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Brusqueries
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Okha
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Jour d'éveil : Jour 7
Race : Racine
Métier : Tisserande (2)
Groupe : Cavernes Rauques
Fiche de présentation :
Mer 21 Déc 2016 - 22:11

HRP:
 

Brusquerie

Vivre pour vivre. Il n’avait jamais vraiment pris le temps de considérer les choses de cette façon. Quelques heures auparavant, il s’était décidé à s’extirper de la moiteur des sous-bois pour se plonger dans l’eau encore fraîche du lac. Il regrettait désormais le couvert des arbres, alors que le soleil percutait sans relâche son dos blême.
A vrai dire, l’occasion ne lui avait pas réellement été donnée de se poser beaucoup de questions. Depuis son éveil on l’avait pourchassé, battu, laissé pour mort. Il avait couru, dévoré, crié puis s’était tu. Désormais, alors que les ombres s’allongeaient doucement dans la plaine, et que le sifflement persistant du vol de quelques mouches traversait son ouïe, son esprit sortait de sa torpeur métaphysique.
Cette angoisse. Il ne lui semblait plus la ressentir. Même la faim, qui pourtant ne l’avait jamais quittée, avait desserré l’emprise douloureuse qu’elle maintenait jusqu’alors sur son estomac.

Il ouvrit difficilement les yeux et, l’aveuglant tout d’abord, la lumière finit par le laisser apercevoir la berge du lac. Plus loin s’étendait les larges bandes d’herbe sèche qui couvraient l’ouest de la vallée. Contraste frénétique, contrepoint monstrueux, au milieux d’elles se tenait un guetteur.

Il ne poussa pas un cri. Bien que son éveil ne date que d’une quinzaine de jours, il avait déjà appris à juguler sa surprise et sa peur. Celle-ci en représailles, le dévorait chaque nuit de l’intérieur dans un atroce festin que l'aube peinait à interrompre. Il prit une grande inspiration qui lui fit serrer les dents et se tint immobile.  Aucune poussière, signe d’agitation dans les plaines, ne semblait entourer la créature, comme si elle avait surgi du sol la ou elle se tenait. L’être semblait agité, peut-être était-il là depuis longtemps ? Son visage hideux se tendait convulsivement vers l’avant alors que le reste de son corps paraissait vouloir l’attirer vers la direction opposée.
Il sourit. Une une brève vague d’euphorie, dépassant la mare de douleur qui embourbait peu à peu sa conscience, lui arracha même un rire bref. Il n’avait jamais ressenti cela.
Il se fit la réflexion que toute cette énergie investie dans sa survie n’avait pas réussi à générer chez lui l’ombre de ce qu’une brève scène, absurde, venait de lui apporter. Ses yeux se voilèrent et il les ferma un instant. Le guetteur avait disparu.


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Okha
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Jour d'éveil : Jour 7
Race : Racine
Métier : Tisserande (2)
Groupe : Cavernes Rauques
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Mar 3 Jan 2017 - 22:39

Le silence des nuits rouges

La surprise se mua en terreur sur son visage. Dans ses yeux bleus clair naquirent une panique qu’elle n’avait jamais imaginé pouvoir voir un jour. Ses fines épaules s’affaissèrent et ses genoux produisirent un bruit sourd lorsqu’ils percutèrent le sol.

- Tu l’as cassée !

Elle le regardait avec des yeux ronds. Elle n’arrivait pas à comprendre comment il pouvait se mettre dans un état pareil pour un simple pieu. Bien sûr il avait mis du temps à le tailler. Et il le lui avait offert, après tout. Mais enfin, lui qui était à l’accoutumée si calme et réfléchi… Peut-être étais-ce les baies qu’ils avaient mangé ? A leur évocation, ses yeux tombèrent sur les fruits rouges, bombés, qui semblaient danser sur le sol comme autant de petites formes démoniaques ayant accompli leur forfait.

- Qu’allons-nous manger maintenant ?


L’effroi s’emparait désormais de son cœur, tout cela n’avait aucun sens, ils n’avaient mangé que des plantes jusque là et, même s’ils en avaient évoqué l’idée, ils n’avaient jamais réussi à chasser avec leurs armes rudimentaires ; elle s’éloigna de lui. Cessant de vouloir comprendre, son esprit lui intimait désormais de s’écarter le plus possible de l’homme qu’elle aimait, qui avait perdu l’esprit, qui était une menace. Sans cesser d'avancer entre les branches basses elle se retourna; le feu se faisait plus petit. En fait sa taille diminuait à une vitesse vertigineuse, comme aspiré par les amas de feuilles sombres qui chutaient des troncs.
Son amant, lui, fut comme happé par la dernière lueur des flammes, alors qu’elle s’enfonçait dans les bois. Ses yeux, rendu rougeoyant par la fureur disparurent aussi. Seule sa voix persistait. Un long râle de désespoir fou qui semblait vibrer au creux de tout les troncs qui l’entouraient. Elle se mit à courir, éperdument. Le décor qui tressautait, se comprimait pour mieux la projeter en avant. Des buissons. Une myriade de buissons, chargés de baies rouges jonchaient désormais chaque recoin de la forêt, ralentissaient sa progression. Le râle de son ami s’était tu. Il était maintenant remplacé par un concert de chuintement forcés, viciés, qui provenaient de chacun de ces fruits écarlates. Son cœur, elle n’entendait plus son cœur ! Elle se mit à tomber.

