-bas, Ka attendait. Les attendait, eux. Alors ils devaient y arriver au plus vite. Ils n'avaient pas de temps à perdre.
La fièvre embuait ses pensées, et voilait son regard. Elle était encore plus forte, maintenant que la panique battait ses veines. Ses mains tremblaient étrangement, et il tentait de garder son calme en les serrant l'une après l'autre, et en respirant à grandes bouffées. La fatigue, telle un poids violent sur l'ensemble de son corps, rendait chacun de ses mouvements pénibles, mais il n'était pas l'heure de s'apitoyer. Malgré un goutte qui perlait peu à peu sur sa tempe, il attendit impatiemment que Dame Hiss fut enfin disposée à repartir pour se mettre en chemin, la traînant toujours derrière lui. Il n'entendait plus que le tambourinement de son coeur à ses oreilles, et ne se soucia pas une seconde des oiseaux qui voletaient et chantaient autour d'eux.

Et soudain, la cabane fut là. Comme il l'avait laissé, quelques jours plus tôt. Rien n'avait changé. Si ce n'est que planait dans l'air une odeur de mort entêtante. Il s'arrêta moins de temps qu'un battement de coeur pour jeter un regard fiévreux sur les personnes présentes, et ignora tout aussi grossièrement le chien qui s'approchait.
Car son regard, écarquillé, fut tout à coup capté par la silhouette de Ka, allongé dans l'herbe. Il avait le visage d'un mort. Son sourire était toujours là, mais ce fut peut-être ce détail qui retourna le plus l'estomac de Staz, qui eut soudain envie de vomir. Ce visage souriant, par-delà la mort ... Son rêve, encore fraîchement encré dans la mémoire, ce rêve où il trouvait Ka, mort, un sourire sur son visage aux orbites vides.

S'étant à peine aperçu qu'il avait lâché la main de Hiss, il tomba à genoux devant le corps abîmé du vieux sage. Des bosses étranges déformaient ses vêtements, jusqu'au bas de sa jambe gauche, et même s'il avait toujours son air accueillant collé au visage, il y avait quelque chose de différent. Il allait mourir. Désormais, c'était une évidence.
Les yeux voilés de peine et de fatigue, Staz posa une main sur l'épaule de Ka. Un petit sourire qui sonnait faux sur les lèvres, il le fixa et, tremblant, il posa près de lui le petit ballot de terre qu'il avait rapporté, en découvrant le petit dent-de-lion.
- Me voilà, Ka ...
Il prit une grande inspiration, tentant de rester calme, malgré les larmes qui perlaient aux coins de ses yeux. La fièvre lui faisait tourner la tête. Tout ceci était un cauchemar. Il allait se réveiller, bientôt. Il le fallait.


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Maitre du jeu
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Messages : 370

Lun 19 Mar 2018 - 16:11

La matinée était passée dans un silence froid. Ka, moins bavard qu'à l'habitude, s'était isolé. Il semblait pensif et peu enjoué malgré son attitude joyeuse qu'il portait comme un masque.

C'est à midi que Staz et Hiss firent irruption dans la clairière. Et alors que le jeune homme venait auprès du vieillard, celui-ci lui sourit.

- Je suis heureux que tu aies pu venir, jeune Staz. affirma Ka en souriant. Est-elle l'amie Hiss dont tu m'as parlé ? Je suis ravi de vous accueillir tous les deux.

Puis il se mit sur les coudes, et essaya de redresser entièrement son torse pour faire face au jeune homme. Mais son bras gauche lâcha alors qu'il s'appuyait dessus. Tombant sur le sol, il fit la grimace, puis recommença son effort en n'utilisant que son bras droit.
Suite à quoi il fit le tour des visages.

- Tu connais Salim, voici Aladar et Néphara, ainsi que N'Dhal. Et puis, un peu plus loin, s'il veut bien se montrer, il y a le Cendré. Ce sont des amis qui ont bien voulu se rassembler pour discuter avec nous.

Ka hochait la tête pour soutenir ses propres propos.

Quelque part entre les troncs, dans le dos de Staz et de Hiss des ombres glissaient. Un homme trop captivé par la discussion aurait eu du mal à se méfier d'elles. Des nuages gris surplombaient la clairière qui souffrait d'une atmosphère oppressante, il aurait été facile de tenter de se réchauffer dans le sourire chaleureux du vieil homme, et d'en oublier les visages blancs qui commençaient à le scruter.

S'intéressant au petit sac, Ka eut un visage réjoui.

- C'est une jolie petite fleur, Staz. C'est bien, il faut prendre soin des belles choses, et en faire.

Ses yeux tournèrent rapidement vers le fond du bois où il put voir cinq guetteurs qui fixaient les hommes d'un visage inexpressif. Sans réagir davantage à la présence des monstres, le vieil homme posa une main sur l'épaule de Staz à son tour, puis il regarda la plante à nouveau, alors que ses lèvres souriaient.

- Ne sois pas triste, il nous faut tous partir un jour. Je vais m'en aller, sans revenir, mais ne t'inquiète pas. La force que tu as trouvée en ma présence est au fond de toi. Moi, je n'emporterai rien.

Il hocha la tête lentement, affirmant :

- Je partirai sans baluchon. Et mon cœur sera réjoui de votre présence, à tous.

Puis il sourit avec franchise.

Mais ces mots de réconforts étaient surement insuffisants. Insuffisants pour rassurer les esprits tiraillés qui, groupés dans la clairière, ne pouvaient que subir l'ambiance de souffrance et de mort qui y régnait. Insuffisants pour chasser les nuages et le regard des monstruosités qui pesaient  sur les épaules de chacun. Insuffisants pour éviter à Staz la confrontation avec l'être qui le terrorisait encore bien plus que ne le faisaient les guetteurs du bois : Gràr.

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Gràr
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Jour d'éveil : J1
Race : Cime
Métier : Chasseur / Forgeron
Groupe : Errant
Lun 19 Mar 2018 - 18:28


- Me voilà, Ka ...
Un grand sourire grimpa sur les lèvres de Gràr. Au fond de ses yeux, une colère sourde, alors qu'il bondissait sur ses pieds. Oui, le voilà. La misérable fourmi qui allait finir bientôt écrasée sous son talon.
Toujours à l'intérieur de la cabane, Gràr guettait son arrivée depuis des heures. Il aurait presque été déçu, finalement, qu'il ne vienne pas. Il avait médité toute la nuit, et même après le départ du mulot. Finalement, ce n'était pas une si mauvaise chose, qu'il vienne ... Cela rajouterait du piquant à toute cette histoire, et ferait de ce lieu fade et sans saveur un endroit parfait pour poursuivre ce qu'ils avaient commencé, la fois précédente.

Gràr ne récupéra pas sa lance, qui reposait toujours quelque part à l'intérieur de la cabane, mais sortit sur le pallier, sans un bruit. Il était là, aussi minable que possible, sous ses yeux. A genoux devant le vieux malade. Presque au bord des larmes, visiblement. Il ne semblait pas l'avoir remarqué, ni même sa salope de copine d'ailleurs. Il n'était qu'un individu parmi les autres, une ombre parmi les ombres. Et il payerai bientôt cette croyance.

Staz n'était pas venu les mains vides. Il avait rapporté quelque chose ... Une fleur ! Une fleur ! Vraiment ! Comme si c'était ça, cette pauvre merde à racine, qui allait l'aider à ne pas crever ce soir-là. A cette vision, de ce minable larmoyant devant sa fleur comme un chien gémit face à celui qui le bat, Gràr faillit éclater de rire, mais se retint, silencieux comme l'ombre pour laquelle on le prenait.

Le vieux Ka parla. Gràr l'écouta à peine. Il cita quelques noms, dont le sien -celui du Cendré, comme N'Dhal l'appelait toujours-, mais Staz ne leva même pas la tête, accablé par ce sentiment ridicule qu'était la peine. Vraiment, c'était une chose que Gràr ne comprenait pas, mais que tous les minables ici semblaient ressentir. Le sentiment des faibles, des sous-êtres, visiblement. Un argument de plus pour faire de lui leur roi. Qu'ils l'acceptent ou non.

L'autre parla encore, comme le mort-vivant qu'il était. Il n'avait plus rien de fort, désormais. Même son masque de connerie semblait se craqueler au fil du temps. Il n'était plus si bavard, plus si joyeux. Rien qu'un vieillard qui meurt, comme tous les autres. Pas de quoi en pleurnicher non plus. Quelle belle bande de larves.

Alors, n'essayant même plus de miner ce sentiment ridicule qu'il ne comprenait pas, il s'avança d'un pas, presque rayonnant de bonne santé. Il avait si bien mangé et si bien dormi, qu'il se sentait l'âme d'un conquérant.
- En même temps, c'est sûr qu'une fleur ça peut pas servir à grand chose d'autre qu'à être joli.
Il haussa les épaules d'un air nonchalant, fixant Ka et Staz d'un air serein. Finalement, il fit mine de réfléchir, et sourit niaisement.
- Quoiqu'on peut aussi s'en servir pour faire des poisons super efficaces !

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Staz
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Jour d'éveil : Jour 16
Race : Echoué
Métier : Aucun
Groupe : Errant
Fiche de présentation : Clic
Journal : Clic
Lun 19 Mar 2018 - 21:18



- En même temps, c'est sûr qu'une fleur ça peut pas servir à grand chose d'autre qu'à être joli.
Staz sursauta comme si on venait de lui planter un couteau dans le dos. Ses yeux s'arrondirent en deux billes d'un bleu troublé, alors qu'il se redressait comme un animal acculé, prêt à montrer les crocs. Se tournant d'un seul bloc vers l'origine de la voix, il vit. Ses yeux devinrent sombres. Très sombres.
- Quoiqu'on peut aussi s'en servir pour faire des poisons super efficaces !
Lui. Ici. Lui. Son sang ne fit qu'un tour, et une seconde plus tard, il était sur ses pieds, raide comme un arbre face à la tempête.
- ... toi ...
Mais la tempête se jouait à l'intérieur de son crâne. Ses souvenirs confus venaient buter les uns contre les autres, alors que les mots de Gràr résonnaient dans sa tête, comme dénués de sens. Seul un d'eux vint percuter ses idées avec tant de force que cela lui coupa le souffle.
Poison.

Gràr prit une mine surprise, et le sourire sur son visage grandit un peu plus. Un air moqueur qui voulait tout dire.
- On se connait ?
C'était sa faute. Sa faute. Il avait juré de les faire payer. Et il avait manigancé tout ça. Ka mourrait, et c'était sa faute. SA. FAUTE.
- ... Enculé !
La mâchoire serrée au possible, le visage blêmi par la colère, ses poings étaient secoués de légers tremblements qu'il n'arrivait plus à empêcher. Désormais, à vrai dire, il ne contrôlait plus grand chose ... Comme une évidence, dans sa tête. Gràr avait tué Ka. C'était sa faute. Sa faute. Et le sourire qu'il affichait, sa mine satisfaite, démente, n'était plus quelque chose que Staz arrivait à supporter ...
Bondissant vers l'avant, une seconde plus tard, son poing percutant le visage moqueur de l'horrible créature, et tous deux basculèrent à la renverse, l'un sur l'autre. Staz, ne perdant pas une seconde, et malgré les larmes qui l'empêchaient de voir, leva le poing à nouveau, et frappa encore une fois le visage du fou, qui, cette fois, ne riait pas.
Bien au contraire.
Cependant, le troisième coup de poing n'atteignit pas sa cible. Les yeux aussi noirs qu'une monstruosité et l'air aussi mauvais qu'un serpent prêt à attaqué, Gràr avait saisit au vol le poignet de son agresseur. Et le fixait comme s'il était déjà mort à ses yeux. Un mélange de dégoût et de haine irradiait de son corps.
- Espèce de petit connard.
Le poing que se prit Staz au coin de l'oeil le fit basculer en arrière, alors que Gràr essuyait le petit filet de sang qui perlait au coin de ses lèvres. Fou de rage, il n'attendit pas que Staz se relève pour se mettre au dessus de lui, et rendre le second coup, droit dans le nez. Une brusque douleur qui fit geindre le grisonnant comme une petite souris méprisable.
Staz se tordit sur lui-même, tenant son nez à deux mains pour empêcher le sang de couler, en vain. Des gouttes venaient tâcher le potager de rouge, pendant que Gràr se redressait pour le dominer de toute sa taille. Alors, Gràr adressa un grand coup de pied dans les flancs de Staz qui laissa échapper un nouveau cri.
- Sale morveux. Je vais t'apprendre moi.
Son pied frappa une autre fois d'un grand coup, alors que Staz, sur le dos, n'était plus à même de répondre. Une brûlure grandissante grimpait juste sous ses côtes, et ses larmes de colères se mêlaient désormais à des larmes de douleur. Alors, posant son pied sur le torse de Staz en y pesant suffisamment fort pour que l'autre ait du mal à respirer, Gràr se baissa légèrement, et murmura d'une voix rauque, que seul Staz put entendre :
- Mais d'abord ta petite salope ...

