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Ils m'ont donné la vie, je leur donnerai la vue • Solo • J12-13
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Poe
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Messages : 22

Jour d'éveil : Jour 10
Race : Racine
Métier : Cueilleur novice
Groupe : Errant
Fiche de présentation :
Journal :
Dim 29 Mai 2016 - 11:43


Toc toc

Toc

Toc toc toc


Poe se recula et fit une petite pause, contemplant l'avancée de son travail, se massant les mains endolories par de longues heures de travail lent et acharné. Il posa son biface sur l'épaisse branche sur laquelle il était assis. La nuit était tombée, on n'y voyait presque rien, mais suffisamment pour continuer à travailler. En bon Racine qu'il était, la Lune lui suffisait amplement à éclairer le tronc sur lequel s'acharnait l'homme. Il y voyait bien moins qu'en plein jour, mais cela ne le dérangeait pas.
Il approcha à nouveau son visage du tronc, passant la main sur ce qu'il y taillait et une main sur son propre visage. Il glissait les deux simultanément, comparant leurs courbes.
Leurs textures étaient différentes, l'un chaud et mou, l'autre froid, dur et dégoulinant de sève collante qui coulait et brûlait les plaies encore ouvertes et sanglantes qui parsemaient les doigts de l'homme.

Son travail n'avait pas été sans peine, il avait d'abord dû arracher la fine écorce du tronc du pommier dans lequel il habitait. Poe aurait pu utiliser son biface, le glisser entre le bois et la solide pellicule qui le recouvrait, mais il ne voulait pas abîmer l'arbre, alors il avait dû y aller à mains nues, se servant de ses ongles pour décoller les écailles au bords parfois tranchants. Cela faisait mal, il avait l'impression de risquer de perdre ses ongles, mais cela ne le gênait pas, il était plus solide que cela.
Lorsque le tronc qui lui faisait face s'était retrouvé nu, ses doigts saignaient déjà de sous ses ongles et des coupures que les écorches avaient laissées dans ses mains. Il essuyait rapidement le sang qui s'y accumulait contre la peau nue de ses jambes, qui se recouvraient peu à peu d'une fine couche bordeaux qui séchait à l'air frais de la nuit.

Puis était venue l'heure de tailler de tronc. De lui dessiner des pommettes saillantes, des joues, un nez, un front dégagé, des lèvres fermées, mais surtout des yeux grand ouverts sur le monde, profondément creusés jusqu'au cœur de l'arbre. Enfin, Poe pouvait utiliser son silex, tranchant et infiniment plus efficace que ses mains nues pour creuser la chair du pommier. Il y avait passé de longues heures, s'y étant mit alors que le Soleil régnait encore dans les cieux, continuant bien après qu'il ait laissé sa place à la Lune.

Poe comparaît son propre visage à celui qu'il dessinait, en les parcourant simultanément de ses mains. Leurs lèvres étaient un relief abrupte s'élevant comme des montagnes. Leurs joues étaient de lisses et très grandes plaines. Au dessus de leurs yeux, leurs arcades tranchantes servaient de falaise entre leurs fronts et leurs orbites creuses.
Il ne restait plus qu'à faire les yeux, la partie la plus importante du nouveau visage de l'arbre. Ils devaient être ouverts, presque écarquillés et insondables, pour pouvoir regarder au plus profond de n'importe qui, pour pouvoir observer le monde entier à partir de cette simple face taillée au cœur d'un pommier. Ils ne devaient pas avoir de fond, car telle était l'étendue de ce qu'ils percevraient.
Lorsque ce visage serait terminé, Poe pourrait lui parler, à son ami Saul, le pommier qui était l'objet du travail de l'homme. Mais pas seulement à lui, aussi aux esprits, ceux de la forêt qui avaient expliqué aux arbres comment s'élever, comment atteindre le ciel et déployer leurs branches pour y accueillir les hommes.