Jeodell se redressa en sursaut. Alors que le battement de son propre cœur bombait ses tempes, les bruits nocturnes de la forêt lui parvinrent. A côté d’elle, il dormait paisiblement, son dos étroit se soulevant légèrement à chaque inspiration. Sans bruit elle se saisi du pieu posé à coté d’elle, se glissa hors de leur abri et se glissa entre les arbres.


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Okha
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Jour d'éveil : Jour 7
Race : Racine
Métier : Tisserande (2)
Groupe : Cavernes Rauques
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Mer 15 Fév 2017 - 10:50

Au Sud

Depuis qu'il y avait emménagé, le Cime avait eu le temps de s'habituer au climat des hauteurs. Il avait même échangé plusieurs de ses meilleurs outils de pierre avec les gens de la vallée. Avec ce qu'il leur avait troqué, il s'était confectionné une panoplie de fourrure et de cuir graissé pour affronter les froides température des montagnes. Bien sûr l'ensemble ne tenait pas toujours en place, surtout après une demi-journée de marche; mais il lui permettait toutefois de pousser ses expéditions plus en avant, d'atteindre de nouveaux cols et de voir ce qui se trouvait au delà.
Il aurait bien demandé de l'aide à ceux du Bas pour renforcer sa combinaison. Mais ces derniers se moquaient de l'apparence qu'elle lui donnait et l'appelaient "l'homme-marmotte". Il n'y avait pas de réelle méchanceté dans ce sobriquet, mais le Cime était orgueilleux et un peu rancunier, aussi il ne se contentait que d'échanger le strict nécessaire avec eux.
D'ailleurs la montagne lui fournissait tout ce dont il avait besoin. Nourriture, bois sec, peaux, un peu de joie et d'espoir aussi, parfois de la peur. Il pensait qu'il était nécessaire de questionner les limites des choses, d'essayer d'aller plus loin et, à ce titre, il méprisait les moeurs de ceux du Bas, agglutinés auprès de leur lac, soulevant inlassablement la poussière de leur camp sans chercher à aller voir autre chose, ailleurs. Leur chef lui avait proposé plusieurs fois de venir les rejoindre. C'était une femme à l'esprit vif, attentive, mais son corps était long et fin comme une brindille. Elle n'aurait pas survécu deux jours dans les montagne, aussi le Cime ne la respectait pas. Lui avait bravé orages et blizzard la haut. Et même lorsque, pris dans une tempête survenue au point du jour, le patchwork de peau qui lui servait de tente s'était envolé, il avait gardé courage, il s'en était sorti.
Bien sûr il y avait les monstres. Le Cime s'en défiait, comme tout le monde. Mais enfin avec un peu de sang froid et de sens tactique, il était facile de ne pas être pris au dépourvu et jusqu'à présent, le pire qu'il avait pu lui arriver s'était résumé à une course poursuite avec deux guetteurs, qu'il avait semé sans peine dès qu'il avait atteinte le dédale rocheux des contreforts. Ceux d'en Bas parlaient d'autres monstres et le Cime croyait à l'existence de certains, il avait déjà vu, de son perchoir, des Brises-Crânes s'en prendre au camp près du Lac. Mais il ne les avait jamais vu venir jusque dans les montagnes. Et pour ce qui était de ces Hommes-monstres aux pouvoirs surnaturels, censé régner sur les hauteurs, le Cime était bien placé pour affirmer qu'il n'étaient qu'une folie née de la fièvre et de la faim de ceux qui n'avaient pas su faire face à la rudesse de la vie en altitude. Ils n'avaient qu'à s'en prendre à eux-même. Lui de son côté, continuerait à monter toujours plus haut. Depuis les nouveaux cols qu'il avait atteint, il avait aperçu un large pan de roche qui, éclairé par le soleil luisait d'un éclat aveuglant, comme incrusté d'une myriade d'étoiles; le Cime voulait voir ça de plus près.


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Staz
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Jour d'éveil : Jour 16
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Dim 5 Mar 2017 - 11:41

HRP:
 

J1. - De grands yeux vides


Ouvrir les yeux. Ouvrir les yeux, oui. Ce n'était pas un choix, c'était une nécessité. Ouvrir les yeux, gelés, glacés, ou alors ne voir que ce noir éblouissant à jamais. Ouvrir les yeux. Et voir le blanc. Et voir le vide. Ouvrir les yeux -mais n'étaient-ils pas déjà ouverts ? Peut-être. Peut-être. Ou peut-être pas. Comment pouvait-il le savoir ? Il n'était là, dans cette situation, que depuis quelques instants, ou peut-être bien quelques heures, et pourtant déjà grandissait dans sa poitrine une sensation étrange, mystérieuse, violente. Une angoisse terrible qui se confondait peu à peu avec l'impression étrange d'être déjà mort. Sans même avoir vécu. Tout son corps réclamait de vivre. Mais ses yeux ne voyaient que du blanc, du noir, du blanc à nouveau, qui lui brûlait les yeux, faisait flamber de bon coeur son pauvre cerveau.