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Hiss
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Jour d'éveil : Jour 10
Race : Cime
Groupe : Errant
Fiche de présentation :

Journal :
Lun 19 Mar 2018 - 23:22

Hiss avait fixé son attention sur Ka, lorsqu'il leur souhaita la bienvenue. Elle avait tenté de lui donner un sourire franc et lumineux, mais n'était pas vraiment sûre du résultat. Lorsqu'il avait désigné les noms des autres personnes présentes, les imprimant dans sa mémoire, la blonde avait détaillé un petit peu plus les visages qui l'entouraient. Ainsi, elle eut tout de suite de la sympathie pour le dit Salim, dont les traits étaient tristes, mais on pouvait y trouver une lueur de curiosité tout de même. Elle sourit aussi à la jeune femme pâle, Néphara, et au chien qui était revenu à ses pieds, et regardait la scène expressivement. Le géant avait un sourire plaqué sur le visage, et Hiss était quelque peu impressionnée par sa stature et son air calme. Quant au Cendré, elle ne le remarqua pas, et ne le chercha qu'un instant du regard, pas assez bien, sûrement. La cime se tenait en retrait, et n'avait pas envie de s'immiscer dans les retrouvailles douloureuses que Staz vivait actuellement. Alors, elle observa un peu mieux les alentours, écoutant d'une oreille ce que Ka disait.Tout était incroyable, ici. Son regard crut pendant une seconde apercevoir des masques blancs, plus loin au cœur de la forêt, mais il ne s'y attacha pas, et lorsqu'elle réalisa ce qu'elle venait de voir, une voix retentit. Une voix de celles qu'on aurait voulu étrangler, de celles qui ne devrait même pas exister.

Son corps se figea, et dans une sorte d'espoir ridicule et naïf, elle ferma les yeux pour tenter de la chasser, comme si ça n'était qu'un mauvais rêve embrumé. Hélas pour elle, Gràr était beaucoup trop consistant pour être un mauvais rêve. Et lorsqu'elle tourna enfin la tête vers lui, ce fut pour suivre les poings de Staz chuter sur son visage. Tout alla trop vite pour qu'elle trouve l'impulsion de faire quelque chose. Et cette impulsion ne vint que lorsque la saloperie humaine qu'était Gràr, la haine de Hiss matérialisée en un seul être, eut posé un pied sur le torse de son Staz. Elle s'avança rapidement et posa la pointe de sa lance sur la peau tendre de sa gorge. Suffisamment pour qu'il recule, pour que ça soit douloureux. Mais elle se retint de planter plus profondément sa lance dans la chair de son ennemi, à son plus grand étonnement. A la place, elle parla.

« Vous êtes sérieux ? Gràr ? »

Elle avait presque hurlé son nom.

« Lui ? Discuter ? Tout ce qu'il veux, c'est vous bouffer ! »

Hiss suintait la rage, la haine, le ressentiment. Elle cracha par terre, furieuse. Mais elle ne tremblait pas, et ses mains restaient fermement ancrés à sa lance.

« Cette chose se rapproche plus des saloperies noires que de nous, et vous l'invitez à discuter ?! »

Les yeux de la cime lançaient des éclairs palpables, tandis que dans son esprit se bousculaient un flot de mots mauvais, et surtout, la rage contre elle-même de ne pas l'avoir tué quand elle le pouvait. Encore une fois.


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Ne les écoute pas, ne plie pas. Tu es seule.
Rien d'autre qu'une bourrasque qui menace les hommes.
Salim
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Jour d'éveil : Jour 6
Race : Cime
Métier : Pécheur (3)
Groupe : Le Clan des Oubliés
Fiche de présentation : Fiche
Journal : Journal,
Notes et Idées

Mar 20 Mar 2018 - 11:07


Je n’avais pas dormi depuis deux jours désormais, et seules la nourriture de Ka et la nervosité me permettaient de tenir éveillé et alerte. Malgré tous mes efforts pour nier l’évidence, il devenait de plus en plus difficile de regarder le sage, de prétendre que tout allait bien. Je refusais toutefois de m’arrêter à ces considérations, ce n’était pas le temps de l’Eau encore. Pour l’instant il fallait tenir. Je ne voulais pas regretter les derniers instants passés avec mon ami, alors je dépensais toute mon énergie en essayant d’en prêter aux autres. J’aidais pour la nourriture, je me forçais à parler, pour que nous ne nous enfoncions pas dans un silence résigné. Et à chaque phrase, c’était un peu plus dur de conserver le son de ma voix, mais je continuais, comme si je n’avais pas le choix. Je me moquais que Ka remarque mon comportement, c’était le seul qui me paraissait cohérent désormais.

Lorsque Staz arriva, je ressentis presque un soulagement, comme si je pouvais enfin partager le poids que je portais avec quelqu’un d’autre. Staz aussi était l’ami de Ka, il comprendrait la douleur, j’espère simplement qu’il saurait la supporter, car par le passé, il s’était révélé assez sensible lorsque la vie de ses amis était menacée… Qui étais-je pour le blâmer de cela ?

Mes yeux se posèrent sur son amie blonde, c’était Hiss à n’en pas douter. Je ressentis un élan de sympathie pour la jeune femme mais je ne parvins à l’exprimer dans mon regard. Nous aurions le temps de discuter, plus tard. Ka parlait doucement, mais ses paroles ne pouvaient plus me réconforter.

Et soudain, la suite s’enchaîna si vite que je restais sonné quelques instants, avant de sauter sur mes pieds, restant debout et ahuri près du vieil homme.

Ce fut l’intervention de Hiss qui me tira de ma torpeur. Tandis qu’elle criait, je compris peu à peu la situation, me rappelant de l’histoire de Staz dans la grotte. Quelque chose se réveilla, entre mon estomac et mon cœur. Je fus brusquement pris d’une énergie peu commune, non naturelle, et je manquais de pousser un hurlement. Comme si toute l’impatience et toute la rancœur que j’aurai dû ressentir jusque-là se déversait brusquement. Une lassitude que je n’imaginais pas. Je me dirigeais vers Staz, ignorant complètement le Cendré, lui tournant presque le dos en aidant mon ami à se relever. Je ne faisais pas ça pas pure inconscience, mais parce que je savais que cela l’énerverait au fond, qu’on ne le traite pas comme une menace.

Je tenais Staz par les épaules, et je le fixais du regard, le forçant à me faire face. Ma poigne était plus forte que je ne l’aurai imaginé.

- Staz. Staz, laisse-le. Il n’est rien, il n’est qu’un homme perdu, il est arrivé après moi, il n’a rien fait ici. Il ne mérite pas ta colère, pas maintenant Staz, ce n’est pas ce qui compte ici. Ce n’est pas le moment pour se battre, s’il te plait écoute moi.

Je lâchais un long soupir et je me relevais, me tournant vers Hiss, alors qu’elle pointait toujours sa lance sur l’intrus, je n’avais toujours pas lâché un regard en sa direction.

- Les charognards regardent déjà notre désespoir, ils guettent, ils attendent. Ne leur donnons pas plus de matière. Il ne peut rien ici, nous sommes plus nombreux.

Je tremblais. Pour Hiss, qui ne me connaissait pas, ma voix pouvait sembler normale, mais tous les autres devaient se rendre compte qu’elle était bien plus grave qu’à l’habitude car je me forçais à parler avec calme. Finalement, je me tournais vers Gràr.

- Tu es peut-être le fou qu'elle décrit, mais j’imagine que tu n’es pas totalement idiot. Si tu touches encore à mon ami, nous serons quatre à le défendre. Aussi fort que tu te penses, les crocs d’Aladar te déchireraient avec encore plus d’efficacité que cette lance.

Il n’y avait pas de haine dans mon discours, même pas de colère. Seulement un mépris profond.


Néphara
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Jour d'éveil : Jour 1
Race : Échouée
Métier : Cueilleuse - Sculpteuse
Groupe : Clan des Oubliés
Fiche de présentation : Fiche
Journal : Traces
Mar 20 Mar 2018 - 12:49

Jour 24, dans la soirée...



Entre confusion et intérêt, Néphara luttait contre sa sensation d’éloignement. Le temps passait, et elle avait l’impression que son corps et son esprit s’éloignaient des autres, mais elle luttait. Elle restait attentive, ne perdant pas une miette de ce qui se disait, même si elle n’en comprenait pas la moitié. Un homme était arrivé en fin de soirée, il avait manipulé un peu brutalement le corps du vieil homme et la jeune Échouée commença à comprendre réellement, à prendre conscience, que peut-être ils se réunissaient pour accompagner Ka dans la mort, car oui, il allait mourir, et elle ne le saisissait que maintenant. Son regard s’était tourné vers Salim, il devait être triste. Elle se sentait triste aussi. Elle ne savait pas quoi lui dire pour l’aider, mais Aladar demeurait près de lui, se voulant réconfortant.

La blessure de Ka avait été révélée par les gestes peu délicats de l’homme, et tandis que son regard attentif s’insinua dans la noirceur battante, elle tressaillit quand l’homme s’étonna de sa présence. Elle grogna aussi discrètement qu’elle le put, et l’ignora, continuant de se focaliser sur cette étrange plaie. Ses sourcils s’étaient froncés, elle était assise depuis un moment, les cuisses ramenées sur son torse, les bras entourant tout ça. Elle déglutit et se concentra davantage, quand elle se rendit compte qu’elle pouvait voir les flux dans le corps de Ka, comme des courants. Penchant la tête sur le côté, d’étonnement, elle suivit les lignes qu’elle apercevait. Il y avait la ligne de son sang, qui serpentait difficilement, et qui semblait corrompu par cette matière noire terrible. Celle-ci avait sa propre ligne dans le corps du vieil homme, elle battait la mesure dans son sang, s’infiltrait, se répandait. C’était invasif et fulgurant. Malgré son manque apparent de compassion et son indélicatesse, l’homme ami -elle avait cru comprendre que chacun le surnommait le mulot gris- de Ka avait raison, il ne mourrait peut-être pas ce soir, mais cela serait vite là. Tous les courants de Ka le lui disaient à leur façons. Ses muscles s’étaient flétris, son cœur avait ralenti. Elle savait tout ça non pas par connaissance du corps humain mais parce qu’elle voyait le poison et toutes ses impulsions.

En réalité, elle ne voyait pas au sens propre du terme, elle concevait, elle sentait, toutes ces impulsions et ces courant, ces flux provoqués par le poison. Néphara ferma lentement les yeux, faisant silence en elle et autour d’elle, et laissa ces images se métamorphoser, changer, évoluer, comme la nature le faisait. La blessure de Ka se refermait alors, lentement, le liquide noir sortait, les chairs se refermaient, son corps reprenait son rythme normal. Puis le liquide noir gisait sur le sol et recula, doucement, jusqu’à rejoindre son origine naturelle. Il venait de la terre. C’était le poison d’une plante ou d’une fleur, qui vivait dans la terre. L’Échouée ne parvint pas vraiment à la visualiser, à la concevoir, mais elle sut que c’était quelque chose de rare et de spécial. Elle aurait aimé être capable de la voir, de la sentir, de tourner autour, de voir ses flux maintenant qu’elle se rendait compte qu’elle était en mesure de le faire.

