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La Roche Coagule [J18][Commun][Ouvert]
AuteurMessage
Okha
Membre
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Messages : 84

Jour d'éveil : Jour 7
Race : Racine
Métier : Tisserande (2)
Groupe : Cavernes Rauques
Fiche de présentation :
Dim 27 Nov 2016 - 12:02

Quelle violence.

Quelle incroyable quantité de violence ce monde pouvait-il encore faire sortir de ses entrailles ?

Et comment pouvait-elle encore au cœur de cette violence ? En subir de plein fouet l’onde de choc ?
Bien sûr elle n’avait pas toujours pris les bonnes décisions. Ses pas la menaient parfois à suivre des sentiers qu’elle savait pertinemment dangereux, risqués, parfois elle se l’expliquait, parfois non.

Mais il lui semblait tout de même que quelque-chose n’allait pas. Comme si tout ceux qu’elle avait croisés étaient doté d’une résistance aux événement fâcheux, comme s’ils avaient de la chance, qu’ils glissaient sur le danger au bon moment pour ne pas laisser ses crocs noirs s’enfoncer dans leur chair.
Ou alors ils mourraient. Mais Okha ne semblait pas pouvoir ni esquiver ni succomber, comme si un esprit joueur la maintenait en tension dans cet entre deux, jouant avec sa résistance physique et mentale.

La Racine sentait que si elle écoutait ses sens, son corps lui transmettrait probablement un nombre conséquent d’informations pour la plupart désagréables. Après qu’elle ait ingurgité ce que Serpe lui avait mis dans la bouche, son estomac s’était réveillé et rugissait désormais, exigeant plus de nourriture. C’était plutôt bon signe. Mais elle ne risquait pas de se rendormir de sitôt, surtout avec la fièvre qui bondissait dans son crâne, enveloppant ses pensées de traînées électriques et maladives. Quelqu’un posa sa main derrière sa tête pour la soulever et de l’eau coula timidement sur ses lèvres, elle les entrouvrit et but. Un frisson de plaisir parcourut son corps et sa tête ne s’était pas encore reposée sur la cuisse de Serpe qu’elle avait sombré dans un profond sommeil.

Lorsque ses yeux s’ouvrirent à nouveau, la lumière avait changé. Cette fois, sa conscience en partie libérée de la fièvre ne lui permit pas d’échapper à la morsure du froid et à la désagréable impression qu’une lance était fichée dans son épaule droite. Serpe n’était plus la et sa tête reposait désormais sur une pierre plate couverte de mousse ; quelque-chose couvrait le haut de son corps.
Doucement, elle releva doucement la tête et laissa échapper un grognement, les muscles ankylosés de son dos la firent souffrir. Une épaisse fourrure au poil brun et dru était posé sur elle. La scène qui s’était déroulée le matin même lui revint en tête. La jeune cime, son camp, son exécution, l’être noir qui parlait.

"Je pourrai ôter en un instant tout ce que tu aimes, je pourrai t'écraser, te broyer, et te manger. Toi et ta chair tendre."

Ses paupières se comprimèrent.

"Mais je vais attendre, te voir souffrir, jusqu'à ce que tu sois mûre, avant de te cueillir."

Encore un autre, encore une nouvelle menace à fuir, contre laquelle on semblait pouvoir si peu.

- Tu... tu es réveillée.

La voix de Leora surprit Okha, l’empêchant de plonger à nouveau dans le flot sombre de pensées fatalistes. Il était si rare de l’entendre parler seule. La Racine ne l’avait en fait jamais vraiment entendue s’exprimer en dehors des effusions de groupe ou les voix s’élevaient et les cœurs s’ouvraient. Alors qu’elle se tournait avec difficulté sur le flanc sa vision se brouilla un instant. Lorsqu’elle revient à la normale, elle aperçut Leora à quelques mètres d’elle, les genoux repliés, appuyée contre la paroi de la grotte. Les autres n’étaient visibles nulle part.

- Ils sont partis chasser. Santre a dit que je devais rester ici, te surveiller et étudier le tannage de ces peau. Elle veut que je les reproduise.

- Et tu fais tout ce que Santre te dit n’est-ce pas ?

La cime, incapable de tenir son regard, baissa les yeux et le silence se fit. Il faisait moins froid que dans les hauteurs mais le temps restait glacial. D’une voix plus douce, Okha s’adressa de nouveau à Leora.

- Tu devrais te rapprocher du feu. Il fait froid et il ne faut pas que tu tombes malade, nous avons besoin de toi.


La cime, apparemment gênée, se leva en grommelant qu’elle n’avait pas voulu la déranger ; se défiait-elle d’elle ?
Okha se redressa doucement et lui fit une place. La tête lui tournait mais elle se força à engager la conversation. Elles discutèrent de la peau tannée qui recouvrait désormais la racine et des éventuelles attaches qu’elles pourraient créer pour améliorer sa tenue sur le corps. Son interlocutrice s’était détendue, mais il restait dans son regard quelque-chose qu’Okha n’aimait pas. Un calcul constant, vulgaire, égocentrique, qui ne semblait jamais dormir.