Finalement, au bout de quelque chose qui sembla durer une éternité, quelque chose lui manqua. Quelque chose qui aurait du emplir ses poumons, qui étaient alors désespérément vidés de leur substance vitale. De l'air. Cette fois, ses yeux étaient grands ouverts, écarquillés face à ce mur froid. Sa bouche s'ouvrait et se fermait désespérément, tel un poisson hors de l'eau, et il fallut encore une minute supplémentaire avant que son corps tout entier ne commence à se débattre face à la suffocation. Ses mains creusèrent cette surface blanche, glaciale. Glaciale. Et finalement, sans avoir vraiment besoin d'un effort surhumain, percèrent cet barrière étrange qui le séparait encore du monde. Et, se redressant tel un cadavre glacial, son visage se détacha enfin du milieu blanc qui l'entourait désespérément.

Il était seul. Autour de lui, il n'y avait rien, foutrement rien. Rien que du blanc, du blanc, et peut-être même encore un peu de blanc. Par endroit émergeaient parfois quelques rochers, dont on douterait même qu'ils ne soient pas faits de glace, mais mis à part ça, l'être était seul. Il se tenait là, assit dans la neige, le regard perdu dans la mer de neige qui l'entourait. Dans le ciel s’amoncelaient des massifs nuageux inquiétants, et bientôt, quelque chose de liquide frémit peu à peu sur son visage. Il pleuvait. Il frémit un instant. Il avait froid, mais l'eau paraissait presque chaude. Douce. Il ne bougea pas, et resta là, les yeux grands ouverts, le visage tourné vers le ciel. A sentir sur sa peau les gouttes s'écraser.

Pourtant, il ne resta pas immobile très longtemps. Quelque chose, dans son champ de vision, semblait se mouvoir. En fait, il ne le remarqua pas immédiatement, et du poser les yeux par mégarde sur cette chose pour la remarquer véritablement. Elle était là, à quelques dizaines de pas de lui, qui clignait des yeux sans comprendre. Son teint trop pâle la rendait presque difficile à observer, elle qui n'était entourée que de neige. Mais ses longs cheveux filasses, d'un blond trop clair, était la plus belle chose que l'homme découvrait autour de lui. Si, jusque là, il n'était parvenu à juger si la neige était belle ou non, ou si la pluie était agréable ou pas, là il n'avait aucun doute. Cette chose, cette humaine, qui s'approchait de lui, en se serrant elle-même dans ses bras, l'air hagard, était incroyablement belle.

Mais elle s'approchait encore, cette femme, avec tout son corps ruisselant sous le pluie fine, mettant en avant ses courbes étranges, ses seins nus, si frêles qu'on pourrait croire qu'ils s'agissaient de ceux d'un homme, ses hanches trop maigres, dont on discernait très nettement les os fragiles du bassin. Elle semblait là, telle une poupée fragile, s'approchant en dardant sur lui ses yeux d'or ... Sans un mot, d'un pas puis d'un autre, elle s'approchait et s'approchait encore. Ses genoux étaient étrangement arqués, et ses bras paraissaient trop longs pour être humains. Et encore on pouvait détailler finement les détails de son ossature, les détails de sa charpente étrange, qui la faisait paraître plus petite, plus fragile que ce qu'elle était sans doute.

Alors qu'elle ne fut plus qu'à un pas de lui, le surplombant de toute sa hauteur, elle ne lâcha pas son regard, et s'arrêta, en le fixant avec une expression particulière. L'homme mit quelques secondes à se rendre compte que c'était de la curiosité qui animait son regard, et non pas de l'hostilité. Il cligna des yeux, regarda autour de lui, et finit par se lever à son tour. Ses jambes étaient engourdies par le froid, et il chancela pendant quelques secondes avant de trouver son équilibre. Il était à peine plus grand qu'elle, et la manière dont elle relevait la tête pour examiner ses yeux le fit rougir, et détourner le visage. Mais elle le fixait toujours, et bientôt un grand sourire lumineux illumina sa figure livide. Il la trouva si belle, ainsi souriante, qu'il en resta bouche bée, ne parvenant même pas à lui rendre ce signe si étrange qui signifiait tant.

Ils se fixèrent encore, en silence, et finalement, la jeune femme leva la main, et posa la pulpe tendre de ses doigts sur l'os fin de la mâchoire de l'homme, qui frémit, et sursauta même franchement, ce qui eut pour effet d'agrandir le sourire de la femme face à lui. Elle touchait sa peau comme si elle effleurait une fleur rare, et ils finirent si proches l'un de l'autre que l'homme pouvait sentir la chaleur qui émanait de sa peau fraîche. Il la laissa faire, tout d'abord, clignant des yeux, puis finit par y prendre goût, et peu à peu, il s'autorisa même à faire de même. La peau de cette femme parut glacée sous ses doigts, quand il posa sa main sur sa hanche. Il tremblait, complètement perdu qu'il était. La pluie redoublait d'intensité, et désormais, ce fut des trombes d'eau qui s'abattaient sur leurs épaules nues. Pourtant ils ne bronchaient pas, restaient là, se rencontrant du bout des doigts, appréciant le contact de l'autre autant que le fait d'être en vie. Leurs souffles se mêlaient à mesure qu'ils se rapprochaient encore l'un de l'autre, comme une nécessité, comme un besoin autant que celui de respirer, ou de vivre. Leurs corps se soudèrent, et leurs lèvres finirent par faire de même, emportés par l'élan fougueux du besoin de l'autre. Leur curiosité se transforma peu à peu en une ardeur étrange, complexe, qui les poussait peu à peu à s'acculer l'un contre l'autre, à chercher les lèvres de l'autre dans un désespoir physique, et telles deux âmes égarées, ils se donnèrent l'un à l'autre le seul réconfort qu'ils puissent s'offrir alors, dans leur naissance. Et chacun d'eux légua son corps à l'autre, comme un appel au secours adressé aux cieux.