Ses yeux se rouvrirent subitement, et elle sentit son souffle peiner. Si elle pouvait voir les courants de la plante comme elle voyait ceux dans le corps de Ka, elle aurait peut-être pu imaginer quel flux aurait pu contrer celui du poison. Un soupir de désespoir lui échappa, et son corps s’affaissa. Elle ne pouvait rien faire. Ses capacités ne lui servaient à rien.


Un moment passa, et Ka se leva du mieux qu’il put, manifestant le désir de dormir plus loin, sous les étoiles. Elle se releva elle aussi, prenant appui sur sa lance, tandis qu’Aladar revenait vers elle. Il avait l’air fatigué, et soucieux. Elle envoya son menton en avant, dans la direction de Ka. Son ami la regarda en remuant la queue, comme s’il n’était pas d’accord. Néphara s’agenouilla et prit le temps de le caresser, remuant son pelage, grattant certains endroits.

« Allez file, veille sur lui… » lui chuchota t-elle, souhaitant que personne ne l’entende. « Je reste ici pour surveiller. », sur ces mots elle dirigea un regard discret vers les deux hommes, et plus précisément celui dont elle se méfiait depuis son arrivée.

Aladar s’exécuta, et rejoint Ka un peu plus loin. Toujours très troublé par cette plaie étrange, il renifla, sans toutefois être intrusif, la blessure, et mit un petit coup de tête sur la main de Ka, avant de se coucher près de lui. Néphara avait regardé ça d’un œil attendri, mais elle reporta bien vite son attention près de la cabane. Il y avait eu une légère agitation lorsque Ka s’était levé, et demeurant à bonne distance à la fois de la cabane et de l’endroit où Ka dormait, pour avoir une vue d’ensemble, elle parvint à percevoir une bribe de conversation entre les deux hommes.

Le compagnon de celui dont l’odeur sentait la menace et la mort semblait avoir lui aussi examiner la blessure de Ka, mais pas de la même façon que l’Échouée. Elle ne perçut que ce qui l’intéressait vraiment. Une plante avec des aiguilles, du liquide noire, la griffe noire. Elle tenta d’imaginer une telle plante, et peut-être que c’était quelque chose qui ressemblait à ça. Mais Néphara eut le sentiment qu’il manquait un élément, mais elle se méfiait bien trop de ces deux hommes là, elle n’irait pas lui demander où est-ce qu’il avait vu la plante. Tant pis, elle chercherait elle-même.

La nuit passa vite, l’Échouée n’avait dormi que d’un œil, gardant les oreilles et les sens dressés à tout ce qui pouvait se passer aux alentours. Elle n’avait même pas fais de rêve. En fait, elle se demandait si elle avait vraiment dormi.


Jour 25, matinée...



La matinée tissait sa fraîcheur lentement, entre les paroles dures de l’ami de Ka, qui figurait sa mort de plus en plus proche. Mais Néphara savait que la force de Ka lui permettrait de tenir comme il le disait. Elle n’arrivait pas à bien voir si c’était lui qui repoussait le poison ou si ce dernier prenait simplement son temps, mais il tiendrait jusqu’à demain. Et sur ces paroles, l'ami de Ka s'en alla.

Deux nouvelles personnes arrivèrent alors. Un frisson parcourut Néphara, qui sentit encore une fois quelque chose planer au dessus d’eux. L’homme semblait connaître Ka, et elle sut son nom en écoutant discrètement encore une fois. C’était Staz, et la femme était Hiss. Aladar s’était approché d’eux avec enthousiasme, toujours avec son aboiement d’avertissement. Celle qui s’appelait Hiss l’avait même caressé. Elle relâcha sa vigilance vis à vis d’eux, et se rapprocha du groupe, la main fermement serrée sur sa lance.

Soudain, une brise lente, imperceptible, balaya l’espace. Une brise si lente qu’elle sembla ralentir tous les mouvements, comme si tout se passait désormais au ralenti. C’était maintenant. Voilà. La menace allait enfin se révéler. Néphara se tint prête à réagir.

Celui surnommé le Cendré ne cessait de lancer ses provocations animales, mais cette fois ci, quelqu’un réagit : le nouvel arrivé Staz. Tout se passa en réalité très vite, mais Néphara, alerte, eut conscience de chaque mouvement.

Elle avait réagi machinalement en pointant sa lance sur l’homme, à l’instar de Hiss. C’était lui le danger, même s’il n’avait pas attaqué en premier. Elle ne prêtait pas réellement attention aux paroles qui brisaient le silence, mais quelques mots la secouèrent vivement.

« Tout ce qu'il veux, c'est vous bouffer ! » La dénommée Hiss était furieuse, et Néphara la regarda, choquée par ce qu’elle venait de dire. « Cette chose se rapproche plus des saloperies noires que de nous, et vous l'invitez à discuter ?! »  

Voilà pourquoi elle avait senti sa menace dès l’instant où il était apparu. Ce Gràr. Même son nom se rapprochait plus d’un grognement bestial que du nom d’un être humain. Elle l’avait senti tout de suite, sans aucune hésitation, car il était un prédateur comme elle. Reportant son regard sur lui, elle eut peur de lui ressembler pendant un instant, elle eut peur d’être cette présence brutale et menaçante, cette mort sur jambes, qui troublait des instants profonds de pensées et de courage, comme ceux que vivaient les autres, autour de Ka.

L’Échouée était désemparée. L’intervention de Salim lui sauva la mise, car il fit tout son possible pour calmer Staz, avant que tout ne dégénère. Aladar avait aboyé plusieurs fois, il tenait lui aussi en joue Gràr, les crocs découverts. Lorsque son ami des Oubliés s’adressa à Gràr, elle raffermit sa prise sur sa lance, au cas où il s’en prenne à lui.

« Tu es peut-être le fou qu'elle décrit, mais j’imagine que tu n’es pas totalement idiot. Si tu touches encore à mon ami, nous serons quatre à le défendre. Aussi fort que tu te penses, les crocs d’Aladar te déchireraient avec encore plus d’efficacité que cette lance. »

Le chien réagit à la mention de son nom, et aboya encore plusieurs fois en se rapprochant de Gràr. Néphara faillit presque sourire, il était encore plus brave qu’elle. Reprenant peu à peu ses esprits, l’alerte de son instinct se calma un peu, et elle porta cette fois son attention sur Ka. C’est de par lui qu’elle baisserait sa lance ou non. Elle se doutait qu’il désapprouverait ce qu’il venait de se passer, et elle suivrait ses directives. Quelque chose allait arriver, et n’arriverait plus avant longtemps, voire jamais. Il fallait être là, maintenant, être attentif. Sinon, cette chose leur échapperait, et il sera trop tard pour revenir en arrière.


Hors rp:
 



Les voix des musaraignes ne sont pas les seules à se faire entendre.
Des corps se broient dans l'obscurité. Le sang se mélange en son sein.
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Mar 20 Mar 2018 - 13:45

Depuis le bois sombre, de multiples yeux vides fixaient la scène. Neufs visages blancs se tournaient lentement vers les hommes qui s'affrontaient. Leurs lèvres prononçaient des mots insensés.
Un mouvement devant leur regard terne allait être en proie aux irrégularités des aléas. Une chance pour certains, une malchance pour d'autres, qu'en sera-t-il pour eux ?

1 : Haine et témoin.
2 : Simple marche.
3 : Réponse brutale.
4 : Réponse douce.

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Mar 20 Mar 2018 - 13:45

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Mar 20 Mar 2018 - 14:40

Le sort a voulu que d'autres yeux que ceux des guetteurs soient témoins de la scène. Pour imaginer le comportement de leur porteur, nous avons besoin de tirer une carte. Certaines de ces cartes pourraient entraîner la mort.

1 - 2 : Valet de trèfle.
3 : Valet de carreau.
4 : Valet de pique.
5 - 6 : Valet de cœur.

***

Précision:
 

Le valet de trèfle est tiré, il signe la mort.

Une présence malsaine, ignoble, venait s'ajouter à l'atmosphère oppressante. Quelque part au milieu des arbres, alors que les guetteurs disparaissaient dans un souffle de panique, quelque chose de noir bougeait lentement. On l'avait oublié jusqu'à présent, les hommes préféraient regarder et écouter les hommes, ils ignoraient les véritables monstres, ils détournaient le regard de l'horreur insoutenable.

Mais depuis un moment, sans doute longtemps, un arbre était de trop.

Ses branches bougeaient avec sinistre, sans le rythme du vent. Ses feuilles sombres devenaient blanches, montraient leur visage. Et lorsque l'écorce malade coulait comme une peinture liquide, chacun réalisait ce qui trompait l'ensemble de leurs sens. Tous les êtres de la clairière, soudain, virent ce qui était là, alors, comme s'ils se réveillaient d'un rêve.

Un être noir se tenait debout, à quelques pas d'eux, dans la clairière.
Un grillon était posé sur sa tempe.

Avec une infinie lenteur, l'encre noire qui s'écoulait depuis le haut de son crâne dessinait les courbes de son visage lugubre. Un sourire macabre s'élevait sous le voile dégoulinant.

- Ce n'était peut-être pas le moment de vous faire remarquer. expliqua l'être noir. Votre odeur est si forte qu'elle envoûte l'air.

Et le grillon chanta. L'irruption pourrait paraître surprenante pour chaque personne de la clairière. Ka, lui, qui s'était relevé pour tenter d'intervenir auprès de Gràr, se contentait de froncer les sourcils face au monstre, le visage soucieux.

Des centaines de racines sortirent de terre alors, aux yeux de tous. S'enroulant soudain solidement autour des corps des hommes, et de celui du chien qui aboyait, les immobilisant, passant dans la bouche de Ka, celle de Salim et de Staz, pour les empêcher de parler. Les hommes étaient à présents tant couverts par les amas de racines, qu'on en distinguait  que les visages.

- J'aurais tant aimé vous voir souffrir par vos propres mains, voir vos espoirs perdus dans le sang et les larmes. Voir vos corps minables regretter chacun de leur choix, et voir votre détresse grandir avec la perte de tout ce qui vous est cher. En comprenant à quel point vous avez mis de côté ce qui pesait sur vos épaules, et oublié votre condition de proie.

Il fit claquer sa langue dans sa bouche.

- J'aurais aimé vous torturer tous. Un à un. Avant de vous tuer.

Et il secoua la tête, tout en riant.

- Mais là, si je continue à vous laisser faire sans agir, ou bien si je me contente de vous torturer, je vais juste vous voir mourir sans en profiter. Et puis je suis trop impatient de vous voir gémir enfin, je suis trop impatient de tuer l'un d'entre vous.

Il fit quelques pas vers les hommes rassemblés. Et, lentement, son visage se tourna vers une des personnes du groupe : Gràr.

- Toi, dit-il en s'adressant à lui, la mouche minable qui tourne autour de mon repas. Tu as les yeux plus gros que le ventre. Ça me dégoûte, mais je vais t'écraser et te manger, pour que tu te souviennes de ton rang.

- T'es quoi au juste ? Un gros vermisseau ? répondit Gràr avec mépris tout en essayant de se dégager des racines qui le retenaient solidement.

Mais ces dernières ne firent que se renforcer davantage, certaines sortirent pour lui maintenir davantage le crâne. Des centaines de grillons grimpaient depuis le sol sur les corps des hommes. Ils chantaient à l'unisson, dans un crissement terrifiant. Pendant ce temps l'être noir se rapprocha encore de Gràr, contournant Hiss. Un sourire redoutable perché sous l'encre immonde de sa tête, alors que ceux qui le voyaient de dos pouvaient percevoir son visage blanc, qui ne montrait aucun signe de joie.

- Je suis ton dieu. siffla-t-il.

Et il projeta soudainement ses doigts noirs dans l’œil gauche de Gràr, le transperçant dans une giclée de sang, et en arrachant lentement le contenu. Le chant des grillons grondait comme les nuages de tonnerre.

Gràr cria de toutes ses forces, ne parvenant pas à couvrir le vacarme des crissements, alors que son œil pénétrait lentement la bouche du visage noir.

