AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  
AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  


Brusqueries
AuteurMessage
Okha
Membre
avatar
Messages : 70

Jour d'éveil : Jour 7
Race : Racine
Métier : Tisserande (2)
Groupe : Cavernes Rauques
Fiche de présentation :
Mer 21 Déc 2016 - 22:11

HRP:
 

Brusquerie

Vivre pour vivre. Il n’avait jamais vraiment pris le temps de considérer les choses de cette façon. Quelques heures auparavant, il s’était décidé à s’extirper de la moiteur des sous-bois pour se plonger dans l’eau encore fraîche du lac. Il regrettait désormais le couvert des arbres, alors que le soleil percutait sans relâche son dos blême.
A vrai dire, l’occasion ne lui avait pas réellement été donnée de se poser beaucoup de questions. Depuis son éveil on l’avait pourchassé, battu, laissé pour mort. Il avait couru, dévoré, crié puis s’était tu. Désormais, alors que les ombres s’allongeaient doucement dans la plaine, et que le sifflement persistant du vol de quelques mouches traversait son ouïe, son esprit sortait de sa torpeur métaphysique.
Cette angoisse. Il ne lui semblait plus la ressentir. Même la faim, qui pourtant ne l’avait jamais quittée, avait desserré l’emprise douloureuse qu’elle maintenait jusqu’alors sur son estomac.

Il ouvrit difficilement les yeux et, l’aveuglant tout d’abord, la lumière finit par le laisser apercevoir la berge du lac. Plus loin s’étendait les larges bandes d’herbe sèche qui couvraient l’ouest de la vallée. Contraste frénétique, contrepoint monstrueux, au milieux d’elles se tenait un guetteur.

Il ne poussa pas un cri. Bien que son éveil ne date que d’une quinzaine de jours, il avait déjà appris à juguler sa surprise et sa peur. Celle-ci en représailles, le dévorait chaque nuit de l’intérieur dans un atroce festin que l'aube peinait à interrompre. Il prit une grande inspiration qui lui fit serrer les dents et se tint immobile.  Aucune poussière, signe d’agitation dans les plaines, ne semblait entourer la créature, comme si elle avait surgi du sol la ou elle se tenait. L’être semblait agité, peut-être était-il là depuis longtemps ? Son visage hideux se tendait convulsivement vers l’avant alors que le reste de son corps paraissait vouloir l’attirer vers la direction opposée.
Il sourit. Une une brève vague d’euphorie, dépassant la mare de douleur qui embourbait peu à peu sa conscience, lui arracha même un rire bref. Il n’avait jamais ressenti cela.
Il se fit la réflexion que toute cette énergie investie dans sa survie n’avait pas réussi à générer chez lui l’ombre de ce qu’une brève scène, absurde, venait de lui apporter. Ses yeux se voilèrent et il les ferma un instant. Le guetteur avait disparu.


She-kills-she-loves-she-kills
Okha
Membre
avatar
Messages : 70

Jour d'éveil : Jour 7
Race : Racine
Métier : Tisserande (2)
Groupe : Cavernes Rauques
Fiche de présentation :
Mar 3 Jan 2017 - 22:39

Le silence des nuits rouges

La surprise se mua en terreur sur son visage. Dans ses yeux bleus clair naquirent une panique qu’elle n’avait jamais imaginé pouvoir voir un jour. Ses fines épaules s’affaissèrent et ses genoux produisirent un bruit sourd lorsqu’ils percutèrent le sol.

- Tu l’as cassée !

Elle le regardait avec des yeux ronds. Elle n’arrivait pas à comprendre comment il pouvait se mettre dans un état pareil pour un simple pieu. Bien sûr il avait mis du temps à le tailler. Et il le lui avait offert, après tout. Mais enfin, lui qui était à l’accoutumée si calme et réfléchi… Peut-être étais-ce les baies qu’ils avaient mangé ? A leur évocation, ses yeux tombèrent sur les fruits rouges, bombés, qui semblaient danser sur le sol comme autant de petites formes démoniaques ayant accompli leur forfait.

- Qu’allons-nous manger maintenant ?