Staz
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Jour d'éveil : Jour 16
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Ven 24 Mar 2017 - 9:22

J2. - Vivons, et soyons fous


Elle explosa d'un rire délicat, vivant, et incroyablement beau. C'était comme écouter la pluie s'écraser sur le sol, avec cette pointe de joie en plus. Dans le ciel hurlaient d'énormes bêtes invisibles, qui se mordaient de milles éclairs. Pourtant, sous leur petit abri rocheux, les deux êtres n'y portaient aucun intérêt. Et encore moins Gràr, qui dévorait la femme du regard, un petit sourire amusé sur les lèvres.
- Gràr. Gràr ... On dirait ... On dirait le cri un ours malade ! Graour !
La mine de Gràr s'obscurcit, et son sourire devint une moue perplexe. Comment ça, malade ? Mais déjà, face à sa réaction, Elska succomba à nouveau à un rire tonitruant, que l'homme n'eut pas la force de faire taire. Et puis, hein, merde quoi ! Son sourire revint de nouveau, quand la femme se mit, toujours assise en tailleur, à faire mine de grogner et de donner des coups de griffe.
- Ouais bah ... Elska ... On dirait ... Heu ... On dirait ...
Gràr secoua la tête, désorienté. La répartie lui manquait, depuis la veille, et ce qu'ils avaient faits devant le ciel, avant même de s'adresser la parole ... C'était comme si une force supérieure avait fait se rencontrer ces corps, leurs corps, pour les unir à jamais. Et puis, Elska s'était réveillée en même temps que lui. Alors ils n'avaient rien fait de mal, en soit.
Relevant les yeux, il croisa le regard de cette femme, qui elle, n'était pas du tout gênée. Au contraire, un grand sourire apparut sur son visage, alors qu'elle faisait encore mine d'être une tigresse. Et explosa à nouveau de rire devant la mine déconfite de Gràr.
- Ouais bah justement, Elska ça ressemble à rien, comme toi !
Et se projetant en avant, Gràr vint la pousser sur le dos, pour embrasser tendrement ses lèvres, échoué au dessus d'elle. Et à travers son baiser, il sentit les rires de la belle s'étouffer alors qu'elle se calmait enfin, happée par quelque chose d'autre. Ses mains passèrent dans le dos du Cime, qui trembla une seconde, et finalement s'échappa à cette caresse étrange, rouge de honte.
- Enfin ... Tu disais pas que je ressemblais à rien, hier ... En fait, tu disais même pas grand chose ...
Et le sourire victorieux qu'elle arborait n'arrangeait rien à la honte de Gràr qui ramena ses genoux contre son ventre.
- J'avais pas faim, hier. Et j'avais froid. Besoin de me réchauffer.
Le plus gros mensonge de l'univers, car la veille, il avait fait chaud, malgré la pluie. Très chaud. Le rouge monta de nouveau à ses joues, et il jeta un regard timide vers sa congénère qui se rasseyait, le regard perdu dans la pluie qui tombait drue. Encore une averse due aux bêtes, là-haut. Gràr frémit, et se rapprocha significativement du corps de la femme tout près d'elle, jusqu'à ce que leurs genoux s'effleurent.

Ils restèrent silencieux pendant de longues minutes, à observer le ciel se déchirer au loin, au dessus du lac. Finalement, Gràr détourna les yeux pour observer les traits fins de cette femme qui partageait son abri. Il saisit sa main, y déposa un baiser, et contempla à nouveau le lac.
- T'en penses quoi, toi ? Pourquoi on est là ?
Il fixait Elska avec attention, mais celle-ci se contenta de hausser les épaules, sans même lui accorder un regard.
- J'en sais rien. Et j'm'en fiche.
Depuis la veille, toutes les questions existentielles que Gràr lui avait posé -et elles étaient nombreuses- s'étaient conclues ainsi. Et à chaque fois, il se demandait pourquoi, pourquoi est-ce qu'elle se renfermait comme ça sur elle, sans lui expliquer ce qu'elle ressentait. Mais, cette fois, il osa insister.
- Moi, ça me fait peur ... On a trouvé ce cadavre, hier ... C'est sans doute ces bêtes noires qui lui ont fait ça ... On peut même pas sortir d'ici, et on a rien à manger. Et les tunnels bizarres qui s'enfoncent dans le sol me mettent vraiment mal à l'aise ...
Elska tourna les yeux vers lui, et le dévisagea un instant. Il se mordit la lèvre, et baissa les yeux sur leurs mains unies, silencieux.
- Je m'en fiche du cadavre. Et je m'en fiche des bêtes noires. Autant que des bêtes dans le ciel, que des monstres dans l'eau, que des animaux sauvages, que de la faim, que du froid, que de la soif et que tout le reste. Parce que tu es là, et que tu vas bien. Alors continue d'aller bien, et ça ira pour tous les deux. Pour toi comme pour moi.
Son regard était presque dur. Gràr hocha la tête, haussa les épaules, et regarda à nouveau un éclair blanc qui traversait le ciel.
- J'espère juste qu'on trouvera à manger bientôt. Et qu'il arrêtera de pleuvoir pour qu'on puisse faire du feu ... Tout est inondé. Fais chier ...
Mais Elska referma son emprise sur sa main, et lui adressa un sourire franc.
- Quoi qu'il arrive, on survivra. A tout prix. Je te le promet.
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Staz
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Sam 25 Mar 2017 - 8:19