C'étaient les esprits qui guidaient tout ce qui se trouvait dans la forêt, qui décidaient de ce qu'il se passerait entre les troncs émergeant du sol, parce que ces troncs leur appartenaient.
Ces esprits étaient bienveillants, parce qu'ils avaient rendu tout cela possible, alors ils ne pouvaient être tenus responsables de ce qu'il était arrivé à Poe avant qu'il ne trouve Saul ; la biche putréfiée dont la chair l'avait rendue malade par exemple, c'était un accident de leur part. S'ils avaient vu ce que faisait l'homme, ils l'en auraient empêché, comme ils avaient empêché cette étrangère, Hiss de son prénom, d'arracher à Saul toutes ses pommes, en leur envoyant un ours bienveillant mais effrayant.

Dépourvus de visage, les esprits n'avaient plus que le toucher, ils ne ressentaient que ce qui les atteignait directement dans leur être, ils ne pouvaient pas percevoir au delà de leur propres corps, ce qui expliquait qu'ils n'étaient intervenus que pour chasser la voleuse de pommes. C'était pour cela que Poe leur donnait un visage et des yeux, pour qu'ils puissent observer le monde qu'ils ont créé, en perçant le sol pour naître sous la forme d'arbres resplendissants et impressionnants. Et en leur donnant une bouche, il leur permettait de communiquer avec les hommes.

Lancer de dés:
 


Ni le coq ni la musaraigne

Creuser pour monter.

Ne pas gravir pour ne pas tomber.
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Messages : 205

Dim 29 Mai 2016 - 11:53

Le membre 'Poe' a effectué l'action suivante : Lancer de dés


'd10' :

Résultat : 10
Poe
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Messages : 22

Jour d'éveil : Jour 10
Race : Racine
Métier : Cueilleur novice
Groupe : Errant
Fiche de présentation :
Journal :
Dim 29 Mai 2016 - 12:48


Le lendemain matin, Poe fut réveillé par un vent frais remontant le long de sa jambe, s'engouffrant dans le creux de ses reins puis remontant jusqu'à ses épaules. Il frissonna et ouvrit les yeux, qui se trouvèrent assaillis par la lumière. Il avait dormi allongé sur le ventre le long une large branche, n'ayant osé s'adosser contre le tronc de peur de ruiner tout son travail de la veille.

Il faisait déjà jour, et probablement depuis longtemps puisque le Soleil brillait haut dans le ciel, seulement caché de temps à autres par des nuages blancs. La lumière pâle passait entre les feuilles du pommier tandis que Poe s'asseyait lentement, se frottant les yeux pour se réveiller. Et la première chose qu'il observa, ce fut le fruit de son travail acharné de la veille. Il était là, immobile et fixant Poe droit dans les yeux de ses orbites noires et impénétrables.
A la lumière du jour, ce visage était parfait, il était tout ce qu'avait imaginé Poe, qui n'oserait rêver de mieux. Parfaitement proportionné, à la peau lisse et aux détails travaillés. Il avait réalisé un petit chef d’œuvre cette nuit-là. Toujours assis sur sa branche, l'écorce froide frottant la peau de ses cuisses, il se rapprocha de Saul, posant sa main sur sa joue.
« Saul ? » fit-il timidement, s'attendant presque à une réponse. Mais l'arbre ne bougea pas. Ses lèvres ne s'ouvrirent pas pour articuler des paroles, ses yeux le clignèrent pas, sa peau de sève de tressaillit pas au contact de celle, chaude et douce, de l'homme.

Poe rit, seul, un large sourire lui collant aux lèvres. Il avait réussi et n'avais jamais été aussi heureux. Même si le visage ne bougeait pas, il était là, c'était tout ce qui comptait. Enfin, il pouvait communiquer avec l'arbre, donner la vue aux esprits de la forêt, et ceux-ci lui en seraient certainement reconnaissant, ils lui rendraient peut-être quelque chose en échange, pour service rendu. Quoiqu'il arrive, l'homme n'attendait rien de particulier.