- De nous deux il n'y a qu'un dieu ! hurla Gràr. Et ce n'est pas toi. Conna...

Et l'être noir plongea ses doigts dans son œil droit, pendant que des centaines de grillons se frayaient un chemin dans la bouche ouverte du basculé. Il tentait de crier sa haine mais il ne put que s'étouffer. Les insectes couraient dans sa gorge, du sang dégoulinait de ses orbites vides.

Et le vacarme fit place au silence, ne laissant entendre que les mastications lugubres de l'être noir.
Il se tenait debout.
Devant lui, le cadavre inanimé de Gràr avait perdu ses yeux. Les racines et les grillons avaient disparus. Une brise froide soufflait sur les corps des hommes sans mots face à cette scène horrible.

- Je reviendrai pour vous, souvenez-vous en. dit le monstre. Vos yeux sont les prochains.

Et il s'évapora. Quelque chose indiquait qu'il était sans doute encore là, non loin, une présence, une ombre, une oppression. Mais on ne pouvait plus le voir. Il était parti comme il était venu.

Ka tomba à genoux tout en regardant autour de lui. Il fit non de la tête, et son attention se porta sur le cadavre de Gràr. Quelque chose le rendait muet, il fronçait encore les sourcils. Il semblait pensif.
Sans doute trop distant pour rassurer ceux qui avaient besoin de l'être après cette tempête si soudaine.


***


HRP : Gràr rejoint le groupe des personnages décédés.
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Mar 20 Mar 2018 - 14:40

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'd6' :

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Staz
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Jour d'éveil : Jour 16
Race : Echoué
Métier : Aucun
Groupe : Errant
Fiche de présentation : Clic
Journal : Clic
Mar 20 Mar 2018 - 20:57


Gràr tomba au sol lourdement. Ses yeux, vides, ne voyaient plus rien. Son visage était encore marqué par la douleur, et le sang s'écoulait comme un torrent depuis ses orbites. Il ne respirait plus. Staz non plus, ne respirait plus.
C'était comme si à l'apparition de cette chose, tout son être s'était à nouveau arrêté. Finalement, peut-être que Gràr n'était pas son pire cauchemar. Cette chose, toute noire et dégoulinante, avait décidé de tuer Hiss. Et Hiss était là.
Mais la chose repartit, comme elle était venue. Et la terre rougissait rapidement autour du corps du cannibale. Staz, tremblant de tous ses membres, poussa un cri horrible, venu du fond de sa gorge. Un cri de peur et de détresse mêlée, face à ce cadavre, qui ressemblait bien trop à son rêve pour n'être qu'une coïncidence. Un cri qui ressemblait fort à celui que Gràr avait poussé en se faisant arracher un à un ses globes oculaires.

Ses yeux ne se détachaient plus des orbites vides de Gràr qui le fixait, encore, et bientôt, il tomba à genou, tremblant de tous ses membres, bien plus encore que quand c'était le froid qui mordait ses muscles. Ses yeux paniqués fixaient ses mains, et pendant un long moment, il ne bougea plus. Regardant les larmes tomber une à une au creux de ses mains ouvertes. Impuissantes. La morsure de la peur était bien plus grande que celle des coups du basculé, un peu plus tôt.

Mais au fond de son coeur, au milieu de cet océan houleux, naquit quelque chose d'étrange. Quelque chose qu'il n'arrivait pas encore à identifier tant la flamme était si petite, si frappée par le vent de la peur. Peut-être quelque chose qui aurait pu s'apparenter à ... du soulagement ?

Couleurs:
 



Néphara
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Jour d'éveil : Jour 1
Race : Échouée
Métier : Cueilleuse - Sculpteuse
Groupe : Clan des Oubliés
Fiche de présentation : Fiche
Journal : Traces
Mer 21 Mar 2018 - 14:10

Les mots de Ka se mirent à résonner dans son crâne. Les mots frappèrent sa pensée, la heurtèrent violemment. Elle avait écouté sans comprendre, en imaginant des choses lointaines comme si elle ne les verrait jamais. Mais les mots se firent assourdissants. Les êtres noirs. Il y en avait un qui approchait. Néphara n’avait pas réalisé que quelque chose d’inconnu et terrifiant les observait, son instinct lui avait fait faux bond. Elle le comprit quand elle vit cet arbre étrange se mouvoir de façon terrible et révoltante, et s’approchait. La silhouette était à couper le souffle, elle semblait si humaine et pourtant tellement monstrueuse. Elle suintait, Néphara entendait presque le bruit du liquide qui glissait le long de son corps. Elle revit la blessure de Ka, et se mit à réfléchir à toute vitesse pour savoir comment réagir. Mais personne ne put réagir.

Tout se passa relativement vite, et même étranglée et bloquée dans les racines, l’Échouée pouvait tout voir, elle était très proche de Gràr, tout comme Hiss, et elle contempla le monstre aussi intensément qu’elle le put. Elle entendit le bruit immonde des yeux broyés, et ses propres yeux étaient écarquillés malgré elle. Elle voulait essayer de voir Aladar mais elle ne pouvait pas. Alors elle darda ses yeux intacts sur l’Être Noir, assimilant autant de détails qu’elle le pouvait. Ka avait parlé de lui précisément, de cet être d’arbre et de grillons, et il était là. Il ne fallait rien oublier.

Presque aussi subitement qu’il était apparu, l’Être Noir repartit, bavant ses menaces et laissant le corps sans vie de Gràr derrière lui. Ses mots n’avaient pas échappé à Néphara, mais elle était concentrée sur autre chose. Lorsque les racines défirent leur emprise, et que le monstre fut parti, elle se précipita en premier lieu sur Aladar. Il était un peu choqué, il était prostré en posture défensive et ne savait pas s’il devait aboyer rageusement ou couiner. La jeune femme le calma du mieux qu’elle put mais elle revint à Gràr et aux autres. Tout le monde avait l’air intact.

Le corps de Gràr gisait tout près d’elle. Avant de s’en approcher, elle regarda son corps. Elle n’avait pas de marques, pas de terre. Fronçant les sourcils, elle regarda le sol et ne vit aucune terre retournée. Ka disait vrai alors. Ce monstre pouvait faire apparaître des choses qui n’étaient pas vraiment là, ces racines, ces grillons, tout ça n’avait jamais été là. L’arbre n’était pas sa forme, il mentait simplement à leurs yeux en se faisant passer pour un arbre. Laissant son esprit fluctuer, elle s’agenouilla à côté du corps de Gràr et le regarda longuement, de haut en bas.

Ses orbites étaient vides, mais ensanglantées et sans oser y toucher, Néphara constata qu’il restait du liquide noir, le même que celui qui ornait le corps du monstre. Elle se demandait ce que c’était. Tournant la tête vers Aladar, elle vit qu’il reniflait partout au sol, comme s’il enquêtait lui aussi. Elle le siffla doucement pour qu’il se rapproche. Sans un mot, elle lui montra les traces de liquide pour l’inciter à le renifler. Si c’était la même chose qui pourrissait le corps de Ka et le tuait lentement, il reconnaîtrait l’odeur. Aladar, prenant lui aussi soin de ne pas toucher la matière, la renifla un moment, sans réelle réaction. Il regarda Néphara, curieux, et elle comprit que ce n’était pas le même fluide. Elle tenta de se concentrer comme lorsqu’elle avait pu observer les courants dans le corps du vieil homme, mais les vestiges du monstre ne lui évoquèrent rien. Le liquide ne venait pas de quelque chose de naturellement présent, c’était quelque chose de propre aux monstres. Un frisson dévala son dos, et elle réprima une vague d’angoisse.

Accroupie, un bras appuyé sur la cuisse, elle regarda autour d’elle, et chercha un arbre qui lui paraîtrait en trop, mais elle ne vit rien, rien que la nature silencieuse et morne, meurtrie par ce qu’il venait de se passer. Elle observa la terre sur laquelle l’Être Noir avait évolué, mais il n’y avait pas de traces. Pendant une seconde elle se demanda si lui même avait été réel. L’Échouée soupira et reporta son regard sur Gràr, et sur ses yeux vides. Elle n’avait aucune intuition sûre quant à cet étrange liquide, mais elle n’avait pas non plus peur. Aussi, dans un geste vif afin que personne n’ait le temps de l’arrêter, elle envoya sa main.

Il ne se passa rien, à part qu’elle sentait bien le liquide sous ses doigts. Au moins, c’était une preuve que le monstre avait bien été là, ça et le corps de Gràr. Elle descendit sa main et, quelque peu hésitante, elle écarta doucement sa bouche pour voir s’il n’y avait pas de grillons à l’intérieur. Mais rien, aucune trace. Pendant, encore une fois, une seconde fulgurante, elle se demanda quel goût il pouvait avoir, lui qui avait mangé des hommes, et avait été arraché à la vie par un Être Noir.

Mais elle ignora cette pensée, effrayée, et se releva en essuyant sa main sur sa cuisse. Les autres avaient l’air un peu secoués, Staz avait même poussé un cri. Elle ne savait pas quoi faire désormais, et encore moins quoi dire. Ka semblait réfléchir, il était tombé à genoux, et semblait loin dans son esprit. Elle n’osait pas l’interrompre mais elle avait très envie de savoir à quoi il pensait. Elle se contenta de dire, sans réussir à monter la voix, sans être sûre que quelqu’un l’entende :

« C’est lui dont tu parlais, hier… » Elle releva la tête et porta son regard sur Salim. « Vous l’aviez déjà vu ? »



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Hiss
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Jour d'éveil : Jour 10
Race : Cime
Groupe : Errant
Fiche de présentation :

Journal :
Mer 21 Mar 2018 - 14:51


Lorsque le monstre apparu, que les racines grimpèrent sur leur corps à tous, Hiss perdit toute pensée cohérente. Elle observa l'Être Noir marcher vers elle, incapable de faire le moindre mouvement, d'émettre le moindre son. La lance était tombée de ses mains, et elle ne pensait même pas à se battre. Contre quoi ? Cet être ne laissait pas entrevoir la moindre petite faiblesse. Ce fut sa voix qui finit de rendre la cime complètement chamboulée.

Elle ne put rien faire, hormis assister à la mort pénible de son ennemi humain. Le sens des mots de la créature lui échappait quelque peu, prenant milles traductions différentes, ou bien semblant complètement insensé. Le hurlement de Gràr, ses orbites vides, rien n'avait de sens. Mais elle ne ressenti aucune peine pour lui. Elle ne songeait qu'à une chose : il pourrait très bien décider de tous les torturer, les tuer, les bouffer.

Et il disparut. Hiss n'arrivait pas à définir combien de temps tout ça avait duré, mais tout d'un coup elle était prostrée au sol, le souffle court, les mains tremblantes. Son esprit tellement plein qu'il en devenait vide. L'ambiance restait lourde et affreuse, et elle ne retrouva ses sens que quelques instants après, pour lever la tête vers Staz. C'était son cri qui l'avait fait sortir de son état. Il lui était venu de loin, et à la fois de si près.

Hiss serra les dents et se remit sur ses pieds, et tout d'un coup il lui sembla que bouger était la chose la plus délicieuse du monde, malgré ses tremblements. Elle rejoint Staz et s'agenouilla près de lui, et lui prit les mains en articulant péniblement son nom.

C'était compliqué de comprendre le flot de choses qui traversaient son esprit à elle, alors elle ne tenta pas de comprendre ce qu'il se passait dans le crâne de son échoué. Mais elle voulait juste lui signifier qu'elle était là.

Et, bien qu'elle pensât que rien ne surplomberait sa haine pour Gràr, elle se fit la remarque que maintenant, elle aurait à vivre avec la terreur de cet Être Noir.


Ne les écoute pas, ne plie pas. Tu es seule.
Rien d'autre qu'une bourrasque qui menace les hommes.
Salim
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Jour d'éveil : Jour 6
Race : Cime
Métier : Pécheur (3)
Groupe : Le Clan des Oubliés
Fiche de présentation : Fiche
Journal : Journal,
Notes et Idées

Jeu 22 Mar 2018 - 11:26


Les choses ne se déroulaient jamais comme on l’attendait dans la vallée, ou plutôt, si l’on oubliait de s’y attendre. Il ne me fallut que quelques secondes pour comprendre ce qu’il se passait, la sensation était restée en moi étrangement familière. Celle que quelque chose n’allait pas, les quelques secondes avant que je ne me demande comment je pouvais me laisser berner pour la deuxième fois semblèrent infinies. Je me tournais vers l’Être Noir, les tripes nouées. Pourquoi venait-il ?