J3. - Croire et espérer


- On doit trouver à manger.
Le regard de Elska se fit plus dur que jamais, et elle goba la dernière baie avec avidité. Elle avait aussi faim que Gràr, mais n'était visiblement pas prête à se plaindre. Les traits creusés, ils faisaient peine à voir. Ils n'avaient, en trois jours, avalés que deux pauvres poignées de baies. Trouver de la nourriture était le calvaire de chaque jour, et même s'ils avaient croisés une fois un lapin, armés d'un pauvre caillou comme ils étaient, ils n'avaient rien pu faire -Elska n'avait pas encore réussi à accrocher cette pierre au bout d'un baton pour en faire une lance. Et ils avaient passés la nuit à s'imaginer la bête rôtie et savoureuse.
Gràr trouvait Elska plus pâle que jamais. Elle avait vomi, pendant la nuit, et il était de plus en plus inquiet. Si elle partait ... Si elle mourrait ... Que pourrait-il bien arriver de pire ? Il la fixait donc, à chaque instant, pour essayer de capter toute l'intensité de ses traits creux, durs, anguleux, et les incruster dans sa mémoire. Ce qui, visiblement, avait l'air d'agacer la jeune femme.
- Si tu passais plus de temps à ouvrir les yeux sur ce qu'on pourrait trouver plutôt que de me fixer comme un idiot, ça irait plus vite.
Gràr se mordit la lèvre et baissa les yeux à nouveau. Le ciel s'était déchiré toute la nuit, et les averses avaient rendus le sol plus que boueux. Plusieurs fois, Gràr se tordit la cheville, ou se retrouva embourbé.

Ils marchaient depuis l'aube, dans la forêt, dans la plaine, mais ne trouvaient rien que des larves dégoûtantes qu'aucun d'eux n'osa manger. Et les baies étaient tellement rares que quand ils en trouvaient, ils tombaient à genoux face à elles comme si le ciel les offrait à eux. Mais, une fois revenu près du lac, alors que, les pieds abîmés, ils se retrouvaient seul face à l'eau pour se désaltérer, Gràr commençait à ne plus y croire.
- Mais si on trouve rien ...
Elska secoua la tête, et planta un regard presque méchant dans celui de son compagnon.
- Arrête ça.
Gràr ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais ne dit rien. Son regard accrocha quelque chose, au loin, et il frémit. C'était un homme, qui marchait sur la berge, dans leur direction. Elska se leva, et resta là, un instant, à fixer la silhouette étrange, avant de saisir la main de Gràr pour l'entraîner à nouveau vers la forêt. Gràr resta bouche bée, et tenta de se dégager.
- Attends ! Attends ! Il a peut-être de quoi manger ! Il peut nous aider !
Mais Elska se tourna vers lui, et le fusilla du regard en continuant à le tirer vers les bois.
- Et on pourrait très bien être sa bouffe. Dépêche !
Les yeux de Gràr s'écarquillèrent, sa bouche s'ouvrit puis se ferma. Son regard se reposa sur la silhouette qui désormais faisait de grands signes en leur direction. Gràr voulait leur répondre, mais resta paralyser. Mais la pression insistante de la main de Elska dans la sienne finit de le convaincre, et il la suivit en trottinant vers la lisière de la forêt, tout en continuant de fixer l'être qui s'était visiblement mis à courir. Mais déjà les arbres les entouraient, et ils s'enfonçaient dans la forêt.

Comment des gens pareils pouvaient-ils bien exister ? Des ... Cannibales ?

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Staz
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Jeu 6 Avr 2017 - 9:45

J4. - La fin d'un monde


Elska était allongée, silencieuse. Elle avait encore passé la journée à vomir. Ce n'était pas comme si elle avait quoi que ce soit à vomir. Ses traits étaient creux comme ceux d'un arbre mort, et son teint livide ne présageait rien de bon. Gràr n'arrivait plus à la faire rire. Gràr n'arrivait plus à la faire sourire. Il l'avait même entendu pleurer, ce matin-là. Elska la forte, Elska la vive. Elska la morte ?
Gràr secoua à la tête, et se rapprocha tristement du corps de sa compagne. Posant sa main sur sa peau, il la trouva étonnamment chaude. C'était sans doute parce que la journée avait été fraîche, et qu'il n'avait pas arrêté de pleuvoir ce jour-là non plus. Le feu s'était éteint depuis longtemps. Elska s'était peut-être même assoupie. Le regard perdu, Gràr se contentait de caresser ce corps frêle du bout des doigts.