- Santre m’a dit de nettoyer ta blessure.

Leora avait parlé comme à contrecœur. Elle n’avait sans doute pas prévu de dévoiler cette information à la Racine mais, devant son attitude avenante, s’était sentie obligée de lui rendre la pareille. Okha hocha la tête. Elle détacha le bandage qui avait été confectionné avec son propre pagne végétal. La plaie était laide. Dès qu’elle la vit elle eut envie d’étirer son bras, pour en voir l’intérieur. Prise d’un haut le cœur, elle se retint et laissa la Cime nettoyer le peu de sang qui s’en était encore écoulé et porta son regard sur le ciel au dessus d’eux.

- La lumière va commencer à décroître d’ici peu. Nous devrions aller dans la forêt pendant qu’il est encore temps.

- Dans ton état ? Tu n’y arriveras pas.

- Tu vas m’aider, amène-moi ma lance.

S’aidant du large manche, Okha se mit debout. L’exercice lui prit du temps et Leora, qui avait du mal à ne pas montrer son agacement, dut la soutenir.

- J’ai besoin de plantes pour confectionner ces attaches. Si le temps continue comme ça, nous allons devoir nous adapter et nous couvrir davantage.

Ne trouvant rien à répondre, Leora haussa les épaules et, à contrecœur, l’accompagna vers l’extérieur de l’enceinte.


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Okha
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Jour d'éveil : Jour 7
Race : Racine
Métier : Tisserande (2)
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Fiche de présentation :
Dim 18 Déc 2016 - 16:51

La racine essayait de se concentrer sur l’odeur d’humus en décomposition pour oublier la douleur, en vain. Elle-même commençait à douter du bien fondé de l’entreprise.
Certes, adapter les fourrures afin qu’elles puissent les protéger au mieux du froid était une bonne idée, mais ses maigres connaissances en anatomie lui suggéraient de plus en plus que laisser une blessure se reposer en était une tout aussi judicieuse. Les deux femmes étaient désormais dans la forêt. Le franchissement de la paroi du ravin qui les séparait des premiers arbres, peu aisé en temps normal pour Okha, s’était avéré plus que laborieux et elles avaient perdu un temps précieux à essayer de hisser son corps meurtri jusqu’au surplomb, tapissé de mousse et d’aiguilles brunes.

- Arrêtons-nous ici un instant, je dois me reposer.

Okha s’assit avec précaution sur une souche d’arbre en décomposition et laissa échapper un soupir d’aise. Leora la fixait avec un air de reproche dans les yeux. Elle se tenait dos à la vallée, sa silhouette frêle découpée par la lumière blanche qui se glissait à travers les frondaisons.

- Tu as quelque-chose à dire.

- C’était une idée stupide.

La cime se balançait désormais d’une jambe sur l’autre, un sourire mauvais naissait à la commissure de ses lèvres.

- Je devrais te laisser ici.

Okha s’y attendait mais, malgré tout, elle espérait que Leora n’oserait pas aller jusque là, ou que le peu d’échanges qu’elles avaient eu suffirait à l’en dissuader. Hochant la tête elle laissa échapper un soupir déçu. Puis, de son bras valide, et fit passer sa lance à l’horizontale et, d’un arc de cercle incurvé, percuta le mollet de la jambe sur laquelle la cime prenait alors appui. Poussant un cri de surprise, Leora bascula en arrière avant de chuter sur la mousse verte. Sa tête manqua de peu l’un des débris du tronc en décomposition sur lequel la racine se tenait. Se redressant sur ses coudes elle jeta un regard paniqué à Okha qui, après qu’elle se fut assurée que la racine n’irait pas plus loin, se mua en fureur.

- T’es complètement malade !

Elle ne lui répondit pas, ses yeux jaunes la fixant, inexpressifs. Le visage empourpré, Leora finit par se relever. Ses lèvres tremblaient, comme si une foule de mots se massaient derrières elles sans oser sortir. La racine pouvait voir la peur et la colère s’entrechoquer au fond de ses yeux verts.

- Tu peux rester là avec ton moignon, je suis sur que les guetteurs sauront quoi faire de toi.


Sa voix était mal assurée. Ses mots étaient une attaque mais son ton sonnait presque comme une supplique. Okha ricana.

- Et toi ? Tu vas rentrer bien sagement seule au camp ou tu te fera probablement violer et abattre sans Tusk pour te protéger.

La racine détestait ce qu’elle était en train de faire. Mais elle préférait assurer sa survie, quitte à enfoncer davantage Leora dans sa terreur mégalomane. Elle avait essayé. Serrant les dent elle se releva en tentant de dissimuler au mieux la douleur que l’effort lui imposait.

- Leora, tu serais déjà morte dix fois depuis hier sans moi, Santre ou Tusk pour te protéger, alors épargne moi tes conneries ou je te tue.

- Tu disais que tu… que vous aviez besoin de moi !

Okha fit mine de réfléchir, laissant un instant son regard se perdre dans le vide.

- Peut-être, oui. Dans une certaine mesure. Mais si tu t’avises de te mettre dans nos pattes, je peux t’assurer que je ne serais pas la première à te jeter en pâture aux choses noires.