Mes yeux se posèrent sur le grillon : aucun doute, c’était bien celui que Staz, Ka et moi avions rencontrés. Staz était pourtant plus fort, bien qu’il ait frappé Gràr, il semblait avoir une meilleure maîtrise de lui. Ka alors ? Non il allait mourir, à quoi bon ? Moi ? J’en doutais. La réponse apparut nettement tandis qu’il avançait vers nous. Mon corps trembla, pour la première fois depuis la nuit, je cherchais à croiser le regard de Ka, comme s’il pouvait me confirmer ce que j’imaginais. Ses gestes étaient éloquents.

Je fronçais les sourcils. Malgré toute cette mise en scène macabre, l’atmosphère poisseuse et les menaces, il me sembla que l’Être Noir était surtout vexé que nous puissions craindre quelque chose d’autre que lui. La peur était-elle si importante, si vitale, qu’il se doive d’intervenir pour écraser celui qu’il disait n’être qu’un insecte ? Car il ne faisait aucun doute à mes yeux que Gràr allait mourir.

Aussi aimant de la vie humaine que je sois, je ne parvenais pas à être perturbé à cette idée. Tout cela était si soudain, si dramatique, j’avais du mal à différencier cela d’un rêve. Avant même que l’idée de poser une question n’apparaisse dans mon esprit, une racine se glissa dans ma bouche, empêchant tout dialogue. Staz et Ka étaient bloqués de la même manière.

Je fermais les yeux, je ne voulais pas voir ce qui allait se passer, je ne le devinais que trop bien en songeant à notre précédente rencontre avec le monstre, et à son discours hystérique d’alors. Aussi préparé que je pensais être, je crissais des dents en entendant le hurlement de Gràr, et je sentis ma colonne vertébrale se tendre sous l’effet de l’horreur.

Son dieu ? Pas le nôtre alors ? Malgré l’atrocité de la situation, je ne pus m’empêcher de penser que cela m’allait très bien. Nos yeux étaient les prochains. A nous tous ? Si nous le défions ? Je n’avais aucun doute que la menace n’était pas vaine, mais que cherchait-il à la fin ? Il était illogique de menacer quelqu’un sans raison, sans chercher à obtenir quelque chose en échange ? Alors que voulait-il ? Que nous le craignions ? Que nous nous pensions proies ? Etait-ce la raison pour laquelle notre optimisme était si absurde et désagréable à ses yeux ?

Lorsqu’il disparut, ce fut comme si un poids s’évaporait dans l’air que nous pouvions respirer à nouveau. Pourtant quelque chose restait là dans l’atmosphère. Je n’avais pas encore jeté un seul regard à ce que je devinais être le cadavre de Gràr. Je n’avais pas envie de voir le résultat, même si cela me semblait inévitable. A la place je me dirigeais vers Ka. Je ne voulais pas l’humilier en lui proposant de l’aider à se relever, je savais qu’il pourrait le faire seul, quoiqu’en dise le Mulot. Mon mouvement était simplement une question. Pouvais-je aider ?

Malgré les apparences, je n’étais pas calme, le sentais. Si j’avais su prendre sur moi, mon cœur s’emballait toujours dans ma poitrine et mon obstination à ne pas regarder le corps prouvait que j’étais plus sensible que je ne voulais bien le montrer. Mais au fond, peu importait. Gràr était mort. Mais Ka était toujours vivant lui. Et moi, j’étais du côté de la vie.




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Jeu 22 Mar 2018 - 19:00

Des êtres incrédules observaient un cadavre sans yeux.
Des questions incessantes tournaient dans la plupart des têtes. Parfois pertinentes, parfois mal posées, parfois insensées, elles avaient en commun d'interroger l'énigme de la scène perturbante qui venait de se dérouler. L'une d'entre-elle seulement, heurta le silence dans un murmure : la bouche de Néphara s'était entrouverte pour demander quelque chose, mais rien ne lui répondit.

Au lieu de ça, c'est une justification de l'existence de ces questions, une confirmation du côté inhabituel, voire profondément anormal, de la situation, qui s'échappa dans l'air :

- C'est incompréhensible... avait fait Ka à mi-voix.

Et il ne fallait pas être un proche dévoué pour deviner que cette affirmation était rare de la part du vieil homme. Ses pupilles se tournèrent vers le sol, et il s'installa encore un peu plus confortablement sur l'herbe, tout en faisant non de la tête. Après avoir plissé les yeux, il ajouta pour tout le monde :

- Les choses sont toujours plus compliquées qu'on ne le croit. C'était la phrase fétiche de l'un de mes amis. A l'époque, je pensais qu'il parlait de la difficulté qu'on pouvait avoir à se représenter les mille-et-unes facettes des paysages qui nous entourent.

Puis, joignant les mains, il ramena son visage vers Gràr, tout en poursuivant.

- J'ai soudainement la sensation de m'être fourvoyé sur le sens de cette phrase.

La brise souffla, et Ka inspira fort.
Un temps passa, il chercha ses mots, puis s'exprima sans retenue. Impossible de savoir à qui il voulait faire passer cette idée, à part à lui-même.

- Je crois qu'il voulait plutôt nous dire de toujours nous remettre en cause.

Encore une fois, il s'exprimait lentement, en choisissant bien les termes avec lesquels il parlait, et en faisant de longues pauses.

- Une chrysalide devient papillon, le papillon est pourvu d'aile, il sait voler. C'est formidable, non ? On s'imagine que puisqu'il sait voler, il va s'en aller haut, côtoyer le ciel, le soleil et les nuages. Et on oublie, alors, qu'il pourrait très bien emprunter d'autres chemins. Voler ne signifie pas nécessairement s'élever, il pourrait s'empêtrer dans des sentiers sinueux et froids, plonger dans des cavernes sombres ou venir se jeter dans un feu pour y mourir. Voler peut-être vers son abandon ou sa perte, vers certaines régions sèches alors qu'il a soif, vers la profondeur d'une cavité alors qu'il souhaite y voir. On ne décide pas toujours de ce vers quoi on vole. On ne le décide même presque jamais.

Les yeux de Ka fixaient le visage de Gràr.

- Alors pourquoi est-ce que je pensais qu'un vol menait nécessairement au ciel ? C'est faux et stupide de le croire, les choses sont plus compliquées que ce que je croyais, les ailes ne sont qu'un moyen, et le ciel est dépourvu de nectar, alors pourquoi s'y intéresser ? Pour qu'un vol nous mène à la beauté du ciel, il faut qu'un hasard nous y conduise. Et nous ne pouvons pas battre des ailes pour les autres.

Il sourit, avant de conclure.

- Le papillon sait voler, mais ça n'a rien de formidable. Le chemin vers les hauteurs n'est pas si facile à emprunter.

Le vieil homme soupira du nez, puis entreprit de se lever, lentement. Après un effort conséquent, il était sur ses deux jambes, son bâton soulageant l'effort de sa jambe gauche.

- En tout cas, nous devons accepter ce que nous venons de vivre. Et l'une des premières acceptations est la prise en charge du corps de notre semblable. Voulez-vous bien m'y aider ?

Puis il se dirigea lentement vers le cadavre de Gràr, déterminé à le transporter plus loin. Quelque chose d'étrange émanait de la vue de cet homme mourant qui souhaitait déplacer cet homme mort.
Comme s'ils étaient du même monde, semblables, à l'écart des vivants.

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Néphara
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Jour d'éveil : Jour 1
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Journal : Traces
Ven 23 Mar 2018 - 10:49

Avant propos:
 


Le silence avait été pesant encore quelques instants, mais Ka avait fini par prendre la parole. Ces mots ne faisaient pas sens facilement pour Néphara, mais elle l’écouta attentivement, et réfléchit à ce qu’il essayait de dire. Sa première pensée fut que, lui, croyait en eux, croyait en toutes les personnes de la vallée, pour faire de bonnes choses, comprendre, admirer, mais que parfois certaines personnes ne suivaient pas ce chemin. C’était un raisonnement simpliste, mais elle n’était pas capable de plus pour le moment. Lorsqu’il acheva de parler, il indiqua qu’il fallait s’occuper du corps. Il se dirigea alors, comme un spectre vers le cadavre, comme s’il allait devoir s’en occuper seul. Un sentiment étrange l’envahit tandis qu’elle l’observait à côté du corps de Gràr, comme si l’espace d’un instant, la mort n’avait plus eu d’emprise. Ou peut-être que c’était la vie qui avait disparu de cette vision, pendant une seconde.

Mais elle ignora cette impression étrange et triste. Personne ne bougeait, Staz demeurait inerte et choqué, Salim s’était rapproché de Ka, avait proposé de l’aide, mais ne fit rien, l’ami du mort était en retrait, et Hiss était encore près de Staz. Une vague de colère s’empara de la jeune femme. Ils étaient tous secoués, choqués, elle le comprenait. Elle-même l’était. Mais qu’ils restent tous plantés là, sans chercher à comprendre, sans chercher à avancer, à regarder un vieil homme mourant entamer de s’occuper d’un cadavre lourd comme autant de pierres accumulées tout seul, la fit fulminer intérieurement. Elle rejoignit Ka, entreprit de l’aider, et fut surprise de voir la silhouette de Hiss les rejoindre. Les deux blondes se regardèrent, sans agressivité, mais n'échangèrent pas de mots. Néphara se souvint qu’elle avait caressé Aladar lorsqu’elle et Staz étaient arrivés.

Ka avait saisi le corps par dessous les épaules, tandis que Hiss et Néphara soulevaient les jambes pour alléger la charge. Le vieil homme se mit à avancer en avant, tenant les épaules en arrière, et elles suivirent. Ils se dirigeaient un peu plus loin, dans les bois, tandis que le souvenir désagréable de Cécil revint frapper sa mémoire. Allaient-ils faire pareil qu’elle, et le cacher sous la terre ? Comment était Cécil maintenant, avait-il rejoint la terre, les fleurs et les animaux, ou pourrissait-il à moitié dévoré ? Elle chassa cette pensée et revint à l’instant présent.

Ils n’allèrent pas très loin dans les bois, bientôt, Ka lâcha doucement sa prise, et les deux blondes firent de même. La matinée avait bien avancé, il faisait bon, à l’abri sous les arbres. Il se passa un moment sans que personne ne bouge, un court instant, et Néphara, incapable de rester sans rien faire, s’agenouilla au sol et commença à gratter la terre meuble pour recouvrir Gràr. Cette tâche ne fut pas longue, le temps manquait pour passer des heures à creuser. Lorsque le corps fut entièrement enseveli, il ne restait qu’une forme sur la terre, comme une petite butte.

Néphara resta un moment agenouillée, avec la voix de Ka toujours en écho dans son esprit. Elle n’avait jamais eu autant à réfléchir qu’aujourd’hui. Une question se heurta soudainement à ses lèvres, aucune réflexion consciente ne l’avait mené là, mais ce questionnement devint assourdissant, et elle se décida à prendre la parole :

« Est-ce que c’est à cause de nous qu’il est venu ? »



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Nobod
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Jour d'éveil : Jour 25
Race : Racine
Métier : ?
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Mer 4 Avr 2018 - 12:34

Mastication et boyaux au repos. Ça bruisse en dedans et le vent me sort en bourrasque de la gueule. BURP ! Satisfaction ronde et pleine. C'est bon quand c'est bon. L'eau me lave le corps, le sel purifie mes os. Peau du bide tendue. Chuis bien.

Mais faut sortir.
Pas encore l'heure d’enraciner.

L'un dans l'autre j'veux pas mourrissement ici. Alors je marche, attachant les quelques poissons qui me restent avec une liane de pendu. Çà ballotte, là, tout mouillé, au coin du zgeg. C'est pas désagréable et l'temps est joli. L'froid me mord à peine les fesses.