Ils avaient passé la journée à chercher à manger. Enfin, à essayer. Leurs forces étaient devenues tellement risibles qu'ils avaient dû réduire le périmètre de recherche. Pour ne rien trouver d'autre qu'une poignée de racines dégoûtantes, qu'ils avaient pourtant avalé vivement. Mais qu'Elska avait vomi à nouveau. Ils avaient mangés des feuilles, aussi, et de l'herbe. A ce stade-là, ils n'avaient plus aucune autre idée. Ils étaient vraiment en mauvais point. Mais la seule chance qu'ils avaient eu, c'était de ne pas avoir croisé la moindre bête noire, le moindre guetteur dans la journée. Bien que Gràr savait qu'ils n'étaient vraiment pas loin ...

Elska se tourna brusquement, et vomit à nouveau. Gràr, assit en tailleur, finit par détourner le regard. Les poings serrés, il se rendait compte à quel point la promesse qu'Elska avait faite, deux jours plus tôt, ne tenait plus qu'à un fil. Ils dépérissaient, l'un comme l'autre. Elska plus vite que lui, clairement.

Silencieux, il attendit que les soubresauts de sa congénère cessent pour se tourner vers elle. Elle s’essuya le visage du revers de la main, et lui adressa un petit sourire. Puis, s’allongeant à nouveau, visiblement à bout de force, elle posa sa tête sur les genoux de Gràr. Même ainsi, elle était sublime. Même ainsi, elle était belle. Son corps était comme étincelant, et le ronron de la pluie s’accordait à merveille avec le son doux de sa respiration. Du bout des doigts, il effleura son visage, caressa ses cheveux. Son teint pâle la rendait si fragile, et il crut la voir frémir un instant. Mais elle avait l’air de s’être assoupie à nouveau. Au moins, elle ne souffrirait pas, dans son sommeil, de ne pas pouvoir tenir sa promesse.



Il resta là longtemps, sans bouger. La nuit était déjà bien avancée, mais la pluie n’avait pas cessé. Mais une branche craqua. Gràr sursauta, sur ses gardes, et se redressa, sortant immédiatement de son état de somnolence. Un homme ? Une bête ? Il s’écarta lentement du corps de Elska, posant doucement sa tête sur le sol. Le cœur au bord du gouffre, il se saisit de l’unique arme qu’ils avaient, l’unique arme qu’avait taillé Elska, en imaginant pouvoir y empaler un bon lapin : un bout de bois au bout duquel était attaché sommairement une pierre à peu près taillée, même si pas tellement aiguisée. Se redressant, il tenta de voir quelque chose à travers le rideau de pluie qui le séparait du dehors. Toute l’eau se déversant sur le rocher tombait précisément devant l’entrée de la grotte, ce qui avait paru un bon moyen de s’isoler de l’extérieur. Mais à cet instant-là, ils étaient peut-être un peu trop isolés de l’extérieur.

La lance bien en main, le corps tendu, Gràr se tenait aux aguets, devant le corps allongé de la jeune femme, dont le souffle apaisé n'arrivait pas à calmer les battements du coeur fou du jeune homme. Se mordant la lèvre, il restait là, à patienter, en attendant que ce qui était dehors, humain ou non, daigne s'en aller.
Mais elle ne daigna pas.

Tout se passa en un éclair. La bête noire bondit comme un éclair de jais, traversant le rideau dans un élan monstrueusement précis et redoutable. Les dents de la chose, aussi acérées que celles d'un loup, ratèrent le corps de Gràr de peu, alors que celui-ci reculait précipitamment. Mais la bête n'en avait pas terminé, et lança dans sa direction l'une de ses quatre pattes griffues, lui entaillant largement l'épaule. La seule réaction de Gràr fut de lancer dans la direction de la chose la pierre de la lance, pour tenter de le blesser, de le faire fuir, mais celle-ci fut impuissante, et se brisa en rencontrant elle aussi les griffes de la bête. Ainsi, désarmé, face à un Guetteur dangereux, robuste, fort, Gràr était perdu.

La bête bondit à nouveau, sans hésiter, toutes dents en avant, contre Gràr qui était désormais acculé contre la paroi rocheuse de leur abri, qu'il voyait alors comme immensément petit, minuscule, étriqué, et sans issu. Il était fichu. Mais un éclair blanc, étrange, bondit, et il y eut du rouge, et il y eut du noir. Et la bête, comme l'éclair blanc, s'effondrèrent tous deux dans un sursaut terrible.
Gràr resta là, quelques instants, à cligner des yeux, non sans sentir l'urine poisseuse qui coulait le long de ses jambes nues. Ses mains tremblaient, ses yeux fixaient les choses entremêlées sans comprendre, son esprit s'amusant désormais à comparer les tâches étranges sur le sol. Il y en avait une grosse, rouge, qui s’agrandissait sans cesse. La noire, qui se mêlait à la rouge, était plus petite, mais bien plus poisseuse.

Et, la vérité traça son chemin jusqu'à sa raison.
Elska mourrait.
L'éclair blanc, ça avait été elle. Elle qui bondissait sur la trajectoire de la chose, elle qui enfonçait le silex mal taillé dans l'orbite sanguinolente de la chose. Et dont les dents de celles-ci s'étaient refermées sur son bras. Alors que les griffes de celles-ci s'enfonçaient profondément dans son ventre frêle, fragile. D'où se déversait un flot continu de sang rouge, si liquide et chaud dans la fraîcheur de la nuit.