L’effroi s’emparait désormais de son cœur, tout cela n’avait aucun sens, ils n’avaient mangé que des plantes jusque là et, même s’ils en avaient évoqué l’idée, ils n’avaient jamais réussi à chasser avec leurs armes rudimentaires ; elle s’éloigna de lui. Cessant de vouloir comprendre, son esprit lui intimait désormais de s’écarter le plus possible de l’homme qu’elle aimait, qui avait perdu l’esprit, qui était une menace. Sans cesser d'avancer entre les branches basses elle se retourna; le feu se faisait plus petit. En fait sa taille diminuait à une vitesse vertigineuse, comme aspiré par les amas de feuilles sombres qui chutaient des troncs.
Son amant, lui, fut comme happé par la dernière lueur des flammes, alors qu’elle s’enfonçait dans les bois. Ses yeux, rendu rougeoyant par la fureur disparurent aussi. Seule sa voix persistait. Un long râle de désespoir fou qui semblait vibrer au creux de tout les troncs qui l’entouraient. Elle se mit à courir, éperdument. Le décor qui tressautait, se comprimait pour mieux la projeter en avant. Des buissons. Une myriade de buissons, chargés de baies rouges jonchaient désormais chaque recoin de la forêt, ralentissaient sa progression. Le râle de son ami s’était tu. Il était maintenant remplacé par un concert de chuintement forcés, viciés, qui provenaient de chacun de ces fruits écarlates. Son cœur, elle n’entendait plus son cœur ! Elle se mit à tomber.

Jeodell se redressa en sursaut. Alors que le battement de son propre cœur bombait ses tempes, les bruits nocturnes de la forêt lui parvinrent. A côté d’elle, il dormait paisiblement, son dos étroit se soulevant légèrement à chaque inspiration. Sans bruit elle se saisi du pieu posé à coté d’elle, se glissa hors de leur abri et se glissa entre les arbres.


She-kills-she-loves-she-kills
Okha
Membre
avatar
Messages : 70

Jour d'éveil : Jour 7
Race : Racine
Métier : Tisserande (2)
Groupe : Cavernes Rauques
Fiche de présentation :
Mer 15 Fév 2017 - 10:50

Au Sud

Depuis qu'il y avait emménagé, le Cime avait eu le temps de s'habituer au climat des hauteurs. Il avait même échangé plusieurs de ses meilleurs outils de pierre avec les gens de la vallée. Avec ce qu'il leur avait troqué, il s'était confectionné une panoplie de fourrure et de cuir graissé pour affronter les froides température des montagnes. Bien sûr l'ensemble ne tenait pas toujours en place, surtout après une demi-journée de marche; mais il lui permettait toutefois de pousser ses expéditions plus en avant, d'atteindre de nouveaux cols et de voir ce qui se trouvait au delà.
Il aurait bien demandé de l'aide à ceux du Bas pour renforcer sa combinaison. Mais ces derniers se moquaient de l'apparence qu'elle lui donnait et l'appelaient "l'homme-marmotte". Il n'y avait pas de réelle méchanceté dans ce sobriquet, mais le Cime était orgueilleux et un peu rancunier, aussi il ne se contentait que d'échanger le strict nécessaire avec eux.
D'ailleurs la montagne lui fournissait tout ce dont il avait besoin. Nourriture, bois sec, peaux, un peu de joie et d'espoir aussi, parfois de la peur. Il pensait qu'il était nécessaire de questionner les limites des choses, d'essayer d'aller plus loin et, à ce titre, il méprisait les moeurs de ceux du Bas, agglutinés auprès de leur lac, soulevant inlassablement la poussière de leur camp sans chercher à aller voir autre chose, ailleurs. Leur chef lui avait proposé plusieurs fois de venir les rejoindre. C'était une femme à l'esprit vif, attentive, mais son corps était long et fin comme une brindille. Elle n'aurait pas survécu deux jours dans les montagne, aussi le Cime ne la respectait pas. Lui avait bravé orages et blizzard la haut. Et même lorsque, pris dans une tempête survenue au point du jour, le patchwork de peau qui lui servait de tente s'était envolé, il avait gardé courage, il s'en était sorti.
Bien sûr il y avait les monstres. Le Cime s'en défiait, comme tout le monde. Mais enfin avec un peu de sang froid et de sens tactique, il était facile de ne pas être pris au dépourvu et jusqu'à présent, le pire qu'il avait pu lui arriver s'était résumé à une course poursuite avec deux guetteurs, qu'il avait semé sans peine dès qu'il avait atteinte le dédale rocheux des contreforts. Ceux d'en Bas parlaient d'autres monstres et le Cime croyait à l'existence de certains, il avait déjà vu, de son perchoir, des Brises-Crânes s'en prendre au camp près du Lac. Mais il ne les avait jamais vu venir jusque dans les montagnes. Et pour ce qui était de ces Hommes-monstres aux pouvoirs surnaturels, censé régner sur les hauteurs, le Cime était bien placé pour affirmer qu'il n'étaient qu'une folie née de la fièvre et de la faim de ceux qui n'avaient pas su faire face à la rudesse de la vie en altitude. Ils n'avaient qu'à s'en prendre à eux-même. Lui de son côté, continuerait à monter toujours plus haut. Depuis les nouveaux cols qu'il avait atteint, il avait aperçu un large pan de roche qui, éclairé par le soleil luisait d'un éclat aveuglant, comme incrusté d'une myriade d'étoiles; le Cime voulait voir ça de plus près.