Je marche, donc.
Puisque Marchance, peut.

J'contourne la Grosse Flaque. L'herbe-cousine chatouille mes pieds. L'monde défile et le paysage se brouille. C'est nouveau et familier. J'connais sans connaitre. J'vois sans jamais avoir regardé. Perplexitude. Soudain ça baragouine, au loin. Au très loin. C'est la terre qui chante sous le pas d'autres Marchanceux. Ils laissent la nature froissée, derrière eux. Ils courent. J'ignore comment j'peux lire le sol et les traces de leur marchance. J'peux. S'tout. Ma trottine devient foulée. Ample. Large. J'cours. La poiscaille me bat la cuisse, furieuse. J'cours, mu par la violence d'une urgence du dedans.

L'appelle du semblable.
L'appel des autres.

Chuis pas Solitude. Je le comprends à l'instant que mon coeur fait des bonds dans sa calebasse. Chuis pas Solitude. Chuis comme un fruit qui se trémousse au bout d'une branche ramifiée. Je nais par grappe et par plusieurs. J'ai besoin de plusieurs.
Arrêt brutal. Piste qui fume. Je sens presque leurs odeurs. "Leurs" parce qu'ils sont Marche-à-deux. Il sont sueur, angoisse et pression. Elle me gagne le palpitant. Quelque chose se joue à destination. Quelque chose de terrible et vespéral. Ça me glace la moelle et ça sonne la Dormure. Le Définitif. Mes foulées se décuplent en ruée. Je rattrape le temps qui se perd. Autour de moi, le décor bouge et se dilue. Il a changé de couverture : plus boisée, plus caillouteuse. Ça grimpette sévère dans la canopée. Mes guibolles saignent de l'abrupte route. J'sens pas. J'sens plus.

J'ai peur du Noir.


Quand j'arrive, près d'un baraquement que ma caboche nomme "Cabane", je suis essoufflé, aride du gosier, littéralement plus humide qu'après bain. Il sont là, les "plusieurs". Ils sont ici et je suis devant eux. Leur œillade est morne, leurs mines blanchies par une terreur déjà partie. Comprends pas. L'instinct me beugle qu'ici c'est gravité, lourde et pesante gravité du monde qui s'éteint. Le Soleil va se coucher. Le monde va devenir noir.
M'essuie la tronche d'un revers.

- ... Soif...

Et le seul mot qui franchit mes lèvres toutes meurtries de sécheresse.



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Jeu 5 Avr 2018 - 13:58

Après avoir enterré le corps de Gràr, Ka semblait fatigué. Il resta agenouillé tout comme le faisait Néphara, et fit un sourire en direction de Hiss qui les accompagnait aussi.
Une douleur sourde perlait quelque part dans ses pupilles. Le vieillard essayait de ne rien en montrer, mais comme le mulot gris l'avait justement énoncé la veille, les efforts physiques facilitaient le voyage du poison dans son organisme. Il souffrait donc énormément de la progression des racines noires qui s'étendaient dans son corps meurtri, ravivées par le tiraillement de ses muscles.

Ils étaient tous les trois réunis, à l'écart du reste du groupe. Et alors que Nobod faisait irruption dans la clairière, le vieillard et les deux blondes ne s'y trouvaient pas. Ils discutaient.
Car Néphara avait posé une question. Et après un moment de réflexion, Ka y répondait :

- Hier, je te parlais de la différence entre le flair et les songes. L'une de ces différences, entre se fier à son flair, et voguer dans ses pensées, réside dans la notion de choix. Celui qui, comme Aladar ou toi, décide avec son flair, avance dans une direction qu'il ne choisit pas. Ce sont ses sens et son intuition qui dirigent ses actes.

Le vieil homme fit une pause, de quelques instants. Il respira en regardant les feuilles des arbres. Puis il reprit, ses mots étant très lents :

- Par raccourci, lorsque l'on pense aux agissements des autres êtres, on aura tendance à se mettre à leur place, et à imaginer qu'ils se meuvent par les mêmes mécanismes que nous. C'est le raccourci que tu prends, en imaginant que l'être noir est une créature qui se fie à son flair, et qui donc ne décide pas elle-même de venir nous voir, mais ne le fait que par un mécanisme logique qu'elle suivrait coûte que coûte. Ainsi, nous pourrions avoir une responsabilité dans sa venue, et je trouverai ta question justifiée.

Ka déglutit, plissa les yeux, et hocha la tête avant de reprendre :

- Mais là où je ne te rejoins pas, c'est que je crois que les êtres noirs, pour la plupart, ne se meuvent pas en se fiant à leur flair. C'est ce qui fait leur terrible et imprévisible différence avec les autres monstruosités. Je crois que les êtres noirs sont des créatures qui songent beaucoup, et qui, comme certains hommes, se perdent dans leur pensée. Par conséquent, ils sont mus par leur propres choix, parfois profondément irrationnels et terriblement destructeurs, et parfois plus pertinents et meilleurs que leur intuition monstrueuse. C'est le perpétuel vacillement entre le blanc et le noir, plutôt que d'aller vers le gris, qui à l'instar des hommes perdus, régit les agissements chaotiques des êtres noirs. Ils sont responsables de leurs actes, nous ne devons nous penser responsables des horreurs qu'ils commettent.

Il regarda le visage de Hiss, puis celui de Néphara. Et d'un ton grave, solennel, il annonça :

- Le reste, je vous le dirai demain.

Puis il se mit lentement sur ses jambes.

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Salim
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Lun 9 Avr 2018 - 16:37


Je voulus suivre Néphara et Ka, je voulus me pencher vers le corps de Gràr, m'occuper du corps, accepter, comme disais le vieux sage. Mais quand mes yeux se posèrent sur le cadavre, quand je vis les orbites écarlates et vides, les larmes de sang, et le visage encore déformé par l'expression du basculé, je n'esquissai pas le moindre mouvement. Je fus happé par l'horreur et la simplicité de la mort et je ne pus détacher mon regard du vide qui l'avait attiré que lorsque Ka se mis à traîner la dépouille.

Je me retournais vivement, je refusais de voir, pour la première fois, je refusais de voir. Ma respiration était vive, et je fermais les paupières une fois de plus pour me calmer. Ce n'était pas la chaire morte de ce qui avait été un homme qui me perturbait autant. Non. Ce qui m'avait fait détourner le regard, c'était la similitude entre mon ami et le cadavre. C'était la réalisation brusque et soudaine que bientôt Ka allait mourir, et que je ne savais pas comment accepter cela.

Je les laissais s'éloigner en silence, restant avec N'dhal et Staz, abasourdi. Les deux autres penseraient sans doute que c'était l'Être Noir qui m'avait mis dans un état pareil, et pourtant, en cet instant, il n'y avait rien que je trouvais moins important que cette chose vaniteuse et incompréhensible.

Je repris mes esprits près de la maison, il fallait que je m'occupe, ne serait-ce que pour me faire pardonner mon absence. Mon regard fuyait celui de Staz, car je sentais que je risquais d'y lire le même désespoir. Je ravivais le feu, m'asseyais quelques instants avant de me relever et de tourner en rond. Je ne tenais pas en place et pourtant j'étais incapable de parler.
Je me mis finalement à genoux devant la tâche de sang qui s'était imprimée sur le sol lorsque Gràr était mort, et prenant de la terre entre mes mains, je la recrouvris jusqu'à ce qu'il ne reste plus aucune tache rouge visible.

J'étais encore à genoux, finissant mon travail lorsque j'aperçus une silhouette étrangère qui s'approchait. Je me relevais, époussetant mes mains. L'homme était nu de la tête au pied, et n'avait pas l'air de savoir ce qu'il faisait là. J'étais presque certain qu'il venait de s'éveiller.

- Eh ! Salut à toi.

J'allais chercher un peu d'eau dans un pot que je lui amenais. Je n'avais pas mon enthousiasme habituel, mais je restais accueillant.

- Tu as la tête de quelqu'un qui vient de s'éveiller, je me trompe ?

Il y eut l'ombre d'un sourire sur mon visage. Je ne voyais pas si les autres s'intéressaient au nouveau venu et j'ajoutais juste simplement :

- Oh pardon, je ne me suis pas présenté, je suis Salim.



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Lun 23 Avr 2018 - 13:28

Avec lenteur, Ka rejoint à nouveau le campement, accompagné de Hiss et de Néphara. Lorsqu'il vit Nobod, muni de l'eau que Salim venait de lui confier, le vieillard lui adressa un grand sourire.

- Bienvenue, jeune homme. dit-il alors. Mon nom est Ka, enchanté.

Et malgré la brutalité et l'horreur des événements qui venaient de se dérouler en ces lieux, quelques instants plus tôt, les hommes de la clairière furent accueillants avec Nobod, procédant aux présentations, s'occupant à demander s'il n'avait besoin de rien.

L'après-midi passa dans le calme.
Ka, qui avait retrouvé une forme de mutisme qui lui allait peu, avait décidé d'aller s'asseoir dans un coin de la clairière, muni de quelques galets et d'un champignon étrange, de couleur brune et rouge. A l'extrémité de ce champignon coulait un liquide noir, visqueux, dont il se servait pour faire des inscriptions sur les galets.
Il occupa son après-midi à faire cela, et lorsque le soir vint, portant avec lui quelques souffles de vents frais, Ka se releva très péniblement.
Le vieillard se rapprocha de quelques membres du groupes, et les appela à se rassembler.

- Allons faire un feu, et chanter. J'ai envie de chanter une dernière fois. dit-il en souriant.

Alors qu'il se déplaçait, avec une mine réjouie, on pouvait voir à la base de son cou quelques racines noires qui commençaient à y monter. Également, lorsqu'il levait le bras gauche, elles y étaient visibles.
N'importe qui aurait pu deviner, ici, qu'un homme normal devrait être mort du poison qui touchait Ka.
Mais lui continuait de bouger, de s'activer, avec un certain entrain. Il confia aux membres du groupe, dont Salim, la tâche de s'occuper du feu, puis se dirigea vers quelqu'un qui saurait de quoi il parlait :

- Peux-tu m'aider, jeune Staz, à sortir les galets du tiroir, et à les rassembler devant le feu ? J'aimerai que tout le monde soit avec moi ce soir.

Il alla, accompagné du jeune homme, à l'intérieur de la maison. D'une main précautionneuse il s'occupa de prendre le seul galet qui n'était pas présent dans le large tiroir qui en contenait plusieurs dizaines. Sur sa surface était représentée une jeune femme aux traits harmonieux, l'air gentille et douce. Il passa quelques temps à la regarder, puis il demanda à Staz, en lui posant la main sur l'épaule :

- Ne prenons pas le galet brisé, ça n'est pas la peine.

Le jeune homme saura qu'il parlait d'un galet au fond du tiroir, rompu en deux parties, qui représentait Ka.

Après s'être affairé, à l'aide de Staz, à rassembler les galets près du feu, le vieillard les disposa devant lui. Chaque visage était visible. Des hommes, des femmes, tous plutôt bien dessinés, avec de nombreux détails, dans des attitudes qui semblaient révéler leur caractère. A la fin, au plus près du vieillard, il disposa un galet représentant Salim, un autre représentant Staz, qui étaient tous deux sortis du tiroir. Et il y ajouta ses oeuvres de l'après-midi : Un galet représentant Hiss, un autre Néphara et Aladar, un galet N'Dhal, un galet Nobod, et enfin un galet représentant le mulot gris. Puis, au plus près de lui, juste à côté en réalité, il plaça le galet de la jeune femme au visage doux dont il avait pris soin.

***

Ils mangèrent, tous ensemble, autour du feu. L'ambiance semblait froide, sèche voire lugubre dans un premier temps, malgré la surprise des galets. Mais Ka, qui n'avait pas beaucoup mangé, fut bientôt responsable d'une ambiance plus festive.

Il expliqua à tout le monde, alors que certains avaient encore la tête dans leur gamelle :

- Bien, nous allons chanter ! Je vais expliquer le chant pour vous tous, c'est simple.