Gràr sentit ses jambes l'abandonner, et il tomba. Il tomba sur le sol dur de la caverne, désormais recouvert de traces de sang poisseuses. Mais ses yeux ne voulaient pas lâcher le visage de la belle, qui le regardait elle aussi. Sans que ses jambes ne veuillent plus répondre, il se traîna, à la force de ses bras, jusqu'à être près d'elle. Son sang recouvrait ses mains. Son sang. Elle, elle était presque morte. Elle avait un sourire étrange sur le visage, un sourire de mort. Mais ses yeux étaient grands ouverts, et elle le fixait toujours. Un petit filet rouge coulait de son nez, et de sa bouche. Elle toussa, et éclaboussa le visage de Gràr de son sang. Mais sa main, elle, ensanglantée, s'éleva un instant, et se posa sur le visage de Gràr, dont les yeux écarquillés ne parvenaient plus à se détacher de ceux de sa compagne. Alors, elle dit des mots, d'une voix cassée, d'un souffle presque insaisissable, et il dut se pencher pour entendre ces quelques mots. Et il entendit, oui.
- Survis. A tout prix. Pour moi ... Pour nous ... Et pour notre enfant ... qui aurait aimé voir le jour ... Survis ...

Et cette femme, une main posée sur le ventre, où étaient encore fichées les griffes de la chose, dont les larmes se mêlaient au sang sur son visage, et dont le sourire transcenda la mort, s'éteignit,
En dardant sur son homme,
De grands yeux vides.

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Race : Echoué
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Jeu 6 Avr 2017 - 18:27

J7. La mort et l’oubli


Il avait un sourire étrange sur le visage. Il caressait ses cheveux, contemplait sa beauté. Parfois même, il éclatait d’un rire rocailleux, en la voyant grimacer dans son sommeil. Mais aucun doute, aucune peur ne venait troubler la sérénité de cette sublime jeune femme.
Sa tête était posée sur ses genoux. Elle se reposait. Elle avait besoin de repos. Après tout, elle portait un enfant, au creux de ses reins. C’était donc normal qu’elle dorme beaucoup. Et lui, il prenait soin d’elle, pendant son sommeil. Des fois, il lui tressait les cheveux, d’autres fois, ils lui chantonnait des chansons.

Les jours étaient passés, tranquilles, paisibles. La pluie avait laissé sa place au soleil, qui inondait la grotte depuis que le jour s’était levé. Il y avait eu une petite averse, au matin, qui avait fait sortir devant la grotte quelques fleurs courageuses. Il n’avait pas la force d’en cueillir quelques unes, mais tant pis. Il pouvait les regarder, et puis comme ça, il ne s’éloignait pas trop de la belle endormie. A vrai dire, il ne s'en éloignait que pour boire l'eau de la flaque, à l'entrée de la grotte. Plus loin c'était trop loin d'elle.


Mais tout n’était jamais aussi simple.

Alors que Gràr admirait encore et toujours cette femme qui était la sienne, un bruit au dehors le fit sursauter. Et apparut face à lui un homme. Un homme, seul, nu, maigre, qui le regardait avec de grands yeux bleus. Son regard passait rapidement du corps de la jeune femme à Gràr, et sa mine se décomposa étrangement. Mais il avait cette pierre dans la main. Les mains de Gràr se mirent à trembler. Cette pierre était rouge, rouge comme …

Après avoir posé tendrement la tête de sa chérie sur le sol, il se releva d’un bloc face à cet homme, qui sursauta. A vrai dire, on ne pouvait pas vraiment avoir peur de Gràr. Ses membres étaient si maigres, son corps si frêle qu’on aurait pu détailler chacun de ses os avec précision. Son corps était meurtri, marqués par des bleus et des oedèmes, et son visage creusé semblait taillé au couteau. Pourtant, son regard, lui, brillait toujours. Il n’était pas encore mort.
- Est-ce que ça va ?
La voix de l’inconnu avait quelque chose d’étrange. On aurait certainement pu y lire de l’inquiétude, face à ce squelette morbide, mais Gràr, lui, y lu de l’euphorie. Ou quelque chose de mauvais, en tout cas.

Il restait toujours ce tas d’os étranges, noirs comme du jais, vestige d’une chose étrange qui était passé autrefois. Et à côté de ce tas d’os, il y avait un bout de lance brisée, au bout duquel était sommairement accroché une pierre taillée, souillée d’une substance noire séchée depuis longtemps. Et Gràr s’en empara, le regard sondant cet homme, cet intrus. Celui-ci, ne se sentant pas en sécurité, leva les mains en signe de paix, sans lâcher toutefois son arme.
- Je ne te veux aucun mal. Je veux t’aider.
Mais Gràr se relevait, l'arme au poing, et s'approcha de lui sans un mot. L'homme recula d'un pas, puis de deux, mais Gràr avançait toujours à sa rencontre. Il déglutit, raffermissant sa prise sur son arme. L'homme jetait des regards étranges au corps de la femme, qui n'avait toujours pas bougé. Il lui jeta un regard pesant, se mordit la lèvre une seconde, puis reprit, tendu.
- Tu dois faire quelque chose de son corps. Tu ne peux pas laisser son corps ainsi ...
Gràr sursauta. Et la voix de Elska, comme une douce mélodie, lui rappela, et il sut. Cet homme voulait manger le corps de sa femme. De sa compagne. De l'être qu'il aimait le plus au monde. Il ne voyait de sa beauté qu'un tas de chair bon à déguster. Et ça, Gràr ne le permettrait jamais.