Les paupières de Leora se comprimèrent violemment et elle réprima un sanglot, le cœur de la racine se serra. Mais elle se retint de la consoler. Un poids sur l’estomac, elle se détourna d’elle et s’enfonça plus loin dans la forêt, avec lenteur. Les reniflements qui la suivirent lui confirmèrent que la cime s’était décidé à lui emboîter le pas.

- Je cherche de longues plantes à la couleur claire, lui jeta t-elle, un peu comme ce qui pousse au bord de l’eau, mais en plus fin.

______

Le retour au campement fut plus aisé et ils furent en vue du camp alors que le soir tombait. Okha avait trouvé quelques pousses de plantes qui semblaient assez résistantes et souples pour en faire des liens. Leora, qui ne semblait pas avoir de prédisposition pour reconnaître les végétaux, se contenta de porter ce que la racine lui donnait. Alors qu’elles s’approchaient, une forte odeur de viande leur parvint et la Cime dépassa Okha peu avant qu’elles franchissent le mur.


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Okha
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Jour d'éveil : Jour 7
Race : Racine
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Mer 21 Déc 2016 - 0:06

Six regards se tournèrent vers eux alors qu’elles dépassaient l’enceinte du mur. Six ?
Leora qui après avoir laissé tomber son fardeau s’apprêtait à rejoindre Tusk s’immobilisa. Deux inconnus se tenaient entre Serpe et Tusk, eux aussi les fixaient. Deux hommes, sans doute un échoué et un cime. Leora, nerveuse regarda tour à tour Moream, Santre, Serpe, puis Tusk, en attente d’une explication. La voix lasse de Santre se fit finalement entendre.

- Leora, Okha, voici Ateul et Gren. Nous les avons… rencontré plus à l’ouest, dans la forêt et ils ont accepté de nous suivre. Gren a beaucoup de chose à nous apprendre.


Sa phrase s’était terminée sur une note amusée et, à la façon dont le dénommé Gren se tourna vers elle, Okha devina que la dirigeante officieuse du camp avait déjà établi son emprise sur lui. Comment en vouloir au cime.
Avant qu’il ne prenne la parole, Okha jeta un rapide regard à Serpe et le surprit à la fixer. Alors que leurs yeux se croisèrent, il lui sourit. Elle n’avait pas eu l’occasion de lui reparler depuis l’être noir. Gren se mettait à parler et, avant de reporter son attention sur lui, Serpe fit un geste étrange, qu’elle ne comprit pas. La main ouverte paume vers l’extérieur, il la fit basculer vers le bas, au niveau de son abdomen.

- Je… oui, je pourrais vous être utile, il…

- Explique à Okha ce que tu sait faire avec tes lianes.

- Ce… ça s’appelle des collets. J’ai trouvé l’idée il y a quelques jours et j’ai réussi à attraper un faon hier, il s’est échappé. Ça marche pour les animaux mais… mais… j’imagine qu… que pour les humains…

Gren ne finit pas sa phrase et jeta un regard apeuré vers Moream. Celui-ci le fixait, toujours aussi inexpressif. Okha remarqua qu’il se massait la cheville.

- Dé… désolé.

Le cime avait une diction embrouillée, hésitante. Étais-ce la peur ou la manière naturelle qu’il avait de s’exprimer ? On leur fit de la place et elle s’assirent dans le cercle. Au dessus du feu, Tusk maintenait ce qui semblait être un animal caprin, plutôt jeune. Le racine, l’air satisfait, accueilli Leora sous son bras avec une douceur qui aurait pu surprendre Okha, mais la perspective d’un repas imminent capta toute son attention . Elle nota toutefois la peau de chèvre grossièrement équarrie, laissée sur le côté. Tout n’était peut-être pas à jeter dans ce ramassis de fanatiques cannibales. La voix de Serpe s’éleva.

- Nous sommes par le reflet, a travers lui nous vivons, crions, tuons ou mourrons avant d’atteindre enfin son seuil.

Les yeux se tournèrent vers le frêle échoué. Puis, avec lenteur, Tusk lui tendit la broche. Se saisissant d’un bout de viande, Serpe le sectionna avec dextérité, à l’aide d’une lamelle de silex et le passa à Santre. Il servit ensuite tout ceux qui se tenaient autour du feu en terminant par Gren et Ateul. Ce dernier regarda son camarade échoué interloqué, avant de se concentrer sur son repas.

La nuit tombait peu à peu et Leora se mit à racler la nouvelle peau. Santre et Moream emmenèrent Gren près du mur. Okha les observa avec intérêt déplacer quelques pierres. A quel point les deux nouveaux arrivants étaient contraint de rester ici ? La cime semblait intéressée par les idées de son congénère, quel aurait été leur sort dans le cas contraire ?
Une violente migraine vrilla soudain ses tempes. Sonnée, la racine s’allongea près du feu en grognant sous la douleur qui la lançait de son épaule. Elle s’endormit presque aussitôt. Plus tard, c’est à peine si les autres corps s’agglutinant peu à peu autour du sien la réveillèrent.



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