Il s'éclaircit la voix, puis commença à frapper dans ses mains avec un rythme simple et animé, avant de chanter le thème principal de la chanson par dessus. Celui-ci, même si ses paroles pouvaient être ressenties comme dures, était gai et plein d'espoir, la mélodie était forte et rythmée :

"Et tu es retourné en terre,
Laissant le silence et la poussière,
Forger ma vie,
Forger mes mains,
Forger celui,
Qui part demain.

Et tu es retourné en terre,
Laissant en mémoire de ma chair,
Le feu d'une vie,
Le feu humain,
Le feu sourit,
Jamais n'éteint."


Puis il sourit à tout le monde, cessa de frapper dans ses mains, et expliqua :

- C'est le thème, vous comprendrez quand le chanter, ça revient très souvent. Je m'occuperai du reste ! Vous êtes prêts ?

Puis il hocha la tête en direction de chacun. Il passa ses yeux sur les galets qui lui faisaient face, il sourit avec sincérité, il semblait heureux.

Après un moment de silence, Ka joignit à nouveau ses mains pour reprendre le rythme, et il introduisit le chant avec un poème parlé :

"Une jolie maison,
Faite de pierre et de bois.
Une jolie chanson,
Autour d'un feu avec toi.
Et sur les belles montagnes blanches,
Un joli vêtement couvrant les hanches,
Nous regarderont la vallée rêver, siffler, danser.
Et sur une belle petite branche,
Perché sur nos jolies pattes franches,
Nous déciderons en gaieté de penser, marcher, voler..."


Puis le chant débuta, alors qu'il fixait des yeux un galet en particulier, représentant un homme chauve et laid, couvert de rides, l'air peu amical.

Musique:
 

"Tu te nommais Dergon,
Tu marchais sans que rien ne t'étonne,
Tu creusais de tes bras,
Un ruisseau qui me désaltéra"


Et sans arrêter son chant, il fit tourner ses yeux vers un autre galet, un homme à l'air taquin, un sourire en coin et les yeux perçants.

"Toi tu te nommais Phel,
Tu te moquais sans être cruel,
Tu gardais dans ton cœur,
Le secret de ton amour rêveur"


Puis il passa à une jeune femme avec un regard pétillant et un visage candide.

"Tu te nommais Meline,
Tu souriais à mes blagues fines,
Tu riras pour toujours,
Me permettant de rire à mon tour."


Il remonta ses yeux vers l'ensemble des gens du feu, et leur fit un signe de tête :

"Oh, oh.

Tu étais là,
Avec moi,

Et tu es retourné en terre,
Laissant le silence et la poussière,
Forger ma vie,
Forger mes mains,
Forger celui,
Qui part demain.

Et tu es retourné en terre,
Laissant en mémoire de ma chair,
Le feu d'une vie,
Le feu humain,
Le feu sourit,
Jamais n'éteint."


Puis le chant continua sur ce schéma. Un couplet découpé en trois petites parties, parlant chacune de l'un des êtres représenté sur un galet, suivit du refrain, que tout le monde apprit peu à peu par cœur sans difficulté. Il y avait beaucoup de galets.
Le chant dura longtemps, et malgré son propos dur, il restait véritablement joyeux.

Il progressait de galet en galet, d'une manière qui pourrait sembler incohérente parfois, mais un esprit avisé devinerait qu'il suivait simplement l'ordre chronologique de ses rencontres.

Le mulot gris fit son entrée dans la clairière alors que le chant continuait. Il regarda les hommes chanter de loin, sans entrer dans la ronde, ni s'approcher. Quelque chose d'étrange résidait dans ses yeux. Sans venir participer, il alla s'asseoir à l'écart du groupe, l'air pensif.

Presque tous les galets avaient été cités, Ka tourna les yeux vers le galet qui était resté juste à côté de lui, celui qui représentait la jeune femme douce. C'est avec la voix vibrante et touchée qu'il continua le chant alors :

"Tu te nommais Sidile,
Tu aimais les autres comme mille,
Un jour je t'ai laissée,
Et jamais me le suis pardonné"


Une larme perlait dans ses yeux alors qu'il finissait ce très court passage. N'importe qui aurait pu deviner, ici, que cette femme était morte sous ses yeux. Cela se sentait, et le refrain qui suivit ce couplet, Ka y mit encore plus de voix. Plus fort, peut-être pour se donner du courage, peut-être parce que le refrain prenait encore davantage de sens pour lui, avec Sidile.

Puis il avait fini tous les galets, sauf ceux qui représentaient les gens présents autour du feu. Alors sa voix devint plus douce, et il finit sur un thème simple :

"Ils se nomment Salim,
Staz, Hiss, Néphara et N'Dhal.
Ils se nomment Nobod,
Aladar et mulot gris.

Tu leur as laissé,
Ton chant éthéré,
Ils s'en souviendront,
A leur façon,
Ils s'en souviendront,
A leur façon

Tu leur as montré,
Du monde la beauté,
Ils s'en souviendront,
Et souriront
Ils s'en souviendront,
Et souriront"


Le chant se tut sur ces quelques notes, laissant la nuit calme couvrir la clairière d'un manteau de silence. Ka souriait, un air heureux sur le visage.
Malgré la matière noire qui se propageait vers sa gorge.

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Staz
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Jour d'éveil : Jour 16
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Lun 23 Avr 2018 - 15:49


Le temps passa, comme poussé par le vent. Un instant, il y eut Gràr, et la mort. L'instant d'après, tous étaient partis, puis de retour, avec ce fameux Nobod qui venait d'arriver. Tout ça semblait s'être écoulé en une fraction de seconde. Staz n'avait pas beaucoup bougé. Si ce n'est pas du tout. Il restait là, l'air hagard, à chercher quelque chose à quoi se raccrocher. Il semblait complètement perdu, l'oeil morne, à fixer les arbres qui l'entouraient, incertain. Mais tous furent de retour, et il dut relever les yeux vers ce Nobod. Lui marmonner quelques mots qui n'avaient plus beaucoup de sens, et se traîner lentement dans un coin, où regarder les autres discuter, rire parfois, sourire souvent.
Finalement, au bout d'un temps, il se leva, jetant un regard vers N'Dhal qui dormait dans un coin, vers Hiss qui restait proche des autres, et il rejoignit Ka, qui peignait des galets. Il reconnut immédiatement les visages de ses compagnons assemblés aujourd'hui, et il accueillit le visage de Hiss avec un petit sourire. Il respira un grand coup, et sans un mot, récupéra de quoi peindre lui aussi. Un petit champignon, et un galet d'un gris marbré de noir. Et sur la face de ce galet, il peignit un saule.

Cet instant de répit lui permit de reprendre une bonne bouffée d'oxygène. Il dessina des arbres, des animaux surtout. A vrai dire, si pour tout oeil extérieur, ces dessins ne semblaient être que l'image de la nature qui l'avait entouré, ils représentaient surtout les hommes qui l'avaient aidé. Il y avait le Saule, Ka. Et la Belette, Hiss. L'Ourse, Halya, et la Renarde, Aël. La Chouette, Gallya, et, finalement, le Martin Pêcheur, Salim. Toutes ces personnes si importantes pour lui, qu'il craignait de perdre. Et il était déjà en train de perdre l'une d'entre elles.

Finalement, la soirée arriva. Il aida Ka avec ses galets sans rechigner, un air peiné sur le visage, l'aidant également à marcher autant qu'il le pouvait. Etrangement, quand il vit le galet cassé, il n'y porta pas une attention particulière. C'était comme si son cerveau ... évitait de s'y attarder. Cachait les images horribles bien profondément dans son crâne pour ne pas qu'elles pèsent encore un peu plus sur le coeur du jeune homme. Ka allait mourir, c'était une certitude.

La mort fait partie de ce qui nous entoure, c'est vrai.

Il secoua la tête, et rejoignit le feu, perdu dans des pensées. Les phrases que Ka avait prononcé lors de leur précédente rencontre s'étaient ancré trop profondément en lui pour qu'il ne s'en rappelle pas. Il s'assit avec les autres, juste à droite du vieillard, et joignit ses propres galets à ceux de Ka. Les siens n'avaient peut-être pas de sens ... Mais ils représentaient également des êtres chers à son coeur. Il posa un regard inquiet sur le visage d'Isandrine, et de Phel, et de la jeune fille au visage doux. Il se rappelait parfaitement de ceux-là. C'étaient des Hommes, ils avaient eut leurs propres histoires.

La mort est une finalité malheureuse, mais nous avons le temps de vivre et de sourire avant de la voir venir.

Ils mangèrent ensemble, dans un silence peu encourageant. Staz lui-même attrapa la main de Hiss, essayant de lui adresser un sourire peu convainquant. Il regarda autour de lui, leur petite troupe étrange, et fixa un instant de plus N'Dhal qui dévorait plus que tous les autres, sans la moindre gêne. Il continuait à regarder les galets d'un oeil presque apaisé, devant ces visages mêlés, et finit par demander à Ka l'autorisation de lui emprunter celui d'Isandrine. Alors, saisissant le galet au visage de tigresse, il se pressa contre l'épaule de Hiss pour attirer son attention.
- C'est Isandrine. Celle qui a fait mon collier.
Staz sourit pour la première fois franchement, et adressa un coup d'oeil complice à Hiss.
- Ka croyait que tu étais elle. Enfin, qu'elle était toi. Vu que tu t'appelles Hiss et elle Isandrine, il croyait que Hiss était un diminutif.
Finalement, il redevint presque de bonne humeur, et reposa avec un sourire le galet à sa place, au milieu des autres galets.

Ce n'est pas parce que je dessine le visage d'une personne que celle-ci est décédée.

Peut-être qu'il aurait la chance de la croiser un jour, après tout.
Puis Ka décida qu'il était l'heure de chanter. Staz lança un sourire complice à Hiss, avant de ramener la main dans sa belle au creux de la sienne. C'était presque une belle soirée. Et à force de se convaincre que ça ne pouvait pas être vrai, Staz finissait par ne presque plus voir les veinules noirâtres qui remontaient le long de sa gorge ... et pourtant.

Ne pense pas que ces dessins suggèrent leur mort, ils suggèrent simplement le fait que j'ai des amis, tout comme toi tu en as.

Les galets devant lui le prouvait. Il y avait ces gens qu'il considérait comme ses amis. Sur lesquels il ne ferait jamais une croix.
Les paroles commencèrent, le rythme était gai et les paroles ... dures. Pourtant, la manière de chanter de Ka rendait la chose plus emplies d'espoir que de peine. Comme si de la mort pouvait naître autre chose.
Puis le vieillard récita ce poème que Staz connaissait lui-même, ou du moins en partie, et qui lui arracha de nouveau un petit sourire. Peut-être même que la mort de Gràr commençait peu à peu à disparaître de ses pensées.

Et la chanson commença, vraiment. Le rythme était joyeux, et tous tapèrent dans leurs mains en rythmes. Leur voix s'élevait comme une seule dans la forêt, plus forte que la nuit.
Au début, Staz crut que c'était simplement un appel aux amis qu'il avait perdu de vue. Ses yeux fixaient les galets d'un air bienveillant, mais le refrain prit bientôt tout son sens, et les mains de Staz tombèrent de chaque côté de son corps. En face de lui, N'Dhal tapait et chantait plus fort que les autres, d'une voix grave et, bien qu'il chantait à moitié faux, un air très amusé sur le visage. La plupart, d'ailleurs, continuaient à taper dans leurs mains et à chanter ce refrain, mais maintenant, Staz n'avait plus le coeur à chanter.
Il fixait Ka d'un air d'incompréhension terrible, et il soutint ce regard jusqu'à ce que la chanson fut terminée. C'était comme si le Ka d'hier et le Ka d'aujourd'hui n'avaient pas le même discours.
Le temps d'un chanson, Staz se revit, debout au milieu de cette petite maison de pierre et de bois. Il revit Ka, souriant, sûr de lui. De sa mort imminente, aucun signe. Qui lui montrait ses galets fièrement, comme étant ses amis. Et en disant qu'ils n'étaient pas morts, pour répondre à sa question. Non, car "Tes pensées sont trop sombres, jeune homme". Il se rappelait de ses mots, qui, quelques jours auparavant, l'avaient aidé à tenir debout. Mais tout ça ... C'était un mensonge ?