Bondissant dans un cri, il franchit les quelques mètres qui le séparait encore de l'homme. Celui-ci, surprit, ne laissa échapper qu'un petit cri de souris étrange, avant que la pierre ne s'enfonce dans la chair tendre de son épaule. Ce petit cri de souris se transforma bientôt en un gris tonitruant face à la plaie qu'avait infligé la pierre à son épaule. Trébuchant, il tomba en arrière, mais Gràr était là, à nouveau, et, comme un acharné, et pendant une éternité, Gràr frappa, frappa, frappa ce crâne offert avec sa pierre, frappa, frappa, frappa avec toute sa haine et toute sa détresse, jusqu'à ce qu'il ne resta plus du visage de l'homme qu'une bouillie de chairs, de sang, et de fragments d'os.

Et, à bout de forces, il finit par lâcher la pierre, alors qu'une faible averse s'abattait sur son corps. Ses mains, pleines de sang, tremblaient étrangement. Tout son corps était couvert des éclaboussures de ce massacre qu'il avait mit en oeuvre. Il avait tué. Tué cet homme. Ce n'était plus un homme, désormais.

Son regard passa de ce cadavre, au corps de la femme. Ce corps dont il avait prit soin durant ces trois jours, qu'il avait tressé, qu'il avait bercé. Qui n'était plus qu'un cadavre boursoufflé, dont les yeux percés étaient dévorés par les vers. Dont le pus s'écoulait des plaies béantes de son ventre.

Elska était morte. Elle n'était plus une femme, désormais.


Alors, il hurla, hurla, à s'en brûler les poumons, hurla, hurla, la face tournée vers le ciel, hurla, hurla, face à la faiblesse dont il avait fait preuve. Elska était morte. Morte. Morte. Plus rien ne la ferait revenir. Plus jamais, il n'entendrait son rire. Plus jamais, il ne croiserait son regard. Car elle était morte, et bientôt elle redeviendrait poussière. Et désormais, il était seul, seul face à ce monde cruel.

Mais il allait vivre. Quoi qu'il en coûte. Car s'il allait bien, ils allaient bien tous les deux. Tous les trois.

Et puis,
Il survivrait,
A tout prix.


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Jour d'éveil : Jour 7
Race : Racine
Métier : Tisserande (2)
Groupe : Cavernes Rauques
Fiche de présentation :
Ven 7 Avr 2017 - 0:03

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Tripes au vent

Son travail terminé, si le temps le permettait, elle prenait toujours le temps de laisser sécher ses mains au soleil. L’écarlate virait au carmin puis au cuivre, se craquelait à l’intérieur de son coude ou quelques traînées humides venaient se perdre. Elle refermait ensuite les doigts et les frottait doucement entre eux, jusqu’à ce qu’une poudre brune s’en dégage et se disperse avec le vent. Ceux de son camp qui l’observaient alors prenaient une attention particulière à ne pas la déranger, elle entendait leurs murmures parlant de rituel, de magie voire de sacrifice, c’était idiot.
On l’appelait l’Equarisseuse maintenant. Avant c’était elle qui chassait pour le groupe, presque uniquement. Puis, alors que leur petite troupe prenait de l’ampleur, elle avait de plus en plus été chargée de dépecer les proies des autres.
A dire vrai, ça ne lui plaisait pas vraiment. Transformer en viande le corps d’un animal mort des mains d’un autre lui semblait irrespectueux à son égard. Comme si elle raclait la chair d’un être encore en vie. Mais personne n’était aussi efficace qu’elle quand il s’agissait de s’occuper du gibier. Et là ou son savoir permettait de conserver le maximum de nourriture pour leur communauté grandissante, elle ne pouvait se permettre de faire la difficile. Et puis rester tranquillement assise à travailler dans sa hutte, plutôt que de se tenir immobile sous l’averse à attendre qu’une proie passe à portée, n’était pas non plus désagréable.

Le soleil baissait déjà. Après un léger soupir elle s’étira puis, après s’être relevée, se saisit des quartiers de viande qu’elle venait de découper. Elle demanderait à quelqu’un d’aller chercher la peau et d’enterrer les entrailles de la bête. Alors qu’elle quittait le large rocher ou elle avait l’habitude de s’installer pour travailler, un cri retentit en contrebas. Elle tressaillit. Malgré le calme relatif que leur accordaient leur nombre de plus en plus croissant, elle n’arrivait pas à extraire cette pointe cruelle, fichée au fond de ses tripes, qui se rappelait à elle au moindre signe d’un éventuel danger. S’approchant à pas vifs des sous-bois, elle ne tarda pas à apercevoir deux de ses camarades se poursuivant entre les arbres et riant à gorge déployée. Nouveau soupir, de soulagement cette fois. Elle les héla et, alors qu’ils déviaient leur trajectoire pour venir à sa rencontre, elle se surprit à se demander lequel des deux mourrait le premier.


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