Il passa presque une heure, les yeux plantés dans ceux de Saul, à manger silencieusement des pommes. Il devait se préparer à partir. Malheureusement il ne pouvait pas passer toute sa vie assis sur une branche de pommier, à espérer qu'elles serait assez haute pour le tenir à l'abri des prédateurs. Bien que ce jour-là il fasse plus chaud que la veille, Poe devait tout de même se trouver de quoi se couvrir du froid lorsqu'il reviendrait, il devait aussi se tailler un nouveau biface puisqu'il avait usé son premier la vielle, en donnant à Saul son visage. Il avait besoin de matériel, et se nourrir de pommes n'allait pas lui suffire.

Alors il glissa une dernière fois sa main sur la joue du pommier et sauta de la branche sur laquelle il vivait depuis bientôt deux jours, s'étirant les jambes après avoir atterri. Dans la main, il avait son vieux silex qui ne tranchait plus grand chose, sa petite peau de biche qui ne servait quasiment à rien et dans l'autre il tenait une lance qu'il avait fabriqué la veille, simplement en taillant la pointe d'une branche longue et droite. Quelque part, il était triste de quitter Saul, le sentiment de sécurité qu'il procurait avec ses hautes branches et surtout l'ours noir qu'il pouvait envoyer pour faire fuir les opposants, à qui l'homme n'avait pas encore pu dire au revoir, cela l'attristait.
Une chose était certaine avec cet animal, c'était qu'il était envoyé et dirigé directement par les esprits de la forêt, pour en protéger les arbres. Et comme Poe semblait plein de bonnes intentions, il n'était pas agressif avec ce dernier.

Poe doutait fortement de la capacité de Saul à pouvoir faire apparaître cet ours pour le protéger si jamais il s'éloignait trop. Mais pour l'instant, il était juste à côté du large tronc, et le grand ours noir l'y attendait.
C'était la troisième fois qu'ils se voyaient. La première avait été terrifiante, l'animal ayant surpris Poe, mais la deuxième s'était faite plus en douceur. Poe s'était rendu compte que la bête ne lui voulait pas de mal, qu'il ne risquait rien à s'en approcher. Depuis, les deux s'étaient promis de se protéger mutuellement, enfin l'homme avait fait cette promesse et l'ours semblait lui obéir donc tant mieux.

Ainsi, puisqu'il avait davantage de raisons de partir que de rester, Poe se mit à marcher, espérant que l'ours le suivrait. Et c'est ce qu'il fit, quelques pas derrières lui, faisant bruisser les feuilles sous ses épaisses pattes noires. Et puisque c'était Saul qui envoyait cet ours tenir compagnie et rester avec Poe, l'animal devrait lui aussi s'appeler Saul, car au fond c'était de la même entité qu'il s'agissait.

Leur programme de la journée était simple : se trouver un niveau silex à tailler en biface, éventuellement trouver un animal à dépecer puis manger, et un arbre à tailler.
En effet, un seul visage pour tous les esprits de la forêt, cela semblait bien réduit, surtout qu'il ne permettait pas d'entrevoir le monde entier. Il n'était pas question de donner un visage à tous les arbre du monde, mais Poe devait en tailler d'autres pour élargir leur champ de vision, leur permettre d'atteindre des lieux bien plus lointains que le simple cœur de la forêt. Alors, avec son nouveau biface, il en créerai d'autres, chacun de nouveaux sanctuaires pour communiquer avec les esprits. Et à terme, peut-être qu'il en parsèmerait le monde entier, leur permettant de veiller sur les hommes, et qu'il recruterai d'autres personnes afin de l'accompagner dans sa tâche, dans sa volonté de donner un visage à la nature.
Elle leur parlait, à travers le vent qui faisait bruisser les feuilles, le craquement des brindilles sous leurs pieds. Alors, leur donner un moyen d'entendre les réponses des hommes était la moindre des politesses.


Ni le coq ni la musaraigne

Creuser pour monter.

Ne pas gravir pour ne pas tomber.
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