Phel était mort.
Isandrine était morte.
Et Ka avait menti.

Et cette femme, Sidile, à qui il tenait vraiment. Elle aussi, elle était morte. Tuée. Abattue. Comme un insecte qu'on écrase. Alors, les beaux discours sur Hiss, sur sa force et le fait qu'il était capable de la défendre ... Qu'est-ce que ça valait, au juste ?

Il n'entendit qu'à peine les derniers mots de la chanson. Quand le silence tomba, N'Dhal se mit à applaudir joyeusement, toujours le même sourire sur les lèvres.
- Quelle belle chanson !
Staz aurait sans doute pleuré, si c'était un autre jour. Mais cette fois, il se contenta de lancer un dernier regard, empli d'un mélange étroit de tristesse et de colère, à l'intention de Ka, et de se retirer sans un mot, sans un regard pour les autres, loin du feu.

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Nobod
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Jour d'éveil : Jour 25
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Métier : ?
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Mar 24 Avr 2018 - 10:02

Le premier Marchanceux qui vient à moi me dit.

- Eh ! Salut à toi.


J'réponds.

- ... Soif,
encore une fois.

Il est revenance avec de l'eau. J'goulotte et j'm'asperge la caboche de c'qui reste. J'ai presque oublié de respirer et ma poitrine gonfle et dégonfle d'avoir bu gras.

- Oh pardon, je ne me suis pas présenté, je suis Salim.
- Nobod.

M'essuie la bouche et j'pousse mon trop plein de filasse dans les yeux. Ma chevelure humide s'en va ployer sur la nuque. Je louche sur le pot. J'lui rends. J'attrapes les poissons à ma taille. J'lui tends.

- Ça c'est du poisson,
que j'fais, des-fois que pour lui aussi le mot soit pas évident.

Un vieil arbre remonte la pente avec ses brindilles et un gros machin poilu qui me fait froncer les sourcils. C'est boufferie ça ? L'homme a une tronche de pruneau et la voix d'un arbre-pleure.

- Bienvenue, jeune homme. Mon nom est Ka, enchanté.
- Mon Nom-Moi, c'Nobod. J'chante pas.

J'marque une pause, mes yeux posés sur ses branches telle une évidence. Je renifle Ka puis je recule en fronçant le pif.

- Tu sens la Mourure. Tu t'arrêtes là, alors.

Simple affirmation et tranquille assurance. Il semble savoir qu'il marche plus près de la fin que du début. Son voyage s'arrête. S'tout. On m'donne du "bonjour", du "ça va ?", du " tu viens d'où ?". On m'abreuve d'Noms-eux que je retiens pas. A tout ça résonne le même écho familier : mon estomac qui grommelle.

- Allons faire un feu, et chanter. J'ai envie de chanter une dernière fois.
- Toi qui veux, Vieux Noyer.

Du moment que je graille...


***

Quand on mange, tout va mieux.
On a grillé mes poissons. J'découvre la saveur de la chair cuite fondre sur ma langue. C'est bombance ! J'rigole comme un grillon, la bouche encore pleine, la peau du ventre tendue. Ils ont tous des couennes pard'ssus leurs propres couennes. Pour autant, on m'a pas forcé à être couvrance. Y'a des cailloux plats et lisses, gravure de visage au dessus. Doivent avoir Signification. Mais chuis pas Savoir et pour dire j'm'en fous.
Le Feu danse et m'fascination. C'est joli. C'est chaud. J'ai les joues toutes rouges.

Le Vieux Noyer tape dans ses menottes tavelées, veut se faire vent qui porte des mots. J'déglutis. Chuis pas Chantance, j'ai dit. Mais la brise est jolie alors mes lèvres bougent un peu. Tou-ti-pas. Ça causerie des faces-de-galets. J'comprend qu'ils sont mourure depuis longtemps. C'est une idée assez vague, pour moi, qui suis bourgeon de ce matin.
Ce n'est que quand mon Nom-moi est prononcé, que j'me rends compte que j'ai aussi mon galet. Comme si j'avais été attendu d'puis toujours autour d'ce feu. Une Escale nécessaire. Ça me trouble-tête. J'pus faim tout d'un coup.

- On r'tourne tous à la terre. On sort des racines de l'Arbre-pleurs. On Marche. On fait marchance jusqu’à plus pouvoir et quand on s'arrête, on s'enracine pour mourrure. C'est ça le Voyage.

Ça sort comme ça vient, comme une profonde conviction ancrée dans ma poitrine. Ma Vérité-Moi.

- Par contre, que j'fais brusquerie, j'comprends pas les cailloux.






Salim
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Notes et Idées

Mar 24 Avr 2018 - 11:48


Lorsque Ka revint, je me sentais un peu moins nauséeux, grâce à l'intervention de Nobod, le nouveau venu. Il m'avait distrait suffisamment de temps pour que je reprenne mes esprits, et à force d'efforts pour effacer l'ombre dans mon esprit, je ne trouvais plus si difficile d'éviter mes noires pensées. Je rejoignis les autres vers le feu, adressant un léger sourire d'excuse à Ka et Néphara de ne pas être venu les aider avec le corps. Au fond, cela ne devait pas être important, mais j'en avais besoin.

Je regardais les galets que Staz ramena avec admiration. Tous ces visages étaient si reconnaissables, si vrais, j'étais impressionné. Je vis aussi les animaux que Staz avait tracé de son côté, et je devinais son intention, même si je ne pensais pas connaître tous ceux qu'il avait voulu représenter. Je fus surpris de reconnaître mes camarades et moi-même dans les derniers cailloux que Ka plaça autour de lui, je ne l'avais pas vu faire, je n'avais pas fait attention. Seul grand absent de cette liste : le vieil homme lui-même, et la menace de la tristesse qui avait pesée sur mon coeur tout le long de la journée se fit à nouveau sentir. Pourquoi fallait-il qu'il soit si seul ?

J'étais un peu plus silencieux que d'ordinaire durant le repas, mais lorsque Ka lança sa chanson, ce fut comme si quelque chose se réveillait dans mon esprit, une étincelle que j'avais vaguement perdu du regard lorsque j'avais promené celui-ci sur les orbites vides de Gràr. Mais heureusement, elle n'avait jamais vraiment disparu.

Je suivis le rythme de Ka, songeant aux visages inconnus des galets que je ne connaîtrais jamais, et à l'affection que je sentais dans la voix de mon ami quand il prononçait certains noms. Le refrain se répétait encore et encore, et son écho s'ancra en moi, si bien qu'il me fut vite facile de suivre la comptine sans effort de concentration. Il y avait quelque chose de beau, qui s'échappait de nos paroles, quelque chose que je trouvais puissant et noble, malgré la mort dont il était question, malgré les disparus. Ils n'étaient pas oubliés, leurs noms restaient là, et quelque chose restait pour nous.

C'était comme si cette chanson était la leçon finale que Ka pouvait nous donner, comme s'il tout ce qu'il avait pu dire avant cherchait à nous amener à comprendre cet instant, à le ressentir, et à toucher l'Espoir du bout des doigts. Un jour proche, il serait lui aussi quelque part dans les paroles, c'était vrai. Mais nous ne l'oublierons pas, que ce soit le dessin de Staz sur les galets, le bâton gravé que j'avais commencé ou ce refrain, il nous avait montré quelque chose de beau.

Lorsque le vieil homme se tut, je lui adressais un sourire rayonnant, oubliant le noir sur sa gorge, ou bien l'ignorant. En cet instant, ce n'était pas ce qui importait.





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Jeu 3 Mai 2018 - 12:38

Ka souriait, Salim aussi. Le vieil homme regarda le Cime avec amitié, en hochant la tête légèrement. N'Dhal applaudissait et complimentait la chanson. Pendant ce temps, Staz se retirait.
Du coin de l’œil, Ka regarda ce dernier faire, sans se lever, sans intervenir.

Nobod prononça à sa manière ses vérités, auxquelles Ka répondit d'un air calme et serein :

- Tu as raison, mon jeune ami. Mais le plus important de ce voyage, c'est justement la marche que l'on fait, et vers quoi on la dirige, avant de s'enraciner de nouveau.

Il se tut ensuite en souriant. Entendant l'interrogation de Nobod, il ne lui donna pas immédiatement de réponse, il réfléchit quelques instants en regardant les galets.

Un silence doux régnait sur la clairière. Contrastant avec le chant qui, il y a peu, animait les environs.

Le mulot gris dirigeait son regard vers Staz qui s'écartait. Il soupira. Et c'est sans attendre qu'il se leva pour le rejoindre, en quelques pas.

Il lui barra la route. Son regard vert, inquisiteur, s'ancra dans celui du jeune homme. Un sourire sans joie s'élevait sur ses lèvres, et c'est en murmurant, près du visage de Staz, qu'il demanda :

- Tu boudes Ka parce que tu viens de comprendre que la mort faisait partie de ce monde, gamin ?

D'un geste franc et brusque, il posa sa main sur la nuque du jeune homme, et le tira vers lui pour mettre ses lèvres contre son oreille :

- Réveille-toi. siffla-t-il.

D'un ton colérique, il poursuivit :

- Dans cette vallée les hommes ne vivent en général pas plus d'une poignée de jours.

Il expliqua tout bas :

- Alors oui, si tu vis suffisamment longtemps, tu verras tous les gens autour de ce feu mourir, les uns après les autres. Tu seras tout seul, et plus personne ne sera là pour te protéger ni t'aimer.

Ses dents grincèrent. Une brise agitait les cheveux de Ka, alors qu'il tournait ses yeux vers Staz et le mulot gris, sans entendre ce qu'ils disaient. Le jeune guérisseur aux yeux verts acheva son monologue :

- C'est ça, ce que Ka a vécu, plusieurs fois. Tu saisis ? Si oui arrête de faire ta pleurnicheuse, crétin.

Et il le lâcha, avant de se retourner et de marcher en soupirant.
Ka hocha les épaules en gardant le sourire. Puis il répondit enfin à la question de Nobod.

D'un grand geste des bras, il rassembla tous les galets qui représentaient les êtres réunis autour du feu, les séparant des autres pour les rapprocher de lui. Et il déplaça délicatement le galet de la femme au visage doux qu'il avait gardé tout près de lui pour le mettre avec le tas qui restait plus loin.

- Ce sont des souvenirs, que je collectionne depuis longtemps, expliqua Ka.

Puis il désigna ceux qu'il venait de rassembler près de lui :

- Ceux-ci, ce sont des souvenirs qui vous représentent, vous tous, mes amis.

Sa voix grave était lente. Il mit un moment avant de désigner l'autre tas de galet. Et c'est avec une émotion vibrante qu'il annonça la suite :

- Ceux-là, ce sont des souvenirs d'autres amis...

Une larme perlait dans ses yeux. Salim, qui connaissait bien Ka, et se tenait près de lui ces derniers temps, saurait qu'il était précisément en train de faire référence à ce qui le rendait triste, en ce moment.
Le vieil homme tourna lentement ses yeux vers les écritures sombres, partiellement effacées, qui restaient présentes sur le sol de pierre du jardin.
Puis il avoua la vérité, bête et tragique, à propos de ce sort laissé sous forme de malédiction sur le sol.

- Des amis dont j'ai essayé d'oublier la mort.

***

Suite à cette soirée, la nuit silencieuse arriva. Ka décida de se coucher près du feu qu'il laissa brûler. Le mulot gris se coucha dans un coin de la clairière.
Le vingt sixième jour se leva, avec un soleil radieux.
Ka restait allongé, le regard tourné vers le ciel. Il souriait, semblant heureux.
Un homme à l'oreille tendue aurait pu remarquer, cela dit, que le vieil homme paraissait avoir du mal à faire passer l'air et la salive par sa trachée.
Sa maladie ne pouvait être ignorée à présent.

Les racines et les cloques noirâtres montaient jusqu'en haut de sa joue gauche, couvrant son cou.

Il allait mourir aujourd'hui, c'était impossible de dire le contraire.

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