She-kills-she-loves-she-kills
Staz
Membre
avatar
Messages : 83

Jour d'éveil : Jour 16
Race : Echoué
Métier : Aucun
Groupe : Errant
Fiche de présentation : Clic
Journal : Clic
En ligne
Dim 5 Mar 2017 - 11:41

HRP:
 

J1. - Avec de grands yeux vides


Ouvrir les yeux. Ouvrir les yeux, oui. Ce n'était pas un choix, c'était une nécessité. Ouvrir les yeux, gelés, glacés, ou alors ne voir que ce noir éblouissant à jamais. Ouvrir les yeux. Et voir le blanc. Et voir le vide. Ouvrir les yeux -mais n'étaient-ils pas déjà ouverts ? Peut-être. Peut-être. Ou peut-être pas. Comment pouvait-il le savoir ? Il n'était là, dans cette situation, que depuis quelques instants, ou peut-être bien quelques heures, et pourtant déjà grandissait dans sa poitrine une sensation étrange, mystérieuse, violente. Une angoisse terrible qui se confondait peu à peu avec l'impression étrange d'être déjà mort. Sans même avoir vécu. Tout son corps réclamait de vivre. Mais ses yeux ne voyaient que du blanc, du noir, du blanc à nouveau, qui lui brûlait les yeux, faisait flamber de bon coeur son pauvre cerveau.

Finalement, au bout de quelque chose qui sembla durer une éternité, quelque chose lui manqua. Quelque chose qui aurait du emplir ses poumons, qui étaient alors désespérément vidés de leur substance vitale. De l'air. Cette fois, ses yeux étaient grands ouverts, écarquillés face à ce mur froid. Sa bouche s'ouvrait et se fermait désespérément, tel un poisson hors de l'eau, et il fallut encore une minute supplémentaire avant que son corps tout entier ne commence à se débattre face à la suffocation. Ses mains creusèrent cette surface blanche, glaciale. Glaciale. Et finalement, sans avoir vraiment besoin d'un effort surhumain, percèrent cet barrière étrange qui le séparait encore du monde. Et, se redressant tel un cadavre glacial, son visage se détacha enfin du milieu blanc qui l'entourait désespérément.

Il était seul. Autour de lui, il n'y avait rien, foutrement rien. Rien que du blanc, du blanc, et peut-être même encore un peu de blanc. Par endroit émergeaient parfois quelques rochers, dont on douterait même qu'ils ne soient pas faits de glace, mais mis à part ça, l'être était seul. Il se tenait là, assit dans la neige, le regard perdu dans la mer de neige qui l'entourait. Dans le ciel s’amoncelaient des massifs nuageux inquiétants, et bientôt, quelque chose de liquide frémit peu à peu sur son visage. Il pleuvait. Il frémit un instant. Il avait froid, mais l'eau paraissait presque chaude. Douce. Il ne bougea pas, et resta là, les yeux grands ouverts, le visage tourné vers le ciel. A sentir sur sa peau les gouttes s'écraser.

Pourtant, il ne resta pas immobile très longtemps. Quelque chose, dans son champ de vision, semblait se mouvoir. En fait, il ne le remarqua pas immédiatement, et du poser les yeux par mégarde sur cette chose pour la remarquer véritablement. Elle était là, à quelques dizaines de pas de lui, qui clignait des yeux sans comprendre. Son teint trop pâle la rendait presque difficile à observer, elle qui n'était entourée que de neige. Mais ses longs cheveux filasses, d'un blond trop clair, était la plus belle chose que l'homme découvrait autour de lui. Si, jusque là, il n'était parvenu à juger si la neige était belle ou non, ou si la pluie était agréable ou pas, là il n'avait aucun doute. Cette chose, cette humaine, qui s'approchait de lui, en se serrant elle-même dans ses bras, l'air hagard, était incroyablement belle.

Mais elle s'approchait encore, cette femme, avec tout son corps ruisselant sous le pluie fine, mettant en avant ses courbes étranges, ses seins nus, si frêles qu'on pourrait croire qu'ils s'agissaient de ceux d'un homme, ses hanches trop maigres, dont on discernait très nettement les os fragiles du bassin. Elle semblait là, telle une poupée fragile, s'approchant en dardant sur lui ses yeux d'or ... Sans un mot, d'un pas puis d'un autre, elle s'approchait et s'approchait encore. Ses genoux étaient étrangement arqués, et ses bras paraissaient trop longs pour être humains. Et encore on pouvait détailler finement les détails de son ossature, les détails de sa charpente étrange, qui la faisait paraître plus petite, plus fragile que ce qu'elle était sans doute.

Alors qu'elle ne fut plus qu'à un pas de lui, le surplombant de toute sa hauteur, elle ne lâcha pas son regard, et s'arrêta, en le fixant avec une expression particulière. L'homme mit quelques secondes à se rendre compte que c'était de la curiosité qui animait son regard, et non pas de l'hostilité. Il cligna des yeux, regarda autour de lui, et finit par se lever à son tour. Ses jambes étaient engourdies par le froid, et il chancela pendant quelques secondes avant de trouver son équilibre. Il était à peine plus grand qu'elle, et la manière dont elle relevait la tête pour examiner ses yeux le fit rougir, et détourner le visage. Mais elle le fixait toujours, et bientôt un grand sourire lumineux illumina sa figure livide. Il la trouva si belle, ainsi souriante, qu'il en resta bouche bée, ne parvenant même pas à lui rendre ce signe si étrange qui signifiait tant.

Ils se fixèrent encore, en silence, et finalement, la jeune femme leva la main, et posa la pulpe tendre de ses doigts sur l'os fin de la mâchoire de l'homme, qui frémit, et sursauta même franchement, ce qui eut pour effet d'agrandir le sourire de la femme face à lui. Elle touchait sa peau comme si elle effleurait une fleur rare, et ils finirent si proches l'un de l'autre que l'homme pouvait sentir la chaleur qui émanait de sa peau fraîche. Il la laissa faire, tout d'abord, clignant des yeux, puis finit par y prendre goût, et peu à peu, il s'autorisa même à faire de même. La peau de cette femme parut glacée sous ses doigts, quand il posa sa main sur sa hanche. Il tremblait, complètement perdu qu'il était. La pluie redoublait d'intensité, et désormais, ce fut des trombes d'eau qui s'abattaient sur leurs épaules nues. Pourtant ils ne bronchaient pas, restaient là, se rencontrant du bout des doigts, appréciant le contact de l'autre autant que le fait d'être en vie. Leurs souffles se mêlaient à mesure qu'ils se rapprochaient encore l'un de l'autre, comme une nécessité, comme un besoin autant que celui de respirer, ou de vivre. Leurs corps se soudèrent, et leurs lèvres finirent par faire de même, emportés par l'élan fougueux du besoin de l'autre. Leur curiosité se transforma peu à peu en une ardeur étrange, complexe, qui les poussait peu à peu à s'acculer l'un contre l'autre, à chercher les lèvres de l'autre dans un désespoir physique, et telles deux âmes égarées, ils se donnèrent l'un à l'autre le seul réconfort qu'ils puissent s'offrir alors, dans leur naissance. Et chacun d'eux légua son corps à l'autre, comme un appel au secours adressé aux cieux.

Contenu sponsorisé

Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum